Degousée, François, Joseph

Biographie


Né le 4 messidor an III (12 juillet 1795) à Rennes (Ille-et-Vilaine). Il participa à la prise du poste des Petits-Pères, à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et fit distribuer 200 fusils, 50 sabres, 500 baïonnettes et quelques tambours. La chronique de l’époque relatait ainsi sa participation à la révolution de Juillet : « A neuf heures du matin [jour de l’abdication de Charles X à Rambouillet], M. Degousée, aide-de-camp et fondé de pouvoir de M. le lieutenant-général comte Pajol, accompagné de MM. Dumas, capitaine d’état-major, faisant fonctions d’aide-de-camp de S. A. R. le duc d’Orléans, Servières, ancien sous-lieutenant, Thoyot et Liénard, élèves de l’Ecole polytechnique, se rend à l’hôtel de ville [de Rambouillet, N.D.A.], et justifie de ses pouvoirs pour emmener les diamants de la Couronne : alors la remise lui en est faite devant les autorités et les employés du château. Un procès-verbal de cette remise est dressé et signé, et le caisson, bien escorté, part pour Paris vers midi. » Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, 1830-1840, retraçait ainsi la conduite de Degousée : « L’invasion de la mairie des Petits-Pères fut un des premiers épisodes de la journée du 28. Là s’étaient rendus de grand matin, armés de fusils et prêts pour le combat, MM. Degousée, Higonnet, Laperche. M. Degousée portait l’uniforme de la garde nationale, et beaucoup d’hommes du peuple s’étaient joints, le long des boulevards, à ce groupe de citoyens courageux. Bientôt le poste fut forcé, la mairie occupée, les fusils qu’elle contenait furent distribués au peuple, on battit le rappel. A ce bruit solennel du tambour annonçant l’émeute, plusieurs bourgeois s’émeuvent, revêtent leurs uniformes de gardes nationaux, et accourent en armes sur la place. Quelques-uns se détachent et vont garder le poste de la Banque, mêlés aux soldats de la ligne ; d’autres s’installent à la mairie pour y veiller à l’ordre public. C’étaient là pour des insurgés d’étranges auxiliaires. Cependant, l’agitation se répandait partout, et des coups de fusil retentissaient dans les rues voisines. Quelques-uns de ceux qui s’étaient emparé du poste veulent en sortir pour aller combattre. Les gardes nationaux les arrêtent, un d’eux s’écrie : “Que faites-vous ? l’on va nous croire hostiles ! – C’est bien ainsi que je l’entends”, répond M. Higonnet avec mépris, et il menace son interlocuteur de le coucher en joue. […Le 28 juillet] En même temps, le général [Wall, N.D.A.] entrait en négociation avec M. Degousée pour le transport des blessés. On plaçait ces malheureux sur des charrettes, c’était un chef d’insurgés qui, suivi de quatre fantassins, vêtu d’une blouse, un bonnet de police sur la tête et un fusil à la main, se chargeait de conduire à travers Paris en deuil ce convoi gémissant et funèbre. [… Le 28 juillet au soir] A la même heure, deux citoyens, MM. Higonnet et Degousée, se promenaient sur la place des Petits-Pères, devenue déserte. Un inconnu les aborde et leur dit : “Le combat recommence demain. Je suis militaire. Avez-vous besoin d’un général ? – D’un général, répond M. Degousée ? Pour en faire un en temps de révolution, il suffit d’un tailleur.” Et M. Higonnet ajoute : “Vous voulez être général ? eh bien, prenez un uniforme et courez où l’on se bat.” Cet inconnu se nommait Dubourg. Il trouva le conseil bon ; il le suivit, comme on verra plus bas, et le lendemain il fut roi de Paris pendant quelques heures. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Degousée : « La mairie des Petits-Pères avait été emportée par trois patriotes dont on connaissait déjà les noms : c’était MM. Degousée, Higonnet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph) et Laperche (voir Laperche, Alexandre). […Sur l’attaque du Louvre] Quatre attaques avaient été dirigées sur le Louvre : la première par le Palais-Royal ; la seconde par la rue des Poulies, par la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois et par le quai de l’Ecole ; la troisième par le pont des Arts, et la quatrième par le pont Royal. La première était conduite par Lothon (voir Lothon, André, Charles), que nous avons, on s’en souvient, quitté à la hauteur de la rue Guénégaud. Frappé d’une balle à la tête, il était tombé évanoui sur la place du Palais-Royal. La seconde était conduite par Godefroy Cavaignac (voir ce nom), Joubert (voir ce nom), Thomas (voir ce nom), Bastide (voir ce nom), Degousée, Grouvelle (voir Grouvelle, Philippe), les frères Lebon (voir ces noms), etc. Ce fut elle qui prit le Louvre, comme on le verra tout à l’heure. La troisième était celle qui avait eu lieu par le pont des Arts : on connaît son résultat. La quatrième, celle de la rue du Bac, ne traversa le pont, en réalité, que lorsque les Tuileries furent prises. [… Après la prise du Louvre] Dès le matin, Degousée, voyant l’hôtel de ville tombé aux mains du peuple, avait laissé Baude s’y installer, et avait couru chez le général Pajol (voir Pajol, Pierre) pour lui offrir le commandement de la garde nationale. Mais le général Pajol avait répondu qu’il ne pouvait pas se mettre en avant d’une façon si décisive sans avoir l’autorisation des députés. – Et où diable y a-t-il des députés ? demanda Degousée. – Voyez chez M. de Choiseul, avait répondu le général Pajol. Degousée s’était rendu chez M. de Choiseul. M. de Choiseul était aux cent coups : il venait d’apprendre à la fois qu’il était membre du gouvernement provisoire depuis la veille, et qu’il avait, dans la nuit, signé une proclamation incendiaire. M. Dupin aîné était près du duc ; sans doute lui donnait-il une consultation sur ce cas, non prévu par la législation française. Cette idée, émise par Degousée, de réorganiser un corps qui ne pouvait manquer de devenir un pouvoir conservateur sourit beaucoup à M. Dupin. Il prit une plume, et écrivit ces mots : “MM. les députés réunis à Paris autorisent M. le général Pajol à prendre le commandement des milices parisiennes.” – Des milices parisiennes ! avait répété Degousée ; et pourquoi, s’il vous plaît, des milices parisiennes ? – Mais parce que la garde nationale a été légalement dissoute par l’ordonnance du roi Charles X, avait répondu M. Dupin. – Allons, ne chicanons pas sur les mots, avait repris Degousée. Signez-moi cela vite, et veuillez me dire où je trouverai vos députés réunis à Paris. – Chez M. Laffitte, avait dit M. Dupin. Et, sans trop de difficultés, il avait signé l’autorisation. Les députés étaient, en effet, réunis chez Laffitte. – Plus heureux que moi, grâce sans doute au papier dont il était porteur, Degousée avait pu arriver jusqu’à la salle des délibérations. Les députés prirent connaissance des trois lignes précitées, et, voyant la signature de M. Dupin, signèrent à leur tour ; mais ils n’eurent pas plus tôt signé, que la terreur les prit ; Degousée, qui ne perdait de temps à rien, et qui, d’ailleurs, tenait à se trouver à l’assaut du Louvre, était déjà à la porte de la rue. Un député le rejoignit au moment où il franchissait le seuil. – Monsieur, lui dit-il, me permettez-vous de relire encore ce papier ? – Certainement, répond Degousée sans méfiance. Le député se retire à l’écart, déchire les signatures, et rend le papier tout plié à Degousée, qui le reprend, et qui ne s’aperçoit qu’à la porte du général Pajol de la soustraction opérée par l’adroit prestidigitateur. Vous rappelez-vous la fable de La Fontaine Le Lièvre et Les Grenouilles ? Le bonhomme a tout prévu, même cette chose que l’on croyait impossible, à savoir que M. Dupin trouverait plus poltron que lui ! Voilà l’anecdote qui circulait dans les groupes. » [Sur l’arrivée du général Dubourg à la mairie des Petits-Pères] La veille, à la mairie des Petits-Pères, le général Dubourg s’était présenté devant Higonnet et Degousée. – Messieurs, avait-il demandé, avez-vous besoin d’un général ?– D’un général ? avait répondu Degousée. Dans les moments de révolution, il suffit d’un tailleur pour en faire un ; tant qu’il y aura des tailleurs, on ne manquera pas de généraux. […Sur les résistances à l’usurpation orléaniste] : « Trois jours auparavant, au moment où la Chambre jetait les premiers fondements d’une monarchie nouvelle, Pajol, qui voyait la tournure que prenaient les choses, suivait tristement la rue de Chabrol, en compagnie de Degousée (voir Degousée, François, Joseph), qui lui-même déplorait la voie où l’on poussait la révolution.

Tout à coup Pajol s’arrête.

– Vous me disiez, il y a un instant, que vous meniez à l’attaque du Louvre des hommes dévoués ? demanda-t-il.

– Sans doute.

– Eh bien, pouvez-vous toujours compter sur ces hommes ?

– Je le crois.

– Assez pour qu’ils exécutent à la lettre, et sans le discuter, un ordre que vous leur donneriez ?

– Quel ordre ?

– Celui d’arrêter les députés, par exemple.

– Oh ! je ne réponds pas de cela !

– En ce cas, la révolution a fait fausse couche !...

Et il rentra chez lui, rue de la Ferme-des-Mathurins, pour y attendre les événements. »

[Sur l’expédition de Rambouillet] : « En arrivant à Saint-Cyr, Degousée eut l’idée d’enlever l’artillerie de l’Ecole ; il demanda des hommes de bonne volonté : nous nous offrîmes, et, à deux cents à peu près, nous allâmes enlever huit pièces de canon. » […Sur le retour des diamants de la couronne]. Pajol ne vit point partir ces fanatiques sans une certaine terreur ; il mit à leur tête Charras et Degousée ; mais bientôt les deux chefs reconnurent l’impossibilité de maintenir ce flot humain, et se laissèrent entraîner par lui. Il les poussa jusque dans les cours du château de Rambouillet, où le maire de la ville leur indiqua tout bas et en cachette un fourgon dont il venait de remettre les clefs au maréchal Maison. Ce fourgon contenait les diamants de la couronne, estimés à quatre-vingts millions. – Bien, dit Charras, il faut les confier au peuple ; c’est le seul moyen qu’il ne leur arrive pas malheur. On confectionna un petit drapeau tricolore sur lequel on écrivit en lettres noires : Diamants de la couronne ; on planta le drapeau sur le fourgon, et tout fut dit. Puis on fit proclamer que ceux qui voudraient revenir en accompagnant et en gardant les diamants de la couronne reviendraient dans les voitures du roi. C’était un moyen qu’avait trouvé Degousée pour qu’on ne fît point du feu de ces voitures. » Dumas cite aussi le nom de Degousée parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Dans la lettre que Bonnefond, Jean-Baptiste écrivit à la Commission des récompenses nationales pour faire valoir ses droits à une décoration, il avançait qu’il avait « été un des six citoyens qui osèrent les premiers paraître en armes ; sortis de la rue Chabrol sous le commandement de M. Degousée, ils ont crié aux armes jusqu’à leur arrivée aux Petits-Pères » ; et aussi qu’il « fut un des quatre citoyens emmenés par M. Degousée pour l’enlèvement du trésor de la duchesse d’Angoulême, expédition nocturne dans laquelle il courut les plus grands dangers ». Il fut aide-de-camp du général Pajol pendant l’expédition de Rambouillet. Dans le récit que faisait Tourrel ou Touzzel de sa propre participation aux événements de Juillet, on trouve de nombreuses indications sur celle de Degousée. Ce récit était ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie sur l’honneur que, dans les affaires des 27, 28 et 29 juillet 1830, je me suis trouvé dans la matinée du 28 avec MM. Degousée, lieutenant-colonel attaché à l’état-major de la garde nationale et Higonnet (sic), faisant fonction d’officier d’ordonnance de M. le général Pajol. Nous sommes partis de la rue d’Artois au nombre de huit et nous nous sommes rendus directement à la mairie des Petits-Pères, pour y réunir les vrais patriotes. Je fus prévenu que le télégraphe situé sur la caserne des Petits-Pères faisait des signaux. Je m’y transportai avec vingt hommes, que je réunis pour y abattre l’intérieur de leur mécanisme. Ce que j’ai fait exécuter. De là, nous nous sommes transportés au poste de la Banque, qui était commandé par un officier du 50e de ligne et que l’on fit occuper par des gardes nationaux. Je pris ma direction avec cent cinquante hommes et me dirigeai au marché des Prouvaires, où je me trouvai dans cette rue face au 15e léger, contre lequel j’ai combattu. Au moment de mon arrivée, M. le capitaine Miel venait d’y être tué. Afin que vous puissiez recevoir de plus amples informations, l’on peut interroger M. Degousée, qui demeure rue de Chabrol, et M. Higonnet, impasse de la Fidélité, 5 bis, en outre M. Domergue (à retrouver, pas retrouvé…), qui a eu le corps traversé d’une balle, peut enfin être appelé en témoignage. PS : les armes qui ont été délivrées à la mairie des Petits-Pères l’ont été par moi et cela par les ordres de M. Degousée. » Il fut décoré la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1830-1831, il était lieutenant-colonel à l’état-major de la garde nationale. Lieutenant-colonel d’état-major, il apostilla la demande de décoration présentée par Deschamps, Michel, Hyacinthe, attestant que ce dernier avait « rendu les plus grands services ; son zèle n’a été arrêté ni par le danger ni par les fatigues ». Il signa un certificat en faveur de Baligner, François, attestant que ce dernier avait soigné des blessés et participé à l’expédition de Rambouillet. Il apostilla ainsi la demande que fit Fichet, Alexandre de la décoration de Juillet : « Je connais depuis longtemps le patriotisme de M. Fichet et peut attester ce qu’il énonce. De plus qu’il a été un des plus ardents à soutenir les efforts de ses camarades et encourageait tout son quartier en leur donnant des armes. » Il certifia, le 10 août 1830 et comme lieutenant-colonel de la garde nationale, comme contenant des faits vrais, la lettre suivante rédigée par Bureau, Eugène pour tenter de faire valoir ses droits à une décoration : « Eugène Bureau, ex-employé dans l’ancienne partie du manuscrit brûlé la compagnie française d’éclairage par le gaz, partie du manuscrit brûlé plein de moralité, de zèle et de dévouement, n’écoutant que son patriotisme, se met le 29 juillet au matin à la tête de quelques jeunes gens. Il partie du manuscrit brûlé aux portes du Théâtre italien, il y pénètre avec partie du manuscrit brûlé s’élance seul, armé d’un pistolet, sur trois gendarmes, que son audace effraye ; ils mettent bas les armes ; il les distribue à ses amis. Aussitôt cette petite partie du manuscrit brûlé de braves court au rendez-vous de la Bourse bien partie du manuscrit brûlé après leur courage trouve l’occasion de se signaler partie du manuscrit brûlé meurtriers attaqués de la rue de Rohan et des partie du manuscrit brûlé Bureau s’élance l’un des premiers sur la pièce de canon braquée au coin de la rue Saint-Nicaise et qui tomba aux mains des patriotes. C’est sur ce point d’attaques qu’il fut assez heureux pour renverser d’un coup de baïonnette un soldat suisse qui ajustait à bout portant un élève de l’Ecole polytechnique. Après cette action et partie du manuscrit brûlé ou la fuite complète des gardes royaux qui occupaient tout le quartier du Palais-Royal, Bureau, toujours à la tête de ses amis, dont le nombre avait déjà partie du manuscrit brûlé court à l’attaque des Tuileries, dont l’occupation subite couronna les efforts de cette foule de braves défenseurs. Enfin Bureau n’est rentré chez son père et ne s’est reposé qu’après la campagne de Rambouillet. Tous ces faits dignes d’admiration et de partie du manuscrit brûlé doivent attirer sur le jeune homme les regards partie du manuscrit brûlé dispensatrice des récompenses […]. » Une lettre du ministère de l’Intérieur, en date du 7 juin 1831, avertit à son sujet qu’il s’agissait sans doute du même individu que Degousée, François, Joseph, dit Dautrement né à Avesnes (Nord), condamné à six années de réclusion pour vol par la cour d’assises de la Seine plus une année pour tentative d’évasion en 1823, horloger avant sa captivité, « excellent ouvrier, très rusé et d’un caractère astucieux », transféré de la centrale de Melun à celle de Loos et de cette dernière, pour cause de santé, dans celle de Gaillon, où il était mécanicien ; libéré le 3 mars 1830. Le ministère avertit la Commission des récompenses nationales de « faire cesser un abus que l’administration doit vivement regretter de n’avoir pu prévenir ». La Commission des récompenses nationales répondit qu’elle ne pensait pas que les deux identités pussent être celle de la même personne. Degousée apostilla la demande de Basset, Phiippe, Victor auprès de la Commission des récompenses nationales pour obtenir une décoration ou un emploi. Il apostilla la demande de Clavet Gaubert, comme quoi ce dernier avait donné des preuves de son zèle et de son patriotisme pendant les journées de Juillet. Il signa, comme premier aide de camp du général Pajol, le certificat suivant en faveur de Viallet-Desgranges, Henry : « Nous, soussignés, habitants de toutes les classes, demeurant dans les divers quartiers ci-après indiqués, certifions, pour rendre hommage à la vérité et à la bravoure que M. Henry Viallet-Desgranges, ancien capitaine de grenadiers, renvoyé en 1815 sans aucune retraite, demeurant actuellement rue du Faubourg-Poissonnière n° 38, a pris, sous nos yeux, une part très active aux trois mémorables journées de juillet dernier et qu’il s’est constamment battu pendant les trois jours. Savoir : le 27 au boulevard Bonne-Nouvelle, à la porte et faubourg Saint-Denis. Le 28, ayant été choisi par ses concitoyens du faubourg Poissonnière pour les commander, il se dirigea avec un détachement de deux cent cinquante à trois cents hommes sur le faubourg Saint-Denis pour empêcher la retraite du 5e de ligne. Ce détachement, qui ne comptait que quinze fusils, fut très maltraité et dispersé rue de Chabrol par le feu de ce régiment. Parvenu à rallier sa troupe, le sieur Viallet-Desgranges eut encore à soutenir, faubourg Saint-Denis, une vigoureuse charge de cuirassiers, où il perdit quelques braves mais non sans faire beaucoup de mal à l’ennemi. Le 29, M. Viallet-Desgranges s’est battu rue de Richelieu, au Théâtre-Français et rue Saint-Honoré, au coin de celle des Boucheries, où il fut blessé au bras droit à l’attaque des maisons occupées par la garde royale, au coin des rues Saint-Nicaise et de Rohan et il coopéra à la prise de la pièce de canon placée entre ces deux dernières rues. De là le sieur Viallet-Desgranges, informé par ses concitoyens qu’une colonne de gardes royaux, chassées de la Madeleine, s’était reformée aux écuries du roi, rue du Faubourg-du-Roule, il s’y transporta en toute hâte, avec quelques braves. Là, sous les yeux du général Dautancourt, il s’avança, seul, vers le lieutenant-colonel qui commandait ce détachement, composé de plus de trois cents hommes qui avaient déposé leurs fusils mais qui conservaient leurs sabres et le somma de faire quitter ces armes à ses hommes. Il allait être égorgé par ces furieux lorsqu’il fut sauvé par ses braves frères d’arme et les habitants du faubourg qui arrivèrent et le dégagèrent. Après quoi, sur ses nouvelles instances et menaces, une soixantaine de gardes royaux jetèrent leurs sabres et le reste finit par imiter leur exemple, en se retirant par la barrière de l’Etoile. C’est ce dernier trait de bravoure qui a mérité à M. Viallet-Desgranges l’honneur d’être embrassé par le général Dautancourt devant un millier de braves défenseurs de la patrie et qui engagea le général à le demander au ministre de la Guerre pour son aide de camp. Nous certifions de plus que malgré sa blessure et la souffrance qu’elle lui faisait éprouver, ce brave militaire ne voulut pas rester inactif le 3 août suivant, qu’il partit pour Rambouillet et qu’il était le même jour à 9 heures du soir à Cognières auprès de M. le général Pajol, auquel il offrit ses services. Témoins de la belle conduite de ce brave officier, nous nous faisons un devoir et un bien doux plaisir de lui délivrer le présent certificat, que nous déclarons véritable, chacun de nous pour les faits qui se sont passés sous nos yeux ou dans nos quartiers respectifs […]. » Ajoutant l’apostille suivante : « Je certifie avoir vu M Viallet-Desgranges à Coignières, où il était à la tête d’un détachement de tirailleurs chasseurs, comme lui plein de zèle et de dévouement. » Viallet-Desgranges, dans ses réclamations, affirmait que ce dernier pouvait être témoin de sa conduite pendant la Restauration et pendant les combats de Juillet. Il signa, le 4 novembre 1830, le certificat suivant en faveur de Thibault, Alexandre, Eugène : « Je, soussigné, lieutenant-colonel à l’état-major de la garde nationale, demeurant à Paris, rue de Chabrol n° 13, déclare et certifie que le nommé Thibaut, Alexandre, Eugène (sic), ouvrier papetier, âgé de vingt ans, demeurant à Paris, rue de Chabrol n° 18, fait partie des citoyens qui m’ont suivi dans la journée du 28 juillet dernier, qu’il a montré du zèle et du courage ; que le 29 au matin il était de bonne heure en armes, s’est dirigé sur la rue de Richelieu, a pris une part active au feu, rue de Rohan, et qu’il doit être considéré comme ayant été tué au coin des rues Saint-Thomas et Richelieu puisque après la prise du Palais-Royal et du Louvre il n’a plus reparu ; que sa conduite avant la révolution était exemplaire par sa régularité ; qu’il secourait du produit de son travail son père septuagénaire et sa sœur infirme ; que pendant les 28 et 29 il a été d’une intrépidité qui a causé sa mort. Je ne saurais assez recommander son père et sa sœur à la Commission des récompenses nationales […]. ». Et cet autre : « Ce jeune homme soutenait par son travail son vieux père et sa sœur infirme ; il avait l’amitié et l’estime de tout le quartier […] ». Il comparut, le 25 janvier 1831 devant le commissaire de police du quartier du faubourg Poissonnière, pour attester que Thibault avait « fait partie des citoyens qui l’ont suivi dans la journée du 28 juillet ; qu’il a montré du zèle et du courage ; que le 29 au matin il était de bonne heure en armes ; qu’il s’est dirigé sur la rue de Richelieu, a pris une part active au feu de la rue de Rohan ; qu’il doit être considéré comme ayant été tué au coin des rues Saint-Honoré et Richelieu, attendu qu’après les prises du Louvre et du Palais-royal il n’a plus reparu ; que sa conduite avant la révolution était exemplaire ; qu’il nourrissait du produit de son travail son père septuagénaire et sa sœur infirme et que son intrépidité et son courage doivent être les causes de sa mort ». Comparut ensuite Lantier, propriétaire de la maison où demeurait Thibault, 18, rue Delaborde, et Crombé, concierge de ladite maison, et qui déclarèrent qu’il était « à leur connaissance que le fils Thibault est revenu le mercredi 28 juillet au soir, armé, et que le jeudi il est parti avec l’intention de combattre encore ; qu’il était bon sujet et aimait trop ses parents pour ne pas s’empresser de leur donner de ses nouvelles s’il n’eût pas été tué ». Degousée, François, Joseph demeurait 13, rue de Chabrol en 1830 ; 11, rue de Chabrol (confirmé in Archives de Paris VD6 3 et surtout in Archives nationales F/1dIII/39) ou 13, rue de Laborde en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Le Courrier français, 5 août 1830 (sous le nom de Dubouzet) ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 215-216 ; Evénements de Rambouillet, juillet et août 1830, extrait d’un document déposé aux archives de la ville de Rambouillet, par J. S. Delorme, ancien maire, extrait de la Revue prospective (février 1836), p. 23 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Baligner, François ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Bonnefond, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Deschamps, Michel, Hyacinthe ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Clavet Gaubert ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gournay d’Arnouville de, Abel (où il est classé par erreur) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/52 ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Thibaut, Alexandre, Eugène ; Archives nationales F/9/1155 in dossier Basset, Philippe, Victor ; Archives nationales F/15/3796-3797 secours à divers titres in dossier Viallet-Desgranges, Henry ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Bureau, Eugène ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Maitrejean (où Maitrejean affirmait qu’on pouvait demander à Delaborde tout renseignement le concernant sur sa participation aux combats de Juillet) ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, pp. 201, 218, 237. Sur Internet, sans doute sagirait-il de Degousée, François, Rose, Joseph, demeurant 49, rue de Richelieu, lassocié de Maitrejean, Isidore, demeurant 3, rue Richepanse, en 1823, administrateur avec lui de la Tontine perpétuelle damortissement, selon le Bulletin des lois 7e série, tome seizième n° 594 bis p 39 ? Il y a un Degousée dans le dossier Dales, Antoine… voir ce nom.

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