Clouqueur, Jean-Pierre

Biographie


Né vers 1794 à Châtelle (Moselle). Ex-adjudant de la garde impériale, devenu employé à la maison du duc d’Orléans. Il demanda trop tard, en mai 1831, que ses titres à la décoration de Juillet soient examinés par la Commission des récompenses nationales. Il présenta le certificat suivant : « Je, soussigné, adjudant-major provisoire de la XIe légion, nommé le 30 juillet dernier par la Commission municipale du (ancien) XIe arrondissement, certifie, comme chef du poste de la mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris dans les journées des 29 et 30 juillet dernier, que le même jour, 29 juillet au matin, M. Clouqueur, caporal de grenadiers de l’ancienne XIe légion, demeurant rue du Cherche-Midi, n° 23, revêtu de son uniforme, fut élu par les citoyens chef du poste de la caserne de gendarmerie, rue de Tournon, au moment où cette caserne venait de faire sa soumission ; qu’il y organisa immédiatement un service régulier dans l’intérêt de l’ordre et de la liberté ; qu’il y fit arborer le drapeau tricolore ; que pendant toute cette journée, bien que blessé au pied, il remplit avec un zèle, un courage et une prudence dignes des plus grands éloges les fonctions difficiles qui lui avaient été confiées dans ce poste important, non seulement par sa position relativement aux événements mais aussi parce qu’il renfermait encore un nombre considérable de gendarmes et de chevaux, des armes, des munitions, etc. Enfin, ce ne fut qu’à la nuit que je pus lui adjoindre un sergent, avec lequel il partagea le commandement jusqu’au lendemain 30, à 4 heures de l’après-midi, que le poste fut relevé. » Signé, le 16 août 1830 : Courcier, Amédée, Toussaint (voir ce nom), ex-sous-lieutenant de la grande armée, major provisoire de la XIe légion de la garde nationale. Ce certificat était apostillé comme contenant des faits exacts par Peyre, Antoine, Marie (voir ce nom), chef de bataillon à la XIe légion de la garde nationale, commandant provisoire de la XIe légion, adjoint à la mairie provisoire ; D’Herbelot (voir D’Herbelot, Antoine, Léon ?), chef de bataillon à la XIe légion de la garde nationale ; Conseil, major à la XIe légion. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la médaille de Juillet. Le 4 septembre 1831, il adressait, avec la copie du certificat ci-dessus, la lettre suivante à cette dernière Commission : « […] Je crois devoir y ajouter quelques détails circonstanciés, qui n’ont pu y être insérés. Retenu, les 27 et 28, par ma position délicate d’employé à la maison d’Orléans, ce ne fut que le 29 au matin que, ne pouvant plus rester dans cette inaction si pénible et n’écoutant plus que mon ardent amour pour mon pays, je résolus de me jeter dans les événements. Je commençai donc par courir à la recherche d’un fusil, qui me manquait. Mais, en courant ainsi avec rapidité, je me fis contre un pavé une violente et très douloureuse contusion à la cheville du pied. Je puis assurer que les coups de feu que j’ai reçus à l’armée ne m’ont pas fait tant souffrir. Néanmoins, je surmontai ma souffrance et rentrai chez moi pour me revêtir de mon uniforme de garde national. Aussitôt je partis isolément et me dirigeai vers la place de l’Odéon, où je me munis de poudre et de balles (c’était au moment où venait de partir le détachement de la caserne Babylone et dont alors j’ignorais la destination. De là, je me traînai dans la direction de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, rue Garancière, où je pensais trouver un autre détachement et une destination. Mais, en traversant la caserne de gendarmerie, rue de Tournon, je fus tout-à-coup entouré par cinq ou six citoyens qui formaient le poste de cette caserne et par des gendarmes, des femmes et des enfants effrayés, qui, tout en voyant mon uniforme et mes galons, me supplièrent de prendre le commandement de ce même poste. Alors, réfléchissant à toute l’importance que sa position pouvait lui donner ultérieurement, j’accédai à leurs instances. Bientôt après, nous nous trouvâmes exposés à la fusillade qui eut lieu devant le palais du Luxembourg, par une fausse alerte et qui tua ou blessa plusieurs hommes. Ensuite j’eus à résister, successivement, à deux détachements qui voulaient envahir la caserne et s’abandonner à toute leur exaspération contre les gendarmes, mais je parvins à les ramener à la modération et à empêcher ainsi que la pureté de la victoire ne fût compromise. Nous fûmes exposés, une seconde fois, par l’imprudence de quelques citoyens, lors du placement du drapeau sur le dôme du Luxembourg. A la nuit, mes prévisions parurent devoir se réaliser, par le bruit généralement répandu que nous allions être attaqués par le midi de Paris et dans ce cas nous devions nous trouver en première ligne. Dès lors, je ne fus plus occupé qu’à faire faire des perquisitions, à recevoir et à délivrer des munitions et des armes, à correspondre avec tous les postes voisins, avec la Commission municipale, etc. Mais tous ces préparatifs ne servirent qu’à prouver notre résolution et notre dévouement. Enfin, je ne quittai ce poste que le lendemain vendredi 30 à 4 heures après-midi, lorsque fut décidé [manque un mot]. Anéanti de fatigue et de souffrance. Pendant les huit jours qui suivirent, je montai volontairement la garde tous les deux jours. Voilà, messieurs, avec le contenu du certificat ci-joint, le récit exact et sincère de ce que j’ai pu faire dans ces grandes circonstances pour la chose publique. En jugeant les événements d’après ce qu’ils paraissaient devoir être et non d’après ce qu’ils ont été, j’ai la conscience d’avoir dévoué ma vie à mon pays et puisque je vois décorés de la croix ou de la médaille toutes les personnes qui étaient avec moi le 29 juillet et qui, de leur aveu, n’en n’ont pas fait plus que moi, j’aime à espérer que vous me jugerez digne d’être compris dans le travail dont vous avez bien voulu vous charger dans l’intérêt de la justice. J’ai l’honneur, etc. » En 1831, il était sergent des grenadiers du 1er bataillon de la XIe légion de la garde nationale et employé à la maison du roi. Il demeurait 23, rue du Cherche-Midi en 1830 ; 9, rue Vavin en septembre 1831. Archives de Paris VD6 633 n° 1, correspondance générale, demandes de décorations et médailles ; Archives de la préfecture de police AA 379.

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