Crépin, Romain, Antoine, François
Biographie
Né le 8 germinal an VIII (27 mars 1800) à Vaugirard (Seine). Maître voiturier depuis huit ans chez Piatier, marchand carrier au 6, rue de la Procession, et cultivateur à Issy (parfois mais par erreur marchand de vins, par exemple selon le maire in Archives de Paris VK3 42 et in Archives de Paris VK3 37 sur le registre de la mairie). Il fut blessé d’un coup de feu qui lui traversa toute l’épaule droite à l’attaque de la caserne de Babylone. Il fut soigné jusqu’au 26 août chez la maréchale Lannes, duchesse de Montebello et par le docteur Masson. Il expliquait sur sa convalescence : « Ce n’est qu’aux soins de M. Masson, docteur et à ceux de Mme la maréchale Lannes, duchesse de Montebello, où je suis resté un mois, que je dois de n’avoir pas succombé. Mme la duchesse a pris le certificat de M. Masson, M. Quiqlet, Abel, rue du Bac n° 82, m’a fait plusieurs visites au nom de M. le général Lafayette et il a bien voulu se charger même d’une note me concernant auprès de ce digne général. » Le 16 août 1830, Aubry, maître blanchisseur, écrivait à son sujet la lettre suivante au général Lafayette : « La bravoure et le vrai courage ne peuvent rester ensevelis et c’est à cette considération que je prends la plus respectueuse liberté de vous faire connaître les faits dont j’ai été témoin dans les mémorables journées du 28 et 29 juillet dernier. Trois habitants de la commune d’Issy se sont réunis le 29 pour voler à la défense de nos libertés. Sans arme, ils se sont transportés chez M. le vicomte de l’Epine, maire de la commune d’Issy, afin d’obtenir des armes pour se transporter dans la capitale ; demande faite, M. le maire leur a fait un refus formel, alléguant qu’ils n’en avaient pas besoin, que Paris s’était rendu, que s’ils avaient besoin d’ouvrage il allait leur en donner mais qu’il n’avait pas d’arme, qu’ils les protègerait s’ils voulaient rester tranquilles dans la commune, etc., etc. Ces trois braves ont insisté dans leur demande et ont exigé un second refus formel, que M. le maire n’a pas osé prononcer et s’est décidé, avec peine, à leur délivrer six fusils sur huit qu’il a dit avoir en sa possession. Ils se sont ensuite rendus au clocher, ont fait sonner le tocsin, l’ont fait sonner également à Vaugirard, à Vanves, où déjà il y avait plusieurs centaines d’hommes sous les armes. Ils ont tous marché d’un commun accord. Arrivés à la caserne de Babylone, chaque Français a certes déployé le plus grand courage mais on ne peut taire le courage de ces trois braves ; ils ont fait des prodiges de valeur ; l’un d’eux, nommé Crépin, a été grièvement blessé. Madame la duchesse de Montebello l’a recueilli chez elle à son hôtel, où il est soigné, médicamenté aux frais et aux soins de cette vénérée duchesse. Ces mêmes trois individus sont recommandables. Ils se sont dévoués pour la plus juste des causes. Le gouvernement ne peut les ignorer, ne peut les oublier. Noms des trois individus ci-dessus mentionnés : Pelvé (voir Pelvé, Alexis, François, Romulus), ex-canonnier de marine, homme marié ; Crépin (voir Crépin, Romain, Antoine, François), marchand de vin, homme marié ; Lemaître (voir sans doute Lemaître, Nicolas), ex-gendarme, habitants la commune d’Issy. » Hugot, Joseph, dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite, donnait les indications suivantes sur Crépin, dont il était l’ami : « […] Le 29 surtout, dès le grand matin, et au nombre de trois de mes amis, nous avons entendu la fusillade et la canonnade de Paris et nous avons pris pour exemple les braves citoyens. De suite nous avons juré qu’aucun de nous ne trahirait son serment et avec la plus ferme résolution de soulever tout le pays, nous nous sommes rendus à Vaugirard, où, par ma sommation, le tocsin a été sonné. De là, nous nous sommes dirigés sur Issy, où nous avons trouvé des armes ; le tocsin s’est également fait entendre par nous ; à Vanves, pareille démarche a été faite et à moins de trois heures de temps nous étions réunis plus de mille cinq cents hommes. Nous nous sommes rendus à Paris, tous dévoués à la même cause et prêts à périr plutôt que de lâcher pied, afin d’aider nos braves frères […] » Crépin adressa à la Commission des récompenses nationales le récit suivant de sa conduite : « Le 29 juillet au matin, après avoir fait sonner le tocsin à Vaugirard, je me portai vers Paris avec le 1er peloton des volontaires de Vaugirard. Arrivé sur la place de l’Odéon, je pris ma part des munitions qui nous furent distribuées et de là je me dirigeai avec mes camarades sur la caserne de Babylone. Je m’étais assis en tirailleur au haut du mur du jardin de M. Seguin et depuis plus d’un quart d’heure je profitais assez heureusement de cette position d’où je découvrais les Suisses à mi-corps à moins de quinze pas, lorsque je fus renversé par une balle qui me traversa l’épaule droite et ressortit par le dos. Je dois la vie aux soins généreux que me fit donner madame la maréchale Lannes, chez qui j’ai été soignée pendant plus d’un mois. Je viens de rentrer dans mon ménage, que ces événements ont fort appauvri. Ma plaie est fermée. Je souhaite dans l’intérêt des miens que ses suites se bornent à me priver de l’usage d’un bras, sans amener la ruine de ma poitrine et une mort plus lente seulement que celle dont j’étais d’abord menacé. » Il était porteur d’un certificat, signé de Labillois, Charme, Jean-Baptiste (voir ce nom) et ainsi rédigé : « Je, soussigné, commandant les volontaires de Vaugirard les 28 et 29 juillet, certifie que le sieur Crépin, Romain s’est montré avec intrépidité à la prise de la caserne de Babylone, où une balle ennemie lui a traversé l’épaule droite et l’a forcé de quitter le combat. » Châteaugiron (voir Château Giron de, René, Charles, Hyppolyte), faisait parvenir, depuis Aulnay, le 6 novembre 1830, la lettre suivante (le destinataire ne nous est pas connu), le concernant et expliquant à son sujet : « […] M. de Lafayette nous avait promis quatre décorations pour quota des gardes nationaux de notre IIIe légion (celle de Sceaux). M. le colonel et moi nous avons été chargés de les choisir et nous les avons pris exclusivement parmi ceux qui s’étaient distingués dans les journées de Paris. Nous l’avons fait, je vous le jure, avec conscience. […] Comme soldat, nous avions choisi Crespin, du même bataillon, que vous avez vu à Vaugirard et qui est estropié du bras pour la vie. Ce brave homme s’est mis, un des premiers, à la tête de ses concitoyens et, en outre de la pension qui lui est bien acquise, il aurait bien mérité une plus noble récompense. » Crépin sollicita une place de gardien soit aux Tuileries, au Timbre ou à la Bibliothèque. Il fit partie avec Bixio Giacomo Alexandro, Gautier Etienne Guillaume, Vincent, Labillois Charme Jean-Baptiste, Moreau (demeurant à Vanves, mais lequel il y en a deux… à retrouver…), de Château Giron René Charles Hyppolyte, Leullier Armand, Lejemptel Guillaume Louis, Dumas, Alexandre (voir ces noms), des dix membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la sous-préfecture de Sceaux. En 1831, il fournit un certificat, attestant qu’il avait été contraint de vendre ses terres, ses voitures et ses chevaux, en septembre 1830, à cause des blessures qu’il avaient reçues et qui l’empêchaient de pouvoir travailler. On trouve dans le dossier de Legouay ou Legoué, Charles, Louis un certificat délivré en faveur de ce dernier et dans lequel il est fait mention de Crépin ; ce certificat était ainsi rédigé : « Les soussignés, combattants des journées de juillet 1830, attestent que le sieur Charles, Louis Legoué (sic), habitant à Grenelle, rue Croix-Nivert, a pris la part la plus active dans les diverses actions qui ont eu lieu les 28 et 29 dudit mois ; qu’ils l’ont vu armé et donnant des preuves du plus grand courage, particulièrement à l’attaque du Louvre ; qu’un d’eux surtout, le sieur Crépin, domicilié à Issy, a dû à sa bravoure la vie, qu’il lui a sauvé au péril de la sienne. Ils attestent que la mort du dudit Legoué (sic) a été la suite d’une blessure provenant d’un pistolet dont il s’était servi concurremment avec un fusil pendant les journées ; que cette arme étant restée chargée après l’action, a éclaté dans ses mains quand il a voulu peu de jours après la décharger ; que, conduit après cette blessure à l’hospice Necker, il y est mort de ses suites. Il était l’unique soutien d’une mère, veuve et infirme, déjà âgée, et qui n’a pour vivre d’autre ressource que la pitié publique. » Signé, le 1er octobre 1830, mais les signatures légalisées le 13 septembre 1831 : Mesland, Manuel, (voir Mesland, Manuel, Pierre, Marin), décoré ; Chanu il semble bien signer Chanu (voir Chanut, Jean-Louis), décoré ; Remy décoré ; Leroux, décoré (voir Leroux fils ?) ; Lefèvre, décoré (voir Lefevre, Adolphe, Victor ou Lefevre, André, Louis). Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux (sous le nom de Crépin, Antoine, Ronsain sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il fut admis dans la 3e classe des blessés et pensionné de quatre cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il prêta son serment le 25 mai 1831 et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il ne savait pas lire et, disait-il, à peine signer son nom. Il était marié à Falantin, Louise, Jeanne. Il élevait aussi la sœur de sa femme, selon le certificat suivant, en date du 13 juin 1831 : « Les soussignés, propriétaires habitants de la commune d’Issy, arrondissement de Sceaux, département de la Seine, certifient qu’il est à leur connaissance que Crépin, Antoine, Romain, marchand de vin, domicilié en cette commune, et Louise, Jeanne Falantin, son épouse, ont pris Louise, Pauline Falantin, sœur de ladite femme Crépin, née le 10 juillet 1818, est à leur charge depuis l’âge de deux ans, qu’ils l’ont élevée, nourrie, entretenue, fait instruire comme si elle était leur enfant et qu’ils continuent toujours à lui donner les mêmes soins. » Il demeurait 1, Grande-Rue à Issy en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la 3e classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Saint-Denis lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 114 (sous le nom de Crepin, Antoine, Romain) ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 34 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives de Paris VK3 46 in dossier Hugot, Joseph ; Archives de Paris VK3 54 in dossier Vincent, Pierre, Chéri ; Archives de Paris VK3 50 in dossier Pelvé, Alexis, François, Romulus ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux (sous le nom de Crépin, Antoine, Romain) ; Archives nationales F/1dIII/51 ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Legouay ou Legoué, Charles, Louis ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIVe arrondissement, arrondissement de Sceaux, blessés de 3e classe (sous le nom de Crepin, Antoine, Romain) ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys (sous le seul nom de Crespin). Voir peut-être Crepin ? Il y a dans Archives de la préfecture de police AA 408 in dossier Picard, Jean-Baptiste un Craipain (sic) qui ne sait pas signer mais fait une croix, le 13 juillet 1831, sur le certificat suivant en faveur de Picard, Jean-Baptiste quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je soussigne et certifie Démerger que le nommé Jean-Baptiste Picard a combattu dans les mémorables journées de Juillet, s’est exposé à la dernière extrémité pour la liberté, a été à la prise de l’Hôtel de ville et à la poudrière, où il était même commandé par le sieur Trainière, qui a fait la fonction d’adjudant dans la XIIe légion pendant l’espace de quatre mois [le reste est incompréhensible]. »