Darmaing, Jean, Jérôme, Achille

Biographie


Né le 2 février 1794 à Foix (Ariège), fils d’un magistrat. Avocat et rédacteur en chef de La Gazette des tribunaux. Imbert et Bellet, dans leur ouvrage Biographie des condamnés pour délits politiques depuis la restauration des Bourbons en France jusquen 1827, donnent les précisions biographiques suivantes : « […] Issu d’une famille qui périt presque tout entière sur l’échafaud révolutionnaire. Il fut condamné par le tribunal de police correctionnelle de la Seine, le 17 juillet 1818, à deux cents francs d’amende et aux dépens, comme auteur du deuxième volume d’un ouvrage intitulé Le Surveillant politique et littéraire. Cet ouvrage fut saisi et la continuation en fut interdite. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. La Gazette des tribunaux des 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 reprit ainsi l’article qu’il écrivit pour relater les événements des trois derniers jours, comme il les avait vécus : « Vendredi 30 juillet 1830. Depuis trois jours le cours de la justice est suspendu ; les magistrats ont cessé de la rendre au nom du roi, qui est absent de la capitale, et ne pourrait y rentrer que par la force des baïonnettes, désormais impuissante. La plupart des avocats ont pris les armes, et on les voit sur les places publiques tantôt combattre contre les ennemis des lois, tantôt élever généreusement leur voix en faveur des soldats faits prisonniers, et, là aussi, sauver des accusés plus malheureux peut-être que coupables.

»Pour moi, rédacteur en chef de la Gazette des tribunaux, je n’ai pas quitté le fusil depuis trois jours, et il m’aurait été impossible de m’occuper un seul instant de la rédaction du journal. Ce n’était plus le moment d’écrire pour la défense des droits des citoyens ; il fallait se battre.

»Cependant un gouvernement provisoire s’est établi de la manière la plus prompte et la plus régulière ; le service des postes a déjà été remis en vigueur sous la direction de M. Chardel, non moins courageux qu’honorable magistrat.

»Le Palais de justice, d’abord envahi par une multitude qui cherchait des armes et qui voulait détruire jusqu’aux derniers vestiges d’un gouvernement abhorré, le Palais de justice est calme, et la garde nationale veille à ses portes ; nous le plaçons d’ailleurs avec confiance sous la sauvegarde de tous nos braves concitoyens.

»Rien n’empêchera donc que nous mettions un terme à l’intérim de la Gazette des tribunaux, opprimée par la violence et l’arbitraire, et à laquelle la vie est rendue par le triomphe de la nation armée et de la liberté.

»Dès demain il sera possible aux rédacteurs de ce journal de se partager entre les devoirs du citoyen sous les armes, et les soins qu’exige la publication du journal.

»Darmaing, rédacteur en chef de la Gazette des tribunaux. » La Gazette des tribunaux, 30 juillet 1830.

« Par une de ces circonstances imprévues, mais qui surviennent toujours pour les peuples dans la sainte cause de la liberté, il a été prononcé, au milieu même des fusillades, et sur l’énergique plaidoirie de Me Mérilhou, un jugement qui consacrait de la manière la plus formelle et la plus éclatante les droits en faveur desquels s’armaient les citoyens. (voir plus bas l’article du Journal du commerce.) L’audience était à peine levée, que je reçus une copie de ce jugement, et aussitôt je m’empressai d’en donner lecture à haute voix sur la place de la Bourse et dans d’autres endroits de Paris, en déclarant que j’étais rédacteur en chef de la Gazette des tribunaux, et que j’en garantissais la parfaite authenticité. “Ainsi, vous le voyez mes amis, ajoutais-je, c’est en vertu d’un jugement que vous allez combattre ; ce sont des balles légales, des balles judiciaires, en quelque sorte, que vous enverrez aux séides du pouvoir absolu. De leur côté est la révolte, et c’est avec vous qu’est le bon droit : vos magistrats consulaires viennent de le proclamer.” Bientôt le jugement, imprimé dans les ateliers du Constitutionnel, du Courrier français et d’autres journaux, fut affiché sur tous les murs de Paris, et il contribua de la manière la plus efficace à fortifier le courage des citoyens. Honneur, à jamais honneur à MM. Ganneron, Lemoine-Tacherat, Gisquet, Bouvattier, Lafond et Truelle, qui ont rendu une pareille décision, et dans de pareilles circonstances ! Ils ont placé leurs noms parmi les noms les plus historiques de la magistrature française, et la patrie leur est redevable d’une récompense dont l’éclat soit proportionné à un si grand service, à un si beau courage ! » Le Constitutionnel du 31 juillet 1830 donna la première version de l’anecdote de Darmaing avec des ouvriers à la Bourse : « Hier, à la Bourse, deux hommes de la classe ouvrière étaient préposés à la garde des Suisses ainsi que des gardes royaux faits prisonniers, et auxquels on avait généreusement accordé la vie. Nous navons pas mangé depuis douze heures, disent ces deux ouvriers ; aussitôt M. Darmaing, rédacteur en chef de La Gazette des tribunaux, qui se trouvait là, leur présente une pièce de 5 francs, en leur disant : “Mes amis, allez manger, je prends votre place et j’y resterai jusqu’à votre retour.” Ils semblent hésiter. “Prenez donc, ajoute le rédacteur, dans un moment comme celui-ci, celui qui en a donne à celui qui n’en a pas.” Les ouvriers acceptent alors, reviennent un quart d’heure après, et rapportent 55 sous, qu’ils rendent à leur remplaçant, en le remerciant. Pénétré d’estime et d’admiration, M. Darmaing n’a pas osé les prier de les garder. »

Cette anecdote fut largement reprise et dans une version différente : « Deux hommes (des chiffonniers) montaient la garde au poste de la Bourse; ils y étaient depuis trente heures, et n’avaient pris aucune nourriture.

L’honorable et brave M. Darmaing, gérant responsable de La Gazette des tribunaux, ayant eu occasion d’aller visiter ce poste, touché du dévouement de ces deux citoyens, leur remet 10 francs, les engage à se rendre au restaurant voisin, et se charge de les remplacer provisoirement.

De retour au poste, ils remercient M. Darmaing, et lui rendent 7 francs 75 centimes sur la somme qu’il leur avait remise. » Une note de la Commission des récompenses nationales indique à son sujet : « Il est très certain que M. Darmaing […] s’est battu pendant les trois jours de Juillet. Il est sorti, lui quatrième, de la maison où il demeure avec des armes, pour se battre contre la garde royale et autres et on affirme qu’ils ne sont rentrés que le 29 après la prise des Tuileries. Il jouit d’ailleurs de la réputation d’un homme très honorable et brave patriote. Tant qu’à avoir signé ou non la protestation des journalistes comme d’avoir demandé l’autorisation de faire paraître son journal, on n’a pu donner aucun renseignement au ministère de l’Intérieur ; on m’a dit qu’en se reportant aux journaux de cette époque, qui en avaient rendu compte, on pourrait savoir la vérité (les journaux de l’époque ne le désignent pas comme l’un des signataires, N.D.A.). Dans tous les cas, M. Darmaing, fis d’un ancien magistrat qui vit encore et demeure rue de Sèvres n° 9, est connu pour un homme plein de bravoure. » Il demeurait 18, rue des Fossés-Montmartre en 1830-1831 ; son père 9, rue de Sèvres en 1830. Biographie des condamnés pour délits politiques depuis la restauration des Bourbons en France jusquen 1827, Imbert et Bellet, Bruxelles, 1828, p. 62 ; Esquisse du mouvement héroïque du peuple de Paris, dans les journées immortelles des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 ; ou Lettre adressée au lieutenant-colonel Boyer, lun des soldats de la Grande Armée, par son ami, Fabré-Palaprat, médecin à Paris, Paris, 1830, chez A. Guyot, éditeur, rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 37 et Amyot, libraire, rue de la Paix, n° 6, p. 42-43 ; Histoire de la mémorable semaine de juillet 1830, avec les principaux traits de courage, de patriotisme et dhumanité qui ont brillé au milieu de ces grands événements, et un appendice de ce qui sest passé jusquà la proclamation de Louis-Philippe Ier, par Ch. Laumier, seconde édition, Paris, Blanchard, 1830, p. 144-145 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830, p. 96-97 ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusquau 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 178-179 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 64-65 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 272 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 140-141 ; La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Philippe, libraire, 1830, p. 42 ; Histoire populaire de la révolution de 1830, Jules Lefebvre et compagnie éditeurs, Paris, 1830, 103 ; Trois jours !!! histoire politique, militaire et anecdotique de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, par E.M.S. caporal dans la garde nationale, témoin oculaire, Paris, Levavasseur, 1830, p. 38 ; Histoire de la révolution de 1830, Alfred Dubuc, Au bureau de la bibliothèque des villes et des campagnes, rue des Bons-Enfants, 21, 1833, p. 105-106 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement, liste des décorés de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831, où il est renvoyé devant le jury de son arrondissement, séance du 15 avril 1831 qui lève la mesure d’ajournement ; Archives de Paris VK3 43 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement.

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