Colliat-Montagne, Félix, Alexandre

Biographie


Sans doute originaire de l’Isère. Tailleur chez Valladier, 14, rue Tirechappe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il présenta un certificat de Porquier, marchand de vin, demeurant 15, rue du Four-Saint-Honoré, qui attesta que Colliat-Montagne lui avait emprunté ses habits et ses armes de garde national les 28, 29 et 30 juillet, pour s’en servir « pour défendre la liberté » ; et un autre de Petit, entrepreneur de peinture et vitrier, demeurant 11, rue du Four-Saint-Honoré, qui certifia s’être trouvé avec lui pendant les journées des 27 et 28 juillet et séparé le 29 du Louvre aux Tuileries. Il sollicita « en récompense de la conduite qu’il a tenue pendant les trois immortelles journées de juillet dernier, du désintéressement qu’il a montré en laissant aux blessés, aux veuves et orphelins de ces moments d’un douloureux souvenir, les indemnités et gratifications accordées au combattants » son admission à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « N’a droit à rien. » En 1831, ayant constaté qu’il n’était pas sur les listes des décorés, il réclama, devant la commission des récompenses nationales, la croix : « Le lundi 27 juillet à dix heures du soir, j’allais faire une course avec les sieurs Forquiet, demeurant rue du Four-Saint-Honoré n° 15, et Petit, même rue n° 11, lorsque arrivé près de la halle aux blés, où il y avait un engagement entre les citoyens et les gendarmes du poste, je vis tomber près de moi un jeune homme, atteint d’une balle au genou. Mon premier cri fut Vengeance, mon premier mouvement de me jeter sur l’arme du pauvre blessé et de renvoyer la mort à ces satellites trop fidèles d’un pouvoir parjure. Donne ce fusil, camarade, dis-je au blessé, dans tes mains désormais inutile, il te vengera dans les miennes et servira le bon droit. Le lendemain mercredi, je fus des premiers à me présenter aux dangers sous l’habit de garde national. Je combattis moi quarante-huitième contre plus de trois cents hommes, tant Suisses que gardes royaux, au marché des Prouvaires. Resté maître du champ de bataille, après une fusillade de cinq heures, j’y campai avec mes camarades la nuit tout entière. Je ne rappellerai pas la part active que je pris aux combats et à la prise du Louvre, des Tuileries, du Palais-Royal, l’énergie efficace de mes paroles contre des individus, en petit nombre il est vrai, qui menaçaient de souiller l’enthousiasme par des désordres et voulaient profiter de la victoire pour se livrer à des dévastations dans ces différents palais. Je ne dirai pas les diverses circonstances de ma conduite au poste des Messageries Laffitte et Gaillard. Ce poste tenait encore (par le 5e régiment de ligne, N.D.A.), accru qu’il était d’un assez grand nombre de soldats fugitifs ; je m’y présentai avec huit hommes sous mes ordres, les sommai de se rendre et lui fis mettre bas les armes. Je n’ai pas besoin d’entrer ici dans tous ces détails ; ils sont consignés dans les pièces et certificats que je vous ai adressés, Messieurs, il y a plusieurs mois et dans le procès-verbal de l’interrogatoire que vous m’avez fait subir lorsque sur votre invitation écrite je me présentai devant la Commission. Quinze jours après les événements dont j’ai couru les périls et dont je revendique ma part de gloire, un envoyé de l’autorité se présenta à mon domicile et me dit : “Les hommes qui ont élevé un trône sur les barricades ne doivent manquer de rien, la reconnaissance du pays leur est acquise ; on sait que vous êtes un de ces hommes, je suis chargé de vous demander si vous avez besoin de quelques secours.” Je lui répondis que dans ma conduite en juillet j’avais prêté mon bras à la défense des libertés pour obéir à ma conscience et non pour obtenir un salaire, qu’ayant eu le bonheur d’échapper aux balles des Suisses et aux sabres des cuirassiers, je trouverai comme auparavant dans mon travail des ressources suffisantes à mes besoins. J’ajoutai que mon désir était qu’on reportât les secours qu’on me destinait sur ceux de mes camarades qui avaient été blessés et sur les veuves de ceux qui avaient succombé. Quelques jours après, même proposition me fut faite et reçut même réponse. Lorsque je fus appelé devant la Commission, interpellé par l’un de vous, Messieurs, sur le genre de récompense que je désirais, je déclarai que, content de ma pauvreté, je n’ambitionnais point d’autre place que celle d’avoir toujours du travail dans mon état, que j’avais déjà refusé, que je refuserai toujours des secours pécuniaires et que la seule récompense qui fût pour moi l’objet d’un vœu c’était la récompense nationale destinée à perpétuer le souvenir des trois immortelles journées. La liste des décorés ayant paru, j’ai été bien surpris, je l’avoue, de n’y point voir figurer mon nom. Sans appui, soutien ni protecteur, je pensais que mes titres et votre impartialité, messieurs, dispensaient d’aller implorer le patronage d’un homme comme on dit à longs bras. Je le pense encore et voilà pourquoi je ne puis attribuer qu’à une erreur l’absence de mon nom sur la liste des décorés. Je vous prie, Messieurs, d’accueillir avec bonté ma réclamation, j’aspire à un honneur que je crois avoir mérité. Vous ne voudrez pas qu’il ne me reste aucun souvenir de ces événements glorieux, notre ouvrage à nous tous hommes de Juillet. Moi aussi j’y étais, moi aussi je puis en parler le front découvert et la main sur le cœur ; à ceux-là qui ont joué leur tête aux jours des dangers de la patrie, il est permis de se reporter avec plaisir sur ces grands souvenirs, de les conserver comme une partie de leur être, de les défendre comme un bien acquis contre toute usurpation et, lors du partage, de revendiquer la portion individuelle qui leur revient de la masse commune, pour la transmettre à leurs enfants comme le plus précieux héritage, le plus beau titre d’honneur […]. » Il demeurait 14, rue Tirechappe chez Valladier, tailleur, en 1830-1831. Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/50.

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