Claude, Joseph, Mammès

Biographie


Né le 16 juin 1800 à Paris. Propriétaire. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « [Le 28 juillet] Dans la rue des Francs-Bourgeois, presque vis-à-vis la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, le poste qui gardait la caserne des gendarmes d’élite allait tomber victime de la fureur populaire, lorsque parut M. Mamey à la tête de quelques gardes nationaux ; il fut assez heureux pour réussir à calmer l’exaspération de la multitude. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (par erreur sous le nom de Mamès sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel ; par erreur sous celui de Mammès, Claude, Joseph sur les listes de la Commission des récompenses nationales). Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (il signe Mammès) (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il fut nommé, par ordonnance en date du 21 février 1831, sous-lieutenant, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, et affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Il reçut mille francs de supplément d’indemnité de première mise, par suite de la décision de M. d’Argout, en date du 15 décembre 1832. Il avait reçu, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, quatre cents francs, comme indemnité de première mise d’équipements. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Manus, Claude, Joseph), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1840, le maire du (ancien) IIe arrondissement, Berger, l’assurait, à la veille des distributions de gratifications aux décorés, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet, qu’il ne serait pas oublié dans ces distributions. En 1841, sous-lieutenant de cavalerie en disponibilité depuis trois ans, « ayant éprouvé des pertes considérables » il disait n’avoir jamais touché aucune gratification ni secours depuis dix ans et demandait à être compris dans ces distributions. En 1842, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] A été employé à la préfecture de la Seine, d’où il est sorti pour ne pas être renvoyé. Il obtint alors le grade de sous-lieutenant au 5e hussard, où il a été mis en non-activité par retrait d’emploi, pour cause d’insubordination, d’insouciance et de mauvaise conduite. Il est aujourd’hui sans ressources. C’est un homme peu considéré, d’un mauvais caractère et qui a souvent entretenu les journaux de l’opposition de l’administration du préfet de la Seine. Du reste, il a grand besoin des secours qu’il sollicite et, sous ce rapport, il mérite de l’intérêt. » Il reçut un secours de cinquante francs pour 1842. En 1843, il attendait d’être replacé dans un régiment et reçut un secours de cinquante francs. Il signa, le 9 août 1848, du nom de Mammès, Claude, et comme « décoré de Juillet, capitaine de chasseurs à cheval, propriétaire à Belleville » le certificat suivant en faveur de Dubief, François, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Je, soussigné, certifie que le nommé Dubief aîné s’est conduit d’une manière digne d’éloges pendant nos glorieuses journées de juillet 1830, en combattant pour la liberté ; que depuis ses opinions ont toujours été pour l’établissement d’une république démocratique, que je l’ai connu possédant une belle fortune en propriétés immobilières et dont il se trouve aujourd’hui dépossédé par suite des opinions avancées qu’il n’a cessé de professer. » Par décret en date du 15 août 1852, il fut nommé capitaine de cavalerie dans le 8e régiment de chasseurs. En 1855, mis dans une position très gênée à cause de pertes pécuniaires, il sollicitait des secours. Le préfet de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Claude (Joseph, Mammès) et non Mammès est né à Paris le 13 juin 1800 (sic) ; il compte plus de vingt-six ans de services militaires ; il était capitaine adjudant de place à Maubeuge lorsqu’il a été mis en disponibilité en 1853, à la suite d’une altercation avec ses chefs. Il est décoré de la Croix de Juillet et est bien représenté sous le rapport de la moralité et de la conduite. On trouve toutefois aux sommiers judiciaires de ma préfecture qu’il a été condamné par défaut, le 10 février 1841, à deux mois de prison pour abus de confiance et que remise d’un mois de sa peine lui a été faite par décision royale du 22 août 1841. On le dit nul en politique. En résumé, le sieur Claude, qui est veuf mais qui a avec lui sa fille âgée de vingt-quatre ans et qui ne possède pour toutes ressources que sa pension militaire de mille soixante francs paraît être dans une position assez précaire. » Il reçut, cette année-là, cent francs, puis la même somme en 1856. En 1857, capitaine en retraite, relevant de trois maladies qui l’avaient laissé pendant deux mois entre la vie et la mort et avaient épuisé ses dernières ressources, il sollicita un secours, expliquant : « Je suis sur mon lit de douleurs, soigné par ma pauvre fille et nous n’avons plus le premier sou, elle pour acheter de quoi vivre et moi pour acheter les médicaments nécessaires à ma guérison. » Il reçut un secours de cent francs en 1857, un secours de deux cents francs en 1858. Il mourut le 6 mai 1858. En 1858, sa fille, Claude, Fanny, « restée sans moyen d’existence », sollicita un secours, qui l’aidât, avec son travail, à « vivre honorablement » et reçut quarante francs. En 1864, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Mlle Claude, Fanny, fille du capitaine Joseph, Mammès, Claude, ancien adjoint de place à Maubeuge, décédé, est née à Paris le 27 juillet 1825. Reçue institutrice, elle a dirigé une maison d’éducation d’abord à Paris puis à Villers-Cotterêts jusqu’en 1864, époque à laquelle elle a vendu son établissement, pour entrer comme institutrice chez M. le docteur Duval, qui prend soin d’un grand nombre d’enfants malades, devenus ses pensionnaires. Elle est nourrie, logée et gagne par an cinq cents francs d’appointements. La pétitionnaire a manifesté dernièrement l’intention de fonder une classe à l’usage des demoiselles et elle a loué, à cet effet, un logement situé à Belleville, rue de Paris, n° 192. Sa conduite et sa moralité ne donnent lieu à aucune remarque défavorable. » Claude demeurait 2, rue du Port-Mahon en 1831 (mais deux fois 1, rue du Hanovre in Archives nationales F/1dIII/34 et une autre fois bien 2, rue du Port-Mahon) ; 1, rue Grange-Batelière, chez M. Delaplante, en 1840 ; à Monceau en 1841 ; 3 bis, rue Bénard aux Batignolles en 1842 ; 23, rue des Batignolles à Monceau en 1843 ; 4, rue Rambuteau, chez M. Bianchi en 1855 ; 142, rue de Ménilmontant à Belleville en 1857 ; 221, rue de Paris à Belleville en 1858 ; sa fille, toujours 221, rue de Paris à Belleville en 1858-1859 ; 192, rue de Paris en en 1864. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, chez Anselin, 1831, p. 235, ordonnance du 21 février 1831 (sous le nom de Mammès, Claude, Joseph) ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 253 ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, 15 décembre 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et dossier sous-lieutenants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) IIe arrondissement, état des premières mises accordées aux sous-lieutenants nommés d’après la présentation de la Commission des récompenses nationales et acquittées par monsieur le maire du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/15/3791-3792 secours à divers titres ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dubief, François ; Journal militaire officiel, Bulletin des nominations et promotions, année 1852 n° 28, p. 45 (sous le nom de Claude, Joseph, Mammès) ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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