Darsonville, Nicolas

Biographie


Peintre en équipages. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 27 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « Enfant de Paris, né sous la république, dans les immortelles journées de Février comme dans celles de juillet 1830, lorsqu’on a crié aux armes je ne fus pas le dernier à les prendre et à marcher à la tête des combattants pour la défense de la liberté. J’ai ramené chez moi, à diverses reprises, des hommes blessés à côté de moi, mon domicile a servi d’ambulance. Le 2 août 1830, à 9 heures du matin, j’étais de garde au poste de la porte Saint-Martin, où je demeurais à cette époque ; lorsqu’on est venu nous dire qu’il fallait partir pour Rambouillet, je me suis mis en route de suite, sans même en prévenir ni ma femme ni mes enfants. Je quittai mon établissement pour la défense de la patrie. Le 22 février dernier, je me trouvais aux Champs-Elysées près de la place de la Révolution lorsque les gardes municipaux à cheval chargeaient le peuple, sabre nu. Nous leur avons répondu plusieurs fois avec des pierres. Le lendemain 23, de 9 à 10 heures du soir, j’étais sur le boulevard des Capucines près le ministère des Affaires étrangères lorsque tout à coup des décharges se font entendre et un grand nombre de nos camarades tombèrent morts ou blessés. De suite, nous nous empressâmes à les transporter dans les maisons voisines ; ensuite, à peu de distance de ce fatal événement, sur le même boulevard, nous commençâmes à construire une barricade, qui, je crois, fut la première, car il n’était que 10 heures. Au même moment, il passa quelques soldats, auxquels nous prîmes leurs armes ; il me reste encore mon fusil de cette affaire-là. Je me mis dans les rangs des combattants et comme nous marchions à la prise des Tuileries, arrivé sur le quai de l’Ecole, j’aperçois un groupe monter dans une maison bourgeoise, sous le prétexte d’avoir des armes. Je me suis empressé de les faire descendre, afin d’éviter le vol et le pillage. Arrivé aux Tuileries, peu d’instants après, le bruit se répand qu’il y avait des condamnés politiques retenus pour amendes à la prison pour dettes. Je me suis empressé d’y courir pour les délivrer. A peine arrivé, un groupe d’hommes armés arrivait aussi pour les faire sortir. Je leur dis qu’ils étaient tous en liberté, je me suis posé de faction à l’entrée de la maison dans la crainte de quelque dévastation. Le soussigné a l’honneur de vous exposer qu’il n’a jamais rien demandé ni reçu aucune récompense ou indemnité. Cependant je suis père d’une nombreuse famille ; il me reste encore huit enfants sur dix, trois garçons et cinq filles ; les plus âgés sont deux filles, l’une de seize ans qui finit son apprentissage, l’autre de quinze, ensuite quatorze, douze, onze, huit, quatre et deux ans, tous à ma charge, et ma femme âgée de quarante ans, presque toujours malade. Moi, âgé de cinquante ans, sans ouvrage car mon état d’ouvrier peintre en équipages est tout à fait tombé ; malgré que mon état m’appelle chaque jour à Paris, j’ai été obligé d’aller demeurer à la barrière, où je me trouve en ce moment dans la plus grande gêne, dans le plus profond dénuement, privé même de nourriture et devant à tout le monde. J’ose donc espérer, citoyens, que vous daignerez me comprendre parmi ceux auxquels le gouvernement daignera accorder des récompenses nationales. Je suis bon citoyen, profondément dévoué à la république. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, médecin à la faculté de Paris, demeurant rue Albouy n° 7, certifie que j’ai vu le nommé Nicolas Darsonville, peintre en équipages, prendre une très grande part pour la défense de la patrie dans les journées mémorables de juillet 1830. J’ai été moi-même dans le cas de pouvoir l’observer dans son dévouement car je soignais les blessés dans sa maison qu’il avait convertie en ambulance. » Signé, le 16 mars 1848 : Piéplu. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, reconnais et déclare à qui de droit qu’il est à ma connaissance et avoir vu le sieur Darsonville, Nicolas, peintre en équipages, prendre les armes dans les journées de juillet 1830 ; qu’il a ramené des blessés chez lui et que son domicile a servi d’ambulance, que ces mêmes journées de Juillet nous étions de garde dans un poste dont j’étais le chef ; que l’on vint nous dire qu’il fallait partir pour Rambouillet, qu’il a quitté son établissement, sa femme et ses enfants et s’empressa de partir pour la défense de la patrie et de la liberté. » Signé, le 16 mars 1848 : Equer, propriétaire, demeurant 10, rue de l’Arc-de-Triomphe. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, reconnaissons avoir vu, le 24 février dernier, entre midi et 1 heure, le nommé Nicolas Darsonville parmi les combattants, au moment où un assez grand nombre d’hommes était monté dans la maison située quai de l’Ecole n° 18, en demandant des armes. Alors le dénommé Darsonville s’est empressé de les faire descendre et ils ont poursuivi leur route dans la direction du Carrousel. » Signé, le 10 mars 1848 : Prand, surveillant ; Cavaillès. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie qu’il est vrai que le 24 février 1848, le sieur Darsonville, Nicolas, peintre en équipages, s’est présenté en armes à la porte de la prison pour dettes, au moment où un grand nombre d’hommes armés se présentait pour délivrer les prisonniers pour dettes et que, sur la réponse qui leur a été faite qu’elle était évacuée depuis plus d’une heure, le sieur Darsonville a lui-même confirmé le fait et est reparti avec les combattants. » Signé le 20 mars 1848 : Léveillé. Il fut proposé par la Commission pour une place de garçon de bureau dans un ministère et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il demeurait 17, rue Moncey à la barrière de Clichy en 1848. Archives de la préfecture de police AA 382.

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