Culhat
Biographie
Le 2 décembre 1831, le sous-préfet d’Avesnes adressait au préfet la lettre suivante, pour attirer son attention sur les mérites de Culhat : « Par votre lettre confidentielle du 26 du mois dernier vous me faites l’honneur de m’écrire que les personnes qui auraient des titres à présenter à la commission chargée de décerner des récompenses nationales à l’occasion des mémorables événements de 1830 devront les produire au secrétariat de la préfecture avant le 10 décembre courant, terme fatal. La nouvelle des cérémonies de juillet a excité dans cet arrondissement comme dans toute la France un grand enthousiasme et la manifestation des sentiments patriotiques des habitants de nos localités ne s’est pas fait attendre. Toutefois la promptitude avec laquelle la révolution a été connue dans l’arrondissement d’Avesnes ayant convaincu les habitants que toute levée de corps mobiles pour marcher sur la capitale devenait superflue, d’autre part la troupe de ligne, qui d’ailleurs n’était pas nombreuse, ayant sympathisé avec la population sur la manière d’accueillir d’aussi heureuses nouvelles, toutes ces circonstances, dis-je, n’ont pas permis aux habitants de cet arrondissement de donner à la cause nationale des marques de dévouement telles qu’on puisse leur appliquer le dernier paragraphe de votre lettre précitée. Néanmoins l’ordre et la tranquillité publique furent un instant compromis à Avesnes par une crise qui aurait pu avoir les suites les plus fâcheuses ; elle a eu lieu à Avesnes le 1er août à 8 heures du soir. Une foule immense était rassemblée sur la grande place à l’occasion de la fête communale. On annonça l’arrivée de la diligence de Saint-Quentin avec un drapeau tricolore ; cette nouvelle se propagea, ainsi que la prétendue menace du commandant de la place de faire sauter le magasin à poudre si l’on arborait les couleurs nationales ; ce dernier bruit circula comme l’éclair dans les masses assemblées dans les lieux publics qui étaient prêtes à se laisser aller à des excès graves lorsque M. Culhat, alors maire d’Avesnes, réunit quelques-uns des citoyens les plus influents, contient les plus exaltés et dirige les choses avec une prudente énergie et un succès si complet que tout rentre dans l’ordre à 9 heures. Une garde nationale de deux cent cinquante hommes est immédiatement organisée par lui, elle s’empare des postes de la place et commence le service quotidien, qu’elle n’a cessé que lorsque une nombreuse garnison eut occupé la place. Il est notoire que dans ces moments critiques, M. Culhat a déployé beaucoup de sang-froid et une grande générosité de caractère. Sa position d’électeur constitutionnel, son influence personnelle, le rang qu’il occupait dans l’administration concentrèrent dans ses mains toute l’autorité militaire et administrative locale en même temps déléguée pour remplir les fonctions de sous-préfet qui était malade et il a bien mérité de tout l’arrondissement où comme à Avesnes grâce à la confiance qu’inspirait son loyal patriotisme, son dévouement au nouvel ordre de choses, son courage et son désintéressement, la révolution s’opéra sans secousse et sans occasionner le plus léger excès. Une généreuse susceptibilité l’a engagé à renoncer aux fonctions de sous-préfet auxquelles la confiance du roi et le vœu public l’avaient appelé depuis la révolution de Juillet. Si donc quelqu’un de l’arrondissement mérite un témoignage de la bienveillance royale ou une mention honorable, elle ne saurait être décernée à personne avec plus de justice qu’à M. Culhat. Voilà, M. le préfet, les seuls renseignements que je puisse vous procurer sur l’objet de votre lettre du 28 novembre Je désire qu’ils remplissent le but que vous vous proposez. Je n’ai du reste personne à signaler pour la Croix de Juillet. » Le 12 décembre 1831, la Commission nommée par le préfet du Nord, à l’effet de distribuer des récompenses honorifiques pour des faits passés pendant la révolution de Juillet dans la commune de Lille prit, à l’unanimité, la résolution suivante : « Considérant qu’une résistance généreuse a été organisée par un très grand nombre de citoyens, qu’il ne s’y est pas passé de faits tels qu’il y ait eu un danger immédiat de la vie pour aucun d’eux ni assez saillant pour justifier une exception, la Commission déclare qu’il serait impossible d’accorder des récompenses nationales à quelque citoyen, sans blesser les autre, qui ont aussi des droits à la bienveillance du gouvernement. » Ayant examiné particulièrement les droits de Culhat à une récompense honorifique, elle ne jugea pas ses droits suffisants. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord.