Dalmont, François, Michel
Biographie
Né le 30 mai 1796 à Paris. Marchand de bois. Il déposa, le 12 mars 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission : « […] Né à Paris en 1796, 30 mai, de parents pauvres, j’ai perdu mon père très jeune (le désespoir en fut cause) ; ma mère avait deux enfants des deux sexes, j’étais l’aîné. Avec de la peine, du courage et l’espérance, j’ai vu tous les gouvernements en travaillant à la journée chez l’un chez l’autre, toujours à Paris, comme garçon boucher, fabricant de chaud... illisible, etc. jusqu’en 1816. Le 14 février, où je me suis hasardé à m’établir marchand de fagots, cotrets, falourdes, dans le faubourg Montmartre, rue Coquenard n° 17. C’est là où je demeurais en 1830, lors de la grande semaine. J’avais eu l’honneur de faire partie de la belle compagnie des chasseurs, comme garde national, sous le commandement du digne et brave capitaine Catté père illisible. Lorsque la première étincelle éclata, je retrouve mon ancien uniforme, mon fusil et fourniment et sur la place publique la première personne que je rencontre, place Cadet, fut le colonel Bro, portant l’habit de garde national, couvert d’un chapeau bourgeois, qui m’offrit sa cocarde tricolore et me constitua chef de poste de la place Cadet avec quelques volontaires sous notre main et nous avons maintenu constamment l’ordre dans le quartier. Quelques jours après, ayant été envoyé par illisible Bourseaux, qui se retrouvait réintégré dans son ancien poste d’adjudant-major de notre bataillon, à l’Hôtel de ville de Paris pour y être de piquet, je pense que c’est le colonel Rosamel (lire peut-être colonel Feisthamel ? N.D.A.) qui était auprès du général Lafayette, m’expédia, moi et quatre volontaires, chercher la caisse du quartier maître du régiment de la garde royale en dernier temps caserne de Babylone, ce qui a parfaitement réussi et elle fut rapportée par nos soins à l’Hôtel de ville. Jusqu’à ce que l’ordre fût passablement rétabli, je m’étais constitué de garde en permanence sur les différents postes du quartier, afin de maintenir la tranquillité et fis de mon propre mouvement inaugurer un poste sur la place que nous avons appelée place Lafayette et nous avons fait une cotisation pour faire à nos frais par le célèbre Fichon, peintre en lettres, en trois couleurs, les mots que vous aurez vu longtemps Corps de garde Lafayette. Au procès des ministres, partie du manuscrit brûlée, ou un moment après que les ministres étaient partis, leur procès fini, je parvins, aidé de mes camarades, à calmer les plus exaspérés et les faire rentrer dans l’ordre. Un instant après, nous fûmes passés en revue par le général Lafayette, qui a fini par apaiser l’effervescence des plus exaltés et nous fûmes remplacés à 2 heures du matin par un bataillon de la XIe légion et nous avons eu bien du mal à traverser une population furieuse, qui s’était ameutée aux abords du Luxembourg. En 1832, je fis constamment un service actif sur les boulevards, aux Finances, sur la place des Victoires et ne suis jamais rentré qu’après avoir été ordonné de rompre les rangs à la compagnie des chasseurs (j’ai rentré à celle des voltigeurs, organisé par un nommé Molard et le fils Lavenant, remplacé bientôt par le nommé Poucry) et en 1834 je vins m’établir à La Chapelle-Saint-Denis, où j’ai été élu sous-lieutenant des voltigeurs en mars 1840, réélu au même grade en 1843, élu lieutenant en 1846 et élu capitaine en second la même année le 19 mai, ce qui fut cause que le 25 février dernier j’ai demandé à mes commandants, à 2 heures du matin, voyant les plaintes arriver des boutiquiers, principalement vers la barrière mise en feu que les ravageurs devenaient de plus en plus exigeant d’aller avec quelques gardes nationaux m’installer sur ce point et là j’ai resté sept jours et sept nuits, malgré le mauvais temps, recrutant ma petite troupe de volontaires joints à quelques gardes nationaux du voisinage qui nous aidèrent à maintenir l’ordre et d’éviter un pillage presque certain dans ce moment. Et le 26 au matin je prêtais la main à commencer la perception des droits d’octroi de la Ville de Paris à ladite barrière de La Chapelle-Saint-Denis ; je m’en rapporterai au rapport que messieurs les employés, chefs de services et receveurs ont fait de ma conduite, en usant de tout mon pouvoir à ce qu’aucun trouble n’intervînt et interrompît les recettes et perceptions des marchandises introduites dans Paris, et ce n’est pas peu dire […]. Vous pourrez vous en instruire facilement et que toujours je me suis, et encore présentement, constitué de garde à la surveillance permanente pour le bien et la tranquillité générale ; que j’ai pris sur moi, le 27 ou 28 février, ne voyant pas moyen de pouvoir prémunir ma troupe de l’inconstance du temps, fait à la hâte relever l’échoppe des omnibus, renversée à la barricade, pour les abriter et les ai fait construire aussitôt un corps de garde que M. Sailly (ou Jally) [demeurant 27, rue Saint-Dominique-d’Enfer, N.D.A.], architecte en chef à la Ville, a vu le 2 mars en train de construire et qu’il m’en a félicité et m’a prié de le terminer et qu’il m’en ferait désintéresser. C’est d’après que vous aurez pris les renseignements nécessaires sur moi, citoyens, que si vous trouvez que je suis digne de porter un signe d’honneur, je vous en serai très reconnaissant. » Il joignait à sa demande le certificat d’un employé, qui désirait rester inconnu « pour des raisons de sincères convenances ». Ce certificat était ainsi rédigé : « Je viens avec plaisir vous entretenir d’un excellent citoyen, en vous signalant le citoyen Dalmont, marchand de bois, rue de Jessaint, à La Chapelle-Saint-Denis. Le citoyen Dalmont était capitaine en second de la compagnie des voltigeurs du bataillon de cette commune. En février dernier, le 23, il fut le premier sous les armes, au lieu de réunion du bataillon et ne le quitta d’un instant. Le 24 au soir, entendant les justes réclamations de plusieurs chefs d’établissements situés aux environs de la barrière et malgré le très petit nombre d’homme qui étaient sous les armes, il réclama du commandant l’honneur d’être envoyé sur ce point avec quelques gardes nationaux qu’il trouva de bonne volonté à le suivre afin de réprimer le désordre qu’exerçaient une quantité d’hommes arrivés de Paris le matin en foule et qui avaient incendié le bâtiment de l’octroi, dévasté les bureaux, le corps de garde et allaient dans les maisons d’autorité prendre sans compte ni mesure les vivres qui s’y trouvaient, le vin et ne s’en seraient infailliblement pas arrêtés à là et se seraient livrés à des excès bien plus coupables sans l’intervention du capitaine Dalmont et sa contenance à la répression de ce qui se passait alors. Il parvint heureusement à les maintenir et faire cesser leurs insistances sans raison et les engagea au contraire à lui donner aide et assistance pour rassurer les habitants qui conservaient des inquiétudes de se voir dévaliser et en butte aux mauvais traitements et vociférations de la plupart de ces exigences sans fin d’un tel monde débordé. C’est donc bien au citoyen et capitaine Dalmont lorsqu’il est venu, le 24 février le soir, s’établir avec une poignée d’hommes sur le pavé de la barrière Saint-Denis que les habitants ont été préservés de plus funestes malheurs et doivent le rétablissement de l’ordre immédiat, le maintien et le respect à leurs propriétés, ainsi que le subtil déblayement des abords de cette barrière, le rétablissement à la perception des droits d’octroi le 25 ou 26. En coopérant de tout son pouvoir à préserver les employés contre toutes insultes et vexations et s’interposant avec convenance et raisonnement à chaque instant qu’il pensait sa présence utile et sa médiation nécessaire en appuyant messieurs les employés dans la reprise de l’exercice de leurs fonctions à la perception des droits dans l’intérêt de la Ville de Paris [dans] l’intérêt commun. Oui, le citoyen Dalmont a mérité de ses concitoyens, ne se fixant quinze jours consécutifs nuit et jour en permanence à cette barrière, en faisant même construire un corps de garde commode à mettre sa troupe à l’abri du mauvais temps, obtenant de cette manière le concours des voisins et de quelques volontaires pour veiller à la sûreté individuelle et à la consolidation de l’ordre dont tous les gardes nationaux improvisés se plaisaient à lui donner aide en reconnaissance de la haute intelligence qu’il déployait par douceur et bienveillance envers tous et principalement ceux dont la répression était utile et sa noble intention de l’être lui-même à ses concitoyens et à son pays. En appréciant les services qui dans ces diverses circonstances en un espace de quinze jours comme l’a fait le citoyen capitaine Dalmont à rendre à la Ville de Paris, à ses employés, à ses concitoyens et à son pays et que tous lui en conservent leur reconnaissance, que je prends la liberté de vous faire en sa faveur ledit exposé afin que vous ne l’oubliez pas comme ayant, par son amour au bien de la société, mérité que vous lui accordiez la marque distinctive que vous destinez à tous les hommes qui se vouent à leur pays. » La demande présentée par Dalmont fut rejetée. Il était marié et sans enfant en 1848. Il demeurait 17, rue Coquenard en 1816-1830 ; 10, rue Jessaint à La Chapelle-Saint-Denis en 1848. Archives de la préfecture de police AA 382.