Degenne, Nicolas, Antoine
Biographie
Il est répertorié (sous le numéro 833) dans la liste des demandes de secours posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Archives de Paris VD6 682 n° 3, demandes de secours. Rumigny, aide de camp du duc d’Orléans en août 1830, laissa le témoignage suivant le concernant (si c’est bien lui) : « Le 4 août dernier (1830), je fus réveillé à minuit par une visite inattendue, deux membres de la Société des Amis du Peuple demandaient à me parler. Mon domestique, François Naudin, vint me dire : “Général, deux hommes à figure sinistre demandent à vous parler. – Je me lève, fais-les entrer.” J’avais mis, par précaution, deux pistolets sur ma cheminée. Ils entrent. L’un, M. Degenne, aux cheveux longs et plats sur le front, les sourcils couvrant les yeux, la face pâle, la barbe longue; le second, maigre, le front bombé, l’air cadavéreux et sinistre. “Général, me disent-ils, il faut que nous voyions le duc d’Orléans à l’instant. Il y va de sa vie et du repos de la France. La société est à refaire et rien des anciennes choses ne doit subsister. Après une révolution comme la nôtre, tout est à renouveler.” Ma surprise fut grande, je l’avoue, et l’apparition de ces deux membres d’une Société connue pour ses opinions farouches me parut digne d’attention. Me montrant sa chemise toute sale et ensanglantée, Degenne me dit encore : “Nous sommes des combattants, le sang nous a couverts et nous n’avons pas voulu changer de linge que tout ne soit terminé.” Après avoir parlé quelque temps avec ces exaltés, la pensée me vint de les conduire chez le Prince, qui, je le savais, par ses anciennes habitudes, ne devait pas encore être endormi. Je le leur proposai ; ils acceptèrent. Nous passâmes par les corridors qui, de chez moi, rue Saint-Honoré, au coin de la rue de Richelieu, conduisent aux appartements royaux. Arrivés près du cabinet de Son Altesse Royale, j’entrai afin de prévenir Monseigneur de cette étrange visite et du motif qui l’amenait. Lhéritier, neveu du général de ce nom, et Degenne, les deux députés de la Société des Amis du Peuple, furent introduits par moi aussitôt. Ils saluèrent profondément, puis Degenne prenant la parole d’une voix sépulcrale : “Monseigneur, la société est dissoute, rien de ce qui était ne doit plus exister et nous venons vous prévenir que le peuple veut que tout soit renouvelé.” A ces mots le duc d’Orléans l’interrompit et lui dit : “Monsieur, comment savez-vous l’opinion du peuple et comment vous intitulez-vous son organe ? La société, dites-vous, est dissoute. La société a éprouvé un ébranlement, une secousse, mais elle existe, et ce n’est pas quelques rêves de votre imagination qui peuvent la changer en un clin d’œil. Vous êtes de braves jeunes gens, séduits par quelque théorie dont vous vous nourrissez depuis longtemps ; mais je ne vois pas en vous des envoyés du peuple.” Cette sortie vive et juste déconcerta un peu les deux envoyés. Ils voulurent reprendre la discussion, que Son Altesse Royale soutint en les traitant comme des têtes fêlées et malades. Ils se retirèrent un peu abasourdis de ce qui s’était passé. L’un d’eux – Degenne, je crois – m’avoua que le duc d’Orléans était plus fort et plus habile qu’eux. L’autre, Lhéritier, conspirateur-né, plus faux, prononça quelques mots lugubres en s’en allant. Probablement ils allèrent rendre compte à leur société de l’inutilité de leurs efforts. Degenne vint me revoir et se dévoua au Roi. Lhéritier conspire et conspirera longtemps, il m’a paru être le plus absurde des théoriciens démagogues. » Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-Philippe (1789-1860), Paris, Frères éditeurs, 1921, p. 253-254.