Cordier, Victor, Joseph
Biographie
Né le 31 novembre 1800 (le 9 décembre 1801 in Archives nationales F/1dIII/39) à Vitry-le-François (Marne). Ouvrier, ferblantier lampiste. Déjà blessé en 1827 aux affaires de la rue Saint-Denis, il participa activement aux journées de Juillet. Le 27, rue Croix-des-Petits-Champs, au moment des fusillades et de la résistance occasionnée pour venger une femme qui baignait dans son sang et trois hommes tués sans armes, il aida à enfoncer la boutique de Provoto, arquebusier vis-à-vis du passage Véro-Dodat. Le 28, placé dans une diligence qui formait une barricade dans la rue de Cléry, du côté de la rue Montmartre, il continua de faire feu pendant que la garde chargeait et ne cessa de tirer jusqu’après la retraite dudit régiment. Le 29, il participa à la prise de l’Hôtel de ville et, pendant l’envahissement du palais du Luxembourg, prit sous sa responsabilité la conservation des objets qui y étaient renfermés. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 29 juillet 1830 au moment où un fort détachement de citoyens armés s’emparèrent du palais du Luxembourg pour y arborer les couleurs nationales, le nommé Cordier, Victor, paraissant commander ce détachement sous les ordres d’un jeune homme de l’Ecole polytechnique, prit sous sa responsabilité la conservation des objets d’art renfermés dans la galerie dudit palais, sur l’avis et les craintes que je lui témoignai que quelques tableaux ne devinssent un objet d’effervescence, ce qui aurait pu conduire à des désordres et à des pertes irréparables. C’est avec plaisir et je me trouve heureux d’avoir l’occasion de témoigner à ce brave citoyen toute l’estime que m’inspira sa conduite modérée et qui semblait présager cette belle maxime qui régit tout bon Français : Liberté, ordre public. » Signé, le 3 septembre 1830 : Menessier, concierge du musée du Luxembourg. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, atteste et certifie sur l’honneur qu’il est à ma connaissance que le nommé Cordier, Victor a pris une part active aux mémorables journées de Juillet et notamment à celle du mercredi 28, où, placé sur une diligence qui formait barricade à la rue de Cléry du côté de la rue Montmartre, il resta, lui deuxième, pendant qu’un régiment chargeait et faisait feu dans ladite rue et que le susdit n’a cessé de faire feu qu’après la retraite dudit régiment. » Signé, le 3 septembre 1830 : Marie, cordonnier, demeurant dans le quartier Saint-Eustache. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Victor Cordier s’est trouvé avec moi le 27 juillet dernier rue Croix-des-Petits-Champs au moment du feu et de la résistance patriotique occasionnés pour venger une femme baignée dans son sang et plusieurs hommes tués sans arme et qu’il a aidé à enfoncer, malgré la résistance de nos ennemis la boutique du sieur Provoto, arquebusier vis-à-vis du passage Véro-Dodat. » Signé : Bizon, lampiste, garde national à la 1re compagnie du 1er bataillon de la IIe légion de la garde nationale, demeurant 20, rue de Valois au Palais-Royal. Il refusa la médaille qui lui avait été attribuée auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et réclama la croix. Il était alors père de famille. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il prit part à l’insurrection de juin 1832, d’avril 1834 et sans doute de mai 1839. En 1834, la Tribune du 1er avril (2e page, 6e colonne) retranscrit ainsi son opinion : « Citoyens, l’Union de Juillet a décidé qu’elle ne se soumettrait pas à la loi antisociale du renégat carbonaro ministre Barthe. Je ne fais partie ni de l’Union de Juillet ni d’aucune autre association mais je jure de répondre présent au premier appel fait contre cette monstruosité. » Le journal le Bon Sens du 7 juillet 1833 (7e supplément industriel, 6e colonne) reprit sa protestation devant l’initiative d’une députation d’une cinquantaine de décorés de Juillet qui étaient allés complimenter le roi le jour de sa fête, le 1er mai et « qui représentaient, disait-il, les décorés de Juillet à peu près comme les électeurs représentent la majorité des Français ». En 1837, il entra, sous la protection d’Horace Vernet entre autres, et « en cachant pour ainsi dire [son] titre de décoré de Juillet » comme lustrier au garde-meubles de l’administration de la liste civile. En 1848, il était lustrier, marié, père d’un enfant et membre du club central républicain. Cette même année, craignant que son emploi, qui dépendait de la liste civile ne fût supprimé, il sollicita comme récompense de la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, une place de « chef lustrier vacante soit à Paris soit dans un des châteaux qui seraient conservés tels que Fontainebleau, Saint-Cloud, Versailles, Compiègne ou Trianon, dans le cas où ceux qui occupent ces places viendraient à être renvoyés pour quelque cause que ce soit ». Il accompagnait sa signature des trois points maçonniques. Il combattit et fut blessé en juin 1848 dans les rangs de l’ordre. Il fut effectivement réformé, en 1849, de son emploi de lustrier et devint ouvrier ferblantier. Les renseignements de police disaient de lui à cette époque : « Honnête homme ; dévoué à l’ordre, conduite irréprochable ». Il reçut soixante francs de secours en 1851. Il demeurait 52, rue Saint-Denis (52, rue du Faubourg-Saint-Denis in Archives de Paris VD6 334, in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives nationales F/1dIII/35 B) en 1831 ; 36, rue de la Lune en 1848 ; 14, rue Beauregard en 1848 ; 34, rue de la Lune en 1850 ; 14, rue Beauregard, un loyer annuel de cent trente francs en 1851. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/50 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif de décorés, médaillés, blessés ou combattants de juillet 1830 et veuves de décorés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, courrier en date du 6 décembre 1850, minute 142-147, idem Courrier au ministre de l’Intérieur, en date du 28 janvier 1851, sur une proposition d’accorder à 28 décorés, 119 médaillés, 20 veuves de décorés ou de blessés, 16 blessés de Juillet 1830, 4 femmes de médaillés, 1 orphelin et 1 mère de médaillé décédé, des secours s’élevant ensemble à la somme de 10.875 francs, minutes 159-163.