Degraine, Charles, Philippe

Biographie


Né vers 1811. Ouvrier tailleur. Gravement blessé, il reçut un secours de soixante francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il fut condamné pour rébellion, le 21 mai 1831 à cinq années de réclusion par la cour d’assises de la Seine. Onze des jurés qui avaient décidé de la peine intercédèrent en faveur du condamné : « Dans l’exécution d nos devoirs, nous avons été soutenus par l’espoir d’un adoucissement au sort de ce jeune malheureux ; nous avons pensé que ce ne serait pas en vain que nous invoquerions, pour une pareille faute, l’indulgence du roi-citoyen. » Les circonstances qui lui avaient valu sa condamnation étaient ainsi rappelées par la Direction des affaires criminelles et des grâces : « Le 15 février [1831, à l’occasion des troubles qui avaient eu lieu à l’archevêché, N.D.A.], vers 1 heure de relevée, un attroupement composé d’environ deux cents jeunes gens, ayant à leur tête un individu porteur d’un drapeau tricolore surmonté d’un bonnet rouge, parut sur le quai d’Orsay en poussant divers cris et notamment ceux-ci Vive la liberté ! Vive la république ! A bas la Chambre des députés ! Ils se jetèrent sur la garde nationale qui barrait le passage. Après une assez vive attaque de leur part, ils furent dispersés. Le même jour, vers trois heures et demie, un nouvel attroupement, d’environ deux ou trois cents jeunes gens, avec un drapeau tricolore proférèrent les cris de Vive la république ! Il faut f… le feu à la Chambre des députés ! s’avança vers le poste de la Légion d’honneur, qui tenta de s’opposer au passage des individus composant cet attroupement. Le sieur Manteau, lieutenant de la garde nationale, leur fit des représentations, mais après quelques hésitations, il s’écrièrent Non ! il faut les bousculer, les jeter à leau ! A bas les baïonnettes ! A bas la canaille ! Il faut les désarmer ! Ils se précipitèrent sur les gardes nationaux, qui luttèrent quelque temps, mais dont les rangs furent rompus par les assaillants. Le sieur Manteau fut séparé de ceux qu’il commandait, on saisit son sabre, il fut menacé par le porte-drapeau d’un couteau que celui-ci tenait à la main. La baïonnette du sergent Sinet fut saisie par un des assaillants, qui le menaça d’un pistolet. Le sieur Championnier fut renversé sur ses genoux et frappé tandis qu’on cherchait à lui enlever son fusil ; il fut obligé d’ôter sa baïonnette. L’attroupement voyant arriver un bataillon de la garde nationale, se dirigea vers la rue de Bellechasse, où bientôt après entra un bataillon de la garde nationale à cheval. Lorsqu’ils furent passés, des sifflets se firent entendre, des pierres, des tessons de bouteilles, des écailles d’huître furent lancés sur eux, ils firent volte-face et furent accueillis par les cris A bas la garde nationale ! Vive la république ! Les gardes nationaux s’étant portés en avant, un certain nombre des individus faisant partie de l’attroupement se jetèrent dans un cabaret d’où ils sortirent par une porte dérobée, d’autres allèrent dans la rue Neuve-Bellechasse et se retirèrent dans un terrain clos de planches, où Desgraines fut arrêté et où l’on saisit le drapeau. » Le ministère ajoutait : « Quoique fort jeune, Desraines a de tristes antécédents. Déserteur du 55e (sic) de ligne, il a déjà comparu devant la cour d’assises de la Seine comme accusé de vol. Son acquittement fut, il est vrai, prononcé le 20 janvier 1829. Je pense ainsi que monsieur le procureur général qu’en présence de faits aussi graves, la remise de l’exposition est la seule faveur que puisse obtenir quant à présent ce jeune condamné. » Il était célibataire en 1831. Le ministre de la Justice commua sa peine de réclusion en peine d’emprisonnement. Degraine donnait l’explication suivante à sa condamnation, selon une lettre en grâce qu’il écrivit au roi : « Au moment où il se rendait à l’Ecole militaire, où il allait voir un de ses amis, se trouva dans un rassemblement, sans volonté d’y mal faire. Il fut arrêté rue Bellechasse, où il ne pensait qu’à s’éloigner de la foule, pour continuer son chemin. Traduit au tribunal, il fut condamné […] sur l’attestation d’un seul témoin sur dix-sept qui ont dit ne pas le reconnaître pour celui qui s’était rendu coupable du crime dont on l’accuse ; ce qui influa à son jugement c’est qu’il est déserteur du 53e de ligne. Il quitta ses drapeaux pour soulager sa tante qui lui servit de mère, qui était alors à l’article de la mort. » Il demeurait rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur en août 1830. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 18 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 20 ; Archives nationales BB/22/51.

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