Conilleau, Félix, François
Biographie
Né le 28 mai 1812 à Paris. Graveur. Il est inscrit sur les listes de sa mairie comme n’ayant reçu aucun secours de la part de cette même mairie. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IXe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Il se présenta à la mairie afin de recevoir sa croix mais, refusant de prêter le serment de fidélité au roi qu’on exigeait des récipiendaires, il ne put la retirer et celle-ci resta dans les locaux de la mairie. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Conille et sous celui de Connilleau demeurant 9, rue Guillaume), auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut l’un des accusés présentés en octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine pour sa participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832. L’émeute s’était déclenchée à l’occasion des obsèques du général Lamarque, soldat de la Révolution et de l’Empire, figure du mouvement libéral, et qui venait de mourir de l’épidémie de choléra qui ravageait la France. Pendant la cérémonie des obsèques, un escadron de dragons, censés veillés à leur bon déroulement, avait chargé subitement la foule, constituée de très nombreux militaires, de gardes nationaux, d’anciens combattants de Juillet, d’étudiants, de républicains organisés. Les premiers moments de stupeur passés, l’indignation avait gagné les rangs des manifestants ; des regroupements s’étaient faits, des barricades s’étaient élevées, les premiers coups de feu s’étaient fait entendre. Rien n’avait été organisé à l’avance ou prévu dans les rangs des républicains ou des napoléonistes. Mais l’émeute s’ensuivit. Elle toucha d’abord les abords immédiats où s’était produit la charge puis s’organisa plus spécialement dans la rue Saint-Martin, jusqu’à mourir dans la rue du Cloître-Saint-Merri. Il y eut des morts, de nombreux blessés, des arrestations. Le procès du mois d’octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine, concernait plus spécialement les révoltés de la rue Saint-Martin, au nombre de vingt-deux. L’acte d’accusation reprenait ainsi les charges qui pesaient sur les accusés : « Le 5 juin dernier, entre 6 et 7 heures du soir, une barricade fut construite dans la rue Saint-Martin, au coin de la rue Aubry-le-Boucher, à l’aide du renversement d’une voiture destinée au transport des farines, et de l’enlèvement des échafaudages et de la clôture en planches d’une maison en construction. Les nommés Jeanne et Rossignol furent remarqués comme les premiers et les plus actifs constructeurs de cette barricade, qui fit de ce point le théâtre le plus meurtrier de la révolte. Vers 8 heures, elle arrêta une patrouille de garde nationale, au-devant de laquelle se présenta le nommé Rossignol. L’officier qui la commandait ne répondit qu’en tirant son épée aux propositions que celui-ci osait lui faire de passer dans les rangs des insurgés, aussitôt des coups de feu furent tirés de la barricade sur cette patrouille, trop faible pour soutenir un engagement. Les rebelles, sentant la nécessité de se procurer des armes, forcèrent l’entrée de la maison située rue Saint-Martin, n° 50, et habitée par le sieur Blanc, chef de bataillon de la garde nationale, dans l’appartement de qui étaient déposés des fusils, des pistolets et des sabres. Toutes les armes qu’on n’avait pas eu le temps de cacher furent pillées par les insurgés ; les appartements placés au-dessus de celui du sieur Blanc, et donnant sur la rue, furent envahis, remplis de pavés ; les effets précieux des locataires furent enlevés, et des fenêtres de ces appartements où un continuel fut dirigé sur les troupes qui se présentaient devant la barricade pendant que dans la cour on faisait des balles avec le plomb des gouttières. Les nommés Jeanne, Leclerc, Jouanne, Rossignol, Goujon et Rojon, furent signalés comme ayant été vus tirant des coups de fusil sur les troupes. Les mandats décernés contre les trois premiers ne purent être mis à exécution. Rossignol est propriétaire, conjointement avec un nommé Fournier, d’un café établi rue Saint-Martin, n° 65. C’est du 2 juin que date l’ouverture de ce café, dans lequel la fille Alexandre était dame de comptoir. Les intelligences des propriétaires et employés de cet établissement avec les insurgés, dans la journée du 6 juin, ont été remarquées par tous les habitants de ce quartier. On a vu Fournier et la fille Alexandre faire des signaux du balcon de leur café aux insurgés placés derrière la barricade ou dans les allées des maisons voisines, pour leur indiquer l’arrivée ou le départ des troupes, et le moment favorable pour tirer. La porte de la maison où est le café resta ouverte, sur l’injonction de Fournier ; des provisions de bouche, des munitions furent portées de cet établissement aux révoltés ; et lors de la perquisition qui y fut faite, on saisit une casserole ayant servi à fondre du plomb pour former des balles. La chute de chaque soldat était suivie d’atroces applaudissements partant du café. Lorsque les troupes eurent forcé la barricade et l’église Saint-Méry, les maisons environnantes furent fouillées, et l’on arrêta dans la rue Saint-Méry, au n° 48, les nommés Métiger, Fradelle, Coiffu, Bouley, Renouf, Conilleau, Dumineray, Falcy, ce dernier encore porteur d’un fusil qu’il fallut lui arracher ; Dumineray avait les mains et la bouche noircies de poudre, et Fradelle avoua avoir tiré un coup de fusil. Il fut constaté qu’à l’aide d’un trou fait à la toiture, on était sorti de la maison rue Saint-Martin, n° 50. Les habitants reconnurent tous les individus saisis rue Saint-Méry n° 48, pour faire partie de ceux qui s’étaient emparés de vive force des lieux où l’on avait fait feu sur les troupes, et signalèrent le nommé Dumineray comme celui qui paraissait commander. Ils reconnurent également le nommé Maris, arrêté dans une dépendance de la maison ; le nommé Vigouroux, saisi sous un lit dans cette même maison, avec un fusil, et à qui l’on avait entendu dire pendant le combat : Si nous avons le dessous, je suis perdu ; enfin le nommé Mulette, arrêté dans la maison du passage Jabach, les mains, la figure noircies de poudre, avec de la poudre dans sa poche et qui avoua avoir fait des cartouches. Dans la maison du passage, et chez un locataire, était réfugié un individu qui y avait laissé son fusil, marqué sur la banderole du nom de Parmentier. L’instruction a révélé que ce fugitif était le nommé Fourcade, et que le fusil lui avait été livré par son propriétaire lorsque, faisant partie d’une bande d’insurgés, Fourcade l’avait personnellement et avec violence sommé de donner ses armes. Divers habitants, notamment le nommé Polite, avait cédé à des sommations accompagnées des mêmes circonstances ; Polite reconnut le nommé Grimbert comme celui à qui il avait été forcé de livrer son fusil. Le sieur Morel de Rubempré a été signalé par un témoin comme ayant paru seulement au moment du rassemblement tumultueux qui a précédé l’érection de la barricade. Il disait dans un café voisin qu’on était à l’aurore d’un beau jour, promenait dans la rue un drapeau tricolore garni de crêpe, et criait Vive la république ! Tous les accusés nient les faits à eux imputés, et prétendent, ou avoir été contraints par des rassemblements, ou s’être trouvés comme curieux dans les endroits où ils ont été arrêtés ou signalés. » Conilleau était plus précisément accusé « d’avoir, en juin 1832, commis un attentat dont le but était, soit de détruire ou de changer le gouvernement, soit d’exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité royale […], d’avoir fait partie d’une bande ayant tenté de détruire ou changer le gouvernement, et d’exciter les citoyens et habitants à s’armer contre l’autorité royale, et d’avoir été saisi sur le lieu de la réunion séditieuse […], d’avoir en réunion de plus de vingt personnes armées, attaqué avec violences et voies de fait la force publique agissant pour l’exécution des lois […],d’avoir volontairement et avec préméditation commis des tentatives d’homicides sur des agents de la force publique, lesque lles tentatives manifestées par un commencement d’exécution, ont manqué leur effet seulement par des circonstances indépendantes de la volonté de leurs auteurs […], d’avoir pillé des propriétés mobilières ». Il avait été arrêté blessé au 48, rue Saint-Méry Au procès, il donna les explications suivantes, retranscrites par les journaux : « Le 5, en revenant de voir un ami, il était près de 9 heures, au coin de la rue Bourg-l’Abbé, la garde nationale fit feu ; je fus blessé, je rentrai chez moi. Le lendemain, je sortis pour me faire panser et pour chercher un de mes camarades que j’avais perdu la veille, au moment où j’avais été blessé. Je pris le même chemin que la veille ; j’entrai dans la rue Saint-Martin, la garde nationale faisait feu ; je franchis la barricade, et je me jetai dans la maison n° 50 ; c’est là que nous nous sommes barricadés. — D. A quel endroit, le 5, avez-vous été blessé ? R. Je vous l’ai dit, au coin de la rue Bourg-l’Abbé. — D. Comment, ayant été blessé le 5, ne vous êtes-vous pas fait panser le 6 ? R. La blessure était peu grave. — D. Ne serait-ce pas le 6 que vous auriez été blessé ? R. Non, Monsieur. — D. N’aviez-vous pas un fusil le 6 ? R. Non, Monsieur. M. le président oppose à l’accusé ses premiers interrogatoires. L’accusé. J’ai répondu à un soi-disant commissaire de police qui n’était pas revêtu de ses insignes ; aussi ai-je répondu sans y attacher aucune importance, me réservant de dire la vérité devant le conseil de guerre où je devais être jugé. — D. Vous aviez les mains salies de poudre ? R. Quand on monte sur des toits, on s’accroche à tout, et les mains doivent être sales. » A l’issue du procès, il fut déclaré non coupable et acquitté. Il demeurait 9, rue Guillaume (mais et sans doute par erreur 3, rue Saint-Louis in Archives de Paris VD6 482 n° 3 et idem VD6 3 et 8, rue Cocatrix in Archives nationales F/1dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/82 où je l’ai aussi deux fois une fois 9, rue Guillaume sous le nom de Connilleau et une autre fois 8, rue Cocatrix sous le nom de Conille… ; 3, rue et île Saint-Louis in F/1dIII/38 A) en 1831, rue des Nonaindières en 1832. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 482 n° 3, mairie du (ancien) IXe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IXe arrondissement, idem Préfecture de la Seine, noms des individus qui, ayant obtenu la décoration de Juillet sont portés sur la liste du (ancien) IXe arrondissement, ne se sont pas présentés pour la retirer et dont les croix sont restées déposées à la mairie ; Archives nationales F/1dIII/82, état des personnes résidant dans l’étendue du (ancien) IXe arrondissement de Paris, qui ont obtenu la médaille de Juillet et auxquelles, à l’occasion des trois journées de Juillet, il a été accordé une somme de vingt-cinq francs (sous le seul nom de Conille) ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832.