Daviel, Alfred
Biographie
Né le 3 mars 1800 à Evreux (Eure). Il fut un des membres de la Commission des récompenses nationales pour le département de la Seine-Inférieure. Par délicatesse, il ne crut pas devoir faire statuer cette Commission, à laquelle il appartenait, sur ses propres droits. La Commission des récompenses nationales pour le département de la Seine-Inférieure donnait l’avis suivant à son sujet : « Personne plus que MM. Senard et Daviel n’a mérité la croix de Juillet. Par une louable modestie, ils se sont refusé à ce que la Commission les proposât au choix du roi ; cela ne doit pas les priver d’une récompense à laquelle ils ont de justes titres, seulement à cause de la publicité donnée à leur refus.[…]. » De même, la Division des gardes nationales et des affaires militaires du même département : « La Commission, ayant été assemblée, moins MM. Senard et Daviel, a reconnu à l’unanimité que la conduite ferme et énergique de ces deux citoyens pendant la révolution de Juillet, les plaçait en première ligne pour recevoir cette marque de la récompense nationale. » Plusieurs notables firent aussi parvenir la lettre suivante : « Au nombre des membres nommés par Monsieur le préfet de la Seine-Inférieure pour faire partie de la Commission des récompenses nationales, se sont trouvés deux honorables citoyens qui, ayant pris une grande part aux événements des 28 et 29 juillet, avaient, autant qu’aucun de nous, fait preuve de courage et de patriotisme. Par une généreuse abnégation de leurs droits, ils ont accepté la mission qui leur était donnée et ont été les premiers à proposer à leurs collègues de décider qu’aucun membre de la Commission ne serait désigné pour les récompenses qu’elle avait à décerner. Leur intention était d’assurer à cette distribution, à laquelle ne prendrait part aucun intéressé, un plus haut caractère d’impartialité et par suite un plus grand effet moral. Nous ne saurions accepter un sacrifice d’où dériverait un droit de plus à la distribution dont resteraient privés MM. Alfred Daviel et Senard. Nous désirons vivement, Monsieur le Président du Conseil, que justice soit rendue à tous et, désignés que nous sommes pour la décoration de Juillet, nous avons qualité sinon pour la rendre, du moins pour demander hautement qu’elle soit rendue à Messieurs Daviel et Senard. Nous joignons à cette réclamation une notice succincte des faits particuliers à chacun d’eux, qui la justifie, et nous espérons, Monsieur le Président du Conseil, que, juste appréciateur du courage et du patriotisme dont vous même avez donné l’exemple, vous n’hésiterez pas à y faire droit. » Signé : Barbet, Henry, maire et député ; Aroux, Eugène, député (voir ce nom) ; Roger, avocat ; Baudry, copropriétaire du Journal de Rouen ; Brière, copropriétaire du Journal de Rouen ; Mignon, A. ; Daux, capitaine d’artillerie en retraite, chevalier de la Légion d’honneur ; Barbet, Auguste. Les mêmes personnes récapitulaient ainsi la participation de Daviel aux événements de Juillet à Rouen : « M. A. Daviel, à la première nouvelle d’une tentative d’exécution des ordonnances de Juillet, s’était rendu au bureau du journal. Il s’associa par sa présence et par ses discours à la déclaration faite au commissaire de police par le rédacteur en chef et par M Aroux qu’ils ne parviendraient à exécuter les ordres dont ils étaient porteurs que par la violence. A l’instant même, il rédigea, derrière les barricades, la requête en référé, la consultation présentée à la signature du barreau en faveur des propriétaires du journal et les articles énergiques insérés dans les diverses éditions de la feuille de ce jour, à la suite de la protestation de M Aroux. Depuis lors, la plume courageuse et patriotique de M. Daviel fut employée sans relâche à assurer le triomphe d’une révolution dont ses actes et ses écrits l’avaient rendu solidaire, et la commission départementale, près de laquelle il voulut bien parfois remplir les fonctions de secrétaire, trouva en lui un collaborateur aussi zélé qu’habile. » Il fut nommé avocat général après la révolution. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la Commission des récompenses nationales réunie dans le département de Seine-Inférieure. Nous empruntons au site du Sénat, qui lui-même l’emprunte au Dictionnaire des Parlementaires français de Robert et Cougny, les informations biographiques suivantes : « Ministre, sénateur du Second Empire, né à Évreux (Eure), le 3 mars 1800, mort à Paris le 12 juin 1856, était le petit-neveu du célèbre oculiste Jacques Daviel (1696-1762). Après avoir suivi les cours de l'Ecole de droit de Paris, il alla exercer à Rouen la profession d'avocat. Devenu bâtonnier de son ordre, il se signala, en outre, par l'opposition constante qu'il fit au gouvernement de la Restauration. Aussi le gouvernement de juillet le nomma-t-il (août 1830) premier avocat général à la cour royale de Rouen ; mais il ne conserva ce poste que jusqu'en 1833, et donna sa démission pour protester contre la révocation de deux de ses amis et collègues, entrés en même temps que lui dans le ministère public. Il reprit alors sa place au barreau de Rouen, et se chargea plusieurs fois de la défense d'écrivains politiques appartenant à l'opinion républicaine : il se défendit d'ailleurs, dans un plaidoyer imprimé en 1836, de partager lui-même cette opinion. Le gouvernement présidentiel de L.-N. Bonaparte donna à M. Alfred Daviel un rapide avancement. Il le réintégra d'abord (février 1850) dans la magistrature, en qualité de procureur général à la cour de Rouen, et, en novembre, l'appela à remplir les fonctions de ministre de la Justice. Mais il ne fit que passer au pouvoir, et sans y avoir marqué sa présence par aucun acte politique important, il le quitta au bout de quelques semaines, pour reprendre son poste de procureur général. Partisan du gouvernement impérial, M. Daviel fut nommé sénateur le 19 juin 1854. Il reçut, la même année, le titre de premier président honoraire de la cour de Rouen, et s'associa jusqu'à sa mort (1856), dans la Chambre haute, à tous les votes des impérialistes. M. Daviel faisait partie, en outre, du conseil municipal de Rouen et du conseil général de la Seine-Inférieure. Il a laissé plusieurs ouvrages de jurisprudence : Examen de l'ordonnance du 20 novembre 1822, concernant l'ordre des avocats (1822) ; Traité de la législation et de la pratique des cours d'eau ; Lettre sur la liberté individuelle dans l'ancien droit normand, etc., ainsi que divers travaux insérés dans des revues spéciales sur des matières de droit. » Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure.