Darlet, Jean-François
Biographie
Né le 17 décembre 1812 à Chevrières (Isère). Ancien militaire, garde-magasin d’habillement et équipement au 6e régiment d’infanterie légère, devenu tailleur. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dans lequel il donne comme indications que son père était « soldat de la république et de l’Empire, dix-sept blessures, trois fois porté pour la croix, sans l’obtenir, combattant et décoré de Juillet, sans pension » mais sans qu’on en trouve la trace quelque part. Darlet, Jean-François était alors depuis deux mois et demi sans travail et sollicitait un secours ; il précisait que dans son quartier on le surnommait le Républicain, que sa famille était connue de M. Saint-Rome, nommé depuis peu procureur général à Grenoble (Isère), né dans la même paroisse à Roybon (Isère), et qu’il avait participé aux combats de Février : « […] Après avoir combattu pendant deux heures dix minutes sur la place du Palais-Royal et transporté les morts et les blessés à l’ambulance rue Saint-Thomas-du-Louvre n° 40, il rentrait chez lui, la figure noire de poudre et les mains de sang et ses effets déchirés par les balles. Plusieurs boutiquiers de la rue disaient Voilà le brigand de républicain qui rentre chez lui ! On ne l’a pas tué. Mais, aujourd’hui ils changent de langage, le nouveau gouvernement les rend polis. Dieu veuille que cela continue ! » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « J’ai vu le citoyen Darlet, place du Palais-Royal, combattre pour la liberté, au moment où la fusillade faisait trembler les maisons vers les 3 heures, je l’ai vu rentrer chez lui, les mains et la figure noires de poudre. » Signé, le 9 avril 1848 : Marie, demeurant 34, rue Saint-Thomas-du-Louvre. Le rapport d’enquête de la Commission des récompenses nationales donna sur son compte les renseignements suivants : « D’après les renseignements pris de plusieurs personnes étrangères au citoyen Darlet, sa conduite, dans les journées de Février a été celle d’un bon citoyen. On l’a vu combattre courageusement devant le château d’eau, à la prise duquel il a contribué. Le citoyen Darlet jouit dans son quartier de la réputation d’un honnête homme, ouvrier laborieux, rangé, bon père de famille et bon fils car il soutient sa vieille mère, aveugle, quoique dans une position fort gênée faute d’ouvrage. » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié, sa femme enceinte, et déjà père de deux enfants, dont un aveugle en 1848. Il demeurait 34, rue Saint-Thomas-du-Louvre en 1848. Archives de la préfecture de police AA 382.