Coupey, Jean
Biographie
Domestique. Il déposa, le 15 septembre 1831, un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), adressant la lettre suivante à la Commission : « Je viens joindre mes réclamations aux vôtres, pour obtenir justice de ce gouvernement, qui, oubliant son origine et ses promesses de l’année dernière, laisse dans la misère ceux à qui il doit son existence. Ses sympathies pour les parjures, pour les valets de tous les despotismes, ses méfiances, ses persécutions contre les patriotes montrent clairement qu’il est parjure à l’égard des hommes de Juillet et que ce sont eux seuls qu’il craint. Nos plaintes soutenues par l’honorable Alexandre de Laborde, qu’on trouve partout où il y a quelque bien à faire, devraient-elles échouer ? Nous pouvons encore nous féliciter, en pensant que nous contribuons à faire connaître à la France l’ingratitude, la mauvaise foi et les desseins liberticides de ceux qui nous gouvernent. Voici mes réclamations. Domestique chez la dame Boutin, demeurant rue Saint-Hyacinthe n° 6, ce ne fut que le 29 juillet qu’étant parvenu à m’armer d’un fusil à deux coups je pus prendre part aux combats. Je ne donnerai pas ici les preuves de ce que je vais avancer. Le onzième jury les a tous constatés, les preuves en main. Je fus acteur dans les combats qui furent livrés au Louvre, aux Tuileries et dans les environs du Palais-Royal. Sur la place même de ce palais, je luttais contre deux Suisses. J’en abattis un et je désarmai l’autre et, malgré quelques furieux, je lui sauvai la vie. Ayant pénétré au château d’eau, je vis le concierge et sa fille aux mains de plusieurs autres furieux qui se portaient aux dernières violences, qui les menaçaient de les tuer. Ce ne fut qu’en menaçant moi-même ces derniers de faire feu sur eux que je parvins à faire relâcher le concierge et sa fille et à les mettre en lieu de sûreté. Après avoir combattu encore quelque temps les soldats embusqués dans les maisons, j’entrais dans le Palais-Royal. Là, je fus choisi pour faire sentinelle dans l’antichambre du duc d’Orléans. J’y restais près de quatre heures. Tout étant alors terminé, je revins chez la dame Boutin. Cette dame, connue par ses opinions carlistes (ses voisins l’ont entendue pendant les trois jours dire aux gendarmes en parlant du peuple Massacrez cette canaille), n’eut pas plus tôt appris que j’avais combattu qu’elle me renvoya. Comptant sur les promesses qui furent faites aux combattants de Juillet, je me mis à exercer provisoirement l’état de cordonnier, que je connaissais un peu. Sachant lire et écrire, je fis une pétition, dans laquelle je demandai à être placé dans les douanes. Dans le mois d’août de l’année dernière, je reçus une lettre du ministre des Finances. Il me disait qu’ayant égard à mes droits justement acquis il avait transmis ma lettre à qui de droit et que je serai incessamment placé. Depuis ce temps, je ne fatiguais plus les ministres de mes demandes et je fus complètement oublié. Ayant appris que j’étais porté parmi les décorés de la médaille, je me présentai à la mairie de mon arrondissement. Mon nom, inscrit dans le Moniteur, ne se trouva pas dans la liste du maire et je n’ai rien reçu. Je le répète, j’ai fourni au (ancien) onzième arrondissement les preuves par écrit ou par témoignage de tous ces faits. Vous apprécierez encore mieux la justice de mes réclamations en apprenant qu’il y a cinq mois que je suis sans travail et que je vis d’emprunt et pour ainsi dire de commisération de ceux qui me connaissent. Je désire vivement que le gouvernement qui nous doit son origine nous accorde une juste réparation. Veuillez agréer etc. » Il demeurait 8, rue Saint-Thomas-d’Enfer en 1831. Archives de la préfecture de police AA 381.