Couturieux, Dominique
Biographie
Né le 21 janvier 1788 (par erreur le 21 janvier 1781 in Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 34) à Mirecourt (Vosges), fils naturel de Couturieux, Marie, Anne (bien ainsi dans son acte de baptême), mais fils de Couturieux, Bastien, Clément et de Marchand, Marie dans son dossier à la Légion d’honneur, dossier dans lequel est pourtant compris son acte de baptême. Entré au service le 14 octobre 1808, caporal le 15 octobre 1808 au 4e régiment d’infanterie, ayant participé aux campagnes d’Espagne et de Portugal, de 1808 à 1810, sous les ordres du maréchal Ney. Le 27 septembre 1811, à Coimbra au Portugal, il fut blessé et amputé du bras droit et blessé gravement à la cuisse par un boulet de canon, fait prisonnier de guerre, il ne rentra qu’en 1812, fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 17 janvier 1813. Le 6 mars 1813, dans une revue à l’Hôtel des Invalides, où Couturieux avait été reçu comme lieutenant honoraire, l’Empereur lui adressa la parole et lui posa plusieurs questions sur son dévouement, sa jeunesse et ses blessures ; il lui accorda deux cents francs de dotation, pris sur les revenus de la couronne, dotation égale à celle accordée le même jour à tous les capitaines honoraires de l’Hôtel. A la chute de l’Empire, ses droits ne furent pas reconnus et il n’obtint que les trois cent quarante francs de pension, le maximum de l’ordonnance de 1814 fixé pour les amputés d’un membre et quoique sa blessure à la cuisse le handicapât gravement (il était impossible d’extraire la balle fixée dans l’extrémité du fémur sans risquer la mort). Le 28 juillet 1830, il dirigea des assauts et fut blessé de plusieurs contusions reçues à la cuisse droite par des coups de crosse. Il reçut un secours de cent soixante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. On trouve l’appréciation suivante établie à son nom : « […] Ancien militaire ayant trois enfants, indigent, non porté au rôle, incapable de travailler, ayant un membre amputé à l’armée du Portugal et ayant une plaie fistuleuse incurable à la cuisse droite. Cette plaie, devenue grave par un coup reçu dans les journées du 28 et 29 juillet. Je dois dire que je l’ai vu excitant et dirigeant le peuple ; père de famille de trois enfants, on lui doit une attention particulière. » Signé, le 10 février 1831 : Martin, médecin du bureau de charité du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement (sous le nom de Couturiex, Dominique sur les listes de la mairie). Admis dans la 3e classe des blessés, il fut pensionné de trois cents francs (par erreur sous le nom de Couterieux dans les listes du Bulletin des lois). Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. En 1831, il était père de trois enfants et incapable de travailler par suite de ses blessures. A titre de récompense nationale, un de ses enfants obtint une demi-bourse dans un collège. Il sollicita tous les ans une aide afin de se rendre à Plombières pour prendre les eaux, et l’obtint chaque année. Il reçut trois cents francs en 1833, cinq cents francs en 1834. En 1836, les renseignements de police précisaient à son sujet : « […] L’état dans lequel il se trouve par suite de ses nombreuses et graves blessures ne lui permet pas de travailler ; il n’est pas dans une position heureuse ; il a sa charge un fils sorti récemment du collège et qui se destine à l’enseignement. Sa réputation est bonne ». Il reçut cinq cents francs en 1835, en 1836, trois cents francs chaque année entre 1837 et 1848. En 1848, il précisait qu’il ne pouvait plus marcher qu’avec le secours de deux grandes béquilles, et dont une était attachée à l’épaule de son bras amputé. Après la révolution, il se prévalut de son passé républicain et affirmait faire partie de « ceux qui ont souffert pour amener la cause du gouvernement républicain ». Il relatait comment « mécontent contre les fausses promesses de l’ex-roi Louis-Philippe », il prit part à l’insurrection de juin 1832 : « A la mort du brave général Lamarque en 1832, je me suis rendu à la place de la Madeleine lieu du rendez-vous pour le convoi mortuaire. En y arrivant j’y ai aperçu une masse de citoyens de plus de cent mille qui encombraient ladite place et toutes les rues. J’ai entendu les cris. Il n’y a pas d’ordre ; comment allons-nous marcher ? De suite, je me suis mis en devoir de former un premier peloton de soixante hommes, sur vingt hommes de front, en le désignant comme tête de colonne et dont tous les citoyens m’ont prié d’en prendre le commandement, ce que j’ai fait après en avoir organisé plusieurs autres. En ce moment on est venu me prier de me rendre à la maison mortuaire pour garder la tombe et l’accompagner. J’ai répondu que ma présence était plus nécessaire à la tête de la colonne pour la commander, ce que j’ai fait avec honneur jusqu’à la Bastille, où j’ai aperçu le brave Lafayette et M. Laffitte qui prononçaient leurs discours. De suite on est venu me dire Commandant les dragons nous chargent ! Hé bien, me suis-je écrié A bas Louis-Philippe ! Vive la république ! Armons-nous, formons des barricades et en avant. Trois heures après, nous étions maîtres de tous les postes de Paris. Hélas ! nous avons été vaincus. Dans mon malheur d’un si triste résultat, j’ai encore eu le bonheur d’avoir été reconduit chez moi par deux braves camarades. Car si j’avais été pris dans mon dévouement, on m’aurait emprisonné et dégradé. Mais j’ai bien souffert d’être mal vu de tous les poltrons de philippistes. » Le 26 mars 1848, il fit « partie de la députation des habitants de Sarrelouis avec le brave colonel Denisset pour aller remercier le gouvernement républicain de sa belle action en faveur de la réhabilitation de l’assassinat juridique du brave des braves, M. le maréchal Ney, en ma qualité d’ancien militaire capitaine honoraire, privé de deux membres au service de l’Etat, décoré de la Légion d’honneur, plus décoré de juillet 1830. J’affirme que dans cette mémorable journée, depuis la place du Châtelet jusqu’à l’Hôtel de ville où j’ai eu l’honneur d’adresser la parole à M. Lamartine, qui, après ma faible allocution a demandé mon nom et serré ma main. En sortant de l’Hôtel de ville, j’ai été porté en triomphe jusqu’à ma voiture pour mon dévouement à la république et le sang que j’ai versé pour elle. […] Un des plus beaux jours de ma vie. » Il déposa un dossier à la nouvelle Commission des récompenses nationales établie après la Révolution de Février. Il sollicita du nouveau gouvernement républicain le grade de capitaine titulaire en remplacement de son grade de capitaine honoraire, qu’il avait depuis si longtemps. Il reçut quatre cents francs en 1849, trois cents francs de secours en 1850, trois cents francs de secours en 1851, trois cents francs de secours en 1852, trois cents francs de secours en 1853, trois cents francs de secours en 1854, trois cents francs de secours en 1855, cent cinquante francs de secours en 1856, cent cinquante francs de secours en 1857, cent cinquante francs de secours en 1858, deux cents francs de secours en 1859. Il mourut le 4 juin 1859. Il demeurait 9, rue du Maillet-Vert à Reims en 1817 ; 33, rue de Lancry en 1830 ; 30, rue du Vert-Bois en 1831 ; 39, même rue en 1833 ; 82, rue de Bondy de 1834 à 1838 ; 12, rue du Faubourg-du-Temple en 1839 ; 14, même rue en 1843 ; 32, même rue en 1844 ; 16, rue du Marais-du-Temple en 1848, au rez-de-chaussée dans le fond de la cour ; 22, rue des Marais-Saint-Martin en 1852 ; 153, rue Saint-Dominique en 1854 et 1855 ; 60, avenue de la Motte-Picquet, la maison neuve près de la barrière de 1856 à 1857 ; 24, passage de la Villa-Saint-Pierre au Gros-Caillou en 1859. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 56 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Ve arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 100 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 34 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis à la pension (cahier de trente-deux blessés) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/50 in dossier Cortès ; Archives nationales F/1dIII/51 ; Archives nationales F/1dIII/68 in dossier Moreau ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Ve arrondissement, blessés de la 3e classe ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Almès, Amédée ; base leonore de la Légion d’honneur, Dossier LH/622/85.