Davanne, Jean-Baptiste, Gabriel
Biographie
Né le 14 avril 1787. Changeur, ancien bijoutier en 1848. Les journaux devaient rapporter à son sujet : « Hier, 29 septembre, les blessés de l’ambulance de la Bourse ont été réunis en un banquet d’adieu, que les dames dont ils ont reçu les soins leur ont offert avant leur départ pour Saint-Cloud. Après avoir porté divers toasts à la santé du roi et de sa royale famille ainsi que du vénérable Lafayette, ces braves blessés ont exprimé leur vive reconnaissance au digne M. Guillon, leur chirurgien-major, ainsi qu’à M. Davanne, qui eut pour eux les soins d’un père ; après quoi, ils ont proposé une souscription en faveur des blessés belges, qui a produit quatre-vingt-cinq francs. Cette belle action a pénétré d’un attendrissement profond toutes les personnes présentes. » En date du 20 avril 1833, le Constitutionnel faisait paraître la lettre suivante du docteur Guillon (voir Guillon, François, Gabriel), à l’occasion de l’exposition du nouveau tableau de Gosse sur la visite de la reine à l’ambulance de la Bourse le 25 août 1830. Le docteur Guillon y faisait mention de Davanne : « A M. le rédacteur du Constitutionnel,
»Monsieur,
»Puisqu’en rendant compte du tableau de M. Gosse, représentant la visite de la Reine et de sa famille à l’ambulance de la Bourse, vous avez rappelé le peu que j’ai fait pour les blessés, permettez-moi, je vous prie, de profiter de cette circonstance pour rectifier, par la voie de votre journal, une erreur grave que renferme le travail de la Commission de la souscription nationale, au sujet des dépenses de cette ambulance, erreur qui pourrait faire naître des soupçons injurieux sur les personnes qui ont donné avec autant de zèle que de désintéressement des soins aux victimes de notre mémorable révolution. L’ambulance de la Bourse n’a pas, comme il est dit, page 13 du compte-rendu que viennent de publier messieurs de la commission, coûté 2.764, 60 francs mais simplement 1.019, 40 francs, ce qui fait une différence en moins de 1.715,20 francs ; et cette différence vient de ce qu’on a fait figurer au nombre des dépenses de cette ambulance des sommes dont l’emploi lui est tout à fait étranger. Ces 1.019, 40 francs ont été employés à payer le pain, la viande de boucherie et les légumes, depuis le 3 août jusqu’au 10 octobre suivant. Permettez-moi encore de réparer l’oubli de MM. les commissaires du (ancien) IIe arrondissement et de signaler à la reconnaissance de nos concitoyens quelques personnes dont les noms devaient être inscrits dans leur rapport. Je citerai d’abord M. Davannne, changeur, passage des Panoramas, qui avec Mme Rivière (voir ce nom), M. Legrand (voir ce nom), traiteur, et quelques autres personnes du quartier, ont nourri les blessés depuis le 29 juillet au matin jusqu’au 3 août, et qui, jusqu’à la fin n’ont pas discontinué de leur donner le vin, la volaille et une infinité de choses. Enfin, pendant les deux mois et demi qu’elle a duré, cette ambulance, où plusieurs centaines de blessés ont été soignés, a moins coûté à la mairie qu’à M. Davanne, dont la générosité ne s’est pas ralentie un seul instant. Comme les médicaments ont été fournis gratuitement par MM. Renard (voir ce nom) et Bughon (voir ce nom), pharmaciens, rue Vivienne, c’était peut-être un devoir pour MM. les rapporteurs d’en faire mention, surtout l’un d’eux étant aussi pharmacien. L’ambulance de la Bourse ayant été la plus considérable de toutes celles qui furent établies alors, MM. Delacoux (voir Delacoux, Alexis) et Schrimpton (voir Shrimpton, Charles), qui pansèrent comme moi les blessés, Mlle Le Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), Mme Grosjean (voir Grosjean madame, Mathilde), Mlle Balzac (voir ce nom), qui leur prodiguaient les soins les plus touchants, méritaient également une mention honorable, ainsi que M. Rousseau-Leblanc (voir ce nom), pour les services qu’il avait rendus depuis le 29 juillet dans la soirée (vers 4 heures), où il vint à l’ambulance, jusqu’au 10 octobre, époque à laquelle les deux derniers blessés en sortirent. Je terminerai cette lettre en relevant encore une inexactitude de ce compte-rendu, où je figure comme membre de la commission médicale du (ancien) IIe arrondissement et lorsque je n’ai fait partie d’aucune de ces commissions. Je ne le pouvais, en effet, puisque dès le moment où j’établis l’ambulance au palais de la Bourse, jusqu’à la fin, je ne quittai que le moins possible les blessés auprès desquels je passai même plusieurs nuits. Aussi, à notre satisfaction à tous, n’avons-nous eu à déplorer la perte d’aucun d’eux, quoique nous ayons évité cinq amputations que quelques-uns de nos confrères avaient jugées nécessaires. J’ajouterai aux réflexions très justes que vous avez faites au sujet de M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), que l’asile qu’il avait donné aux blessés, lorsque M. le préfet de police d’alors voulait les évacuer sur les hôpitaux, suffisait pour lui mériter la place qu’il occupait dans le tableau de M. Gosse, où cependant il est remplacé par M. B... de R... [Baudesson de Richebourg, N.D.A] (voir ce nom) J’ai fait tous mes efforts pour déterminer l’artiste à l’y laisser ; mais, à mon grand chagrin, je n’ai pu y parvenir. » Davanne est en effet représenté dans le tableau de Gosse, exposé pour la première fois en 1833 et conservé au Musée du Carnavalet, Sa Majesté la Reine des Français visitant les blessés de Juillet à l’ambulance de la Bourse, le 25 août. Les Annales du Musée et de l’Ecole moderne des Beaux-Arts donnèrent, à l’occasion de sa première exposition, le commentaire explicatif suivant sur le tableau : « Tous les personnages, ainsi que tous les détails de ce tableau, sont historiques. En donnant ici un court récit de la scène qu’il représente, nous aurons fait connaître sa composition et les diverses figures que l’auteur a dû y faire entrer. “Après les mémorables journées de Juillet, dit M. Gosse dans la notice du livret, S.M. la reine, accompagnée de S.A.R. Mme Adélaïde, du prince de Joinville, des princesses Louise et Marie, et de Mme la marquise de Dolomieu, alla visiter l’ambulance établie à la Bourse dès les premiers jours des combats, et prodigua aux blessés et aux personnes qui leur donnaient leurs soins, des secours et des consolations.” La reine fut reçue par MM. Ruffin, greffier en chef du tribunal de commerce, Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), Richebourg (voir Baudesson de Richebourg), Novins (voir Novince, Pierre, François), Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph), et un jeune Anglais nommé Schripton (voir Shrimpton, Charles), naturalisé français depuis la révolution de Juillet, et qui, pendant les trois jours, ne cessa de prodiguer ses soins aux blessés de la Bourse. Parmi ces blessés, on remarque Julien (voir Julien, Fortuné), vieux soldat de la garde impériale : c’est celui dont la reine prend la main ; M. Guillaume (voir Guillaume, Henri, François, Guillaume), cousin de M. le préfet de police ; il reçut vingt blessures ; M. le docteur Marc est auprès de lui. Viennent ensuite Hureaux (voir Hureau, Julien, Charles), près duquel est Mme Novins ; Gravey (voir Gravey, Thomas, Bernardin), cocher de cabriolet, et sa famille ; Brisset (voir Brisset, Jean, François), ciseleur ; Bouvier (voir Bouvier, Benoist, Marie), Chambron (voir Chambeiron, Pierre, Antoine), Séné (voir Séné, Adolphe, Louis, Baptiste), tous blessés, et les personnes qui ont pris une part plus ou moins active aux soins qui leur ont été donnés, et parmi lesquelles il faut principalement remarquer Mlle Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), marchande de modes ; c’est elle qui est placée près de Mme la marquise de Dolomieu. Sur le premier plan, on remarque le nommé Marquet, garde royal ; et près du vieux Julien, M. le docteur Guillon (voir ce nom), médecin en chef de l’ambulance, à qui, la veille de l’arrivée de la reine, M. de Lafayette avait remis une médaille d’or. Dans le fond est le drapeau national, et une affiche aux trois couleurs portant ces mots : Aux braves blessés pour la patrie. Tels sont à peu près les nombreux personnages de cette riche composition que quelques personnes, par un esprit de parti plus qu’injuste et fort mal entendu, avaient d’abord sévèrement critiquée. Placé sous un faux jour lors du premier mois de l’exposition, ce tableau n’avait pu être sainement jugé : mais enfin, lorsqu’il a pu être offert aux regards des connaisseurs sous un jour favorable, il a été pleinement vengé de l’injuste rigueur des censeurs. Nous ne voulons pas dire cependant que toutes leurs critiques aient porté à faux. On a remarqué avec raison que l’ensemble du tableau, d’ailleurs bien composé, manquait de vigueur d’effet, principalement le côté droit ; que peu de figures avaient l’énergie d’expression que le sujet comportait. Excepté le soldat à qui la reine prend la main, l’opposant qui se couvre le visage de ses mains pour cacher son émotion à la vue d’une princesse dont la bonté le confond ; excepté encore la jeune femme en marmotte, la figure du jeune prince, et surtout celle de la reine des Français, dont les traits respirent la bonté et la compassion, presque tous les personnages de cette scène sont peu animés, peu expressifs, même la reine des Belges, dont l’artiste n’a fait, à bien dire, qu’un portrait hors d’œuvre. Toutefois, il faut convenir que donner l’expression convenable à une scène où la douleur physique et la satisfaction morale devaient se peindre sur les traits de nombreux personnages qui, étant tous historiques, devaient être tous ressemblants, était une tâche difficile à remplir, et que plus d’un des hommes de mérite qui ont critiqué le tableau de M. Gosse, ne l’aurait probablement pas accompli avec autant de bonheur que lui. » Il était aussi porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons qu’il est à notre parfaite connaissance que M. Davanne, changeur dans le passage des Panoramas, a, en 1830 et 1831, époque de la révolution de Juillet, procuré des secours aux ambulances de la Bourse et aux blessés à domicile, qu’il nous est impossible de fixer le chiffre de ses sacrifices mais qu’il a dépensé beaucoup. » Signé, le 5 novembre 1841 : Thayer, E., demeurant 5, rue de Ménars. Il déposa, le 23 mars 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, en rappelant la conduite qu’il avait tenue pendant la révolution de Juillet. Il sollicitait un emploi de surveillant dans un musée. Il joignait à sa demande deux certificats, daté de 1841. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, chevalier de la Légion d’honneur, chirurgien consultant du roi, certifie que M. Davanne, changeur dans les passage des Panoramas, a rendu aux blessés de l’ambulance de la Bourse, pendant les journées de Juillet et jusqu’à l’époque où je les ai évacués sur les hôpitaux, le 10 novembre 1830, les plus grands services, en leur faisant donner à ses frais la plus grande partie des aliments et le vin dont ils avaient besoin. Je l’ai vu, le 29 juillet, faire distribuer aux combattants une pièce de vin, qu’il avait fait transporter au palais de la Bourse. Il est également à ma connaissance que M. Davanne, dont la générosité était inépuisable, a aidé de sa bourse en 1830 et 1831, plusieurs de nos blessés de l’ambulance : aussi lui en ai-je exprimé ma reconnaissance et la leur dans une lettre qui a été insérée dans le Constitutionnel depuis cette époque. » Signé, le 16 septembre 1841 : Guillon (voir ce nom), ex-chirurgien chef à l’ambulance de la Bourse. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons qu’il est à notre parfaite connaissance que M. Davanne, changeur dans le passage des Panoramas, a, en 1830 et 1831, époque de la révolution de Juillet, procuré des secours aux ambulances de la Bourse et aux blessés à domicile, qu’il nous est impossible de fixer le chiffre de ses sacrifices mais qu’il a dû dépenser beaucoup. » Signé, le 28 septembre 1841 : Baudoin, A., capitaine de la 2e compagnie ; Bauve, sergent-major ; Robin, lieutenant de la 2e compagnie. Il fut proposé par la Commission pour un emploi de surveillant dans un musée national et pour une mention honorable, à paraître dans le journal du Moniteur. On peut lire dans Le Paris criminel et judiciaire du XIXe siècle, de Richou, les mentions biographiques suivantes concernant Davanne : « Le changeur Davanne a été attaqué le 9 octobre 1827 dans sa boutique du passage des Panoramas. Quelques jours plus tard, le 26 octobre, il reçoit une lettre lui donnant l’ordre de déposer le samedi suivant cinq cents francs, somme rondelette à l’époque, dans un sac, sur un banc, devant le grand hôtel de Montmorency situé à proximité. Sinon, il en est fait de vous, précise la lettre. Davanne se précipite au poste de police et l’autorité, prenant des mesures, pose à l’endroit dit un sac rempli de mitraille, pieusement surveillé de loin par le commissaire et deux agents. Alors qu’approche l’heure du rendez-vous, un chiffonnier se présente, fouille sous le banc avec un crochet et repart sans avoir touché au sac. Un ivrogne ensuite, s’assoit et s’endort, les pieds tout près du fameux sac. Arrêté, il nie cependant être l’auteur de la lettre. Les policiers n’étant pas d’accord pour juger si ce suspect est arrivé ou non d’un pas décidé, il sera acquitté devant l’incertitude, après la plaidoirie de Me Bois-Chevalier, le 20 février 1828. » Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 6, passage des Panoramas en 1830-1837 ; 15, rue Fontaine-Saint-Georges en 1848. Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1948 ; Archives de la préfecture de police AA 382 ; Le Constitutionnel, 20 avril 1833 ; Rapports et comptes rendus pour l’année 1836 de la Société philanthropique, Paris, imprimerie de Casimir, p. 120 ; Le Paris criminel et judiciaire du XIXe siècle, Richou, Paris, 2020 ; Annales du Musée et de l’Ecole moderne des Beaux-Arts, Landon, Salon de 1833, Paris, chez Pillet, 1833, pp.73-75.