Dantel, Henri, Adrien

Biographie


Né vers 1810 à Paris. Compositeur. Le 20 février 1831, il faisait parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Ayant reçu le 10 de ce mois, une lettre qui m’enjoignait de me rendre à la Commission pour y donner sans doute quelques nouveaux détails sur ma conduite pendant les trois journées de Juillet, je me suis présenté le 12, comme on me l’avait ordonné, mais après avoir attendu jusqu’à 11 heures du soir le tour de mon numéro, je me vis forcé de retourner chez moi. On m’avait conseillé de revenir jeudi mais comme un ouvrier ne peut pas toujours disposer de son temps, je me vois forcé, Messieurs, de vous écrire cette lettre et j’ose espérer que ça produira le même effet. Détails. Messieurs, le mardi 27 juillet, j’étais à travailler quand on vint m’avertir des troubles sérieux qui agitaient Paris. Je sortis, pour savoir par moi-même jusqu’à quel point ces bruits pouvaient être fondés. Arrivé au pont au Change, je vis quelques bourgeois, armés de fusils, qui criaient Vive la Charte ! Vive la liberté ! J’avançais et je vis qu’on saisissait les armes chez M. Dehèque, arquebusier sur le quai de la Ferraille. J’y courus et avec peine je parvins à avoir un vieux fusil de munition et quelques cartouches. Je n’eus que le temps de me sauver car le 15e régiment d’infanterie légère, ayant des gendarmes derrière lui, entrait sur le quai. Je parvins, avec beaucoup de peine, jusqu’à la rue Saint-Honoré. Une barricade venait d’être placée près de la galerie Delorme. Nous n’étions guère que six hommes armés de fusil mais il y en avait beaucoup d’autres qui jetaient des pierres sur l’infanterie de la garde puis d’autres qui, montés sur des bornes, lisaient le Moniteur. Il y eut une alerte et tout le monde se précipita dans la galerie pour se sauver. Dans ce tumulte, plusieurs hommes se précipitèrent sur moi et m’arrachèrent mon fusil. Je revins tristement chez moi. Le mardi, on alla désarmer le poste de gendarmes situé à la place Maubert, qui était renforcé d’une dizaine de voltigeurs du 15e léger. Là, j’eus un fusil. J’allais de suite, accompagné d’un de mes camarades, chercher de la poudre à la poudrière de l’Hôpital. Après en avoir obtenu, nous revînmes chez nous et après avoir fait des cartouches, nous allâmes sur le quai de la Cité pour nous battre avec les troupes qui occupaient la place de l’Hôtel de ville. Nous y restâmes jusqu’à 6 heures environ, heure à laquelle nous fûmes forcés de revenir, faute de munitions. J’ai expliqué à la Commission la position des troupes sur la place de l’Hôtel de ville et je pense qu’il est inutile de le répéter encore une fois. Le jeudi 29 juillet, je me trouvais, à la pointe du jour, sur la place de l’Hôtel de ville et là j’attendais que nous soyons en assez grand nombre pour nous diriger sur un endroit quelconque. Pendant que j’attendais sur la place, un homme qui paraissait commander vint m’inviter, ainsi que plusieurs autres, à visiter les appartements de l’Hôtel de ville, où l’on prétendait qu’il y avait des voleurs. Nous y allâmes mais nous ne découvrîmes rien. Enfin, à 9 heures environ, nous nous mîmes en marche. On nous conduisit sur la place des Victoires. Là, nous en trouvâmes d’autres et nous nous joignîmes à eux. Ayant à notre tête des élèves de l’Ecole polytechnique, nous marchâmes sur le Louvre. Je vais redire à peu près l’allocution que l’un d’eux nous fit au bout de la rue de la Monnaie, près du Pont-Neuf : “Braves Parisiens, je ne vous recommanderai pas d’avoir du courage, les journées du 27 et du 28 prouvent assez que vous en avez mais je vous en prie mettez le plus d’ensemble qu’il vous sera possible. Songez que vous allez vous battre contre des troupes disciplinées.” Les cris de Vive lEcole polytechnique ! furent notre réponse et nous marchâmes au Louvre. Quand j’arrivais les troupes étaient rentrées dans le Louvre et faisaient feu sous le pavillon de l’Horloge. On entra et ils se retirèrent jusqu’au bout de la rue près de la place du Carrousel. Il y avait une dizaine de blessés dans l’emplacement où sont exposés les sculptures. Quelques sacs de soldats dans la cour, un bourgeois étendu près du pavillon de l’Horloge, un Suisse blessé à la jambe et couché le long des planches dans la grande rue qui conduit du Louvre à la place du Carrousel. Après que les troupes se furent retirées, un soldat vint agiter un mouchoir. Je ne sais ce qu’il voulait. J’avançais avec une dizaine d’hommes au plus jusque sur la place du Carrousel. Des troupes rentraient à ce moment dans la grille des Tuileries. J’entrais malgré le feu des troupes dans le poste de la garde royale, qui venait d’être abandonné et j’ouvris la porte du cachot à un soldat du 50e de ligne qui y était enfermé. Les troupes ressortirent de la grille, en faisant feu. Je me repliai sur le Louvre, que je quittai bientôt pour aller au Palais-Royal. Je traversais la rue du Coq, je passais par-dessus les diligences qui servaient de barricade à la barrière des Sergents et, voyant qu’on tirait sur le Palais-Royal, quoique les soldats qui étaient dans la cour ne ripostassent pas, j’y entrais pour faire voir qu’il n’y avait aucun danger à ceux qui tiraient dessus. Quand je fus dans la cour, un officier suisse vint à moi, en découvrant sa poitrine et en me disant de lui enfoncer sa baïonnette dans l’estomac, disant qu’il préférait cela à être mutilé par ceux qui allaient entrer. Je lui répondis que le peuple n’assassinait personne et qu’il n’avait rien à craindre. Voyant qu’on tirait toujours sur le Palais-Royal, je saisis la hallebarde du Suisse placé sous le péristyle du château et je vins la montrer à ceux qui étaient dans la rue, en leur criant d’avancer. Après cela, je la remis à un des gardiens du jardin, qui se trouvait là et qui fut la cacher. Ensuite, je pris la galerie noire qui longe le Théâtre-Français. Au bout de cette galerie, était étendu, sans vie, un homme d’un certain âge, décoré de la croix de la Légion d’honneur. Je traversais la rue de Richelieu et je me mis en embuscade au bout de la petite rue Saint-Louis. Il y avait en face de moi une pièce de canon qui était abandonnée. Beaucoup de personnes qui arrivèrent se jetèrent dessus et l’emportèrent. Je sortis de la rue Saint-Louis et entrai dans celle Saint-Honoré. Là, je fus assez heureux pour sauver la vie à deux soldats de la garde qui descendaient d’une maison en suppliant ceux qui voulaient les tuer de ne leur faire aucun mal, et en les conduisant dans un petit café où d’autres étaient déjà réunis. N’ayant plus d’ennemis à combattre, je revins chez moi et le lendemain je recommençais mon travail. Voilà, Messieurs, ma conduite pendant la révolution. Si la Commission juge que j’ai droit à une récompense elle voudra bien, je l’espère, me le faire savoir quand il en sera temps. Agréez, etc. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 16 décembre 1830, à quatre voix pour la croix, trois voix pour la médaille et aucune voix pour une mention puis, par révision en date du 27 mars 1831, il se prononça à six voix pour la croix, trois voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Dantel, Hyppolyte, Adrien), auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 53, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, correspondance (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 17, deux feuillets séparés de décorés de la croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Dautel, Henri, Adrien) ; Archives de Paris VK3 33, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 26 mars 1831, idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 16 décembre 1830 et le 27 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques (sous le nom de Dautel, Henri, Adrien) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Dautel, Henri, Adrien) ; Archives de Paris VK3 43 (il semble signer Dautel) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement. 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