Connaissant, Jean, Auguste

Biographie


Né le 27 décembre 1790 à Sedan (Ardennes). Ancien officier. L’action d’éclat dont il fut le héros avec Benoit Majan (voir ce nom), en prenant une pièce d’artillerie dans la rue Saint-Honoré, fut reprise (mais en citant seulement Majan et sous le seul prénom de Benoit) dans nombre de journaux et d’ouvrages peu après la révolution. Le Constitutionnel du 13 août 1830 fit paraître l’avis suivant : « M. Connaissant, qui assistait à la prise de la pièce d’artillerie de la rue de Rohan, est prié de donner son adresse à la commission chargée par le gouvernement de faire un rapport sur les journées des 27, 28 et 29 juillet, rapport dont est chargé M. Plougoulm, avocat à la cour royale. » Une notice, vérifiée et approuvée par les délégués de la Commission des récompenses nationales, retraça le déroulement des faits auxquels il avait participé. Elle est ainsi rédigée sous le titre d’Affaire du Palais-Royal dans la journée du jeudi 29 juillet et prise de la pièce d’artillerie de la rue Saint-Honoré : « Un bataillon de la garde occupait la place du Carrousel, ayant en avant de son front une pièce de huit pointée sur la rue de Richelieu ; une autre de même calibre, placée rue Saint-Honoré entre les rues du Rempart, Saint-Nicaise, de Rohan et de Richelieu, balayait à mitraille la place du Palais-Royal, protégée par un fort détachement de Suisses et par de nombreux tirailleurs disséminés dans les maisons adjacentes.

»A trois heures un quart, le feu s’ouvrit ; le peuple attaquait sur trois points : la place du Palais-Royal, la rue de Richelieu et celle Saint-Honoré sur les derrières de la pièce engagée ; d’une manière indécise d’abord, le combat s’anima par les pertes qu’éprouvèrent les deux parties, et, à dix heures, le feu devint si vif qu’il fit taire celui de la garde placée au Carrousel, qui, peu d’instant après, opéra avec sa pièce un mouvement de retraite sur les Tuileries. Les efforts du peuple se réunirent alors contre la pièce de la rue Saint-Honoré, dont les décharges multipliées causaient des pertes énormes aux assaillants ! Vainement quelques braves tentèrent de l’aborder ! Accueillis par une grêle de balles et de mitraille, ils succombèrent !

»Il était une heure et demie ; le moment approchait où l’horrible combat que se livraient les enfants d’une même patrie devait cesser ! un seul artilleur (les autres étaient hors de combat) la servait encore à l’aide de trois Suisses qui s’étaient détachés du peloton chargé d’en couvrir les approches. Elle tonna une dernière fois ! et une quinzaine d’hommes tombèrent mortellement frappés !

»Ce fut à cet instant que le sieur Benoit, arrivé depuis peu au combat, se précipita dessus armé d’un sabre seulement, l’entourant de son bras gauche tandis que le droit agitait son arme A moi mes amis ! cria-t-il. Il avait à peine prononcé ces mots que les sieurs : Connaissant, ancien officier, arrivé presque au même instant que le sieur Benoit [Majan] sur la pièce ; sans distinction de rang, Deschamps, Billiet, ex-artilleur, Tremblez, Lussan Pelletier, artiste, Henry Saint-Léger, employé, l’entourèrent, aux acclamations de la foule des combattants ; détachant de suite la prolonge, le sieur Billiet lui fit prendre, avec le secours de ses compagnons, la direction du quartier général de la Bourse.

»Les vainqueurs et leur prise eurent encore à essuyer, en entrant dans la rue de Richelieu, le feu des tirailleurs de la garde, embusqués dans les deux maisons qui forment les angles de la rue de Rohan, et celui des Suisses retranchés dans le Théâtre-Français.

»Tirez ! leur cria une voix, il en restera toujours assez pour la conduire !

»La troupe remonta la rue de Richelieu, traversa l’arcade Colbert, une partie de la rue Vivienne avec la pièce, qui fut remise entre les mains de monsieur Novince (coie Novince, Pierre, François), commandant du poste de la Bourse.

»Les sept individus ci-dessus nommés ont fait la campagne de Rambouillet. »

Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il reçut un secours de cinquante francs le 22 octobre 1830, un secours de vingt-cinq francs le 17 novembre 1830, un secours de vingt-cinq francs le 19 novembre 1830, un secours de cinquante francs le 24 novembre 1830, un secours de vingt-cinq francs le 3 décembre 1830, un secours de vingt-cinq francs le 3 janvier 1831, un secours de vingt-cinq francs le 15 janvier 1831, un secours de vingt-cinq francs le 1er février auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Connoissant, Jean, Auguste sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive et, à titre de cas exceptionnel, une autre indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (il semble bien signer Connoissant), (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 18, passage du Saumon en 1831. Le Constitutionnel, 17 août 1830 ; Le Figaro, 18 août 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IIIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives, liste nominative cas exceptionnels du IIIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 69, 70 ; Archives de Paris VD3 1-2, 1830 Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement, Etat des paiements faits par M. Ternaux, commissaire délégué des récompenses nationales pour le (ancien) IIIe arrondissement, aux veuves, ascendants et blessés dudit arrondissement, années 1830-1831 (M. Ternaux n’a pris les paiements que le 13 octobre 1830) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Connaissant, Auguste) ; Archives de Paris VD6 92 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIIe arrondissement, blessés de 1re classe et liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIIe arrondissement, cas exceptionnels ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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