Collet, Fortuné

Biographie


Né le 15 juillet 1797 à Paris. Peintre en miniatures. Ancien carbonari de la vente de Védel (?), Péron, Charlet, Joinville, Bachellery. Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris relatent ainsi sa participation aux combats des trois journées de juillet : « Encore un brave à ajouter à notre glorieux répertoire ! Ce vrai patriote, ce courageux constitutionnel, c’est M. Fortuné Collet ; Fortuné en effet, par les beaux sentiments qui l’ont constamment animé dans les périls de la semaine immortelle ; et nous nous plaisons d’autant plus à décorer nos trophées de sa belle conduite, dût sa modestie en souffrir, quelle est attestée par nombre de ses camarades de gloire, qui se sont associés à ses dangers et à sa valeureuse persévérance. Mais n’est-il pas nécessaire de dire, avant tout, que M. Collet, d’ailleurs peintre habile en miniature (boulevard Saint-Martin, n° 15), maintenant rue Saint-Jacques, n° 350, ancien volontaire de la Grande Armée, a servi sous les aigles napoléoniennes ; nous ne l’appellerons pas vieux grognard, quoique époux et père, il n’a que trente-trois ans, mais il n’en a pas moins porté sous le grand homme le schakos qui heurté toutes les couronnes de l’Europe. Les Bourbons reviennent, M. Collet refuse une sous-lieutenance sous les lis, et jusqu’à la confirmation de la croix d’honneur qu’il avait obtenue sous les abeilles. Toujours fidèle à son drapeau, à sa pensée, il ne voulait pas y porter la moindre atteinte, en recevant des faveurs comme transfuge. Son fusil, toujours clair, son sabre, sa giberne à demi-remplie d’un reste de cartouches de Waterloo, pendaient donc près du chevet du lit conjugal, quand, tout-à-coup, le tocsin des ordonnances parjures sonne, et donne essor, dans son cœur, à des opinions fidèles, énergiques, qui ne demandaient qu’une amorce libérale pour éclater !… A tout soldat bien né qu’un vieux fusil est cher !… Le brave Collet s’empare du sien, et, à l’insu de sa femme, il trace à la hâte, tout en comptant quarante-trois cartouches qui lui restaient, une ébauche testamentaire, dans laquelle il réglait les intérêts de ses enfants, de son épouse, et léguait son sang à la patrie !… Ce superbe suicide griffonné, il franchit l’escalier, se jette au-devant des balles et des événements sur le boulevard Saint-Martin, animé surtout du désir de faire des prosélytes, et de devenir le chef d’une phalange populaire ; on ne tarde pas avec des Français, et des Français outragés par Polignac encore, on a bientôt formé un peloton : soudain, réunis alors, sur la place de la Bourse, à MM. Pelissot (rue de la Roquette, n° 31) [lire Polinot, François, Marie, demeurant 41, rue de la Roquette, N.D.A.], Mouillard (voir Mouillard, Pierre, Fortuné, Victor) (rue Sainte-Appoline, n° 9), ensemble ils marchent sur le Palais-Royal, et contribuent avec d’autres à faire prendre un bain de fauteuil dans le bassin à un des alguazils de Mangin, qui s’était permis des saisies de journaux dans les cafés. Le mercredi, les barricades s’élèvent rue Saint-Honoré ; notre brave, après en avoir été le courageux architecte, court soulever tous les ouvriers de la fabrique de M. Pellissot [idem, N.D.A.] ; mais ce dernier l’avait devancé dans cette idée précieuse. De retour au feu, rue Saint-Honoré, M. Collet est atteint d’une forte contusion au côté droit, quand le lendemain 28, remis du coup, il se joint à M. Mouillard, qui l’informe que le faubourg Saint-Antoine est en pleine insurrection. Dans cette crise électrique, notre patriote sent palpiter son cœur ; son habit de sergent-major de la garde nationale est religieusement conservé… Osera-t-il le porter, ce costume d’honneur, insolemment ajourné par Villèle ?? Oui, il s’y décide, et il a le bonheur d’être un des premiers qui montrent l’uniforme chéri !… Cet honneur lui valut le premier feu du 53e de ligne, dont il avait contribué à désarmer l’avant-garde sur le boulevard Saint-Martin avec quelques nationaux ; s’il en fallait des témoignages, MM. Puch, libraire, Serment, Le Fort, Bourgoin, Blaise, Martín, Chéron, pourraient l’attester. Rue Meslay, M. Petit, serrurier, M. Drapier, qu’il trouve revêtu de son uniforme d’officier, rejoint par M. Jacquin se groupent, forment à l’improviste une guerilla parisienne, et s’acheminent, tous déterminés à se battre, vers la cour Batave, après avoir associé à leurs courageuses résolutions près de quatre-vingts combattants, n’ayant qu’une pensée, s’ils n’avaient pas tous le même uniforme. Une partie marcha sur l’Hôtel de ville, guidée par M. Drapier ; une autre attaqua le 3e de la garde, dirigée par M. Collet, et son feu lui fait éprouver quelques pertes, lorsque les Suisses font briller leurs armes mercenaires ; une barricade formidable arrête leurs irruptions, et c’est dans cette circonstance que notre sergent-major, ayant partagé ses quarante-trois cartouches, et s’étant servi de lingots de plomb pour charger son fusil, le sentit crever dans ses mains. Il était même perdu, ajusté par un officier qui faisait diriger le feu sur lui particulièrement, sans un courageux serrurier qui étendit mort cet officier d’une balle tirée en maître. Hommage à ce compagnon d’armes dont M. Collet ignore le nom ! Accablé de fatigues, M. Collet se retirait, après avoir payé sa dette à son pays, lorsque, le 29, il apprend qu’une attaque s’exécute sur le Louvre ; aussitôt il court rallier ses compagnons d’armes à la troupe du valeureux Mangeot ; le Louvre était déjà pris. Une fusillade se fait entendre rue de Rohan ; on y vole ; trois hommes tombent autour de M. Collet ; la maison d’un chapelier est enfoncée ; notre sergent-major reçoit un coup de baïonnette ; heureusement que sa buffleterie le para. Tous les Suisses sont immolés à la vengeance constitutionnelle ; un carnage domiciliaire proclame la victoire par les flots de sang, et Collet, prodigue de ses jours, ne songe plus désormais qu’aux moyens de procurer des secours aux victimes égarées d’un monarque et d’un ministre apostats !… […] Mais Rambouillet semble nous menacer encore ; notre ancien militaire ne croit n’avoir rien fait tant que l’ennemi est là ; réuni, le 3 août, à une colonne commandée par un élève de l’héroïque Ecole polytechnique, il court s’offrir de nouveau aux dangers ; nouvelle preuve de dévouement dont ont été témoins MM. Mouillard, Joinville, Gazon, Rougeot, et quantité d’autres braves qui méritent tous d’effeuiller avec le courageux Collet la couronne de lauriers que nous sommes heureux de lui décerner ici ! Ah ! voilà bien le vrai patriote !… voilà bien les hommes que le gouvernement judicieux de Philippe doit employer ; les vertus administratives pourraient-elles manquer dans un cœur qui se dévoue à ce point à l’intérêt général ??… Ministres, discernez donc avec scrupule le vrai mérite du 29 juillet, redoutez de tomber dans les pièges et les impostures des hommes du lendemain, confiez enfin un poste honorable à M. Colet, il vous a bien prouvé qu’il en était digne. » Lui-même adressa à la Commission des récompenses nationales le mémoire suivant, qui reprenait, à peu près dans les mêmes termes, sa participation aux combats : Souvenirs des 26, 27, 28, 29 juillet 1830 et de la campagne de Rambouillet de Fortuné Collet, âgé de trente-trois ans, père de famille, ancien adjudant au 67e de ligne, où il servait en qualité de volontaire à l’âge de quinze ans et n’a jamais voulu servir dans l’armée de l’ex-roi malgré la promesse d’une sous-lieutenance et la confirmation de la croix, pour laquelle on l’avait désigné en 1815. A la Bourse du 26, réuni à M. Polinot frères (voir Polino, François, Marie), Mouillard il trancha nettement la question de la déchéance du roi parjure et, le soir, dans les groupes formés au Palais-Royal, il fut un des premiers à s’opposer à la police Mangin, dont il aida à jeter un agent dans le bassin du jardin. Le mardi 27, dans la rue Saint-Honoré, après avoir pris une part active dès 4 heures et demie aux résistances et aux barricades qui se firent un peu plus tard, il se porta avec M. Mouillard (rue Sainte-Apolline, n° 9) chez MM. Polinot (rue de la Roquette n° 41) pour les exciter à la fermeture des fabriques, ce à quoi ils avaient déjà pensé. Alors il retourna au feu de la rue Saint-Honoré mais bientôt atteint d’une forte contusion au côté droit et tiré de la mêlée par les soins généreux d’un ouvrier, qui s’est éloigné avant qu’il pût lui parler, il fut obligé de retourner chez lui ; il pouvait être 11 heures du soir. A 7 heures du matin le mercredi, M. Mouillard vint lui annoncer que malgré le peu d’armes dont il a la disposition, le faubourg Saint-Antoine est en pleine insurrection et qu’il y retourne après y avoir passé la nuit. Déjà l’on parlait de la garde nationale. M. Collet envoya (manque un mot) pour s’assurer si elle paraîtrait quelque part mais à chaque endroit désigné c’était sur un autre point qu’elle devait être. Indécis s’il devait se dévouer il sortit encore en bourgeois et rentra bientôt pour prendre son uniforme (qui fut le premier que l’on vît dans son quartier). Après avoir essuyé le feu d’un bataillon du 53e, dont avec quelques ouvriers il avait désarmé l’avant-garde sans coup férir (ont été témoins de ce fait : Pesch, libraire, 21, bd Saint-Martin ; Chéron, 20, rue Meslay ; Blaize 37, bd Saint-Martin ; Darche ainé 37, bd Saint-Martin ; J. Serment ; J. Lefort et Jacques Serment 15, bd Saint-Martin etc.) sorti avec son frère (sans armes). A quelques pas il rallia M. Jacquin, commissionnaire, de la rue Meslay, 20, M. Petit, serrurier, rue Meslay, 87, et M. Drapier, agent d’affaires rue Meslay 38 (qui sortait en uniforme d’officier) avec lesquels il se dirigea sur la cour Batave, par les rues Saint-Martin, Grenetat et Beaubourg. Réunis à quelques citoyens, ils firent une forte patrouille dans les rues adjacentes qui porta leur nombre à près de quatre-vingts combattants. Ce faible noyau se divisa pourtant ; le lieutenant Drapier se porta sur l’Hôtel de ville avec une moitié environ tandis que l’autre, avec M. Collet, resta cour Batave, où elle attaque bientôt le 3e de la garde, auquel elle ne peut barrer le passage mais à qui elle fait éprouver quelque perte en le suivant jusqu’au poste Mauconseil. Revenu cour Batave, attaqué à son tour par les Suisses, M. Collet, qui avait distribué la plupart de ses cartouches à ses braves camarades, obligé bientôt de charger son fusil sans pouvoir mesurer ses coups le vit bientôt se crever dans ses mains, sans le blesser cependant ; il aurait même un grand désir de retrouver cet intrépide ouvrier qui l’a débarrassé si à propos et d’un coup si juste d’un officier qui dirigeait le feu sur lui à ce moment. Soit que trois journées d’émotion aient absorbé ses forces, soit que le coup reçu la veille les ait diminuées, à 3 heures et demie il fut obligé de se traîner hors du feu, épuisé de fatigue, consolé du moins par l’esprit toujours croissant de la défense et de l’avoir rendu plus facile et moins meurtrière en établissant une barricade sous le feu de l’ennemi. Mais lorsque le lendemain il apprend qu’une attaque combinée se fait, sur le Louvre, il s’y dirige avec ce qu’il peut réunir par la rue Saint-Honoré. Le Louvre était déjà remporté, il le traverse et arrivé en vue de l’arc de triomphe du Carrousel, il réunit sa troupe à celle du brave Mangeot, attirée vers la rue de Rohan par le feu soutenu qui s’y faisait entendre. En fouillant les maisons, et en particulier celle qui fait le coin de la rue Saint-Honoré où demeure le chapelier, il reçut sur la poitrine un coup de baïonnette qui ne fit que déchirer la buffleterie et l’habit (peuvent en témoigner : Bernard Tréfons, 30, rue Beaubourg ; Mangeot, 5, impasse Basfour) ; quant à tous les traités d’héroïsme dont il a été témoin, ils ont été tellement multiples qu’il lui est impossible d’en parler sans être obligé de dépasser le but qu’il se propose dans ce récit et dont l’exactitude qu’il cherche pourrait être tronquée en confondant les individus. Ce qui est certain, c’est que le feu cessa à 3 heures et demie et qu’il employa le reste du jour à parcourir les rues pour calmer soit les inquiétudes soit l’effervescence des différentes parties de la population. Le lendemain 30, nommé sergent-major provisoire de son ancienne compagnie, il s’occupa activement de son organisation (ce que peuvent attester : MM. Mirault, 17, rue du Faubourg-Poissonnière ; Billot, chef de bataillon ; Bonjour, lieutenant-colonel) jusqu’au 3 août qu’il se porta sur Rambouillet où l’on disait que l’armée carliste voulait tenir. Au moment où on allait l’attaquer et où on apprit l’entier découragement de l’ennemi, M. Collet était en serre-file du premier peloton de la colonne d’attaque, commandé par l’adjudant-major Rougeot, major de la IVe légion, et il est revenu avec l’artillerie. Sturler (voir Sthurler, Jean, Henry), 33, bd Saint-Martin ; Joinville (voir Joinville, Antoine, Edmond), 8, rue du Dauphin ; Boudet, commandant seize braves à Rambouillet ; Gazon, fourrier des équipages de ligne ; Masson, 12, rue de la Monnaie ; Fromont, 19, bd Saint-Denis ; peuvent donner des renseignements. » Il sollicita une place, expliquant : « […] Il y a plus de cinq mois que je n’ai fait un portrait et ces derniers événements m’ont fait de beaucoup dépasser mon budget (il fallait bien encourager les bonnes volontés et soulager les besoins pressants) ; tout cela joint à la perte d’une somme considérable pour moi me range dans la foule des solliciteurs. Ce n’est pas que je ne puisse encore aller un certain temps mais j’épuise mes ressources, mon alentour est nombreux et l’on réorganise sans nous attendre ; nous qui avons payé de nos personnes, devons-nous attendre ? Soyez assez bon pour me dire si je ne dois pas adresser une demande à M. le préfet de la Seine ou de la police, puisque c’est dans leurs attributions que sont les emplois que je sollicite. » Et encore : « […] Je ne pourrais accepter que la lieutenance, au moins dans la garde municipale ; la raison d’argent n’est que très secondaire mais ma position sociale doit être prise en considération ; la moins avantageuse des deux places au civil de l’une desquelles j’ai fait la demande (sic) vaut trois mille francs par an. Je suis sous-lieutenant dans la garde nationale et si les élections se renouvellent je serai vraisemblablement capitaine en second. Il faut aussi remarquer que je n’ai renoncé au militaire qu’à cause des Bourbons et que, sans eux, il y aurait quinze ans que je serais lieutenant. Je connais plusieurs patriotes qui ont obtenu la faveur que je sollicite et même mieux que cela ; […] il faut bien le dire, en courant au combat, le premier revêtu de mon uniforme, [je m’] exposais plus que beaucoup d’autres, […] comme déjà par mon opposition continuelle, active et sans relâche à la stupide tyrannie des théocrates et des absolutistes. […] Aujourd’hui je regarde comme un devoir d’utiliser mes facultés dans l’intérêt de mon pays et de ma famille. Je crois pouvoir être plus à ma place dans le militaire ; je me propose donc mais je ne comprends les fonctions de garde municipal que comme celle d’un citoyen armé pour la défense des personnes et des propriétés, qui doit mettre autant de soin à protéger les individus que de fermeté à réprimer les désordres. Du moment que ces idées ne serviraient plus de base aux ordres que je serais obligé de remplir vous me verriez encore tout sacrifier plutôt. Mille pardons de vous occuper aussi souvent et aussi longtemps de moi mais les circonstances sont graves. Je vois tant d’intrigues de tous les jours que je pense qu’il faut se hâter de prendre position pour que les citoyens deviennent un peu plus militaires et surtout que les militaires deviennent plus citoyens. » Il fit partie avec Chaillard Pierre Alexis, Drapier César Auguste, de Forestier Henri Joseph, Bastide Jules, Thomas Pierre Charles, Lecomte Eugène Louis Jean, Mélier François, Leroux, Oudard, Moisson Michel Richard, Lavelaine César, des douze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) VIe. Il fit partie, pour le (ancien) VIe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense. Le dossier d’examen de ses propres droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il sollicita une place de vérificateur des poids et mesures et l’obtint, avec un traitement de mille huit cents francs par an. Il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs en 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. Il reçut, en tant que décoré non blessé et nécessiteux, un secours de vingt-cinq francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. Pendant la répression de l’émeute des 5 et 6 juin 1832, lieutenant à la 3e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion de la garde nationale, il fut contusionné par une balle morte qui l’atteignit au côté droit du front. En 1835, il était toujours « peintre de genre », selon l’Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835. En 1846, selon l’Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris, année 1846, il était vérificateur des poids et mesures pour les (anciens) Ve et VIe arrondissements. Il reçut quarante francs le 20 juin 1848. La part active qu’il prit au renversement de Louis-Philippe et de sa dynastie fut ainsi attestée par Dalloz, décoré de Juillet, Considère, Jacqueau, Lelez, Victorin : « Il est de notoriété publique que son républicanisme incontestable l’a toujours mêlé à toutes les luttes avec la royauté depuis plus de trente ans. Le 22 février 1848, il a commencé la résistance en mettant sa Croix de Juillet, lacérant les affiches de la police et incitant les groupes à tenir contre la troupe sur la place de la Révolution. Le 23 dès le matin, rue Saint-Martin, Grenetat et Bourg-Labbé contre les municipaux qui défendaient les magasins de Lepage, à la place des Victoires où avec Leleu on a fraternisé avec la troupe malgré les efforts du général d’Houditot. Mais le soir, aussitôt après la trahison de l’hôtel des Capucines, le citoyen Collet a repris l’uniforme d’officier de la garde nationale dont il ne faisait plus partie depuis plus d’un an, a rallié des combattants épars, a fait construire des barricades et a marché sur le château ; à la hauteur de la rue Nationale, il a entendu des coups de fusil du côté de la place, il s’y est porté à la course et a pris part à la prise du corps de garde des municipaux. Cependant le Palais national était pris, les troupes avaient fait leur soumission et l’on entrait par toutes les portes dans le château des Tuileries. C’est en passant au milieu d’un régiment de cuirassiers et d’un bataillon de chasseurs que Collet et sa troupe sont entrés par la grande grille par laquelle la duchesse d’Orléans et les princes venaient de sortir. Quand il eut pénétré jusque dans le château, il revint sur ses pas et se joignit à l’escorte des citoyens désignés pour constituer le gouvernement provisoire, a assisté à tout ce grand drame de l’hôtel de ville, a été chargé de plusieurs missions et notamment de faire imprimer la première proclamation à l’ex-imprimerie royale à onze heures du soir et n’a enfin quitté l’hôtel de ville qu’à 4 heures du matin avec le citoyen Charles Thomas. Quand il y est revenu à 9 heures, n’ayant pas pris de laissez-passer, il n’a pu y pénétrer ce qui explique comment il n’a été revêtu d’aucun emploi. » En mars 1848, il proposa ses services à Albert, président de la nouvelle commission des récompenses nationales, pour l’aider dans le travail de cette commission et, le 7 juin de la même année, sollicita Guinard, le nouveau président, pour obtenir « une préfecture ou une sous-préfecture d’une certaine importance, un consulat en Espagne ou en Italie, ou une inspection générale des prisons pour y rectifier le régime cellulaire, soit une inspection dans les forêts, les finances, les postes ou en définitive une place quelconque qui me permette de nourrir ma famille ». Il était vice-président du club des décorés de Juillet, délégué du VIe arrondissement. A ce titre, il signa le certificat suivant en faveur de Dalloz, Jean, Roland : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Dalloz, Jean, Roland, est un des patriotes éprouvés de longue date, dont la belle conduite en juillet est attestée par la Croix de Juillet, qui lui a été décernée à cette époque. Depuis il a toujours été en opposition avec la monarchie qui s’était substituée à la volonté nationale et, en février 1848, il a été un des premiers à montrer la plus énergique résistance. Le 22, il animait les groupes et les excitait sur la place de la Révolution pour décontenancer la troupe. Le 23, il parcourait les quartiers qui se montraient les plus animés, notamment les rues Saint-Martin, Grenetat et Bourg-L’Abbé et le soir il était présent à l’affaire de l’hôtel des Affaires étrangères ; de là, il passa la nuit à organiser l’attaque pour le lendemain et, le 24, il se porta sur le château, où il entra sans coup férir avec les premiers citoyens ; il était un de ceux qui ont arraché le trône pour en faire justice plus tard sur la place de la Bastille. » Le Comité d’enquête de la Section des services généraux de 1815 à 1848 de la Préfecture de la Seine, chargé de la distribution des récompenses nationales rapporta à son sujet, le 15 septembre 1848 (et par conséquent plusieurs mois après la révolution, ce qui jette un peu la suspicion sur sa sincérité) : « La commission d’enquête soussignée, chargée de prendre des renseignements sur les antécédents et la moralité du sieur Collet, déclare qu’après avoir fait plusieurs démarches vis-à-vis de patriotes connus de lui il a acquis la certitude que le citoyen Collet était un partisan chaud et dévoué du gouvernement de l’ex-roi, qui l’en avait récompensé par plusieurs faveurs ; qu’il résulte en outre des démarches du soussigné que depuis 1830 le sieur Collet n’a rendu aucun service à la cause républicaine. » Et encore, le 2 octobre 1848 : « Il résulte des renseignements puisés à des sources dignes de foi, que le sieur Collet, Fortuné, ancien vérificateur des poids et mesures puis employé par les établissements de bienfaisance pour faire certaines distributions aux indigents, a été révoqué successivement de ces deux emplois pour des causes peu honorables ; que marié avec une femme qui avait de la fortune, il l’a ruinée complètement et vit avec une concubine, quoiqu’il ait des enfants de son légitime mariage. Quant aux opinions politiques du sieur Collet et aux services qu’il a pu rendre à la cause républicaine, on n’a pu obtenir de lumières bien certaines à ce sujet. » Le 10 août 1848, il signa, en tant que délégué des décorés du (ancien) VIe arrondissement le certificat suivant en faveur de Bleton, Alexandre : « Nous, soussignés, délégués des décorés de Juillet en 1830, certifions que le citoyen Bleton, Alexandre, décoré de la Croix de Juillet (sic), a été posté d’office comme blessé, combattant de cette époque, qu’il n’a jamais adressé de demandes à la Commission des récompenses nationales de 1830 (sa demande d’emploi n’était en effet pas adressée à la Commission des récompenses nationales fut trouvée, en février 1848, dans les papiers saisis aux Tuileries après l’invasion par le peuple, N.D.A.) et qu’il n’a réclamé ni touché de sommes en argent. Nous nous empressons de recommander tout particulièrement ce brave citoyen, qui constamment a donné des preuves non équivoques de son patriotisme et de son courage, en marquant de son sang chaque champ de bataille de cette juste cause. Ses longs services, son éducation distinguée et ses connaissances administratives le rendent tout à fait digne d’obtenir tout emploi qu’il pourra solliciter. » Il signa, le 12 août 1848, en tant que délégué des décorés de Juillet pour le (ancien) VIe arrondissement, vice-président du club desdits décorés, 15, rue de Laval, le certificat suivant en faveur de Delozanne, rentier, demeurant 95, rue du Faubourg-Saint-Jacques, un de ceux qui portèrent le trône de Louis-Philippe jusqu’à la Bastille pour le brûler, en hommage aux victimes de la révolution de Juillet : « Je, soussigné, déclare que le citoyen Delozanne était aux Tuileries le 24 février, au nombre des premiers citoyens qui y sont entrés et j’atteste qu’il est un de ceux qui se sont emparé du trône et l’ont porté à travers Paris […] à la place de la Bastille, où il a été brûlé. » Il apostilla la demande présentée, le 20 juin 1848 auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, par Séonnet, Fulbert, pour obtenir un emploi dans une des propriétés nationales. Il demeurait 15, bd Saint-Martin, puis 350, rue Saint-Jacques en 1830 (et pourtant toujours 15, bd Saint-Martin en 1831 in Archives nationales F/1dIII/35 B et in Archives de Paris VD3 1-2 et deux fois in Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI etc.) ; 20, rue Meslay en 1833 ; 56, rue Quincampoix en 1835 ; 13, rue Sainte-Apolline en 1846 ; 15, rue Laval-Breda en 1848. Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 348-354 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD3 8, émeutes diverses de 1830 à 1834, (ancien) VIe arrondissement, état des blessés et morts dans les journées des 5 et 6 juin 1832 ; Archives de Paris VD 6 356 n° 6, Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont pris part aux gratifications accordées à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet en 1831, 1833, 1834, 1835, 1836 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Etat des sommes payées par la Commission des récompenses nationales aux sous-lieutenants et aux décorés non blessés pour l’anniversaire de juillet 1830 du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, idem Souscription nationale, secours accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet aux décorés de la croix ou de la médaille, non blessés et nécessiteux, lettre de M. le préfet du 25 juillet 1831 ; Archives de Paris VK3 29, séance du 14 avril 1831, dans laquelle il prend parti contre Deligny, Jean, Julien, François, Gabriel, idem quatre pages qu’il signe de renseignements pris sur différents combattants ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives nationales F/1dIII/33 droit des membres de la Commission à la décoration de Juillet, aussi état nominatif des emplois présentés par la Commission des récompenses nationales à M. le préfet de police aussi état des personnes désignées par la Commission des récompenses nationales, qui ont obtenu des emplois dans l’administration, aussi état, en date du 31 mai 1831, des personnes présentées par la Commission des récompenses nationales, qui ont obtenu des emplois ou commissions à la préfecture de police ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/50 ; Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Marcou, Henry (où il signe un certificat en faveur de ce dernier pour attester de sa participation aux combats de Juillet) ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Séonnet, Fulbert ; Archives nationales F/1dIII/86 in dossier Dalloz, Jean, Roland ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 in dossier Bleton, Alexandre ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Delozanne, François, Victor ; Annuaire des artistes français, 2e année, 1833, Paris, chez Guyot de Fère, 19, rue Saintonge ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs, p. 228 ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris – année 1846 – contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 32e édition, par Corby aîné, Dulac, Paris, au bureau de l’Almanach, rue des Maçons-Sorbonne, 1846, p. 132. D’autres sources mais masquées dans internet à Fortuné Collet.

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