Danton, Jean-François

Biographie


Né vers 1803 à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Homme de lettres, attaché au journal la Tribune. Avant la révolution de Juillet, il fit partie de l’Association de janvier 1830, société républicaine créée au début de l’année 1830, par Fabre, Auguste (voir ce nom), lui-même Danton, Jean-François, Divel, Amand, Adolphe (voir ce nom), Morhéry (voir Morhery, Adolphe, Robin), Sempoil (voir ce nom) ; le commandement en avait été confié à Lafayette (voir ce nom), le commandement en second, à Fabre, Auguste (voir ce nom). Cette société fut créée pour répondre à un coup d’Etat dont on prévoyait que les libertés étaient menacées et pour préparer les mesures de défense qu’on déploierait contre ce même coup d’Etat quand il éclaterait. Morrhéry devait écrire au sujet de l’Association de janvier 1830 dans Réponse aux outrages et aux calomnies dirigées contre moi : « Au commencement de janvier 1830, prévoyant le coup d’Etat dont la liberté était menacée, et voulant organiser des moyens de défense contre les mesures sanglantes que préparait le pouvoir, quelques patriotes, parmi lesquels je citerai MM. Danton) (voir Danton, Jean-François), Sempoil (voir ce nom), Divel (voir Divel, Amand, Adolphe), Guérin (nom à retrouver), tous combattants de juillet, arrêtèrent en commun avec moi le projet de former une association ayant pour but de faire tourner au profit du peuple les tentatives qu’on pourrait oser contre lui. Nous fîmes à ce sujet des ouvertures à plusieurs généraux qui nous donnèrent de belles promesses, mais ne voulurent jamais rien entreprendre. Enfin M. Danton nous proposa d’en parler à l’auteur de la Guerre nationale, qu’il connaissait particulièrement, M. Auguste Fabre, et il avait un titre bien glorieux encore, celui de frère du grand écrivain, de l’illustre patriote dont la France déplorera longtemps la perte, de Victorin Fabre. Nous acceptâmes. M. Danton lui fit part de nos desseins. On convint qu’il commanderait en second l’association, et qu’il nous mettrait en rapport avec le général Lafayette que nous choisîmes pour commandant en chef. MM. Danton, Sempoil et moi, promoteurs de cette société patriotique, en formions le comité supérieur. Seuls nous avions des rapports directs avec les deux commandants. En très peu de temps nos ventes se répandirent parmi les citoyens de toutes les classes, députés, militaires, ouvriers et étudiants. Je pourrais donner les noms d’un grand nombre de pompiers qui livrèrent leurs armes à leurs coassociés au moment du combat de juillet ; mais je crains d’être taxé d’indiscrétion ; et pour le même motif je passe sous silence le nom de plusieurs députés et d’un grand nombre de militaires. Qu’il me suffise pour le moment d’appeler en témoignage quelques-uns de mes compatriotes qui tous, moins les absents, ont pris une part active à notre révolution. Tels sont MM. Emile Lebreton (voir ce nom), Guilhem (voir ce nom), fils du député, et le brave Kersausie (voir Kersausie, Guillard de, Joachim, René, Théophile) qui, à la première nouvelle des ordonnances, insurgea le 4e régiment de hussards dans lequel il était capitaine. Faut-il ajouter à ces patriotes MM. Le Calvé (voir ce nom), de Saint-Brieuc, qui s’est si bien montré en juillet ; Martin (voir ce nom), Genest (voir ce nom), Boullé (voir Boulay, Séverin, Constant) de Saint-Malo ; Richard (voir ce nom), Bertrand (voir Bertrand, François), décoré de juillet ; Jules Bernard (voir ce nom), fils du député ; son père (voir Bernard de Rennes, Louis, Désiré), maintenant conseiller en Cassation ; son oncle (voir ce nom), ex-préfet des Hautes-Alpes, et le malheureux Papu (voir Papu, Nicolas, François), de Rennes qui remplaça dans ma vente mon compatriote Sébilot (voir Sébillot, Pierre), maintenant médecin à Matignon ; enfin Mestivier (voir ce nom), Chauveau (voir ce nom), Henri, de Lavalle (voir ce nom) ; Potier (voir ce nom), de la Mayenne ; Barnio, de Pongibaud (voir Barnicaud, Jourdain, Antoine) ; Vimal (voir ce nom), de Clermont, tous les deux décorés de juillet ; Roger (voir ce nom), de la Vendée ; Bouvier (voir ce nom), du Jura et tant d’autres enfin qu’il serait trop long de nommer et qui se sont consacrés au triomphe de notre révolution. » Dans son ouvrage, La Révolution de 1830, et le véritable parti républicain, Auguste Fabre mentionnait ainsi la participation de Danton aux combats de Juillet : « Mais je dois ici un témoignage à un homme dont j’ai vu la conduite dans ces graves circonstances, et qu’on oublie pour vanter le patriotisme de gens qui ne me donnèrent pas alors l’occasion de les voir à l’œuvre, qu’on poursuit même de ridicules calomnies parce que son patriotisme n’a pas la conscience flexible de certains autres. Non seulement M. Danton avait beaucoup contribué à préparer la résistance des citoyens, en formant, avec MM. Morhéry et Sempoil, l’association patriotique dont j’ai déjà parlé, mais c’est peut-être de tous les combattants celui qui a porté dans la lutte le plus de dévouement et de bravoure, c’est un de ceux qui ont le plus influé sur le succès, et il n’a pas la décoration destinée à perpétuer le souvenir de cette lutte ! Je sais qu’il ne l’a pas demandée, non plus que bien d’autres ; mais certes, ses titres étaient assez connus pour qu’on ne dût pas l’oublier. Dès le 27, vers trois heures après midi, au moment où les premières décharges de mousqueterie retentissaient dans la rue Saint-Honoré et dans la rue Neuve des Petits-Champs, il vint me dire qu’en parcourant avec quelques amis tout le faubourg Saint-Marceau, en voyant la manière dont le peuple accueillait les idées d’insurrection, il s’était convaincu que le lendemain matin on pourrait soulever une grande partie des ouvriers de ce faubourg. Il me demanda une direction, un plan. Je lui répondis que, ces prévisions fussent-elles justes, nous ne saurions, puisque nous n’avions pas d’armes, tenter encore une entreprise vraiment militaire ; qu’on ne pouvait pour le moment que jeter de toutes les manières de la perturbation dans la ville, afin de rendre l’irritation plus générale, d’intimider et d’entraver les troupes ; que casser les réverbères, embarrasser les rues de barricades et de tous les genres d’obstacles à la marche d’un corps régulier, en même temps désarmer le plus qu’on pourrait de petits postes, afin de trouver quelques armes et d’avoir des quartiers de Paris où les insurgés pussent se réunir, était tout ce que les circonstances permettaient d’abord ; que, même lorsque nous aurions un certain nombre d’hommes armés et un peu organisés, il faudrait encore réfléchir beaucoup avant de risquer une attaque importante ; que les mouvements de ce genre ne réussissaient presque jamais à des insurgés contre des troupes réglées ; que ce fut la cause de la défaite des Parisiens au 13 vendémiaire, quoiqu’ils eussent une organisation militaire et de l’artillerie, et qu’au 10 août, malgré le nombre immense des assaillants, ils eussent été repoussés si Louis XVI avait su se défendre ; que le rôle des citoyens était d’étendre le plus possible le théâtre de la lutte, au lieu de le resserrer, était d’attirer les troupes sur cent points différents, de les harceler, de les fatiguer, mais en se laissant attaquer, et attendant pour attaquer à leur tour que le découragement se glissât parmi les soldats. Si l’ardeur de son courage lui rendait ces réflexions pénibles, sa raison lui en démontrait la justesse. Il passa une partie de la soirée à chercher des armes. On lui en promit une assez grande quantité. Le lendemain, le faubourg Saint-Marceau répondit à son appel comme il l’avait prévu. Cinq à six mille hommes le suivirent. Il les laissa aux abords du pont Saint-Michel, tandis qu’avec un petit nombre d’entre eux et quelques jeunes gens de l’association, il allait chercher les armes. Une fois ces armes livrées, il serait venu me prendre à la Tribune. On ne put les lui remettre. Désolé de ce contretemps, il voulut cependant rejoindre les insurgés qu’il avait réunis. Il trouva le passage des ponts intercepté, et il fut obligé de se battre sur la rive droite comme un simple soldat, séparé qu’il se trouvait et de la plupart de ses amis et des ouvriers dont il était connu. […] [Le 28 vers 17 ou 18 heures] On se bat tout le reste du jour avec des succès variés. Comme je l’avais prévu, partout où le peuple attaque, il est repoussé ; partout où il est assailli par les troupes, il reste vainqueur. Les communications, devenues presque impossibles, rendent l’incertitude des résultats générale. Ni royalistes, ni insurgés ne savent qui a l’avantage, ne connaissent assez la situation des leurs pour pouvoir tracer un plan. Vers les 5 ou 6 heures du soir, quelques-uns des agents les plus actifs du parti d’Orléans, regardant la bataille comme perdue, cherchent à sortir de Paris. Tout ce qu’il y avait de certain était que Marmont conservait ses deux grandes lignes, l’une s’étendant le long de la Seine, l’autre de la Seine aux boulevards. Quelques heures après, un faible corps d’insurgés, dans lequel était M. Danton, allant en reconnaissance, rencontre, attaque et rompt dans le Marais la seconde de ces lignes ; dès lors les insurgés accumulés dans le faubourg Saint-Antoine peuvent se répandre vers le centre de Paris : la position de l’Hôtel-de-Ville est compromise. Dans la nuit, Marmont se décide à l’évacuer ; mais les hommes le plus à portée d’être bien informés ne l’apprennent que longtemps après. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il est présenté comme « étudiant en droit, rédacteur de La Tribune, […] volontaire à quinze ans au moment de la révolution de Naples ; combattant de Juillet » in Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république. Membre fondateur de la Société des amis du peuple, il fut compromis et traduit devant la cour d’assises de la Seine, en 1831, à la suite des troubles occasionnés par le procès, en décembre 1830, des ex-ministres de Charles X. A l’issue du procès, il fut acquitté, comme tous les autres accusés. Au procès, il avait tenu à préciser n’être pas parent du conventionnel Danton. Son nom apparaît dans la déposition de Sabatier ou Sabbatier, au cours du procès intenté en diffamation par Perier (voir ce nom), ministre de l’Intérieur, et Vivien (voir Vivien, Alexandre, François), préfet de police. Le National avait publié, le 15 juillet 1831, sur les désordres de la veille et au cours desquels des ouvriers avaient été embrigadés et payés pour assommer les manifestants, un article ainsi conçu : « Jusqu’ici du moins le ministère avait assez compté sur la force armée et la garde nationale pour ne s’appuyer que sur elle ; mais il a senti qu’il lui fallait une milice plus digne de lui. Toute la journée on a embrigadé dans le faubourg Saint-Antoine, au vu et au su de tout le monde, de soi-disant ouvriers sans travail ; on leur promettait trois francs par tête pour assommer les jeunes gens qui se désignaient eux-mêmes aux coups en portant la cocarde au chapeau et des rubans de juillet à la boutonnière. On ne manquera pas de dire demain dans le Moniteur que c’étaient de simples et bons ouvriers, cédant là leur seule indignation et au bon sens ; mais ce que nous avançons ici, nous le prouverons devant le tribunal, si l’on ose nous attaquer, et nous en portons le défi. Les 1.500.000 francs de la police ont servi aujourd’hui à payer les assommeurs, quand il y avait dix mille hommes sous les armes et que les environs de Paris étaient garnis de troupe. » Sabattier ou Sabbatier fit la déposition suivante : « Le 14 juillet, on vint me prévenir que des ouvriers étaient enrégimentés pour assommer les patriotes ; que ces ouvriers avaient des rubans tricolores. J’allai sur la place du Châtelet ; je vis, en effet, des ouvriers attaquer et même assommer des jeunes gens, et les ouvriers se jeter sur eux près la place de la Bastille. Un ouvrier vint derrière nous nous prévenir de ce qui pouvait nous arriver ; il nous dit : “La misère m’a forcé de me faire mouchard ; et je suis chargé de vous suivre ; j’ai vingt-cinq hommes à une vingtaine de pas ; le projet est de vous laisser aller jusqu’à la place de la Bastille, et, si vous ne vous dispersez, on vous assommera.” Le lendemain, plusieurs ouvriers qui mangent dans le même restaurant que moi me dirent qu’on leur avait proposé de s’enrégimenter ; j’écrivis à ce sujet une lettre au journal la Révolution, qui la publia. J’y désigne les ouvriers qui me firent cette déclaration : ce sont les sieurs Godelard et Alexandre. Plusieurs personnes me furent désignées comme devant être assommées, entre autres MM. Danton et Lenoble. » A l’issue du procès et après de multiples témoignages qui confirmèrent l’article, les deux accusés furent acquittés. Il demeurait 8, passage des Saints-Pères en 1830-1831 ; 9, rue des Grès en 1831 in Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 couverture du dossier de Turbri, F., L., H. ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; La Révolution de 1830, et le véritable parti républicain, Auguste Fabre volume 1, p. 126-128 chez Thoisnier-Desplaces 1833 ; Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusquà 1850, Watripon, Paris, chez Michel et Joubert, 1850, tome I, p. 128-129, 135, 144-145 ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 ; Cour dassises de la Seine, procès du National et de la Tribune, embrigadement de faux ouvriers le 14 juillet ; préventions de diffamation envers MM. Casimir Perier et Vivien, Grenoble, imprimerie de Barnel, décembre 1831 ; La Gazette des tribunaux, La Gazette des tribunaux 6 avril 1831, 30 novembre 1831, 1er et 2 décembre 1831.

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