Cornuault, Pierre

Biographie


Né le 30 mai 1798 à Noireterre (Deux-Sèvres). Etudiant en médecine. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Il relatait ainsi sa participation aux journées de Juillet : « Le 27. Résisté à la gendarmerie sur la place du Palais-Royal vers une heure après-midi. Même résistance rue Saint-Honoré peu après. Tentative d’enlever un citoyen qu’emmenait une patrouille de gendarmes sur le quai de la Mégisserie et place du Châtelet vers 4 heures. Harangué dans les groupes pour exciter à l’insurrection, sur la place Vendôme, vers midi, jardin du Palais-Royal dès le matin et vers une heure puis à la place du Palais-Royal, rue Saint-Honoré. Puis harangue d’indignation après avoir vu tomber les premières victimes dans la rue Saint-Honoré et rues voisines, quai de la Mégisserie et place du Châtelet, quai aux Oiseaux, quai Pelletier, place de Grève et rue de la Mortellerie, où je rentrai pour écrire des placards destinés à être distribués le lendemain dans les groupes. Copie : “Parisiens, nos frères. Laisserez-vous égorger vos femmes et vos enfants, vos frères et vos amis sans les défendre ? La Charte est déchirée. Charles X est parjure, il a violé ses serments et ses indignes ministres aidés de leurs gendarmes se trempent dans le sang de nos concitoyens assassinés dans la rue Saint-Honoré comme autrefois sur les barricades de la rue Saint-Denis. Depuis hier, on nous égorge parce que nous refusons d’être esclaves. Votre indignation, que nous partageons, nous vengera de ces horribles attentats. Armons-nous Parisiens, soyons unis, la liberté est à ce prix. Jurons de venger nos frères ou de périr avec eux. Aux armes ! ! ! Vengeance ! ! ! Liberté ou la mort ! ! ! Tout Paris s’apprête au combat et désormais toute résistance est légale. La France entière se soulève contre les ordonnances et se prépare à nous venger, l’Europe nous contemple. Prouvons aux tyrans que pour être libre il suffit de le vouloir. Aux Armes ! ! !” Le 28. A 5 heures du matin sur la place de Grève, harangue et distribution de placards dans les groupes nombreux d’ouvriers, les quais, ponts, puis au Palais-Royal, de Justice et place du Pont-Neuf. Là, aidé de jeunes gens armés de bâtons qui brisaient les réverbères, je tentai d’arrêter un officier supérieur de gendarmerie et deux gendarmes à cheval qui passaient au galop, se dirigeant vers la rue Dauphine, puis un gendarme à pied poursuivi par la foule me renversa par terre au moment où je le saisis pour l’arrêter, il se sauva par le quai de la Vallée (?). Nous regrettâmes son évasion, nous le présumions porteur d’ordres importants. Parcouru le quai de l’Ecole, place de l’Ecole, rue Saint-Germain-l’Auxerrois, place du Louvre, rue du Coq-Saint-Honoré, rue Saint-Honoré, Croix-des-Petits-Champs, Montesquieu, les galeries du Palais-Royal, la rue Richelieu et les boulevards où j’eus de nombreuses occasions de haranguer les groupes, distribuer des placards et encourager les jeunes patriotes, peu nombreux, que je rencontrai armés. Aidé à la démolition du corps de garde de Bonne-Nouvelle, qui venait d’être désarmé. Aidé à former cette première barricade. Aidé à faire la barricade de la porte Saint-Denis peu après, là un légionnaire dirigeait le travail. 7 heures et demie à peu près là, harangues, distributions de placards, ainsi que sur les boulevards et la rue Saint-Martin et du Temple puis arrivé à la grève au moment où la gendarmerie venait d’abandonner le poste. Là encore, harangues et dernières distributions. Rentré chez moi peu après, démolition du poste du Port au blé auquel je ne pris point de part. J’arrivai à temps pour former la barricade. Rentré pour écrire de nouveaux placards et me procurer des armes, les premiers coups de feu de la Grève m’arrachèrent à cette occupation. Après la première épouvante, qui avait fait fermer toutes les portes, je courus faire ouvrir les portes d’allées, avec injonction de ne les fermer qu’aux troupes. Ayant procuré ce refuge aux habiles tirailleurs, qui se battirent toute l’après-midi devant chez moi, je fis rassembler tous les métaux fusibles, vaisselles ou autres, puis le plomb des toits pour fabriquer des balles qui manquaient. J’établis ensuite une petite ambulance, où mon linge fut converti en charpie, compresses, bandes etc. par mes nombreux voisins et voisines, eux-mêmes en fournirent du leur. Je sortis ensuite pour porter secours aux blessés et relever les morts. J’arrachai à la fureur de quelques combattants pris de vin trois soldats du 50e de ligne dont un, le nommé Tersin Auguste, sergent, était grièvement blessé. Je les mis en sûreté et pansai le blessé. Je pansai Alexandre Henri (voir Alexandre, Henry), belge de nation, grièvement blessé à la cuisse droite, Chorié Auguste, Copé chef de peloton, un nommé François et autres, que je recueillis ou qui me furent amenés. Je parcourus les environs de la place de Grève, le soir, après que feu fut ralenti et en recueillis un grand nombre que je pansai chez moi. Je m’étais procuré un fusil ; il me fut inutile et le nommé Picard, mon voisin, me l’enleva. Je sais qu’il en fit bon usage. Le 29. Je fis placer mes blessés et les prisonniers puis j’organisai le travail des barricades qui furent faites de très près et promptement nous fûmes aux casernes des Célestins et de l’Ave Maria où des armes étaient disait-on distribuées, mais en vain. A la mairie pas plus, à l’Hôtel de ville, je me procurai enfin un pistolet d’arçon mais les Suisses fuyaient déjà vers Saint-Cloud. Je passai la nuit en armes à l’Hôtel de ville après avoir fait garnir toutes les croisées de la rue de pavés. Depuis j’ai pris une part très active à la consolidation de l’œuvre de Juillet, soit par mes actions soit par l’influence que ma qualité d’étudiant m’a donnée dans mon quartier sur les nombreux ouvriers qui l’habitent. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement (sous le nom de Cornuau, Pierre sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il réclama la croix en échange de sa médaille. Il signa deux certificats en faveur de Alexandre, Henry. Le premier certificat, ainsi rédigé, le 13 mars 1831 : « Je certifie que le nommé Alexandre, Henri a été blessé le 28 juillet 1830, étant armé d’un fusil et se battant sur la place de l’Hôtel de ville ; qu’il a été atteint en même temps de deux coups de feu, l’un qui a effleuré les téguments du scrotum dans une étendue d’un pouce ; l’autre qui a traversé la cuisse droite d’avant en arrière à la partie supérieure et interne, blessures que j’ai pansées chez le sieur Villemot, marchand de vin, rue de la Mortellerie n° 126. » Le deuxième certificat, ainsi rédigé, le 31 mars 1831 : « Je, soussigné, certifie que le 28 juillet dans l’après-midi lors du combat de la place de Grève, j’ai vu le nommé Alexandre, armé d’un fusil, se battre contre les troupes dans la rue de la Mortellerie et les rues adjacentes ; qu’il a été blessé sur la place de Grève, où il s’était avancé après que les troupes eurent été refoulées des abords de la rue de la Mortellerie dans le renfoncement en face l’Hôtel de ville. Je le pansais, le transportais chez lui et lui donnais mes soins jusqu’à ce qu’il eut été transporté à l’ambulance cloître Saint-Méry. » Il signa le certificat suivant en faveur de Chantelus, Jean-Jacques, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé : « Je certifie que le nommé Jean-Jacques Chantelus a combattu dans les grandes journées de Juillet et s’est fait remarquer par son courage et son dévouement, ayant toujours montré du désintéressement, n’ayant rien demandé et apprenant que quelques secours sont accordés aux non blessés, il espère y avoir part. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Cornuau), auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 126, rue de la Mortellerie en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 (une fois sous le nom de Cornuot et une autre fois sous le nom de Cornuau) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IXe arrondissement (sous le nom de Cornuau, Pierre, faire le changement ?) ; Archives nationales F/1dIII/50 ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Henri, Alexandre ; Archives nationales F/1dIII/82, état des personnes résidant dans l’étendue du (ancien) IXe arrondissement de Paris, qui ont obtenu la médaille de Juillet et auxquelles, à l’occasion des trois journées de Juillet, il a été accordé une somme de vingt-cinq francs (sous le nom de Cornuau) ; Archives de la préfecture de police AA 377 in dossier Chantelus, Jean-Jacques.

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