Considère, Claude, François, Xavier

Biographie


Né vers 1807 à Montbazon (Haute-Saône). Domestique au moins de 1830 à 1832. Il combattit contre les Suisses et les gardes royaux et, une fois ceux-ci vaincus, chercha à préserver leur vie et leur facilita les moyens de se sauver. Ensuite, chez le banquier Laffitte, il contribua à maintenir l’ordre parmi la foule qui se précipitait vers l’hôtel pour le piller, en criant à la foule « Mes amis, il l’abandonne pour nous, je vais la garder pour lui ». Blessé au genou, il reçut un secours de quatre-vingt-dix francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il fut arrêté, le 4 janvier 1832, dans le complot dit des tours de Notre-Dame. Le Moniteur du 5 janvier 1832 relatait ainsi comment s’était déroulée l’affaire : « Aujourd’hui [4 janvier] vers 2 heures du soir, huit individus ayant pénétré dans un escalier des tours de Notre-Dame, qui conduit au bourdon, ont essayé de s’y barricader et tenté de sonner le tocsin, en tirant à la fois du haut de la tour quelques coups de pistolet. Des sergents de ville et plusieurs gardes municipaux appelés sur les lieux, ont monté au clocher et se sont promptement emparé de ces individus, qui ont voulu faire résistance et dont plusieurs ont déchargé leurs armes sur les agents de la force publique. Ils ont même essayé de mettre le feu pour pouvoir s’échapper. Les pompiers en sont facilement venus à bout. Sept de ces hommes ont été conduits à la préfecture de police et le huitième ne peut tarder à être pris. Des instigations ont lieu et d’autres arrestations pourraient avoir lieu. » Les sept personnes arrêtées furent renvoyées devant les assises pour tentatives de meurtres et d’incendie. Elles furent jugées le 21 mars 1832 : quatre furent acquittées ; deux furent condamnées à cinq ans de prison et une, à deux ans. Dans l’article consacré à Moulin, Louis, Henri, de la Biographie des hommes du jour, par Sarrut et Saint-Edme, on trouve le passage suivant concernant Considère : « […] Au commencement de janvier 1832, huit hommes de la classe ouvrière, munis de pain, de cervelas et d’eau-de-vie, montèrent dans les tours de Notre-Dame, et y sonnèrent le tocsin. A peine les premiers coups eurent-ils été entendus, que les tours furent assiégées par une troupe de sergents de ville, d’agents de police et de soldats, et que les conspirateurs furent faits prisonniers. Après une instruction de quatre mois, qui prouva l’état de dénuement de ces malheureux, leur manque de but, de chef, de moyens d’exécution, ils furent renvoyés devant la cour d’assises, où le ministère public eut le triste courage de demander leurs têtes, que la justice du jury lui refusa. Les deux principaux accusés, Brandt et Considère, furent défendus par MM. Moulin et Dupont ; acquittés sur le chef de complot et d’attentat, ils furent condamnés pour non-révélation, et huit jours plus tard le délit de non-révélation était effacé de nos codes criminels ! […]. » Les autres accusés étaient Brandt, Auguste, né vers 1789 à Neufchâtel (Suisse), mécanicien, demeurant 4, quai des Orfèvres ; Deganne, Nicolas, François, né vers 1785 à Mesnil (Marne), bottier, demeurant 8, rue Saint-Julien-le-Pauvre ; Siriot, Auguste, né vers 1792 à Renancourt (Haute-Saône), homme de peine, demeurant 1, rue des Ciseaux ; André, Jean-Baptiste, né vers 1807 à Modène (Haute-Savoie), chapelier, demeurant 24, rue Quincampoix ; Boussaton, Jean, né vers 1804 à Paris, ébéniste, demeurant 4, rue de la Vieille-Tuerie (sic) ; Migne, Jean-Baptiste, né vers 1816 à Paris, ébéniste, demeurant 29, rue Aubry-le-Boucher. Le directeur de la centrale de Clairvaux devait, à la suite de l’incarcération de Considère dans l’affaire des tours de Notre-Dame, en 1832, rappeler, dans ces termes, la personnalité du détenu et les circonstances de sa participation à la révolution de Juillet : « Considère a de bonnes parties. Il est désintéressé, sobre, patient, dur au mal et peu soucieux du danger. Malheureusement ces qualités ont au service d’une intelligence étroite, depuis longtemps travaillée par une pensée mauvaise. Considère a pris une part active à certains actes des journées de Juillet. Il prétend y avoir perdu un cabriolet de place, qui lui appartenait, et a reçu deux blessures pendant le combat, de sorte qu’après l’événement et s’il en faut croire sa version, d’aisée qu’elle était pour un homme de sa classe, sa position est devenue misérable. Ce malheur qu’il a subi, Considère l’attribue au roi personnellement, au roi auquel il prétend s’être adressé par écrit et avoir demandé dédommagement. Sa haine contre le roi est avouée par lui ; elle s’est manifestée persévérante, vivace, énergique. » Au procès du complot des tours de Notre-Dame, il répondit au juge qui lui demandait sa profession Emeutier, et fut condamné, pour non-révélation de complot [en vertu d’une loi qui fut abrogée quelques mois plus tard, comme immorale, selon un des avocats de Considère], à cinq années de prison, sans surveillance, et aux frais. Après le prononcé du verdict, il se leva et, d’un air farouche, cria au président : « On t’en donnera des cinq ans de prison et des frais ! Je te paierai sur la caisse de Louis-Philippe ! » Une source différente (Les Causes célèbres) donne une version différente de ce qu’aurait prononcé Considère, à l’énoncé du verdict ; il aurait dit : « La mort ! la mort ou la liberté ! Prenez mon sang… vous ne l’osez pas… vous avez peur… il faut que le peuple voie comme on traite les hommes de Juillet. » Il fut détenu à Poissy, puis transféré à Clairvaux à raison de sa « mauvaise conduite » et des « propos infâmes » qu’il tint contre le roi, devait expliquer le juge au procès de Darmès, appuyé par la déposition d’un témoin, ancien employé de la centrale de Poissy, qui relata de la même manière les faits : « Lorsqu’il est arrivé à Poissy, il avait l’exaltation d’esprit qu’avaient tous les jeunes gens qui venaient à Poissy comme condamnés politiques ; il était alors fort jeune ; il avait à peine vingt ans. A cette époque il s’était établi quelques caisses de secours ; il était venu quelques dames patronnesses [les dames Laponneraye et Harel, N.D.A] voir ces messieurs ; on les recevait au greffe, parce que le ministre de l’Intérieur avait recommandé qu’on les reçût convenablement ; Ces dames les entretenaient dans des opinions qu’elles partageaient sans doute ; peut-être pour les calmer leur promettaient-elles un meilleur avenir. Considère est un excellent garçon, il avait même beaucoup de générosité pour ses camarades ; souvent il ne prenait qu’une portion des secours qu’on lui offrait, quelquefois même il laissait tout pour les autres, pour ceux qui avaient des femmes à nourrir. Mais, un jour, dans un moment d’exaltation qui avait sans doute été provoquée, ces dames le quittaient en lui disant Adieu ! citoyen, du courage ! dans quelque temps, cela ira mieux ; Tout à coup ce jeune homme, que du reste, j’ai considéré comme fou, s’écrie Quant à moi, je ne serai content que quand j’aurai la tête de Louis-Philippe pour en faire une tête de loup pour balayer les araignées des Tuileries ! » A ce même procès, Considère répliqua que ce n’était point par suite de propos tenus contre le roi qu’il avait été transféré à Clairvaux mais parce que, à plusieurs reprises, il avait réclamé une amélioration dans la condition des prisonniers, auxquels on donnait une nourriture détestable et qui étaient couverts de haillons : « Ce n’est pas pour avoir tenu un mauvais propos que j’ai été transféré à Clairvaux. […] C’est pour avoir réclamé au nom des autres détenus avec lesquels j’étais cependant très malheureux, repoussé par eux comme une bête fauve, parce que je ne voulais pas m’associer à eux. Ils me maltraitaient à tel point qu’un jour, exaspéré par leurs mauvais traitements, je tombai sur plusieurs comme un lion, et je les terrassai sous mes pieds. Ce n’est qu’alors que j’ai été respecté par ces misérables. Longtemps après un détenu vint me dire : Regardez ces légumes qu’on nous donne, ils ont détestables. Vous devriez bien réclamer. Je m’adressai à un gardien nommé Chou-fleur. Père Chou-fleur lui dis-je, faites-moi parvenir auprès du directeur. Il me dit : Oui, mon garçon. En effet, le directeur me fit appeler. Qu’il y a-t-il donc, Considère ? me dit le directeur. Je lui répondis : Je crains qu’il y ait une révolution à Poissy ; les légumes qu’on donne aux détenus sont très mauvais ; on fait deux sortes de pains ; vous en voyez un, l’inspecteur ne voit un aussi, mais ce n’est pas le pain qu’on donne à tous les détenus. Je n’ai pas à me plaindre, moi, parce que le pain qu’on me donne est très bon ; mais les autres détenus en ont de très mauvais. Le directeur me dit : Retournez-vous-en ; j’arrangerai cela. Eh bien ! au lieu de me savoir gré de ma démarche, on m’a mis au cachot pour cette affaire ; Il y avait un nommé Raspail, dont vous avez peut-être entendu parler, qui était à Versailles. Il sut que j’étais au cachot pour cette affaire ; il écrivit tout de suite à Paris et, par son intermédiaire, il fit mettre des lettres dans les journaux, qui s’emparèrent de cela. L’abbé de Mirmont vint ; nous avions des haillons qui étaient couverts de vermine qui nous rongeait ; l’abbé de Mirmont les fit brûler devant lui, et la vermine couvrait tellement ces haillons, qu’on aurait dit qu’ils étaient couverts de sel. Eh bien, j’appris des gendarmes qui me transféraient à Clairvaux que j’étais désigné comme réclameur ; et réclameur c’est ce qu’il y a de pis dans une prison. » Une lettre qu’il adressa à la dame Clément, pour en donner connaissance à la Société des Amis du peuple, lettre cosignée par Deganne, Villedieu, Chauvin, Vayron, Bonnin, Roger et un autre illisible, témoigne, en mars 1833, de la sévérité particulière des conditions de détention dans la centrale de Poissy, où « des coups de fusil ont été tirés aux fenêtres sur des hommes qui demandaient de l’eau, plusieurs malades ont été laissés six jours dans leur chambre, dévorés par la fièvre, sans autre secours que le noir morceau de pain » et dans laquelle les détenus protestaient contre la mauvaise qualité de la nourriture, les vêtements couverts de vermine. Le préfet de Seine-et-Oise rapporta, en effet, que pendant la révolte du 7 mars 1833 à la centrale de Poissy, causée par la mesure qui ordonnait aux détenus de marcher en rang et par deux, Considère et Deganne « s’étaient particulièrement fait remarquer par leur insubordination, les propos menaçants qu’ils avaient proférés et leurs dispositions anarchiques » et relatait ainsi les circonstances de la révolte : « Le jeudi 7, une insurrection a éclaté dans la maison de Poissy. Les mutins ont pris pour prétexte une mesure établie par le directeur, d’après le désir que j’en avais manifesté depuis longtemps, pour faire marcher les détenus deux à deux et en silence, en allant des ateliers au réfectoire, et du réfectoire dans les dortoirs. L’insurrection a d’abord été générale. On a enfermé les détenus dans leur dortoir au pain et à l’eau. Bientôt la moitié d’entre eux s’est soumise au directeur, sans condition. Cependant dans une partie de la maison, les hommes de trois dortoirs ont renversé les cloisons et se sont réunis au nombre de quatre-vingt-deux. Ils ont voulu renverser la cloison du corridor. On leur a annoncé qu’on ferait feu sur le premier qui paraîtrait et en effet un coup de fusil a été tiré sur un homme qui fit mine de sortir par une croisée trouée. Il n’y a eu aucun incident, mais la terreur a changé la disposition des esprits et les a disposés à se rendre. Aux premiers avis que j’ai reçus, j’ai engagé le directeur de la maison de Poissy à déployer la fermeté, l’adresse et la force pour soumettre complètement les révoltés et je me suis tenu prêt à me rendre à Poissy avec toute la force suffisante. Le directeur m’a proposé pour compléter la mesure d’ordre de classer les détenus par atelier, en en faisant coucher et manger les mêmes ateliers aux mêmes dortoirs et aux mêmes tables. Cette disposition m’a paru utile pour que les hommes communiquent moins entre eux et soient plus astreints à être ensemble, et pour que l’ordre et le silence soient obtenus dans les mouvements de la maison. Je l’ai adopté et j’ai envoyé, le dimanche 10, un arrêté au directeur pour le faire mettre à exécution. Le lendemain, 11, l’arrêté a été exécuté. Dix-sept dortoirs se sont soumis sans condition, trois ont proposé de se soumettre avec certaines conditions, trois autres ont persisté dans la révolte. On avait fait descendre les détenus dans le préau ; quatre-vingt-dix hommes de la garde nationale réunis aux sous-officiers sédentaires étaient placés derrière les croisées et prêts à faire feu. Hier mardi 12, le directeur a fait reprendre les travaux aux dix-sept dortoirs soumis. Les six autres sont restés en punition. Enfin, à la fin de la journée, cinq des dortoirs insoumis ont demandé grâce mais la punition a été prolongée jusqu’à aujourd’hui. Tout est donc rentré dans l’ordre et nous avons obtenu un changement fondamental pour la paix à venir, pour le classement selon les ateliers. Un seul dortoir résistait encore hier soir ; c’est celui des détenus politiques. Ils sont au nombre de dix. Le directeur les accuse d’être les premiers auteurs de la révolte. Considère, condamné pour l’affaire des tours de Notre-Dame et Deganne, sont leurs chefs. Ce sont des hommes profondément hypocrites et insoumis, tenant sans cesse les propos les plus menaçants et excitant sans cesse leurs camarades à la résistance. Je vous demande leur translation dans une prison plus éloignée de la capitale, où ils conservent des relations dangereuses et d’où il leur arrive tant de visiteurs qui maintiennent leur esprit d’insubordination. […] » Considère fut en effet transféré d’abord à Clairvaux puis peut-être à Fontevraud. Au cours de sa détention, il fut condamné à une peine supplémentaire de trois mois pour évasion. Au cours de sa détention, il exerçait, selon le directeur de la centrale, « une grande influence » sur Cahuzac et Roger, « une influence moins marquée » sur Vayron, Bérard et Offroy. Il bénéficia de l’amnistie royale le 8 mai 1837, et le ministre de l’Intérieur confiait au préfet de police : « […] Je ne peux vous laisser ignorer que les condamnés politiques amnistiés, sortis de Clairvaux, ont fait entendre quelques cris séditieux au moment de leur départ pour Paris » et recommandait une surveillance particulière sur Considère, bien que celui-ci ne fût pas assujetti à la surveillance légale. A sa libération, il devait, selon un rapport de l’administration être provisoirement hébergé chez la dame Cochet, 66, rue du Faubourg-Saint-Martin. Laffitte ayant eu connaissance de son dévouement de 1830, lui fit remettre deux cents francs, dont un abus de confiance le priva. En 1840, la mère de sa femme ne pouvant plus travailler, il proposa à sa femme d’ouvrir un cabaret, d’y travailler tandis que lui continuerait à travailler chez Laffitte. Il fut arrêté, le 26 novembre 1840, après l’attentat de Darmès, parce que soupçonné d’héberger dans son cabaret des réunions communistes et parce que, aussi, la justice était sûre que Darmès avait déjeuné dans le cabaret de Considère, le jour de l’attentat, qu’il y était peut-être venu chercher l’arme, et qu’il avait en tout cas cherché à cacher cette circonstance, que le hasard avait seul permis à la justice de soupçonner. Un rapport de police, daté du 22 décembre 1840, apportait les renseignements suivants : « En 1837, Considère voyait souvent le père Caunes (voir Caunes, Antoine, Auguste, Elisabeth), compromis dans l’affaire de Fieschi. On le regardait comme étant de la trempe de ce dernier. Dans le mois de juillet 1839, il s’est vanté au café Perinet, boulevard du Temple, que le, 12 mai, il avait convoqué ses hommes à la barrière de Ménilmontant pour prendre part à l’insurrection. Par suite de ses propos, il a été arrêté le 20 juillet, sur mandat de M. Jourdain, juge d’instruction, et il a été saisi à son domicile cinquante-trois pièces politiques. Il a été mis en liberté le 26 du même mois. On a remarqué Considère dans les bandes qui se sont portées le 11 juillet 1839 sur la Chambre des députés pour réclamer la grâce de Barbès. Il annonçait dans les groupes que MM. Arago, Laffitte, Garnier Pagès, et autres viendraient se joindre à eux sur les boulevards. Il voit de temps à autre, lorsque ses occupations le lui permettent, ses anciens amis politiques dont quelques-uns viennent parfois chez lui à Montmartre. Un certain nombre s’y sont réunis entre autres jours le 6 septembre dernier. Dans une réunion à laquelle il assistait récemment chez le sieur Burdel, marchand de vins rue Simon-le-Franc, 9, il disait avoir le moyen de s’emparer des poudres que l’on débite aux carriers pour l’exploitation de la pierre. Considère connaît, dit-on, Darmès ; il aurait eu avec lui de fréquents entretiens politiques. On savait, dit-on, chez lui ce que ce dernier projetait. […] Considère a souvent assisté à des réunions républicaines qui ont eu lieu chez Chevauché, cordonnier rue Béthisy, 19 ; on y disait hier que, si Darmès parlait, il pourrait gravement compromettre Considère. Le jour de l’attentat, Darmès était encore chez Considère à 3 heures et demie ; il y avait mangé un hareng. La veille de la cérémonie funèbre, le 14 décembre, Considère a dit chez Chevauché que la journée du lendemain ne se passerait pas sans coup de fusil, et qu’il ne serait pas le dernier à entraîner ses amis politiques. » Considère connut Darmès dans le quartier de la Chaussée-d’Antin. Il dit avoir connu Duclos, autre accusé de l’affaire Darmès, dès 1824, et s’être rendu chez lui en 1837, peu après son amnistie, afin qu’il lui procurât un emploi : « Lorsque je suis sorti de prison, on m’a adressé à M. Milon, cocher de cabriolet, qui m’a recommandé à Valentin pour tâcher de me procurer de l’ouvrage, mais M. Laffitte m’en ayant proposé dans la plâtrière de la butte Chaumont avant de me recevoir comme garçon de recette, je ne puis profiter des bonnes dispositions de Valentin ni de celles de Milon. » En 1840, Considère gagnait mille francs de gages comme garçon de caisse chez MM. Laffitte et Cie et son frère était employé comme concierge. A ces revenus, il ajoutait ceux que lui procurait son activité de marchand de vins à Montmartre, rue de Vieux-Chemin, n° 8, qui était alors une bâtisse où il avait une cour avec tonnelle, une chèvre, des pigeons et des lapins. Le nom de Considère apparut dans la procédure dès le 27 octobre : il fut signalé par le préfet de police « comme ayant été très lié avec le régicide Darmès et ayant avec lui de fréquentes conversations politiques », comme connu lui-même pour être violemment hostile au gouvernement de Juillet et comme tenant un établissement qui était un lieu habituel de réunion des communistes. Après plusieurs interrogatoires pendant lesquels Darmès ne dit pas un mot sur Considère et chercha à le protéger, par des mensonges sur son emploi du temps pendant la journée du 15 octobre, il fut bientôt obligé de reconnaître que c’était chez Considère qu’on l’avait vu monter peu avant l’attentat et qu’il y était allé déjeuner. Ne voulant pas nier une visite que la justice allait peut-être bientôt pouvoir prouver, Darmès convint qu’il était sorti de chez lui vers 14 heures, que, après avoir fait quelques tours dans le quartier, il s’était rappelé qu’il devait 1 franc et 25 centimes à un nommé Considère, dont la femme tenait un cabaret à Montmartre ; qu’il y était allé, voulant profiter de ce qu’il y mangerait, pour payer ses dettes ; que, quand il eut mangé et payé, vers 15 h 15, il était redescendu vers Paris et s’était rendu chez lui pour s’armer, et qu’il en était parti vers 16 h 45. Il précisa qu’il n’avait pas vu Considère, dont il avait trouvé la femme et la mère alors seules dans l’établissement. Mais comment croire que Darmès, sachant que le roi était arrivé et étant décidé à aller tirer sur lui, se fût préoccupé de consacrer plusieurs heures au remboursement d’une misérable dette d’un franc et quelques centimes ? Mais, surtout, c’est entre 15 heures et 16 heures qu’on l’avait vu monter vers Montmartre. Et s’il convenait d’y être allé, d’y avoir mangé et reconnaissait lui-même avoir été présent dès 17 heures sur la place de la Concorde, comment, en deux heures, avait-il pu se rendre à Montmartre, y déjeuner, retourner chez lui, et gagner la place de la Concorde ? Tout semblait plutôt indiquer que, le 15 octobre, en sortant des bureaux de la compagnie d’assurances, il était allé au Carrousel s’assurer de l’arrivée du roi ; qu’il était rentré chez lui pour prendre sa redingote qui lui était nécessaire pour cacher sa carabine ; qu’il en était ressorti aussitôt afin d’aller chercher ses armes – qu’il n’avait pas emportées de chez lui puisque de nombreux témoins l’avaient vu sortir sans elles et qu’il n’était pas retourné chez lui par la suite – ; que la longue course à Montmartre, chez Considère, ailleurs peut-être, n’avait eu pour objet que la recherche des armes. Rapidement, la justice ne vit plus en Considère que l’homme chez lequel Darmès était venu chercher des armes ou des complices, et rappela ainsi à Darmès : « Vous n’aviez pas chez vous l’arme dont vous vous êtes servi. Vous aviez essayé de tromper la justice sur l’origine de cette arme. [...] Vous ne l’aviez pas lorsque vous êtes sorti de chez vous. On ne connaît, dans la matinée du 15, qu’un seul homme chez qui vous êtes allé, c’est Considère. [...] Quand on vous parlait du cabaret de Considère, vous sembliez ne pas le connaître ; vous ignoriez même le nom du propriétaire et, cependant, c’est un de ceux où vous alliez le plus souvent ; vous y avez été vu par plusieurs personnes. C’est un lieu où se réunissaient des membres de la Société des Communistes, où l’on s’entretenait le plus des principes de la communauté. » Devant toutes ces insinuations, Considère prétendit ne pas connaître Darmès et ajouta sur le fait que Darmès pouvait être venu chercher des armes dans son cabaret : « Je suis hors barrière ; si M. Darmès était venu chercher des armes ou des complices à la maison, en passant à la barrière, ses armes auraient sans doute été arrêtées par les douaniers et l’on aurait conduit au corps de garde. Il est donc impossible qu’il soit venu chez moi chercher des armes et encore moins des complices. – Cette explication n’est pas satisfaisante ; car il aurait pu passer à la barrière sans que l’on vît ses armes, comme il a passé devant plusieurs corps de garde dans Paris. – Oh ! C’est bien différent, monsieur le président ! car un jour j’ai voulu passer seulement une chopine de vin à la barrière, et on m’a arrêté. A plus forte raison, si j’avais eu des armes sur moi. » Considère fut finalement acquitté par la Cour des pairs, le 24 mai 1841. Ni Duclos ni Considère ne furent reconnus par les témoins qui affirmaient que plusieurs individus étaient au côté du régicide au moment de l’attentat ; la défense de Considère réussit à démontrer qu’il était peu probable qu’il eût quitté ses bureaux à un moment ou à un autre de la journée du 15 octobre : c’était un jour de paiement, sa présence était indispensable et on n’eût pas manqué de remarquer toute absence de sa part ; les déclarations de ses collègues, affirmant qu’il n’était pas sorti de la journée, rendirent impossible sa participation à l’attentat. En 1841, il fut de nouveau compromis, dans l’affaire Quenisset. Le rapport d’instruction parle de lui dans ces termes : « Il est peu de noms plus tristement célèbres, dans l’histoire de nos désordres civils depuis onze ans, que celui de Considère. Condamné en 1832, dans l’affaire dite des tours Notre-Dame, ainsi que Deganne dont il a épousé la fille [vers 1838, N.D.A.], Considère n’a dû sa liberté qu’à l’amnistie de 1837. Ni la sévérité de la justice ni la clémence n’ont pu calmer la haine que Considère paraît ressentir contre le gouvernement formé en 1830 et contre la personne du roi. Depuis que l’amnistie a ouvert les portes de sa prison, Considère n’a cessé de se faire remarquer entre les plus violents, par l’exagération de ses opinions républicaines et anarchiques. » A l’accusation d’avoir hébergé des réunions communistes, il répondit : « Quand des personnes viennent dans un cabaret, dépenser leur argent, on ne leur demande pas quelle est leur opinion. » Il était de plus soupçonné d’appartenir lui-même aux sociétés secrètes parce que son nom se trouvait, sous le numéro 384 des listes saisies chez Lambrien, et que celui-ci déclara contenir les noms des individus qui assistèrent au banquet communiste de Belleville. Il protesta une nouvelle fois de son innocence: « Je ne sais pas pourquoi on m’a arrêté : je vois bien qu’on me persécute. Si encore on m’arrêtait en flagrant délit, si on pouvait me dire : “Nous vous prenons.” Mais on vient m’arrêter dans mon lit, au sein de ma famille, dont je suis le seul soutien. Je fais mon service comme un honnête homme ; je ne suis coupable de rien ; je ne répondrai à aucune question. » Sur le fait que Napoléon Bazin fréquentait son établissement : « Ce Napoléon Bazin ne servait-il pas d’intermédiaire entre vous et les chefs communistes du faubourg Saint-Antoine ? » il répondit en ayant soin, comme nombre de républicains, de retirer le saint : « Je ne connais pas plus de chefs communistes dans le faubourg Antoine qu’ailleurs. » Il refusa de signer toute déposition : « Je ne signerai rien de ce qu’on fera ici. Moi, je suis un malheureux sans instruction. » Au procès, il nia être au courant de quoi que ce fût : « Depuis que je suis sorti de prison, je me suis privé de journaux, de livres et de tout ce qui pouvait me compromettre. Ce n’était pas pour aller former une fabrique de bombes chez moi. » Et sur les réunions politiques : « Ils auraient été bien mieux au milieu de la place du Carrousel. Ma femme ne pouvait pas aller à la boucherie sans être suivie par deux agents. J’ai une chèvre avec des petits ; quand mon ouvrage était fini, je les conduisais paître dans les carrières de Montmartre. Je me voyais toujours suivi par deux ou trois individus. On peut le demander à M. le préfet de police, il le sait bien. C’eût été vouloir se perdre que de venir chez moi. – Qu’alliez-vous faire dans les carrières de Montmartre ? Ces carrières, quand on a de mauvais projets, celui par exemple, de fabriquer de d’essayer des projectiles, seraient un lieu assez commode. – Je savais qu’il y avait des hommes de la police qui étaient en haut de Montmartre pour voir tout ce que je pouvais faire. Il n’y a pas d’endroit où l’on soit moins caché que dans cet endroit. Les carriers travaillent d’un côté ; le monde se promène de l’autre. » Et à la question s’il connaissait Darmès, il répondit : « Oui, vous le connaissez aussi, vous l’avez vu comme moi. » Il fut acquitté à l’issue du procès. Il fut arrêté dans l’affaire de la Fraternité universelle, le 4, ou 5, ou 6 mai 1842, et inculpé de complot contre la sûreté de l’Etat. La liste des personnes arrêtées était ainsi établie : Considère, Claude, François-Xavier, né vers 1810 à Montbazon (Haute-Saône), brocanteur, demeurant 3, rue Royale à Montmartre ; Lambrun, né vers 1801 à Tichelieu (Indre-et-Loire), marchand de vin, demeurant 36, rue des Marais-du-Temple ; Boulogne, Elysa femme Lambrun, née vers 1812 à Verrières (Seine-et-Marne), demeurant 36, rue des Marais-du-Temple ; Barre dit Delorme, François, Charles, né vers 1787 ou 1801 à Chartres (Eure-et-Loir), cordonnier, demeurant 4, rue Petrelet ou Pétrel ; Piégard, Pierre, Sainte-Croix, né vers 1792 aux Andelys (Eure), passementier, demeurant 357, rue Saint-Denis ; Leblanc, Jean-Louis, Adolphe, né vers 1820 à Blagny (Ardennes), garçon marchand de vins, demeurant 8, rue de Vannes ; Poncelet, Louis (voir Poncelet, dit Chevalier, Louis), né vers 1802 à Stenay (Meuse), cordonnier, demeurant 26, rue Neuve-du-Luxembourg ; Ory, Jean-Pierre (ou Orry, Jean-Pierre), né vers 1807 à Châteaugonthier (Mayenne), tailleur, demeurant 3, passage Violet ; Rabeau, Renée, femme Ory, né vers 1807 à Châteaugonthier (Mayenne), couturière, demeurant 3, passage Violet ; Ory, Auguste, Louis (ou Orry, Auguste, Louis), né vers 1816 à Châteaugonthier (Mayenne), menuisier, demeurant 3, passage Violet ; Merard, Opportune, né vers 1811 à Olonne (Oise), couturière, demeurant 39, rue des Vieux-Augustins ; Meindre, Jean, né vers 1807 à Maladet (Cantal), garçon marchand de vin chez Lambrun 36, rue des Marais-du-Temple, y demeurant ; Delahaye, Adolphe, né vers 1803 à Lassay (Mayenne), bottier, demeurant 40, rue de la Ferme-des-Mathurins ; Grenèche, Charles, François, né vers 1799 à Montmorency (Seine-et-Oise), serrurier, demeurant 61, rue Lafayette ; Leroux, Fany, femme Grenèche, née vers 1803 à Paris, blanchisseuse, demeurant 61, rue Lafayette ; Feret, Edouard, né vers 1810 à Morienval (Oise), demeurant 12, rue de Meaux près de la barrière du Combat ; Billerey, Jeanne, née vers 1802 à Grattery (Haute-Saône), couturière, demeurant 15, rue Tronchet ; Géodière, Jacques, Vincent, né vers 1800, à Grattery (Haute-Saône), tailleur, demeurant 15, rue Tronchet ; Guenot, Alexis, né vers 1814 à Paris, imprimeur, demeurant 348-350, rue Saint-Jacques ; Thomas, Auguste, né vers 1800, à Nulendorff (Suisse), menuisier, demeurant 348-350, rue Saint-Jacques ; Brohan, François, Philémon, né vers 1798 à Chemebrun (Eure), bottier, demeurant 3, rue Poupée (qui fut relaxé sur ordre du préfet). Il participa à la révolution de Février. Il signa, en 1848, une attestation en faveur de Collet, Fortuné, attestant la participation de ce dernier à la révolution de Février. Il signa, le 20 septembre 1848, le certificat suivant en faveur de Simond, Joseph, François, quand celui-ci déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Les soussignés, ex-détenus politiques et républicains ayant travaillé depuis 1830 au renversement de la royauté, certifient que le citoyen Simond, Joseph, François, rue des Promenades à Montmartre, serrurier-mécanicien, s’est toujours trouvé dans leurs rangs lorsqu’il y avait du danger à courir, qu’il fut toujours sincèrement dévoué à la cause de la liberté et du progrès, pour lesquels il a souvent eu à souffrir dans ses intérêts, ce qui le rend d’autant plus recommandable qu’il est père de sept enfants en bas âge. Nous, soussignés, le recommandons donc à la Commission des récompenses nationales comme un bon citoyen digne de toute sa sollicitude. » Nous reproduisons le passage suivant de sa biographie rédigée pour le Dictionnaire du mouvement ouvrier de Maitron, et qui apporte des indications supplémentaires mais qui restent à vérifier : « […Après 1842] Par la suite il entra en relation avec une des notabilités du parti légitimiste, Cbarbonnier de la Guesnerie, puis tenta, en janvier 1847, d’organiser un banquet bonapartiste. Dans les premières semaines de la révolution de 1848, placé sous la direction de Hygonnet, il commandait un groupe de soixante hommes armés qui assurait la protection des ministres Ledru-Rollin et Crémieux. Sous ses ordres se trouvaient entre autres Penaud, ancien maître maçon, Goudchaux, Cahaigne... Il participa ensuite avec une partie de ses hommes à l’envahissement de l’Assemblée nationale. » L’ouvrage donne les sources intéressantes suivantes : Archives nationales CC/934 ; Archives de Paris DY8 ; Archives de la préfecture de police DA245 ; Gazette des tribunaux, 8 septembre 1832 ; Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même, Paris, Marchant, 1840, 4 volumes, tome 1, p. 371-374. Considère était marié à Deganne, Rosalie, Françoise, née vers 1817 à Paris, fille d’un de ses coinculpés de l’affaire des tours de Notre-Dame. Il demeurait dans le quartier de la Chaussée-d’Antin depuis 1823 jusqu’à 1840, dont 4, rue Ménard en septembre 1830 et 13, rue Saint-Nicolas-d’Antin en 1832 ; 4 place Sainte-Opportune en 1836-1837, puis 30, rue des Martyrs puis 31, chaussée des Martyrs ; 8, place la Fontaine ou 8, rue du Vieux-Chemin à Montmartre en 1841. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel (sous le nom de Considère, François) ; Le Moniteur, 5 janvier 1832 ; Le Moniteur 13 février 1833 ; Répertoire général des causes célèbres anciennes et modernes Par Edme Théodore Bourg Saint-Edme, chez Rosier, Paris, 1835, p. 303 et suivantes ; Archives nationales CC/773 dossier Considère ; Archives nationales CC/776, audience du 24 mai 1841 p. 32 ; Archives nationales CC/782 d Considère ; Archives nationales CC/784 procédure devant la cour ; Archives nationales CC/785 1re séance ; Archives nationales CC/794, rapport de Bastard ; Archives nationales F/1dIII/50 in dossier Collet, Fortuné ; Archives de la préfecture de police AA 410 in dossier Quenay, François, Hubert (où quand il fait valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, Quenay, François, Hubert dit être connu de Considère) ; Archives de la préfecture de police AA 414 in dossier Simond, Joseph, François ; Archives de la préfecture de police AA 426, attentat Quénisset et autres ; Attentat du 13 septembre 1841, Interrogatoire des inculpés, Imprimerie royale, Paris, 1841, p. 306-308 ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, membres de l’Institut historique, Paris, chez Krabe, 1836, tome 1er 2e partie, pp. 162-173 in l’article sur Moulin, Louis, Henri ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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