Dehors, Pierre, Ambroise

Biographie


Né le 5 mars 1802 à Longny-au-Perche (Orne). Fabricant, tenant un établissement (peut-être de fabrication de fécules) d’une vingtaine d’ouvriers de 1827 à 1830, rue de Charonne, dans une maison dont le médecin était alors Recurt (voir Recurt, Adrien, Barnabé, Athanase). Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement (sous le nom de Dehort, Pierre, Ambroise). Il fut élu, par ses « concitoyens, témoins de [sa] conduite aux journées de Juillet », sous-lieutenant de la 1re compagnie du 4e bataillon de la VIIIe légion de la garde nationale. Il précisait aussi : « Je donnai de nouvelles preuves de mon dévouement pour ma patrie en sauvant au péril de ma vie les jours d’un jeune homme que le peuple se disposait à jeter à l’eau lors des troubles de Saint-Germain-l’Auxerrois, le 14 février 1831. » Le jeune homme, que les manifestants avaient pris pour un prêtre déguisé et qu’ils voulaient jeter à la Seine, s’appelait Belon, fils d’un officier supérieur de l’armée ; Le Constitutionnel du 25 février 1831 rapporta la scène : « On a beaucoup parlé d’un fait arrivé, le 14 février, au moment des troubles de Saint-Germain-l’Auxerrois : on a raconté qu’un jeune homme, aux cheveux longs, ayant été pris pour un prêtre, avait manqué d’être jeté dans la Seine par le peuple irrité, et qu’un garde national avait mis obstacle à cette horrible résolution. Ce garde national est M. Dehors, sous-lieutenant de la 4e compagnie du 1er bataillon de la VIIIe légion (sic). A ses risques et périls, car il fut maltraité et dégradé par des hommes qui, se trompant sur ses intentions, lui arrachèrent ses épaulettes, à ses risques et périls, M. Dehors sauva le sieur Belord (sic), persuadant à la fin au peuple qu’il fallait livrer à la IVe légion, qui était près de là, le jeune homme qu’on croyait ennemi et provocateur de troubles carlistes. C’est ce qui résulte d’un certificat qui nous a été présenté, et dont M. Dehors nous a prié de publier l’analyse. » Belon, en tout cas, lui adressa, ainsi qu’à Valpinson, Jules (voir ce nom), la lettre suivante, en date du 27 février 1831, et qu’il fit imprimer en 1848 : « M. Dehors, officier de la garde nationale de Paris, et M. Jules Valpinson, grenadier. Avant de quitter la France, j’éprouve dans mon cœur le vif sentiment de la reconnaissance et le besoin de vous donner le témoignage que mérite votre généreuse action, pleine de sagesse et d’un rare dévouement. Le lundi 14 courant, revenant de la préfecture faire viser mon passeport et vaquer à l’achat de graines chez M. Vilmorin, je me suis arrêté devant l’église Saint-Germain-l’Auxerrois pour examiner ce qui se passait. Quelques ouvriers ont cru voir dans la chevelure que j’avais l’habitude de porter un peu longue, les indices d’un prêtre déguisé, échappé de l’église, ou d’un carliste. Ces propos m’ayant offensé, je cherchais à justifier par mon passeport qu’il n’en était pas ainsi ; au lieu de recevoir cette justifications, on me saisit au corps, déchira mes vêtements, m’enleva tout ce que j’avais sur moi, et le groupe qui m’entourait et me pressait demandait que je fusse jeté à l’eau, ce qu’on se préparait à exécuter. C’est dans cette circonstance périlleuse que, dans le noble élan de votre cœur, et faisant abnégation de vous-même, vous avez, avec un même et généreux concours, volé à mon secours, lutté avec une valeur exemplaire contre la foule qui nous entourait. Vos généreux et constants efforts sont parvenus, comme par miracle, à préserver mes jours jusqu’au moment où la garde nationale est venue pour nous délivrer. Je ne saurais assez vous témoigner, mes chers pères sauveurs, les sentiments de la plus profonde admiration et de la reconnaissance, dont je suis pénétré en la considération du courage et de la prudence dont vous avez fait un usage si remarquable dans ce singulier événement. Je dois rendre hommage à ces braves gardes nationaux qui, par leur persuasion et leur sagesse, ont su calmer un torrent impétueux d’une foule, que les événements qui venaient de se passer sur les lieux mêmes devaient irriter naturellement à un tel point. Vous pouvez, mes chers pères sauveurs, vous applaudir d’avoir, dans cette haute circonstance, empêché de commettre un crime affreux sur un vrai patriote ; car mes principes sont tels, et à l’épreuve, ce qui eût fait une tache à notre belle révolution. J’apprends aussi, mon cher M. Dehors, avec la plus grande joie, que vous étiez à la tête des héros libérateurs de Juillet qui ont combattu vaillamment dans les immortelles journées. Vous êtes resté en tout temps et en toute circonstance inséparable et fidèle à la liberté et à l’ordre public ; vous renouvelez les vertus des immortelles journées ; vous en rendez un glorieux témoignage, et vous êtes le noble caractère de la garde nationale. Je désire ardemment qu’il n’y ait jamais lieu à ce que la précipitation, l’erreur et la violence puissent affliger les amis de la liberté. Votre souvenir vivra à jamais dans mon cœur, et votre vue, lorsque j’aurai de nouveau ce bonheur, fera toujours battre dans moi les plus vives émotions d’affection et de reconnaissance. Je vous dois la vie, tout à vous ! » Signé, Henry Belon de Besançon, logé chez M. Bayer, 6 bis, rue Richer. Le nota suivant était imprimé en bas de la page : « Le citoyen Henry Belon était fils d’un officier supérieur de l’armée. Il était alors chargé par le général Lafayette de la gestion des propriétés du général dans les Florides à Tallahasser (Amérique). Il emmenait avec lui une vingtaine d’hommes, ouvriers de diverses professions. Le départ pour Le Havre devait se faire le 20 février 1831, et, vu l’événement, n’eut lieu que le 20 mars. » Dehort fut, en mars 1831, nommé, sur proposition de la Commission des récompenses nationales, sous-lieutenant (mais sergent dans plusieurs lettres quil rédige par la suite dont celle du 16 juillet 1839 in Archives de la préfecture de police AA 383) et affecté au 67e régiment de ligne (sous-officier dans les zouaves à leur création devait-il préciser dans une demande de secours en 1857), commandant le 21e détachement des Volontaires parisiens à Alger. Il fut réformé pour maladie grave le 11 octobre 1832. Il devint dès lors voyageur de commerce. En 1833, il sollicita le versement de la gratification accordée en 1831 aux décorés de Juillet. Il lui fut répondu que les délais de paiement étaient dépassés et qu’il ne pouvait être fait droit à sa demande. Le 16 juillet 1839, il était hospitalisé à l’hôpital Saint-Louis ; il avait trouvé une place avantageuse mais, au commencement de l’année 1839, une grave maladie l’avait obligé à abandonner sa place ; toutes ses ressources épuisées il avait été contraint de rentrer à l’hôpital. Sa guérison approchant, il espérait sortir bientôt de l’hôpital mais n’avait aucun moyen d’existence ; en conséquence il sollicitait le versement de la gratification que, traditionnellement, pour l’anniversaire de Juillet, on versait aux décorés nécessiteux. Il expliquait qu’il avait sa mère à charge, âgée de soixante-trois ans, qu’elle n’avait pour vivre que les secours qu’il lui versait habituellement et que, ne pouvant plus les verser, elle était depuis dans la misère. Cette année-là, la police donna sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Déhors, Pierre, Ambroise, combattant de Juillet […] est un ancien sous-officier de l’armée d’Afrique. Il est âgé de quarante ans, marié, sans enfant. Sa femme, qui a, dit-on, une mauvaise conduite, l’a quitté il y a environ un an. Cet homme lutte depuis longtemps contre l’infortune ; il a une mauvaise santé et il est aujourd’hui à l’hôpital de La Charité. On le dit dans la plus grande misère et digne d’intérêt sous tous les rapports. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1839. De même en 1840, depuis l’hôpital de La Pitié, toujours malade, toujours sans emploi, toujours sa mère à charge, il sollicitait un secours et reçut quarante francs en 1841. En 1840, Dehort était commis-voyageur et, alors qu’il portait le ruban des décorés de Juillet, fut « dans une vente, au milieu d’une foule considérable » enjoint par le commissaire de police de Fontainebleau de le suivre pour répondre auprès du procureur de port illégale de décorations. Le ministère de l’Intérieur rappela à Franck-Carré, procureur général près la cour royale de Paris, qu’une dérogation aux dispositions de l’ordonnance royale était maintenant entérinée par des jugements successifs qui avaient considéré que des simples médaillés pouvaient porter le ruban attribué primitivement aux seuls décorés de la croix. En 1842, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Dehors, Pierre, Ambroise, demeurant rue Beaubourg 52, âgé de quarante-trois ans, marié, sans enfant, a quitté sa femme depuis fort longtemps par suite de l’inconduite de cette dernière. Etabli fabricant de fécules, mais ayant fait de mauvaises affaires, il a quitté son commerce, a pris du service en 1832, dans le 67e de ligne, alors en Afrique, a été sergent-fourrier, mais des maux de jambe l’ont obligé à quitter le service. Depuis, il a été employé comme commis voyageur dans différentes maisons mais sa mauvaise santé l’a encore obligé de cesser le travail. Actuellement il porte des journaux. Il est souvent malade. Depuis six semaines, il est à l’hospice de La Charité. Honnête homme, opinions conformes aux principes du gouvernement. » Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1842. En 1843, il était atteint d’une maladie incurable, une hypertrophie de la langue et de la lèvre, et sollicitait le même versement traditionnel aux décorés de Juillet, pour l’anniversaire de la révolution ; il reçut un secours de quarante francs, un secours de quarante francs en 1844, un secours de vingt-cinq francs en 1846, un secours de vingt-cinq francs en 1847, un secours de quarante francs en janvier 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Une lettre rédigée, le 30 mars 1848, à cette Commission laisse les indications biographiques suivantes : « […] Je jouais ma position en 1830, je ne voyais que ma patrie et la gloire. Je ne demandais rien, je me donnais corps et âme au mouvement combattant de Juillet. C’est moi qui apporta, le 28 dans la nuit, les poudres, rue Charonne, pour faire les cartouches, témoin, toute la rue Charonne et feu M. le lieutenant-colonel Rieussec, tué à l’affaire Fieschi […]. Lors du jugement des ministres, ce fut moi qui envahit avec vingt hommes de ma compagnie le séminaire de Saint-Sulpice à 10 heures du matin, où nous trouvâmes une table servie pour au moins trente à quarante couverts mais sans aucun convive et dans cette salle existait un râtelier d’armes de cent cinquante à deux cents fusils, dont je m’emparais et les fis porter à la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Ce même jour, j’arrêtai le fameux Coutet Ridoux, professeur de Saint-Acheul (Somme), qui sans aucun doute sortait du séminaire. Il était déguisé. Les marchands du marché le poursuivaient. Je reconnus que c’était un prêtre. Je le fis conduire au Luxembourg devant MM. Pasquier et Decazes. Je l’ai fouillé, mis à nu et n’ai rien trouvé même en cherchant partout jusque dans les endroits les plus secrets. Je trouvais dans les revers des manches de sa soutane une petite bande de papier, portant en-tête Mes élèves de Saint-Acheul Dupont de l’Eure, Benjamin Constant, Laffitte, Casimir Perier, Audry de Puyraveau, Odilon-Barrot, Pages, enfin au moins soixante noms dont ma mémoire ne permet pas le souvenir. M. Pasquier me le fit conduire à la préfecture et je n’en ai plus entendu parler […]. » Il sollicitait l’emploi d’ordonnateur aux pompes funèbres, ou de contrôleur dans un théâtre, ou enfin de vérificateur des poids et mesures, à Paris ou en province. Il joignait à sa demande, ce certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Déhors, Pierre, Ambroise, ancien voyageur de commerce, décoré de Juillet, se trouvait avec moi, rue Saint-Honoré n° 361, au moment où les gardes municipaux chargeaient sur nous et assommaient tous ceux qui leur présentaient résistance. Nous étions sans armes. Il était 6 heures du soir. C’était le premier jour de notre belle révolution. Le capitaine qui commandait frappait à coups de sabre et c’est dans ce même moment que je reçus un coup de sabre sur la tête. Nous fûmes heureux de pouvoir nous réfugier chez M. Claine, teinturier, rue Saint-Honoré n° 361, où nous fûmes poursuivis par l’officier, qui voulait à toute force entrer dans la boutique. Les premiers soins me furent donnés par le citoyen Déhors, qui pansa ma blessure. » Signé, le 14 avril 1848 : Malvauls, tabletier, demeurant 11, rue des Ecluses-Saint-Martin. Il reçut un secours de cinquante francs en 1849. En 1850, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Déhors, Pierre, Ambroise, commis en librairie, âgé de quarante-huit ans, né à Reims (sic), demeurant en garni, rue Guérin-Boisseau 28, est représenté comme ayant une bonne conduite. Il n’a d’autres ressources que le produit de la vente d’ouvrages par livraisons, aussi sa position est-elle précaire. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1850, à titre de médaillé de Juillet, un secours de cinquante francs en 1851, un secours de cinquante francs en 1852. Il fut proposé par la Commission pour la mention honorable à paraître dans le journal du Moniteur. Il s’était marié, le 9 août 1827, et était père d’un enfant en 1848. Il fut arrêté, le 28 juillet 1848, à la suite de sa participation à l’émeute de juin 1848. Il fut condamné à la transportation, le 15 août 1848, partit pour Le Havre, le 2 septembre 1848, fut incarcéré sur le ponton de lUranie à Brest, puis fut gracié le 12 février 1849. En 1850 « atteint d’une hypertrophie de la langue depuis dix ans, de deux hernies et d’énormes varices », il sollicitait un secours. Il reçut un secours de cinquante francs en 1851, à titre de médaillé de Juillet. En 1852, « dévoué à la famille impériale de père en fils », il sollicitait des secours. La police donna, cette année-là, les renseignements suivants sur son compte : « Déhors, Pierre, Ambroise, ancien militaire de l’Empire (sic), célibataire, fait le courtage en librairie. Cette industrie est pour lui d’un produit minime. Comme il n’a pas d’autres ressources et est toujours souffrant par suite des blessures qu’il a reçues dans les journées de Juillet, sa position n’est pas heureuse. Depuis dix-huit mois, il habite une maison garnie, rue de la Vieille-Monnaie, n° 14, où il est représenté comme ayant une bonne conduite. C’est un brave homme, qui, de tout temps, a fait preuve de dévouement à la famille impériale. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1852, en 1853, en 1854 et en 1855. En 1856, dans une demande de secours, il ajoutait à ses maladies une surdité de l’oreille droite. Cette année-là, la police renseignait sur son compte : « M. Déhors est courtier d’imprimerie et d’adresses, il gagne trois francs par jour. Depuis le 13 avril dernier, il demeure rue de la Cité 22, hôtel du Puy-de-Dôme et occupe un logement qu’il paie vingt-cinq francs par mois, il demeurait avant rue Maubuée 10. Cet homme est marié, il est âgé de cinquante-quatre ans. Depuis vingt-deux ans, il a cessé de vivre avec sa femme, il dit que sa femme l’a quitté ; cette dernière a deux filles, qui ne sont pas de lui et portent son nom. […] M. Déhors a été blessé d’un coup de feu en Afrique, la balle lui a traversé la langue, il parle difficilement. Dans ce moment, M. Déhors fait une pétition à l’Empereur pour obtenir la suppression du droit de timbre sur les adresses. Dans son intérieur, M. Déhors ne paraît pas heureux, il paie difficilement son loyer, il est bien considéré dans sa maison, où il passe pour un honnête homme. Cet homme, qui demande un secours, se met à la tête d’une manifestation ouvrière. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1856. Cette même année il était maintenant imprimeur, spécialisé dans les souches pour le contrôle à l’usage des bijoutiers et orfèvres, les factures et quittances, et formula une supplique adressée à l’Empereur, pour obtenir la suppression du timbre. Il faisait l’apologie de l’Empire « paru comme la lumière pour chasser le chaos », rappelait qu’il avait combattu en juillet 1830 « pour Napoléon, Lafayette nous a extorqué nos volontés, les uns furent en Afrique, les autres en Pologne, on nous a disséminés » et donnait, dans un paragraphe intitulé Ma politique, mes opinions, les indications biographiques suivantes : « […] En 1814, lors de l’invasion étrangère, mon père, maître cloutier à Longny (Orne), occupait vingt ouvriers forgerons. L’étranger envahit mon pays. Plusieurs des ouvriers de mon père revenaient de l’armée de la Loire, vieux débris de la grande armée, ne purent voir avec plaisir leur pays envahi. Il s’engagea une lutte terrible entre les ouvriers de mon père et les Prussiens. Les ouvriers poursuivirent les Prussiens avec les fers rouges sortis des forges, armes terribles. Mais peu nombreux contre un nombre considérable, il y avait à Longny cinq mille Prussiens, les ouvriers prirent la fuite, mais mon père fut incarcéré, martyrisé, condamné à mort. Je dois rendre hommage dans cette haute circonstance au dévouement de feu M. le marquis de Gontaut-Biron, seigneur de mon pays, qui dit au général : “Il faut me rendre cet homme, au nom de la France.” Il se revêtit de ses insignes de lieutenant-général du nouveau règne. Il fallait une victime, il y a toujours des traîtres. Un des ouvriers de mon père fut pris vers les minuit et mon père fut sauvé. Lui, il lui fut infligé cent cinquante coups de bâton. Grâce encore à une heureuse rencontre, un des officiers supérieurs de l’armée envahissante fut reconnu par un maréchal des logis des chasseurs de la vielle garde, le nommé Hippolyte Renouard. Il était aussi revenu dans mon pays, qui était le sien et vit dans la journée de malheur passer cet officier supérieur. Il le reconnut mais n’osa lui parler. Mais par dévouement dans ce moment suprême, il fit abnégation de lui-même et fut, à 4 heures du matin, le trouver, sans craindre pour sa vie, et lui dit : “Colonel, vous êtes Gustave, fils du prince... prussien ; j’ai sauvé votre famille lorsque l’armée française était dans votre pays. Je suis Hippolyte Renouard, maréchal des logis, chef des chasseurs à cheval de la vieille garde. J’ai sauvé votre famille et vous faites pour mon pays ce que j’ai fait pour votre famille (sic).” Le colonel, jeune homme de vingt-quatre ans, lui sauta au cou et lui dit : “Il ne sera pas fusillé mais je ne peux pas le sauver de la bastonnade.” J’avais alors douze ans et je fus inspiré alors des opinions que je manifeste. En 1834, revenant d’Afrique, je repris les voyages pour la commune. J’ai fait poser à Mortagne (Orne) sur une pyramide la statue de l’Empereur Napoléon Ier, contraint de fuir promptement de la ville, on voulait m’incarcérer […] On me reprochera peut-être les pontons, 1848. Et bien sur les pontons de illisible, nous étions divisés. Je fus le chef des hommes du parti napoléonien. Ma supplique à S.M. l’Empereur adressée au général de Bouffé Montauban, mon ancien ami, camarade d’infortune avec S. M. l’Empereur à Ham, me fit obtenir ma grâce et celle de quatre-vingt-un hommes, qui avaient comme moi partagé les tortures que nous firent endurer des forcenés du ponton. […] J’ai acheté l’aigle impériale, vieux débris trouvé dans les démolitions. Il fut toujours mon symbole, il ne me quitta pas et, placé sur mon lit, il pèse trente-quatre kilogrammes et demi. » Dans une demande de secours présentée cette même année, il se prévalait des recommandations de Berger, sénateur, ancien préfet, de Ernest Leroy, sénateur, préfet de Rouen, son compatriote et dont le père avait été son protecteur, de Presard, Antoine, de La Villette, ancien négociant, conseiller de la préfecture de la Seine, qui avait, disait-il, « connu mes capacités commerciales pendant mes voyages pour le commerce ». En 1857, il se disait ex-voyageur de commerce, « dans une position déplorable, sortant à l’instant de l’Hôtel-Dieu pour mes hernies qui étaient rompues […]. La cherté des vivres, la rigueur de la saison, mes infirmités m’ont ôté tout espoir de gagner mon existence », précisait-il. Cette même année, un rapport de police établissait sur son compte les renseignements suivants : « Dehort et non Dehors (sic), Pierre, Ambroise, âgé de cinquante-cinq ans, se disant courtier en librairie, est célibataire. Sa réputation est détestable ; on le considère comme un paresseux, un débauché et un ivrogne, dépensant dans des maisons de prostitution les ressources qu’il se procure à l’aide de pratiques industrielles. Cet individu est indigne d’intérêt. » En 1859, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Dehors est courtier en marchandises. Il fait la place pour l’imprimerie, emploi peu lucratif. Il demeure depuis un an rue de Normandie n° 10, dans une maison meublée, où il occupe une chambre de seize francs par mois, qu’il paie difficilement ; avant, il était rue Maubuée 6. Le sieur Dehors est marié et séparé de sa femme, qu’il a surprise en conversation criminelle d’adultère. En se mariant, elle lui avait apporté une dot de quatre cent mille francs, qu’il a été obligé de restituer. Le sieur Dehors a reçu une brillante éducation. Il a eu une position assez brillante, dans l’imprimerie, qu’il a perdue. C’est à la suite de ses revers que le sieur Dehors a pris du service militaire. Il était dans les zouaves, avec le titre de sous-officier. Il a reçu une blessure dans la bouche, ce qui fait qu’il parle avec beaucoup de difficultés. […] Sa mise annonce qu’il n’a pas une position heureuse. Le sieur Dehors a une bonne réputation comme probité et moralité. Quelquefois il se prend d’ivresse ; on dit que c’est pour oublier les chagrins domestiques qu’il a, cet homme aimait beaucoup sa femme. » Il reçut un secours de quarante francs en 1859, un secours de quarante francs en 1860. En 1861, il attendait d’être admis aux Incurables hommes, avec la protection du baron Ernest Le Roy, sénateur, préfet de la Seine-Maritime, son compatriote et protecteur écrivait-il. Il reçut un secours de quarante francs en 1861. En 1862, il expliquait avoir renoncé à rentrer à l’hospice, préférant vivre misérablement de son métier. Il reçut un secours de quarante francs en 1862. En 1863, le cabinet du préfet de police le représentait comme « successivement sous-officier, imprimeur-lithographe, voyageur de commerce […] représenté défavorablement sous le rapport de la conduite et de la moralité ; enfin il ne peut se livrer à aucun travail par suite des habitudes invétérées d’intempérance qu’il a contractées ». En septembre 1870, il expliquait qu’il avait tout le côté gauche paralysé, ne sentait plus sa main et pouvait à peine travailler de son état de marchand de clés pour les hôtels garnis, ces hôtels étant de toute façon « depuis six semaines […] désertés ». Déhors était franc-maçon, membre de la loge du Mont-Sinaï. Il demeurait 37, rue des Lombards en 1830 ; 53, rue Grénetat en 1833 ; passage du Renard au 257, rue Saint-Denis et à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-Laurent n° 27, en 1839-1840 ; hôtel de l’Aigle noir à Fontainebleau en 1840 ; 52, rue Beaubourg en 1842 ; 13, passage Pecquay dans la rue Rambuteau en 1843 ; hôtel du Nord, 58, rue Saint-Honoré en 1843 ; passage du Renard au 257, rue Saint-Denis en 1847 ; 6, rue du Petit-Pont en 1848 ; 3, rue de la Cordonnerie à la halle en 1849 ; 28, rue Guérin-Boisseau, en garni, en 1850 ; 48, rue Saint-Nicolas en 1851, 43, rue des Noyers et 14, rue de la Vieille-Monnaie en 1852 ; 10, rue Guérin-Boisseau en 1853 ; 10, rue Maubuée en 1855-1856 ; 22, rue de la Cité, hôtel du Puy-de-Dôme, en 1856-1857 ; 6, rue Maubuée en 1857 ; 61, rue Beaubourg en 1858 ; 10, rue de Normandie en 1859 ; 9, rue de la Bûcherie en 1860 ; 9, rue de Bretagne en septembre 1860 ; 158, rue de Ménilmontant en 1861 ; 6, rue Maubuée en 1861 ; 9, rue de la Bûcherie en 1862 ; 2, rue Galande en 1863-1864 ; 25, rue des Vertus en 1870. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 471 n° 5, liste des décorés de Juillet auprès du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/52 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet 1830, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 20 mai 1850, minutes 105-109, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à quarante-quatre décorés et veuves de blessés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 2.375 francs, minutes 254-256, en date du 11 décembre 1852 ; Archives de la préfecture de police AA 383 (il signe et plusieurs fois Déhors) ; Le Constitutionnel, 25 février 1831 ; base de données de l’université de Bourgogne sur les inculpés de juin 1848.

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