Crocheté, Jean-Pierre
Biographie
Ancien militaire, devenu garçon de magasin. Le 21 juillet 1831, il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), adressant la lettre suivante : « […] L'amour de la patrie, la liberté de son pays et l'indépendance nationale le portèrent seuls à exposer sa vie. Il n'envisageait pas qu'il était père de cinq enfants en bas âge à sa charge, que s'il venait à succomber ces innocents seraient réduits à la plus affreuse misère. Nulle considération ne le retint et le sort voulut qu'il s'en échappât sain et sauf. La révolution terminée, il reprit le cours de ses travaux comme homme de peine chez M. Mitaud (sic), d'où il fut en mars renvoyé, ainsi qu'un autre de ses camarades que M. Mitaut (sic) à son grand regret fut obligé de supprimer faute de travail, le commerce ayant cessé. Depuis cette époque, l'exposant est tombé dans une si profonde misère qu'il est digne de l'intérêt général. Il vient donc, Messieurs, par ce seul motif, vous supplier, après les informations les plus précises si vous daignez les faire prendre, solliciter (sic) pour lui quelques prompts secours, qui le mette à même de subsister, lui, son épouse et ses cinq enfants. Il vous supplie de croire qu'il a fallu un dénuement aussi absolu que celui dans lequel il se trouve pour solliciter la juste récompense de son courage et de son dévouement, dont il est prêt dans toutes les circonstances à donner de nouvelles preuves. Il a l'honneur etc. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions et attestons que le sieur Jean-Pierre Crocheté, qui était garçon de magasin chez M. Mitaul, négociant en huiles, rue de la Verrerie n° 67, à l'époque des mémorables journées de Juillet, a vaillamment combattu pendant les 27, 28 et 29 juillet 1830 ; le 28 à la Grève il était un des patriotes qui ont désarmé le poste des gendarmes au Châtelet ; le 27, de la rue de la Poterie et de celle des Coquilles ainsi que celle du Mouton. Le 28 juillet, pendant plus de six heures il n'a cessé de tirer des coups de fusil sur les troupes qui étaient à la place de Grève ; plusieurs personnes qui étaient derrière lui chargeaient les fusils et les lui faisaient passer. Enfin nous attestons ce qui est à notre parfaite connaissance que pendant les trois mémorables journées, il s'est conduit avec un courage et un dévouement dignes des récompenses que le gouvernement accorde aux braves Français qui se sont distingués à cette époque. De plus, le sieur Crocheté est un père de famille de cinq enfants en bas âge à sa charge et est sans ouvrage depuis plus de quatre mois, ce qui l'a réduit à la misère affreuse dans laquelle il se trouve. » Signé, le 21 juillet 1831 : Delattre, employé chez M. Mitault, 67, rue de la Verrerie ; Mitault, négociant, demeurant 67, rue de la Verrerie ; Muller, employé chez M. Mitault, 67, rue de la Verrerie ; Mahieu, maître tonnelier, demeurant 24, rue Saint-Mery. Il signa, le 28 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Milon, Pierre, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, habitant les faubourg Saint-Martin, Saint-Denis et la rue Saint-Maur, attestons que le sieur Milon, Pierre, demeure faubourg Saint-Martin, qu’il s’est porté avec empressement les 27, 28 juillet à la défense des libertés, que partout il s’est comporté en brave et loyal Français, qu’il n’est rentré chez lui que lorsque l’ordre et la tranquillité ont été rétablis. Nous, soussignés, attestons et déclarons de plus que nous l’avons vu sur plusieurs champs de bataille, où il combattait avec un courage remarquable, et que le 27 il a été blessé à la main gauche, ce qui ne l’a pas empêché de partager tous les dangers de ses compagnons. Il ne s’est retiré de leurs rangs que lorsqu’il n’a plus eu la force de porter ses armes. » Il demeurait 13, rue de Bondy et travaillait 67, rue de la Verrerie en juillet 1830 ; 18, rue du Faubourg-Saint-Denis en 1831. Archives de la préfecture de police AA 381 ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Milon, Pierre.