Delair, Jean, Etienne, François

Biographie


Né le 25 décembre 1798 à Leveville (Eure-et-Loir). Licencié en droit, avoué à la cour. En pièces que Floriot, Pierre, Nicolas, Marie joignait, à l’exposé de sa propre conduite pendant les combats de Juillet, se trouvait un extrait d’un ouvrage intitulé Les Braves recommandés à la postérité, publié dans les premiers jours d’août 1830 et qui reprenait la participation de plusieurs avocats, dont Delair : « Toutes les classes de citoyens se sont distinguées dans les trois immortelles journées de Juillet. Le barreau, peu familiarisé avec l’art de la guerre, a fourni ses héros. Parmi les avocats qui se sont distingués, la notoriété publique signale MM. Guinard et Boinvilliers à l’attaque du Louvre, Joffrès à la caserne de Babylone, Petitjean, qui, le premier, a arboré le drapeau tricolore sur les tours Notre-Dame, Floriot au pont d’Arcole et à la Grève, Delair à la place de la Bourse et plusieurs autres dont les noms nous échappent et qui feront l’objet de notices supplémentaires. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Dans une lettre adressée, le 14 février 1831, à la Commission, il récapitulait ainsi sa participation aux combats : « Jusqu’à présent, j’ai hésité à vous adresser une demande à fin d’obtention de la décoration de Juillet. Les motifs de mon hésitation venaient de ce que dans mon opinion cette décoration devant être de toutes les recommandations la plus puissante auprès du pouvoir, tous les intrigants, ces hommes du lendemain, ces sauveurs de la patrie en un mot, allaient la solliciter tout à la fois comme récompense d’action auxquelles ils étaient restés étrangers et comme moyen de parvenir.

»Mais aujourd’hui qu’il est bien certain et reconnu par tous que loin qu’une semblable décoration soit un titre à la faveur, elle est au contraire une cause d’exclusion et tout emploi, que dès lors il n’y a plus de risque de se trouver confondu avec les hommes dont je viens de parler mais seulement avec cette brave canaille de Juillet qui préfère la décoration acquise sur les barricades à toutes les places, je me présente et voilà mes titres.

»Le 27 dès le matin, je me suis fait lecteur et distributeur des journaux le Temps, le National au Palais-Royal.

»Le 28, après avoir parcouru les rues Croix-des-Petits-Champs, du Bouloy, Coquillière, place des Victoires, celle des Petits-Pères, la rue Neuve-des-Petits-Champs et fait prendre les armes à beaucoup d’habitants ; après avoir appelé aux armes tous les habitants des rues Rameau, Louvois et de Lulli, mes voisins, je suis parti avec mes deux fusils, ma giberne et mon sabre pour aller rejoindre mes camarades sur la place des Petits-Pères, où je les avais envoyés et, de là, nous nous sommes dirigés vers la rue des Prouvaires, la rue Saint-Honoré et les halles, où nous nous sommes battus jusqu’au soir. Après quoi, je revins dans mon quartier coopérer à la construction des barricades. Le 29, j’ai partagé les dangers et les succès de mes compagnons d’armes. Elu par eux commandant en face du Théâtre-Français, je les ai conduits d’abord au Palais-Royal, dont j’ai conservé les appartements, en plaçant un garde à la porte ; ensuite rue de Rohan et aux Tuileries, que nous trouvâmes déjà occupées sur plusieurs points, et de là je les ramenai aux quartier général pour leur faire prendre la nourriture et le repos dont ils avaient le plus grand besoin. Dans cette journée, j’ai arraché plus de trente officiers et soldats royaux à la juste fureur des patriotes.

»Je ne m’occupai alors de prendre des attestations des faits dont je viens de vous parler, comme la Commission le comprendra très bien. Je les appuie de mon affirmation et de la notoriété publique au besoin. Vous jugerez, messieurs, s’ils sont suffisamment prouvés et s’ils méritent la décoration que je vous demande. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa le certificat suivant en faveur de Mouton-Dufraisse, Claude, Zacharie : « Je certifie que le pétitionnaire se trouvait avec moi au bas de la rue de Richelieu, entre le Théâtre-Français et la rue Saint-Honoré, dans la matinée du 29 juillet ; qu’il m’aida à sauver plusieurs militaires et entre autres un officier que nous que nous déposâmes au n° 10 de la rue de Richelieu, qu’il monta des premiers dans la maison du chapelier et, enfin, qu’il s’est parfaitement montré dans cette journée. » Il signa, en 1830, le certificat suivant en faveur de Borne-Chaussey, Jean-Pierre : « Je, soussigné, certifie que M. Borne a combattu sous les ordres de M. Franzenberg, chef d’escadron, dans les journées des 28 et 29 juillet dernier. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il déposa devant la cour d’assises de Paris, en octobre 1832 au cours du procès de l’émeute des 5 et 6 juin rue du Cloître-Saint-Méry. Sa déposition fut ainsi rapportée par les journaux : « J’assistais au convoi du général Lamarque ; je n’y étais pas avec ma compagnie, parce que M. Ganneron avait recommandé aux capitaines de ne pas nous réunir. Après avoir déposé sur le cercueil du général une couronne, je revins au Palais, où j’avais affaire. Peu d’instants après je retournai au convoi, et j’approchai de l’estrade. Lorsque le convoi fut arrivé, le mouvement du monde me repoussa, et je me trouvai près du petit pont du canal ; je restai là tout le temps des discours et jusqu’après le départ du général Lafayette. J’avais entendu des décharges ; je les croyais en l’honneur du général Lamarque : cependant une dernière décharge se fait entendre, et je vois beaucoup de personnes qui se portent du côté de Bercy en poussant des cris affreux. Voulant savoir la cause de ces cris, je me retourne, et je vois les dragons qui chargeaient au trot. Je n’avais d’autre parti, pour éviter la charge, que de faire face en bonne contenance aux dragons ; une cinquantaine de gardes nationaux en firent autant ; les dragons se replièrent, on établit une barricade, et immédiatement après les dragons, qui s’étaient retirés, allèrent près de l’ile Louviers. Il y avait beaucoup d’exaltation parmi les gardes nationaux qui avaient aussi été chargés, chacun criait Aux armes ! plusieurs d’entre eux se jetèrent dans le faubourg Saint-Antoine, et y allèrent chercher des armes ; quant à moi, je revins sur la place de la Bastille, je parlai au colonel du 16e de ligne, je lui demandai s’il avait reçu des ordres pour charger, il me dit que non, et que si les dragons avaient chargé, c’était par un excès de zèle. Je ferai remarquer qu’entre les dragons et nous gardes nationaux il n’y avait personne qui pût se rendre coupable de provocations, et que rien ne m’a paru déterminer une charge semblable à celle qui a été faite par les dragons. M. Delapalme. J’insiste sur ce que les dragons se sont retirés en présence des gardes nationaux. M. Deltin. Les dragons avaient dépassé le pont, nous nous sommes avancés en bon ordre ; je ne veux pas penser qu’ils aient eu peur de nous, nous n’avions que des sabres ; mais ils se jetaient sur la foule, et ils se sont détournés en nous voyant. J’étais vivement ému. Deux gardes nationaux venaient d’être blessés à côté de moi, au moment où nous allions toucher au pont. – D. Savez-vous où ils avaient été blessés ? R. Par la charge des dragons. – D. Par des balles ? – R. Oui, sans doute. M. le président ne m’a pas compris : les dragons ont fait les premiers une décharge de mousqueterie. – D. Savez-vous si les dragons n’avaient pas été attaqués au pont d’Austerlitz ? – R. Ils n’en venaient pas. M. Marie. Je demanderai au témoin si, dans ce moment-là, il a vu des gardes nationaux tirer leurs sabres. – M. Delair. Oui. tous les ont tirés, et je me suis avancé sabre nu au-devant d’un officier de dragons. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février et fut proposé pour un emploi d’inspecteur général des chemins de fer, ou celui de consul en Sardaigne, ou celui de conseiller à la cour d’appel. Il fut arrêté et inculpé dans l’attentat du 15 mai 1848. Le 18 mai 1848, Adam, Edmond, maire adjoint au maire de Paris, faisait parvenir au préfet de police la lettre suivante et dans laquelle il dénonçait la conduite de Delair : « Le 15 mai, au moment de l’invasion de l’Hôtel de ville, le citoyen Delair, ancien avoué et que l’on annonce être président d’un club, s’est présenté, pendant que j’étais appelé ailleurs, dans le cabinet que j’occupe. Il était accompagné d’un homme à longue barbe, petit et brun et d’un vieillard chauve, en habit noir, assez malpropre et portant un ruban ressemblant à celui de la décoration polonaise. Ce dernier a été arrêté et il doit être au fort de Vincennes. Le citoyen Delair, qui paraissait d’ailleurs en état d’ivresse, s’est assis à la table ronde qui est au milieu du cabinet, avec un certaint air d’autorité ; il s’est emparé de plusieurs papiers, les a pliés et se disposait à les mettre dans sa poche, lorsqu’un des assistants les lui a arrachés. L’intervention de plusieurs personnes a empêché que les choses n’allassent plus loin. Peu d’instants après cette scène, l’un des soldats de la garde républicaine ayant voulu jeter par la fenêtre la proclamation du citoyen maire de Paris, le citoyen Delair s’en est emparée et l’a déchirée. Le garde républicain, indigné, a tiré sa baïonnette et il en aurait frappé le citoyen Delair si plusieurs personnes n’étaient encore intervenues. Ces faits sont venus à ma connaissance par plusieurs employés et autres personnes qui en ont été les témoins. Je crois devoir vous en informer pour que vous jugiez de quelle suite ils sont susceptibles. » Le 18 août 1848, Delair fut l’objet de l’interrogatoire suivant : « – Pourriez-vous nous dire la part que vous avez prise à la manifestation du 15 mai ? – Je n’ai pris aucune part à cette manifestation ; je ne suis pas allé à l’Assemblée nationale. Le 15 mai, je suis venu à l’Hôtel de ville vers 2 heures et demie ou 3 heures ; je venais de déjeuner à la barrière du Trône avec M. Rey, négociant en librairie à Chartres, mon compatriote, chez un de ses amis et je revenais avec lui pour prier le sieur Flottard de recommander à M. Recurt, ministre de l’Intérieur, M. Sellecque, pour lequel nous demandions la préfecture d’Eure-et-Loir. Nous sommes entrés à l’Hôtel de ville par la porte de la rue Lobau et nous ignorions complètement ce qui s’était passé à l’Assemblée nationale. Le premier mot de M. Flottard lorsque j’entrai dans son cabinet fut Avez-vous des nouvelles ? Il m’apprit que l’Assemblée nationale avait été envahie, il n’avait aucun détail et était fort inquiet. Nous nous mîmes à sa disposition, Rey et moi, pour aller nous informer de ce qui se passait. Pour faciliter notre mission, il me remit une carte de passe, nous prîmes une voiture dite Milord, et nous nous dirigeâmes vers l’Assemblée nationale par la rive gauche, pour éviter tous les embarras qui auraient pu ralentir notre marche. Au moment où nous arrivions à la rue de l’Université, elle était remplie d’une grande foule qui venait de l’Assemblée nationale ; on criait dans cette foule que l’Assemblée nationale était dissoute, qu’un gouvernement provisoire était installé ou allait s’installer à l’Hôtel de ville. Je donnai l’ordre au cocher de prendre la rue des Saints-Pères, mais quelques individus se détachant de la foule arrêtèrent notre voiture, nous firent descendre et nous placèrent au milieu d’eux. Dans le trajet, à la faveur du désordre qui régnait dans les rangs, il nous fut facile de prendre le devant et d’arriver avant eux à l’Hôtel de ville. Il y régnait, dans ce moment, un tel désordre, qu’il me fut impossible d’y rentrer, même en présentant la carte que m’avait donnée M. Flottard, tandis que M. Rey, qui n’avait pas de carte, y rentrait par une autre porte. Je le vis bientôt ressortir avec une mission pour la commission exécutive au Luxembourg. Il voulait m’emmener avec lui. Je n’ai pas bien compris ce qu’il me disait parce que dans ce moment j’étais préoccupé d’un fait qui attestait un désordre inexplicable : on jetait des cartouches par centaines de paquets par les fenêtres d’un entresol sur le pavé au-delà de la grille et elles étaient ramassées par des gardes nationaux, des bourgeois, des ouvriers et même des enfants. Enfin un officier de la garde nationale consentit à me faire entrer sur le vu de ma carte. L’intérieur de l’Hôtel de ville était rempli d’une foule de gens qui paraissaient fort calmes et cependant il y avait un mouvement qui n’était pas habituel et désordonné. Je ne vis aucun gouvernement provisoire mais seulement des hommes qui écrivaient des listes. J’ai vu plusieurs de ces listes, elles ne portaient pas toutes les mêmes noms. Je finis enfin par arriver jusqu’à M. Flottard. Je lui témoignai d’abord mon étonnement et mon indignation de ce que j’avais vu sur la place. Je lui dis que si j’avais une écharpe, j’irais me mettre à cheval sur la grille et arrêterais le mouvement. Je lui disait Prends ton écharpe, descendons, éclairons le peuple et nous sauverons le pays. Flottard, sans me convaincre, en appela à notre ancienne amitié, à son expérience, à son patriotisme, dont je ne pouvais douter ; il me condamna ainsi au silence ; nous nous embrassâmes et je lui confiai le soin de nous sauver tous, en même temps que la république. Je restai dans la pièce où nous nous trouvions alors avec plusieurs autres personnes parce que, tout en remettant toute ma confiance en Flottard, je voulais rester témoin et l’aider au besoin. Je n’en étais pas moins inquiet en voyant la place se remplir de plus en plus silencieusement, ce qui, pour moi, présage toujours quelque malheur, et malgré moi j’en laissais percer mon inquiétude. Au bout de quelque temps, j’entendis un bruit éclatant ; c’étaient les acclamations de la foule, qui accueillait Lamartine et Ledru-Rollin ; tout était sauvé. C’est en cet instant que, pour la première fois, je vis M. Adam, en traversant la pièce ; il dit au commis, montrant la table Ramassez tous ces papiers. J’étais assis devant la table, il y avait devant moi des papiers à en-tête de l’Hôtel de ville ; cette recommandation ne pouvait être faite qu’à mon intention ; je regardai comme une injure de venir enlever devant moi, au moment où il n’y avait plus de danger, des papiers qui jusque-là étaient restés intacts. Je mis la main dessus en disant Vous n’y toucherez pas et l’employé n’osa pas insister. Peu d’instants après, un garde républicain me présenta un papier imprimé. Je le pris pour le lire ; il ne voulut pas le lâcher et comme nous le tirions chacun de notre côté, il nous est resté à chacun un morceau à la main ; il s’emporta, tira son sabre et voulut m’en frapper ; je me levai, je lui présentai ma poitrine et il fut retenu par les personnes qui étaient présentes. MM. Lamartine et Ledru-Rollin étaient alors dans l’Hôtel de ville ; ils tenaient une espèce de conseil dans une pièce voisine ; je voulus entrer dans cette pièce où étaient aussi le maire de Paris avec son adjoint et M. Flottard. Il me semblait que j’avais le droit, comme les autres, de prendre part à une délibération qui avait pour objet d’éloigner le danger. Depuis le mois de février, toutes les délibérations se faisaient presque en public et ceux qui avaient pris part aux événements de févier y étaient admis comme amis et comme conseils officieux. On me répondit Vous ne pouvez pas entrer, on n’admet que les représentants et les officiers supérieurs de la garde nationale. Au moment où Ledru-Rollin et Lamartine sortaient, Ledru-Rollin me tendit la main, je le suivis ; M. Lamartine remonta sur son cheval, qui était sur la place et je continuais à marcher auprès de M. Ledru-Rollin, jusqu’à la place du Châtelet, où il retrouva un cheval. J’allais avec lui jusqu’à l’Assemblée nationale, où j’assistais à la séance du soir. Pour bien comprendre ma conduite du 15 mai à l’Hôtel de ville, il faut la rapprocher de la conduite que j’ai tenue pendant les journées de Février, les 16 et 17 mars et le 16 avril. A toutes ces époques, je suis allé à l’Hôtel de ville, j’ai concouru d’abord à fonder la république et plus tard à la défendre et à rétablir la paix et l’union. Le 15 mai, c’est par hasard que je suis venu à l’Hôtel de ville et si j’eusse su ce qui se passait, je serais certainement allé à l’Assemblée nationale et j’aurais essayé d’empêcher ce qui a eu lieu. – N’étiez-vous pas dans le cabinet de M. Adam avec le docteur Delavenière et un homme armé d’un fusil ? – Je ne connais pas le docteur Delavenière ; je ne sais s’il y avait là un homme armé ; je ne me rappelle pas en avoir vu. Je ne suis venu là avec personne. – Un témoin déclare que vous disiez à M. Flottard Il y a assez longtemps que tu es ici, c’est notre tour. Et un autre qu’avant l’arrivée de M. Flottard, vous disiez, en jurant, que vous en vous en iriez pas, qu’il y avait assez longtemps qu’on promettait la liberté au peuple sans la lui donner. – Je n’ai pas pu tenir à M. Flottard le langage qu’on me prête, il est trop mon ami pour que je fusse impatient de lui voir quitter sa place. Deux jours après, je suis allé dans son cabinet pour causer avec lui des élections et appuyer sa candidature. Quant au second propos, je n’ai pas pu le tenir non plus ; j’étais complètement étranger au mouvement qui venait de se faire et j’étais disposé à le combattre par la persuasion et en principe je suis opposé à tous les moyens violents parce que j’ai confiance dans les résultats qu’on peut obtenir par le suffrage universel. – Un témoin prétend que vous vous êtes jeté sur le refaire la photo 7366 qui est illisible

Flottard, Jacques, Thomas (voir ce nom) fut interrogé et fit les déclarations suivantes : « Le 15 mai, il est venu beaucoup de personnes me demander des nouvelles et se mettre à ma disposition pour aller en chercher. Il est possible que le sieur Delair soit venu comme d’autres, mais je ne me le rappelle pas. M. Marrast a donné le soir de 5 à 6 heures à M. Rey, de Chartres, la mission de porter une lettre au Luxembourg ; je me rappelle ce fait parce que Rey m’était personnellement connu et que cette mission demandant du dévouement je fis appel au sien. Si Delair m’a demandé, le 15 mai, une carte d’entrée, je la lui ai certainement donnée ; c’était moi qui les distribuait ; je ne me rappelle pas lui en avoir donné le 15 mai je lui en ai certainement donné avant. » Douchement, François, Joseph, en date du 13 juin 1848, fit la déposition suivante : « Trois factieux pénétrèrent dans un cabinet. Parmi eux était un nommé Delair et l’un d’eux, qui se disait détenu politique, était armé d’un fusil. Delair disait à M. Flottard Il y a assez longtemps que tu es ici, c’est notre tour. Comme M. Flottard, qui paraissait le connaître, le priait de se retirer, en invoquant leur ancienne amitié, il lui répondait qu’il n’avait pas travaillé pour sa cause, qu’il n’avait rien fait pour ses amis et qu’il fallait qu’il prît sa place. Il s’empara des papiers qui étaient sur la table et se mit à écrire. Il est sorti de l’Hôtel de ville en même temps que MM. Ledru-Rollin et Lamartine ; je l’ai même entendu crier Vive Lamartine ! Je ne sais pas le nom de l’individu armé mais il doit être connu du colonel Rey. Cinq à six jours auparavant, il lui avait apporté une lettre ; je la lui ai remise moi-même, en lui faisant observer que le porteur attendait la réponse. Plusieurs jours de suite, cet homme revint et j’en prévins le colonel Rey. » Le 4 juillet 1848, Flottard fit la déclaration suivante : « J’ai vu dans le cabinet de M. Adam Delair, ancien avoué, que j’ai connu comme ancien décoré de Juillet. Il était très agité et paraissait ivre. Je le considère comme à moitié fou, par suite des malheurs domestiques. Il n’était pas arrêté, n’avait pas une attitude hostile et par un appel à ses sentiments d’amitié je parvins à le faire retirer. » Sauvan, Jean-Baptiste, Philippe, Amédée, né vers 1808, chef du contentieux à la mairie de Paris, demeurant 6, rue de Choiseul, répondit de la manière suivante, le 7 juillet 1848, aux réponses du juge d’instruction : « Le 15 mai, pendant que l’Hôtel de ville était occupé par les factieux, j’étais dans une des salles qui précèdent le cabinet de M. Adam. En entendant dans ce cabinet une espèce d’altercation, j’entrai ; cette altercation avait lieu entre Delair, ancien avoué, et des personnes qui se trouvaient là. Il était assis dans le fauteuil de M. Adam et disait, en jurant, qu’il ne s’en irait pas, qu’il y avait assez longtemps qu’on promettait la liberté au peuple, sans la lui donner. La discussion était fort vive. M. Flottard étant survenu, le calma, comme par enchantement, en lui disant que tout ce que demandait le peuple lui serait accordé, mais que ce n’était pas le moment de faire des réclamations. Delair lui répondit Tu es un brave homme, ce que tu dis doit être bien, je m’en rapporte à toi, souviens-toi de moi. A partir de cet instant, il causa plus paisiblement, quoiqu’avec un peu d’exaltation. Mais un homme armé étant survenu avec une proclamation que venait de faire imprimer M. Marrast et dans laquelle il déclarait que l’Assemblée nationale n’était pas dissoute, M. Delair se jeta sur lui, s’empara de la proclamation, la froissa et s’opposa à ce qu’il la lût par la fenêtre. Cet homme ayant voulu reprendre la proclamation à Delair, un individu armé qui se trouvait là lui mit son fusil sur la poitrine et nous fûmes obligés d’intervenir. Pendant l’espèce de lutte qui en résulta Delair disparut et nous ne l’avons plus revu. Je ne sais pas comment il a pu sortir de l’Hôtel de ville car en ce moment on ne laissait sortir personne. Je connais Delair depuis longtemps. Il m’a toujours paru très exalté ; mais on attribuait son exaltation à des chagrins domestiques. Il est possible qu'il ait eu l'intention de s'emparer de la place de M. Flottard mais je ne lui ai rien entendu dire qui pût le prouver. J’ai vu Albert après son arrestation ; il paraissait fort abattu ; il était fort mal vêtu, il était coiffé d’une casquette, il n’avait autour du cou qu’un mauvais morceau de soie. » Le 20 octobre 1848, Husson, Jean-Christophe, Armand, né vers 1809, chef de division à la préfecture de la Seine, demeurant 11, passage Sainte-Marie-du-Bac, répondit ainsi aux interrogations du juge d’instruction : « Le 15 mai, j’étais dans le cabinet de M. Adam avec plusieurs autres employés de l’administration lorsqu’on vint nous prévenir que l’Assemblée nationale était envahie ; il était alors environ 3 heures et demie ou 4 heures. M. Adam nous dit que nous allions être attaqués ; j’allai, ainsi que M. Arnoulet, chercher un fusil au magasin d’armes. Pendant que nous cherchions à nous procurer des cartouches, M. Marrast revint de l’Assemblée nationale. Quelque temps après, M. Flottard m’apporta, dans le cabinet de M. Adam, une proclamation que venait de rédiger M. Marrast et me dit de la faire imprimer. Je la portai à l’imprimerie, qui était au troisième étage de l’Hôtel de ville. Lorsque je redescendis avec une épreuve, l’Hôtel de ville venait d’être envahi. Je rencontrai, dans le grand corridor, Barbès, suivi d’une grande foule. Quand je rentrai dans le cabinet de M. Adam, je trouvai trois personnes étrangères à l’administration : l’une était un médecin polonais, l’autre un sieur Delair, que j’avais vu souvent à la préfecture, je ne connais pas le troisième. Ils dirent en termes généraux Nous venons voir ce que l’on fait ici. Bientôt Delair s’assit dans le fauteuil de M. Adam, prit les lettres qui étaient préparées pour la signature, les plia et se préparait à les mettre dans sa poche lorsque je lui arrêtai le bras et les lui arrachai. Il se leva fort irrité, me dit que je ne savais pas à qui j’avais à faire, que je ne resterai pas. Je lui répondis que je n’avais pas besoin de savoir qui il était, qu’il suffisait que je visse une personne étrangère à l’administration s’emparer de papiers lui appartenant pour m’y opposer comme à un acte déloyal. Comme il était très animé, les personnes présentes intervinrent, craignant qu’il ne fût porteur d’arme. Après cet incident, je remontai à l’imprimerie, où je fis faire le tirage de la proclamation. Ce tirage commencé, je descendis avec quelques exemplaires. Ayant reconnu l’impossibilité d’afficher au-dehors, il fut convenu avec M. Marrast qu’on les jetterait par les fenêtres ; ce qui fut en effet exécuté. Déjà, un assez grand nombre d’exemplaires circulaient sur la place lorsque je rentrai dans le cabinet de M. Adam. Je rencontrai à la porte un garde républicain fort ému ; on m’apprit qu’au moment où il allait jeter une des proclamations par la fenêtre, M. Delair s’en était emparée et l’avait déchirée. Je trouvai Delair encore animé mais M. Flottard, qui survint quelques instants après, lui adressa quelques paroles, à la suite desquelles il consentit à se retirer. J’ai cru, à cette époque, qu’il avait été calmé par les paroles de M. Flottard mais aujourd’hui je crois que de la fenêtre il avait vu le mouvement qui s’opérait sur la place et qu’il avait reconnu qu’il était temps de battre en retraite. »

Delair fut arrêté pendant les événements de juin 1848. Pour protester contre les circonstances de son arrestation, il fit publier une brochure, intitulée Aux citoyens représentants à lAssemblée nationale, composant la Commission denquête sur les événements de juin, parue en août 1848, chez l’imprimeur Vinchon, 8, rue Jean-Jacques-Rousseau et conservée aux Archives de Paris (cote VD6 3). Cette brochure donne des indications précieuses sur sa conduite en juillet 1830 comme sur sa participation à l’activité républicaine durant la monarchie de Juillet et à la révolution de Février. Cette brochure est ainsi rédigée :

« Aux citoyens représentants à l’Assemblée nationale, composant la Commission d’enquête sur les événements de juin.

»Citoyens,

»J’ai été arrêté le 25 juin, sur les onze heures du matin, devant la grille du palais de l’Assemblée nationale ; j’y arrivais venant de la mairie du Ier arrondissement où j’avais passé les deux journées précédentes, aidant M. le maire, mon ami, dans l’accomplissement des nombreux devoirs que lui imposaient les circonstances.

»J’étais porteur de laissez-passer pour aller et retour à la mairie.

»Je me rendais à l’Assemblée nationale dans l’intention connue de M. le maire, qui approuvait ma démarche, d’y joindre M. le général Cavaignac, dont le frère avait été mon ami, et de solliciter de lui, en invoquant cette ancienne amitié, la mission d’aller au milieu des insurgés tenter de faire cesser cette horrible lutte, qui déjà avait fait tant de victimes, et couvert la ville d’un deuil ineffaçable.

»J’étais convaincu, et je le suis encore, que si des républicains éprouvés et dévoués se rendaient au milieu de ces malheureux, évidemment égarés, pour la plupart, par la misère et la faim, et peut-être aussi par des ambitieux qui ne s’abritent sous le drapeau de la République que pour l’abattre, ils parviendraient à les éclairer, à les rappeler à cette belle et généreuse conduite qui, en février, les avait rendus l’objet de l’admiration de tous les peuples. L’heureux résultat qu’à cette époque de février, assisté d’un seul de mes amis, le citoyen Micard, j’avais obtenu au milieu d’une foule immense de peuple et de soldats, me donnait la présomption de croire que je pourrais être l’un de ces hommes dévoués auxquels la France aurait dû la réconciliation de tous ses enfants.

»Oui ! Placé sur le seuil de la porte de la caserne de la Pépinière, entre la foule irritée de mes efforts pour la détourner de désarmer le 52e régiment de ligne qui y était caserné et ce régiment, qui, en s’unissant à nous, ne pouvait consentir à subir le déshonneur du désarmement ; les baïonnettes, les sabres, les pistolets, les fusils dirigés contre moi et me touchant la poitrine, je luttai contre elle pendant plus de vingt minutes, et j’eus le bonheur insigne pour moi de la voir écouter mes fraternelles exhortations et renoncer à son projet ; j’eus le bonheur de conserver intact un brave régiment, comme nous dévoué à la République, que de mon autorité privée je nommai premier régiment de la république française. En tous cas ma raison se refuse à croire que sous aucun régime ma pensée et ma démarche pussent m’être imputées à crime et me faire conduire, plus ou moins directement, à la Conciergerie, comme coupable de complot tendant au renversement de la République, à la destruction de la famille et de la propriété.

»Où serait donc le motif de ma conduite ? Ne suis-je pas l’un des principaux fondateurs de la République ? Ne suis-je pas père de famille ? Ne suis-je pas propriétaire ?

»Suis-je un ambitieux non satisfait, mécontent ?

»Jamais je n’ai brigué ni places ni honneurs.

»Jamais ceux qui donnent ne m’ont vu frapper à leur porte.

»Je puis désirer pour la république et pour mes enfants que je confonds dans mon amour, un avenir meilleur, mais je sais attendre, et qui me connaît peut affirmer que dès à présent la république et la famille n’ont pas de défenseurs plus dévoués que moi.

»Tels étaient mes sentiments en cherchant à rejoindre le général Cavaignac ; je n’eus pas le bonheur de le rencontrer.

»Apercevant M. Odilon-Barrot qui causait avec plusieurs de ses collègues, je lui demandai la faveur de l’entretenir un instant. Après lui avoir exprimé la douleur que j’éprouvais de ce qui se passait, je lui dis : Mais, ne trouverez-vous donc pas avec vos collègues de l’Assemblée nationale un moyen de pacifier, plutôt que de foudroyer l’insurrection ?

»Que voulez-vous que nous fassions? Nous venons de leur donner encore trois millions, me répondit-il.

»Je réplique : Ce n’est pas l’aumône qu’ils demandent ; ce que vous leur devez comme souverains ou représentants du souverain, c’est du travail que vous leur avez garanti ; celui-ci élève l’homme, lui fait aimer la paix et attendre avec patience l’effet légitime des promesses qui lui ont été faites. Celle-là, au contraire, le dégrade et le pousse au désordre, surtout quand elle est faite d’aussi mauvaise grâce.

»Veuillez être mon interprète auprès de l’Assemblée nationale. Qu’elle me confie la mission d’aller prêcher la paix et la conciliation au milieu des insurgés ; des républicains pénétrés comme moi des véritables sentiments de la fraternité, en feront plus pour atteindre le but que nous devons tous nous proposer, que tous vos canons.

»M. Odilon-Barrot ne comprit pas, il m’interrompit par cette apostrophe : “Vous êtes fou.” Je ne pus répondre ; le mouvement qu’il fit en me quittant le bras rappela vers nous ses collègues, et entre autres M. Luneau, qui ayant à se venger de quelques petits désagréments que, bien involontairement, je lui avais fait éprouver le 24 février dans le cabinet de M. le président du conseil, ministre de l’Intérieur, se mêla bruyamment à notre conversation dont il ne connaissait pas le sujet ; de là émotion générale de la foule qui, malgré les protestations de M. Barrot qui déclarait bien me connaître et répondre de moi, me poussa avec lui dans le bureau de police à l’entrée du palais, où il me laissa en me témoignant ses regrets de me voir retenu, et en me promettant de s’employer avec ses amis, qui avaient été aussi les miens, pour me rendre à la liberté.

»Bientôt après, en effet, je reçus la visite de MM. Vavin et Léon Malleville, qui me témoignèrent les mêmes regrets et me firent les mêmes promesses.

»Je ne pouvais m’expliquer la détention que je subissais ainsi dans ce bureau, en présence de plus de cent membres de l’Assemblée nationale qui me connaissaient parfaitement et avec lesquels depuis vingt ans j’étais lié étroitement d’amitié ou par mes principes politiques.

»Fallait-il croire qu’ils étaient tous dominés par l’égoïsme de la peur ? Non ; les citoyens Portalis, Landrin, Bastide, Marrast et tant d’autres sont au-dessus de cette faiblesse. Mais tout entiers aux soins de sauver la patrie, ils n’ont pu me donner un seul instant, tout en m’accordant leurs sympathies.

»Je restai dans ce bureau toute la journée au milieu des agents de la police qui me gardaient à vue, me laissant cependant la faculté de me mouvoir à mon gré dans l’intérieur et de recueillir par la fenêtre les nouvelles du dehors à mesure qu’elles étaient apportées à l’Assemblée nationale.

»Ce fut de là que je vis pour la dernière fois, hélas ! notre vénérable archevêque venant solliciter de M. le général Cavaignac, qui mit l’empressement le plus sympathique à la lui accorder, cette même mission de paix et de conciliation qui, quelques heures plus tôt, avait motivé ma démarche à l’Assemblée nationale et avait occasionné mon arrestation.

»Le soir, sur les 10 heures, je fus jeté dans une galerie souterraine du Palais, au milieu de gens arrêtés sur tous les points de Paris, comme meurtriers, empoisonneurs ou assassins, avec les circonstances présumées les plus aggravantes.

»Tous ces hommes meurtris, déchirés, craignant d’être fusillés à chaque instant comme ils en avaient été menacés dehors, étaient frappés de stupeur ; leurs gardiens se faisaient un malin plaisir de les entretenir dans ces pensées de mort et exerçaient contre eux des rigueurs excessives que le lieu rendait tout à fait inutiles.

»Je subissais ma part de ces rigueurs, sans partager les craintes des malheureux prisonniers, dont plusieurs, dans le cours de la première nuit, perdirent complétement la raison et devinrent fous à lier ; c’était un spectacle des plus affligeants à voir.

»J’ai ainsi passé les deux premiers jours de ma captivité dans ce souterrain, occupé à donner des consolations à tous ces malheureux qui voulaient me faire le confident de leurs misères. J’ai écrit à divers représentants de l’Assemblée nationale qui s’étaient trouvés témoins de mon arrestation, par l’entremise de quelques gardes nationaux, qui ne pouvant voir en moi un homme indigne des moindres égards, m’en avaient furtivement fourni les moyens, mais je n’ai reçu ni visite, ni réponse ; mes billets ne sont peut-être pas parvenus à leur adresse.

»Le troisième jour, j’ai été appelé devant un magistrat instructeur qui m’a fait subir un interrogatoire fort court, dont je ne puis me rappeler les termes, mais dont le fond est ceci :

»Le procès-verbal portait, je crois, en tête :

Inculpation de participation aux journées de juin, comme chef dun complot, ayant pour but de renverser la République et de détruire la famille et la propriété.

”Première demande : – Quand avez-vous été arrêté ?

”Rép. – Dimanche 25 juin, sur les 10 heures et demie du matin, devant la grille du Palais du palais de l’Assemblée nationale, causant avec M. Odilon-Barrot et venant de la mairie du Ier arrondissement, avec un laissez-passer pour aller et retour que je vous représente.

”D. – Etes-vous allé le jeudi 22 avec les ouvriers des ateliers nationaux au Luxembourg, pour voir M. Marie, membre de la Commission exécutive ?

”R. – Non, Monsieur, je suis arrivé jeudi matin de la campagne, quittant à grand regrets mes pauvres petits enfants, dont l’aîné faisait ce jour-là même sa première communion, pour assister aux débats d’une affaire personnelle que devait plaider Me Duvergier, mon avocat ; je passai une grande partie de la journée avec lui au Palais et je rentrai ensuite chez moi.

”D. – Etes-vous allé le lendemain 23 au Panthéon avec les ouvriers des ateliers nationaux ?

”R. – Non, Monsieur.

”D. – Avez-vous été poursuivi ou arrêté pour l’attentat du 15 mai ?

”R. – Non, Monsieur. ”

»Je voulais faire consigner dans cet interrogatoire, et comme complément de ma dernière réponse, quelle avait été ma conduite au 15 mai : M. le magistrat instructeur s’y refusa, en me disant qu’il n’avait mission d’instruire que sur les événements de juin.

»Mes réponses nettes et précises, dont la sincérité ne pouvait être mises en doute et qu’il était d’ailleurs facile de vérifier en s’adressant aux personnes que j’avais citées, devaient me faire espérer de recouvrer immédiatement ma liberté.

»Pas du tout ; il me fallut quelques jours plus tard subir le transfèrement à pied, au milieu d’une double haie de soldats, à la prison de la Conciergerie. A la porte se trouvait un camarade, avoué de 1re instance à Paris, qui, en me voyant, s’écria : “Comment, vous aussi dans cette position ? – Mon Dieu oui, mon ami, répondis-je, moi !! – Je ne suis pas votre ami, s’empressa-t-il de répliquer.” Pauvre garçon ! la peur lui avait flétri le cœur.

»Cette nouvelle honte bue, je tentai de faire parvenir à mes amis, à ma famille, l’avis de mon arrestation, dont je ne savais pas que ces bons journaux, lâches organes ou échos de la calomnie, qui n’osent frapper l’homme de cour que quand il est dans les fers, eussent entretenu le public d’une façon si malveillante et si contraire à la vérité. Ce n’était pas chose facile, car après avoir passé par un nombre infini de couloirs obscurs et infects, et avoir reçu à l’extrémité un pain que les chiens ne voudraient pas manger et un morceau de fromage de gruyère pourri, je fus poussé, avec mes compagnons de voyage, dans une cour déjà remplie de 1.200 à 1.500 personnes, commandants, capitaines, officiers et soldats de la garde nationale, encore revêtus de leurs uniformes, et autres citoyens vêtus de toutes façons : tous abîmés par les mauvais traitements dont ils avaient été l’objet avant leur entrée dans cette espèce de fosse commune, ou par la fatigue qu’ils y avaient éprouvée depuis qu’ils y avaient été jetés. Ce ne fut qu’au bout de quelques jours que je pus faire connaître le lieu de ma captivité, et recommander à un ami d’aller trouver M. Odilon-Barrot pour lui rappeler qu’il en était la cause et qu’il devait la faire cesser.

»J’attendis longtemps enfin un billet m’annonça que M. Barrot se disposait à soccuper de me faire mettre en liberté quand il apprit que j’étais retenu pour faits antérieurs.

»Ainsi M. Odilon-Barrot, qui avait été cause de mon arrestation, n’avait rien fait pour faire cesser ma captivité. Cependant, en me faisant savoir que j’étais retenu pour faits antérieurs aux événements de juin, il me rendait un service : merci, M. Barrot.

»Mais, me suis-je dit, des faits antérieurs ne peuvent me soumettre à la juridiction tout exceptionnelle et spéciale créée pour et après les événements de juin, et dans tous les cas n’ayant subi d’interrogatoire que sur les faits de participation supposée à ces événements, je dois être admis à me faire interroger sur les faits qui me font retenir en prison, et dont il doit m’être donné connaissance.

»Je demande donc à être interrogé en expliquant ma demande : pas de réponse.

»J’espérais qu’au moins la commission d’enquête, au nom de laquelle il m’avait été dit qu’une saisie de papiers avait été faite chez moi, arriverait à se convaincre, par l’examen de ces papiers et des renseignements qu’elle avait pu recueillir d’ailleurs, que je ne pouvais, de près ou de loin, être attaché à un complot contre la famille et la propriété ; que j’étais victime de quelque erreur ou de quelques méchantes calomnies, et qu’elle s’empresserait de me faire recouvrer la liberté, dont la privation ne peut s’expliquer que par le trouble qui régnait dans les esprits au moment de mon arrestation.

»J’attends toujours, et rien ne m’indique que la lumière se fasse à mon égard. Mais quelque rigoureux que soit le secret auquel nous sommes soumis depuis dix jours dans notre prison, il n’a pu me dérober que mes intérêts de famille les plus graves, engagés dans des débats affligeants, avaient été compromis de la manière la plus sérieuse par ma captivité ; qu’aujourd’hui tout est perdu, et que même des lâches qui ont attenté à mon honneur personnel, devenus tout-puissants par la trahison, me tiennent ou me font tenir captif pour se soustraire à la juste réparation qu’ils me doivent et que depuis longtemps déjà je leur demande en vain.

»Sous l’impression des brûlantes pensées que m’inspirent ces nouvelles, ne trouvant plus dans mes souvenirs judiciaires de guide pour découvrir la juridiction à laquelle je puis m’adresser ; ne connaissant de la loi que vous avez faite après les événements de juin, pour leur en faire rétroactivement l’application, que son existence, je m’adresse à vous, Citoyens Représentants, composant la commission d’enquête nommée par l’Assemblée nationale toute-puissante, mais aussi responsable envers le pays et chacun des citoyens de toutes les iniquités qui se commettent dans ces temps de confusion et de terreur où la force seule domine, étouffe tous sentiments et impose silence aux lois, au droit, à la raison. Je ne discute point du fond de ma prison, ne pouvant connaître les faits qui m’y font retenir, avisé seulement qu’ils sont antérieurs aux événements de Juin, grâce à M. Odilon-Barrot. Je vous livre ma vie politique tout entière ; si elle n’est pas glorieuse, je puis du moins affirmer qu’elle est honorable et fraternelle.

»Je vais la retracer en peu de mots ; la voici :

»Républicain toujours, révolutionnaire jusqu’au 24 février 1848, je n’ai jamais conspiré dans l’ombre ; c’est à ciel ouvert que j’ai combattu les monarchies aînée et cadette, quoique je fusse alors avoué.

»La décoration de Juillet constate que j’ai pris part à la lutte qui a amené cette glorieuse révolution ; mais elle ne dit pas mes titres à cette récompense nationale. A mes yeux, le plus méritant, c’est d’avoir sauvé tous les prisonniers que nous avions faits au Palais-Royal, rue de Richelieu et rue de Rohan, en me plaçant entre eux et mes braves compagnons d’armes, et en forçant ceux-ci, par un appel énergique à la générosité de leur cœur, à m’aider à remplir la mission que je m’étais donnée pour obéir au mien.

»J’ai pris part à l’insurrection de juin 1832. Membre de la Société pour l’éducation du peuple ; membre de la société Aide-toi, le ciel t’aidera ; membre de l’Union de Juillet ; à ces divers titres, j’assistais au convoi du brave général Lamarque. Chargé par les dragons à l’improviste, et voyant deux de mes concitoyens tombés et blessés à côté de moi, je me retournai et m’écriai “Mes amis, nous sommes trahis ! on tire sur nous ; en avant !” Et aussitôt, nous fîmes face à la troupe, manifestant l’intention de lui résister, quoique nous ne fussions armés que de nos sabres de gardes nationaux : elle s’arrêta, et en un instant, d’un haquet chargé de tonneaux qui se trouvait arrêté près de là, nous fîmes une barricade ; ce qui détermina les dragons à abandonner ce point. Les débats ultérieurs de l’affaire Jeanne et consorts combattants de Saint-Merri, constatent ce que je viens de dire ; et voici comment : sur les conseils de Me Marie, aujourd’hui ministre de la Justice, et alors avocat de Jeanne, je fus assigné par ce dernier comme témoin à décharge.

»Officier ministériel, ma comparution pouvait compromettre ma fortune, et plus encore peut-être.

»Ma compagnie était fort contrariée de voir figurer un de ses membres dans cette affaire, même comme simple témoin à décharge.

»On me fit entendre que si je voulais ne pas me présenter on me ferait exonérer de l’amende ; que si au contraire je me présentais, je courrais le risque de compromettre mon état ; je répondis “Que si les accusés m’avaient fait assigner, c’est qu’ils avaient cru mon témoignage utile à leur défense ; qu’il s’agissait pour eux de la vie, et pour moi seulement de la fortune ; qu’il ne m’appartenait pas de choisir ; que je répondrais à l’appel.”

»Il s’agissait en effet de constater une circonstance grave dans l’affaire, la provocation ; de quel côté était-elle ? Je venais soutenir que c’était du côté des dragons qui nous avaient chargés dans des circonstances que j’ai dites plus haut, et le fait est resté ainsi établi aux débats, après confrontation du commandant et de plusieurs officiers de la troupe avec moi.

»Lorsque je me présentai pour déposer, M. l’avocat général me dit : N’oubliez pas que vous êtes avoué près la Cour ; je répondis : C’est la première chose qu’en entrant ici je me suis efforcé de faire pour conserver toute ma liberté de conscience et déposer ainsi que je vais en faire le serment. Lorsque j’eus déposé, M. le président du jury m’adressa cette question : Qu’avez-vous fait, monsieur, le lendemain ? Je répondis Je ne suis pas accusé ; témoin, je n’ai pas à faire connaître mes actes, mais seulement à déposer de ce que j’ai vu et est à ma connaissance ; je ne répondrai pas à la question.

»Enfin, M. Jacquinot Godard, président les assises, dans sa bienveillance connue pour les patriotes, dit : En refusant de répondre, le témoin fait assez connaître ce qu’il a fait le lendemain.

»S’il ne reste pas trace de ma participation aux événements d’avril 1834, elle pourrait au besoin être attestée par les patriotes dont j’ai fait des peintres en bâtiment, et par lesquels j’ai fait barbouiller et rebarbouiller une maison que je possédais aux Batignolles, dans laquelle je les avais logés pour les soustraire aux recherches de la police, à cause de ces événements.

»Mes luttes dans les élections et dans les comités électoraux sont connues de tous ceux qui s’occupaient de politique à Paris et dans mon département.

»Je n’ai jamais reculé ; mais dans toutes les occasions j’ai pris le même rôle, celui de conciliateur entre mes frères ; pour moi, cette admirable devise que porte aujourd’hui notre drapeau a toujours été la mienne ; aussi, en combattant pour le triomphe de mes principes, je n’ai pas cessé de tendre la main à mes adversaires, et de les protéger an besoin.

»C’est pour cela que je me suis trouvé spontanément identifié avec le peuple de Paris, modèle de courage, de probité et de générosité dans l’œuvre impérissable de régénération sociale qu’il a si glorieusement accomplie en février.

»Je n’en parlerai qu’en ce qui se rapporte au rôle que j’ai déjà indiqué comme celui qui me convenait le mieux dans nos luttes politiques et révolutionnaires.

»Le 23 février au soir, je fus témoin du lâche assassinat du peuple près du ministère des Affaires étrangères.

»Je m’empressai de porter secours, avec beaucoup d’autres de mes concitoyens qui avaient échappé au massacre, à ceux qui en avaient été victimes et qui n’étaient que blessés ; nous en portâmes chez tous les pharmaciens d’alentour, qui s’empressèrent de leur donner les premiers soins que réclamait leur état. Nous mîmes ensuite dans un char que le hasard avait amené sur ce point nos malheureux frères frappés à mort dans ce même massacre ; j’accompagnai ces tristes restes jusqu’au bureau du National.

»Le citoyen Garnier-Pagès, qui parut. à la fenêtre, promit de les venger ; mais il ne voyait pas comme nous une révolution dans ce cruel événement.

»Dès le matin, le lendemain 24 février, accompagné d’un de mes bons amis M. Micard, tandis que les braves ouvriers de notre voisinage élevaient des barricades sur tous les points du quartier, j’allais à la caserne du 52e, rue de la Pépinière, solliciter le colonel de s’unir au peuple afin d’éviter l’effusion du sang français qui n’avait déjà que trop rougi le sol de la cité. M. le colonel repoussa notre proposition, mais il nous promit en même temps de rester fermé dans la caserne et de ne faire usage des armes à sa disposition que pour se défendre s’il était attaqué.

»Nous le priâmes de nous permettre de revenir une heure après lui soumettre de nouveau notre proposition, en le tenant au courant des événements qui se pressaient, et qui, nous l’espérions, le détermineraient à l’agréer ; nous le quittâmes dans ces termes, et nous nous rendions à la mairie du Ier arrondissement, quand nous rencontrâmes près de la Madeleine un bataillon de ce même régiment venant du quartier Saint-Martin, précédé d’un peloton de la garde nationale de la Ve légion, et enveloppé par la foule qui menaçait de le désarmer. Par nos efforts et nos exhortations, cette foule devint elle-même protectrice de la troupe, et nous eûmes le bonheur de la reconduire jusqu’à la caserne sans qu’aucune atteinte n’ait été portée à sa dignité.

»Cette circonstance, appréciée comme elle le devait par le colonel, le détermina à accueillir notre proposition et à se mettre à notre disposition pour la défense de nos droits contre le despotisme et la tyrannie qui nous avaient provoqués.

»Ce fut plus tard que nous empêchâmes une lutte sanglante et le désarmement du régiment, ainsi que je l’ai dit plus haut.

»Après avoir assuré l’union de ce régiment avec le peuple, nous nous dirigeâmes, mon ami et moi, vers la mairie ; là, comme partout, c’est toujours l’union que nous prêchons à nos frères gardes nationaux et ouvriers, qui encombraient la cour et la rue : pour être forts et triompher sans effusion de sang, il faut être unis, leur disions-nous.

»A cet égard je pourrais invoquer le témoignage de tous les officiers de la légion qui se trouvaient alors réunis ; je suis persuadé que, malgré nos dissentiments politiques, il ne me ferait pas défaut.

»Notre mission sur ce point accomplie, nous nous disposions à aller à la Chambre des députés ; sur la place de la Concorde, nous rencontrâmes M. Vatout, qui, en échange des félicitations que nous lui adressions sur l’effet des résolutions prises, les jours précédents, par la majorité de la Chambre, dont il avait l’honneur de faire partie, nous dit qu’à notre tour nous devions être satisfaits ; que le roi venait d’abdiquer en faveur de son petit-fils le comte de Paris, sous la régence de Madame la duchesse d’Orléans. A son grand étonnement nous lui dîmes que nous n’étions pas satisfaits de ce parti pris sans nous consulter ; que nous entendions avoir mieux que cela ; que nous voulions la République, et que nous étions en mesure de réaliser nos vœux. M. Vatout nous quitta peu satisfait cette fois, et probablement incrédule, pour se rendre à la Chambre. Un instant plus tard M. Thiers, venant du même côté, allant également à la Chambre, parut sur le pont et y fut accueilli par ses amis comme un président du conseil des ministres et accompagné par eux jusqu’à la Chambre. Nous le laissâmes aller pour attendre M. Odilon-Barrot, que nous apercevions, quoique d’assez loin, au milieu d’un groupe de députés, se dirigeant aussi du côté de la Chambre. Ayant l’avantage de le connaître depuis longtemps je le priai de nous dire ce qu’il y avait de nouveau dans la situation car nous savions qu’il venait d’être appelé à la présidence du conseil ; il nous dit avec satisfaction que, nommé président du conseil par le roi, il se rendait avec ses amis au ministère de l’Intérieur pour préparer une proclamation annonçant au peuple de Paris et des départements l’abdication du roi en faveur du comte de Paris, sous la régence de Madame la duchesse d’Orléans. Nous l’engageâmes à se borner à proclamer l’abdication du roi et à en appeler au peuple pour le reste, ajoutant que s’il tentait de proclamer le comte de Paris roi avec une régence quelconque, nous étions en mesure de l’empêcher, et de proclamer la République, ce que nous ferions immédiatement.

»M. Odilon-Barrot ne tenant pas compte de notre charitable avis, continua sa route vers le ministère de l’Intérieur ; nous y étions avant lui et il lui fallut de nouveau discuter avec nous la question que soulevait la situation, et après un débat fort long, auquel prirent part MM. Beaumont de la Somme, Luneau, Isambert, Saint-Albin, et beaucoup d’autres de ses amis qui l’avaient accompagné, ne voulant pas nous faire la concession que nous lui demandions, il passa dans un arrière cabinet pour y rédiger la proclamation dont je viens de parler, dans les termes qu’il nous avait annoncé d’abord.

»La discussion continua avec ses amis, nous nous efforcions de leur faire comprendre le danger de leur situation en repoussant notre proposition, qui laissait à chacun ses espérances.

»Intervint M. de la Rochejacquelin, qui se joignit à nous pour soutenir qu’il n’était ni juste, ni politique, de vouloir constituer un nouveau pouvoir sans un appel à la nation ; il ne fut pas plus heureux que nous.

»M. Odilon-Barrot rentra dans le cabinet et nous annonça qu’il venait d’envoyer sa proclamation à l’imprimerie.

»Nous quittâmes alors, M. de Larochejacquelin, M. Micard et moi, le ministère : M. Garnier-Pagès y entrait sans doute pour prendre part au ministère de la régence, car un petit billet de lui, adressé de 1’Hôtel de Ville le même jour à cinq heures, à M. Barrot, qui était retourné au ministère en sortant de la Chambre, annonçait à ce dernier qu’il ne devait plus compter, sur son concours ; que ses amis, réunis à l’Hôtel de Ville, avaient constitué un gouvernement provisoire et une administration nouvelle, qu’ils l’avaient prié d’accepter les fonctions de maire, et qu’il s’était rendu à leur désir.

»En sortant du ministère, M. de Larochejacquelin rencontra M. Brignols Sals, ambassadeur de Sardaigne, son ami : en l’abordant il lui dit : Nous venons de proclamer la république, vous pouvez l’écrire à votre gouvernement. Nous laissâmes l’ambassadeur étourdi par cette nouvelle, et nous courûmes à la Chambre. Arrivés sans obstacles au bas de la tribune, à ce moment libre, l’ami Micard s’empresse de franchir quelques degrés, mais les huissiers le retiennent ; je m’élance de l’autre côté, les huissiers courent après moi, me retiennent et cherchent à m’entraîner, ainsi que mon ami, hors de la salle.

»MM. les députés, furieux, crient : C’est une violation de la Représentation nationale. Nous protestons énergiquement, nous disons : il n’y a plus de députés, il n’y a plus aujourd’hui que des citoyens réunis pour aviser aux moyens de sauver le pays. Croyant nous satisfaire, on nous offre des places dans une tribune réservée nous protestons encore et déclarons que nous ne voulons d’autre tribune que celle que nous avons devant nous. On nous offre des sièges dans l’Hémicycle, nous les acceptons.

»Madame la duchesse d’Orléans, avec ses enfants et sa suite, venait de quitter cette place, et était assise sur les bancs supérieurs du centre gauche. En ce moment, M Emmanuel Arago entre dans la salle par la porte de gauche ; aussitôt des députés courent au-devant de lui et l’entraînent hors de la salle en lui disant il faut nous entendre ; allons dans un bureau de la Chambre. La séance est reprise.

»Me Marie monte à la tribune ; l’avocat du National qui négocie avec la régence, mais dont les conditions ne sont pas encore acceptées, plaide sèchement pour son client l’exception dilatoire.

»M. Crémieux, qui lui succède, ne dit rien de mieux, dans de meilleurs termes.

»M. Genoude, et surtout M. de Larochejacquelin, abordent les premiers la question et la résolvent en quelques mots Nous n’avons plus de mandat, il n’y a plus de députés, et rien de valable ne peut se faire que par le peuple convoqué régulièrement.

»M. de Larochejacquelin, en gardant sa religion des souvenirs, se montra dans
cette circonstance et toutes celles qui suivirent, homme de cœur et vraiment patriote.

»On annonce M. Odilon Barrot ; il monte à la tribune, et en peu de mots il fait connaître l’objet de sa mission à la Chambre, qui l’accueille par acclamations frénétiques et presque unanimes.

»Mme la duchesse d’Orléans se lève et commence à parler pour remercier sans doute l’Assemblée. Si elle eût pu le faire en quelques mots ; monter immédiatement à cheval avec son fils, et aller sur les boulevards accompagnée de la Chambre et de la garde nationale, le dernier mot de la royauté n’était pas dit. Mais M. Odilon-Barrot, qui n’avait pas vu le mouvement de la duchesse, voulut continuer son discours. Toutes ses protestations inutiles lui ont fait perdre la partie ; il était du reste presque impossible de la soutenir avec des hommes aussi pusillanimes que se sont montrés la plupart des députés dans cette circonstance solennelle et décisive.

»M. Ledru-Rollin monte à son tour à la tribune ; ce fut en ce moment que se firent entendre deux coups de crosse de fusil dans une porte d’une tribune publique supérieure, qui céda bientôt et permit l’entrée de la tribune à la foule, parmi laquelle se trouvaient quelques hommes armés.

»Un d’eux seulement, en descendant les gradins, laissa tomber en avant le canon de son fusil ; ce fut assez pour glacer d’effroi toute la Chambre.

»M. le duc de Nemours crut qu’il n’y avait plus sûreté pour lui, et s’esquiva furtivement en se couvrant du vêtement d’un de ses voisins. M. Sauzet trembla, mais resta à son poste. Un instant après, une marque de désapprobation partit du centre et non réprimée par le président, fit de nouveau baisser le canon de fusil ; l’homme qui en était armé et qui s’était mis à cheval sur la balustrade semblait le diriger contre M. Sauzet, qui cette fois se couvrit et se sauva en rampant derrière son bureau pour échapper à la balle que, dans sa frayeur, il croyait dirigée contre lui. La panique gagna tous les députés, qui disparurent en se glissant entre leurs bancs comme des maraudeurs surpris en flagrant délit par un garde-champêtre.

»Je n’en vis plus que quelques-uns, parmi lesquels M. Jacques Palotte, député de l’Yonne.

»La tribune était occupée en ce moment par MM. Lamartine et Ledru-Rollin, et de chaque côté, au haut des escaliers se trouvaient, à droite M. le baron Dumoulin tenant un énorme drapeau ; à gauche, une autre personne tenant également u drapeau, ce qui produisait le plus bel effet.

»La salle venait d’être envahie, et le bureau, déserté par les députés, fut immédiatement occupé par nos amis, qui appelèrent M. Dupont (de l’Eure) à présider l’assemblée. Voyant le peuple envahir de plus en plus les bancs du centre, quoique sans violence, et craignant que dans un moment de tumulte et de pression, il n’arrivât à Mme la duchesse d’Orléans ou à ses enfants quelque accident qu’on ne manquerait pas d’attribuer à crime aux républicains, je montai l’escalier de face à peu près jusqu’à moitié ; je me trouvais près d’un de mes anciens camarades, ami du National, M. Chevalier, qui sans doute avait accompagné la duchesse d’Orléans, car il n’était pas député, quand il prit la parole avec une grande véhémence en faveur de la régence ; nous eûmes beaucoup de peine, M. Vavin, un autre de ses amis qui se trouvait là, et moi, à obtenir de lui le silence.

»Mme la duchesse d’Orléans, abandonnée d’abord par M. le duc de Nemours et ensuite par toute la chambre, voyant qu’il n’y avait plus de chances pour son fils, et pourtant toujours calme et digne, manifesta le désir de se retirer. Je m’empresse de me retourner vers le groupe qui l’entourait et de proposer de faire une double haie au milieu de laquelle elle eût pu se retirer avec ses enfants sans être foulée et sans danger. Au lieu de m’écouter, ces valets courtisans se jetèrent les uns au-devant de la duchesse pour avoir l’honneur de lui offrir leur bras, les autres sur le comte de Paris pour avoir l’honneur de l’emporter et de se dire ses sauveurs ; ils embarrassèrent la marche, la rendirent fort difficile ; la duchesse fut séparée immédiatement de ses enfants ; les hommes qui voulaient porter le comte de Paris se l’arrachaient. Je les engageai à le laisser porter par un seul, et leur demandai à faire la haie avec les autres.

»Me croyant peut-être malintentionné, ils m’assommèrent à coups de poings, sans cesser de se disputer comme une proie ce pauvre enfant. Je persistai malgré cela à soutenir sa retraite de mon mieux ; elle s’opérait par une petite porte au haut de l’extrême gauche ; quand nous l’eûmes franchie j’aperçus Mme la duchesse d’Orléans qui touchait au bas de l’escalier dans lequel nous nous engagions ; il était fermé par une porte vitrée que la foule empêchait d’ouvrir ; on fut obligé d’en briser les glaces, ce qui produisit sur Mme la duchesse d’Orléans un tel effet, qu’elle perdit connaissance et laissa tomber sa tête en arrière sur les personnes qui la soutenaient. On finit par franchir cette porte. Le flot qui nous précédait s’écoula ; il se fit un vide qui démasqua un petit escalier sur la gauche ; les personnes qui tenaient le comte de Paris s’y lancèrent avec cet enfant, croyant trouver un moyen de salut. Je les suivis : nous étions à peine à moitié, que la foule qui était dans les tribunes supérieures se précipite dans ce même escalier. Alors ces hommes, perdant la tête, laissent tomber l’enfant dans mes bras. Je redescends, je parviens dans la salle des pas perdus, je demande et on me fait place ; mais à mon tour, un peu agité et ne me rappelant pas que le sol du jardin n’était pas au niveau de la pièce où nous étions, ne pouvant gagner aucune porte, je prie qu’on m’ouvre une croisée, et je me lance dans le jardin. Quelque personnes me suivent, l’une d’elles me dispute mon précieux fardeau, une autre s’en approche seulement pour lui dire : N’ayez pas peur, mon prince, on ne vous fera pas de mal. C’était, je crois, l’un de ses précepteurs ; je lui dis aussi, moi Ne craignez rien, mon petit ami, j’ai des petits enfants comme vous que j’aime beaucoup, et je serais bien aise qu’on les sauvât s’ils étaient en danger. Il paraissait inquiet de ne pas voir sa mère, mais ne pleurait pas. Nous traversâmes le jardin, puis le chantier à la suite, dirigeant nos pas vers l’hôtel de la présidence. Voyant qu’il n’était pas habité, nous ne savions plus où aller, quand on nous appela sur la gauche ; j’y allai sur l’indication de la personne que je croyais le professeur du prince. Cet enfant reconnut plusieurs personnes qui se trouvaient à une croisée d’un bâtiment que l’on me dit être l’hôtel provisoire de la présidence. Je le confiai à ces personnes, qui étaient à l’intérieur, en le passant par cette croisée, et je me retirai, ma mission étant remplie de ce côté.

»J’avais perdu mon chapeau dans le trajet, il fut retrouvé par les agents de la Chambre, tout souillé de boue, au bas de la croisée par laquelle j’avais sauté dans le jardin du palais. En revenant à la Chambre, j’entendis dire : Colonel prenez garde à vous, on en veut à votre vie. On n’en veut à la vie de personne, m’écriai-je ; mais, M. le colonel Lemercier que je reconnus, ne s’en éloigna pas moins rapidement sans me répondre ; je rentrai à la Chambre, on allait procéder à l’élection du Gouvernement provisoire de la République.

»Plusieurs listes furent mis en avant, et les noms qui furent proclamés sans difficulté sont ceux de MM. Dupont (de l’Eure), Arago, Lamartine, Ledru-Rollin ; celui de M. Garnier-Pagès fut fort contesté, mais admis en définitive.

»Les noms de Marie et Crémieux, proposés à plusieurs reprises, furent repoussés.

»Cette opération terminée, nous quittâmes la Chambre pour accompagner notre nouveau Gouvernement à l’Hôtel de Ville.

»Notre vénérable président ne pouvait y aller à pied, et il ne se trouvait sur la place qu’un mauvais cabriolet ; faute de mieux, nous y montâmes, le président et le cortège se mit en marche en suivant les quais de la rive gauche.

»L’Hôtel de Ville était déjà occupé par le peuple, qui voulut que le Gouvernement que nous avions élu à la Chambre proclamât la République, et fît son programme, dont l’existence serait constatée de manière à ce qu’il ne pût avoir le sort de celui de 1830, avant et comme condition sine qua non de son installation.

»M. Ledru-Rollin qui avait pénétré le premier dans la grande salle se déclara prêt à proclamer la République, comme déjà il l’avait fait à la Chambre ; mais il ajouta : Je ne puis engager mes collègues. Ces Messieurs étant arrivés demandèrent un moment pour délibérer entre eux et ils se retirèrent. Nous les croyions dans la pièce voisine, ne les voyant pas reparaître, l’impatience gagna tous les citoyens ; nous fûmes, à deux, chargés d’aller à la recherche de notre Gouvernement ; nous désespérions de le trouver, quand nous en découvrîmes un autre qui fonctionnait déjà ; il se composait notamment des rédacteurs des journaux la Réforme et le National : Flocon, Marrast, Louis Blanc, etc., qui nous indiquèrent la retraite de celui que nous cherchions.

»Bientôt, ce double gouvernement n’en fit plus qu’un ; MM. Marie et Crémieux, qui avaient été repoussés à la Chambre, trouvent le moyen de se glisser dans son sein, à l’Hôtel de Ville, en passant par les portes dérobées.

»Aussi, au lieu de venir devant le peuple recevoir son baptême, il s’enferma à double tour dans la pièce la plus reculée du palais, et ne communiqua plus avec lui presque toute la nuit que par le trou de la serrure.

»C’est ainsi qu’il lui a fait connaître sa composition non encore définitive et son choix des délégués aux divers ministères et autres grandes administrations publiques.

»Tout cela ne se fit pas sans protestation bien entendu ; au contraire, il y en eut de nombreuses et des plus énergiques.

»En déclarant dans son compte-rendu des travaux du Gouvernement provisoire, que le choix et les proclamations de la République étaient l’œuvre spontané du peuple et non celle du Gouvernement provisoire, M. Lamartine a dit vrai ; il eût été encore plus exact, s’il avait dit que lui et plusieurs de ses collègues y ont résisté tant qu’ils ont pu ; ce ne fut, en effet, que le deuxième jour que l’on triompha de ce gouvernement de toutes pièces, et qu’il proclama officiellement la République, quand il eut perdu tout espoir ou fut délivré de la peur. Ce n’était pas de nature à donner confiance aux plus modérés, mais sincères républicains. Je savais d’ailleurs qu’il existait une profonde inimitié entre divers membres de ce Gouvernement, et que ce sentiment avait survécu à la promesse qu’ils nous avaient faite de le bannir de leur cour, pour travailler franchement et en commun à assurer la prospérité de la République et le bonheur de ses enfants.

»C’est pour cela que je n’avais pas abdiqué complétement et sans réserve ma part de souveraineté.

»J’avais conservé mes entrées et mes allures franches à l’Hôtel de Ville, et je ne négligeai aucune occasion de rappeler à mes anciens amis, quand il m’était donné de les rejoindre, car la chose n’était plus aussi facile, leurs promesses, en mettant sous leurs yeux l’exemple admirable d’union, de fraternité et d’abnégation que dans ces premiers temps leur donnait cette généreuse population de travailleurs de Paris qui avait fait la révolution, non seulement en respectant, mais encore en protégeant toutes les personnes, toutes les familles, toutes les propriétés.

»Qu’on ne l’oublie pas ; l’abolition de la peine de mort en matière politique fut une inspiration du peuple ; le Gouvernement provisoire ne fit que la sanctionner.

»Ce fut toujours animé des mêmes sentiments de patriotisme, d’union et de fraternité que je me rendis à l’Hôtel de Ville, dans toutes les occasions où l’on pouvait craindre que la paix publique ne fût troublée ; ainsi, les 16 et 17 mars, ainsi le 17 avril, je ne manquai pas à ma mission.

»Libre, je serais humilié d’appeler sur mes actes des témoignages qui ne me manqueraient pas, mais, captif en de tels temps, mon devoir envers mes pauvres enfants, auxquels je ne puis plus laisser que mon nom, m’oblige à le défendre et à le laver de toutes les souillures dont les méchants s’efforcent de le couvrir ; c’est à cet effet seul que j’invoque des témoignages, et encore, je veux en être sobre ; je n’en invoque que deux sur la journée du 17 avril, celui de M. Jules Favre et celui de M. Lherbette, représentants à l’Assemblée nationale tous deux.

»Ce jour, entendant battre le rappel, je cours à la mairie de mon arrondissement.

»J’y trouvai MM. Durand Saint-Amand et de Benazé, mes amis, maire et adjoint de cet arrondissement. Je leur demandai ce qu’il y avait, et pourquoi le rappel ; ils me répondirent qu’ils n’en savaient rien, que l’ordre avait été adressé directement à état-major. Ne pouvant connaître au juste la cause de ce rappel général qui nous inquiétait tous, je dis à mes amis que pour la connaître, j’allais aller au ministère de l’Intérieur, d’où l’ordre avait dû partir, et que, s’il était utile, je reviendrais le leur apprendre.

»J’allai en effet au ministère ; je trouvai dans la cour M. Carteret qui me dit d’abord qu’il n’y avait ni ministre ni secrétaire général ; j’insistai en lui en disant le motif ; alors il m’accompagna auprès de M. Jules Favre, qui me dit : il n’y a rien, et le mieux que vous puissiez faire, c’est de retourner dire à MM. le maire et colonel de faire rentrer la légion. Je lui demandai un mot pour M. le maire ; il me le refusa en me disant : Je ne puis pas me mettre en désaccord avec mon ministre, qui a lui-même donné l’ordre de battre le rappel ; mais, ajouta-t-il, si vous voulez le voir, vous le trouverez encore en ce moment chez le ministre des Finances, ou un peu plus tard à l’Hôtel de Ville, où ils doivent se rendre ensemble. Il me donna un billet pour M. Ledru-Rollin, que je ne pus rejoindre qu’à l’Hôtel de Ville.

»Je m’adressai à plusieurs autres membres du gouvernement et particulièrement à M. Lamartine. Je leur parlai de la nécessité pressante de montrer au peuple qu’ils n’étaient pas divisés ; que s’ils l’avaient été quelques instants, il y avait eu franche réconciliation ; je voulais qu’en témoignage de cette réconciliation, ils s’embrassassent tous cordialement et comme de bons frères, sur la place, en présence du peuple qui allait s’y rassembler.

»M. Lherbette et un de ses amis que j’avais été assez heureux de faire entrer dans le salon donnant sur la place, où nous restâmes ensemble pendant toute la revue, furent témoins de mes efforts ; quand ces messieurs du gouvernement furent descendus, M. Lherbette me dit : Ce que vous demandez est impossible ; ce gouvernement est composé d’éléments trop hétérogènes. Ce matin, quand j’ai offert à M. Lamartine de le faire conduire ici dans ma voiture et de l’accompagner, il me dit : C’est bien assez qu’un honnête homme périsse ; je ne veux pas que vous m’accompagniez. Vous voyez bien qu’il n’est pas possible que ces hommes-là marchent ensemble. Cependant l’ordre dans lequel ces Messieurs parcoururent en se donnant le bras, les rangs de la garde nationale et des ouvriers, presque confondus les uns avec les autres, me fit concevoir l’espoir d’un retour à l’union, que commandait si puissamment le salut de la patrie.

»Quelque dénués d’intérêt que soient ces faits pour ces Messieurs, J’ose espérer qu’ils en auront conservé souvenir, et qu’ils ne se refuseront pas d’en rendre témoignage ; je le leur demande pour le triomphe et au nom de la vérité.

»Je suis aussi allé à l’Hôtel de Ville le 15 mai, et voici comment mes amis me pardonneront de les nommer ; ils en apprécieront les motifs et la nécessité.

»La veille donc de ce malheureux jour, le 14, je m’étais réuni à la députation de mon département, conduite par MM. Barthélemy et Marescal, représentants du peuple, mes anciens et bons camarades, qui étaient venus pour assister à la fête de la fraternité.

»De cette députation, faisait partie M. Ray-Garnier, négociant à Chartres, et ami comme moi de M. Flotard, le secrétaire général de la mairie centrale de Paris. M. Ray avait mission officieuse de nos amis de Chartres d’appuyer ou faire appuyer la nomination de M. Sellecque, notre ami commun, à la préfecture de Chartres.

»Il savait qu’en même temps que j’avais indiqué pour commissaires généraux du département MM. Barthélemy et Marescal, j’avais indiqué M. Sellecque pour l’un des membres de la municipalité, et il en concluait que je devais être bien disposé à l’assister dans ses démarches ; il me croyait d’ailleurs un crédit que je n’avais point, quoique je connusse très bien M. Recurt, le nouveau ministre de l’Intérieur ; cependant je ne pouvais lui refuser mon concours, et nous nous donnâmes rendez-vous chez moi pour le lendemain matin, à l’effet de nous entendre.

»J’avais d’abord pensé que nos appuis tout naturels étaient nos deux représentants Barthélemy et Marescal, qui, pour venir à l’Assemblée nationale, avaient confié la préfecture à M. Sellecque ; mais nous nous rappelâmes qu’il y avait un obstacle invincible dans le fameux ordre du jour de l’Assemblée nationale, par lequel elle interdisait à tous ses membres d’appuyer aucune demande près des ministres.

»Mais ! dis-je alors à M. Ray, notre ami Flotard est intimement lié avec M. Recurt, et il pourrait au besoin nous aider. Nous convînmes de le voir. Nos dispositions arrêtées, j’offris à M. Ray à déjeuner, et comme je n’ai point d’état de maison, je lui proposai d’aller sur le boulevard. Il me dit : Oui ; mais j’ai promis à un ami, et il faut que je le prévienne que je ne peux pas déjeuner avec lui ; nous allons y aller ensemble. Il ne me disait pas que l’ami demeurait à la barrière du Trône, et il me trompait, car son projet était de me faire déjeuner avec lui chez cet ami. Une fois là, le maître et la maîtresse de la maison me pressèrent avec tant de cordialité, que je ne pus refuser.

»Nous quittâmes ces aimables hôtes sur les trois heures, et nous descendîmes directement à l’Hôtel de Ville. Nous y entrâmes par la porte de derrière, pour n’en pas faire le tour, en sorte que nous étions parvenus jusque dans le cabinet de M. Flotard avant d’avoir entendu dire un mot des événements du jour. Il me parut fort tourmenté.

»Sans autre préambule, en nous serrant la main, il nous dit : Avez-vous des nouvelles ? et le colloque continua ainsi : Quelles nouvelles ! De l’Assemblée nationale ? Non ; nous venons de la barrière du Trône. – Il paraît que la Chambre a été envahie ; mais je n’ai rien de précis sur cet attentat et ses suites.

»Nous nous mîmes immédiatement à sa disposition pour aller à la Chambre savoir ce qui s’y passait et lui en rapporter la nouvelle. Il me donna pour laissez-passer une nouvelle carte d’entrée de la Ville, et nous partîmes.

»Pour aller plus vite, nous avions pris un milord et étions passés par la rive gauche. Nous allions arriver à la rue de l’Université quand nous fûmes arrêtés par une très grande foule venant de la Chambre, annonçant qu’elle était dissoute qu’il n’y avait plus d’Assemblée nationale, que le nouveau gouvernement provisoire marchait, sur l’autre rive, à l’Hôtel de ville.

»Nous prîmes la rue des Saints-Pères pour éviter la rencontre de cette foule ; mais il s’en détacha un certain nombre qui vinrent nous faire descendre de voiture et les suivre.

»Nous nous soumîmes de bonne grâce. Notre mission se trouvait du reste remplie, et il nous importait de retourner au plus tôt à la Ville pour en rendre compte. Il nous fut facile de nous séparer de cette foule sans ordre, en route ; mais quand nous arrivâmes à la grille devant l’Hôtel de Ville, nous ne pûmes entrer quoique je fusse porteur du laissez-passer que m’avait remis l’ami Flotard. M. Ray-Garnier y entra après beaucoup de difficultés par une autre porte que celle où j’étais. Il redescendit bientôt avec une mission pour la Commission exécutive du Luxembourg. Je ne le compris pas bien quand il vint m’en faire part à la grille où il m’avait laissé, parce que j’avais l’esprit préoccupé de ce que je voyais et ne pouvais m’expliquer ; il était accompagné d’une autre personne qui le pressait ; il partit et je continuai mes efforts pour entrer.

»J’avais pu remarquer tout le désordre qui régnait dans la surveillance extérieure de l’Hôtel de ville ; mais ce qui me frappa le plus, et me donna la plus vive inquiétude, ce fut de voir jeter de l’entresol de l’Hôtel, par deux croisées à la fois, sur la place, au-delà de la grille, une quantité prodigieuse de paquets de cartouches qui étaient ramassés indistinctement par les gardes nationaux, les bourgeois, les ouvriers et les enfants qui s’y trouvaient réunis pêle-mêle.

»Oh ! j’avoue que cet inconcevable mode de distribution de projectiles destinés à donner la mort, que dans les plus grandes circonstances on ne distribue qu’aux hommes bien connus et avec la plus grande réserve, me soulevait le cœur d’indignation et me faisait regretter amèrement de n’avoir aucun moyen, aucune autorité, pour l’empêcher. J’en éprouvais d’autant plus le besoin d’entrer ; j’y parvins enfin : un capitaine de la garde nationale me fit ouvrir la grille sur le vu de mon laissez-passer. Le désordre et la confusion étaient au-dedans comme au-dehors, ou plutôt beaucoup plus grand encore qu’au-dehors.

»Après avoir, sans obstacle aucun, monté les escaliers, suivi les couloirs et traversé une grande quantité de pièces où j’avais trouvé des gens faisant ou copiant des listes de gouvernement provisoire, qu’on jetait ensuite par les fenêtres, je finis par arriver jusqu’à M. Flotard, seule autorité visible à la Ville jusque-là pour moi ; je lui dis tout ce que je venais de voir. Je m’exprimai avec une grande vivacité, parce que j’étais indigné. Le croyant seul et maître de prendre un parti, je voulais que, ceint de son écharpe municipale, il descendît avec moi sur la place, au milieu du peuple, pour l’éclairer sur la situation, ranimer sa confiance en lui montrant qu’il en avait en lui, l’exhorter à l’union, à la concorde et à la paix ; puis remonter ensuite, fort de cette confiance, faire évacuer l’Hôtel de Ville par toutes les personnes qui s’y étaient introduites, la plupart, bien certainement, par pure curiosité, en employant le même moyen ; je voulais enfin, comme toujours et partout, concilier ou réconcilier, et prévenir en éclairant et non laisser faire pour réprimer.

»Je ne pouvais comprendre ce laisser-faire qui, à mes yeux, mettait en péril la République que j’avais fondée, et que je voulais à tout prix maintenir ; je voulais surtout éviter l’effusion du sang.

»M. Flotard, sans me convaincre, m’imposa silence en invoquant notre vieille amitié, son expérience et son patriotisme dont je ne pouvais douter. Nous nous embrassâmes, et je lui remis le soin de nous sauver tous en sauvant la République.

»Mais je souffrais d’autant plus de mon inaction en voyant que la place se remplissait à chaque instant davantage d’hommes armés et non armés.

»Tout à coup les acclamations unanimes et les plus énergiques se font entendre au-dehors ; elles annonçaient l’arrivée de MM. Lamartine et Ledru-Rollin, suivis d’un assez nombreux état-major ou escorte, à l’Hôtel de Ville.

»Oh ! alors grand mouvement dans l’intérieur ; M. le maire, M. l’adjoint apparaissent triomphants. Tous ces messieurs se réunissent dans la pièce voisine ; je veux y entrer, mais je ne le puis ; on n’y laisse pénétrer que les représentants du peuple ou les officiers supérieurs de l’armée et de la garde nationale.

»Ce n’était plus alors pour moi qu’un objet de curiosité, puisque la toute-puissance, représentée par MM. Lamartine et Ledru-Rollin, est là qui veille et agit. Je n’insiste pas, j’attends seulement pour connaître le résultat, et cependant je me retire sans le connaître ; je ne l’apprends qu’à l’Assemblée nationale. MM. Lamartine et Ledru-Rollin venant à passer par la pièce où j’étais resté avec quelques personnes, je les accompagnai ; ils se retiraient, je me retirai avec eux ; ils furent accueillis à leur sortie de l’Hôtel de Ville comme à leur entrée, c’est-à-dire avec le plus grand enthousiasme.

»Je n’avais pu que serrer la main de M. Ledru-Rollin, et là dire : Vous avez sauvé la République, mon ami, merci !

»Et en effet, jusqu’à l’arrivée de MM. Lamartine et Ledru-Rollin il y avait partout, à l’intérieur comme à l’extérieur, un bourdonnement sourd et lugubre qui témoignait d’un sentiment profond d’inquiétude dans les masses et qui présageait quelque grand malheur.

»Dès qu’ils paraissent, la crainte, l’inquiétude, s’évanouissent ; la joie, signe certain de confiance, d’union et de paix, renaît dans tous les cœurs et se manifeste par des acclamations les plus sympathiques.

»Quel enseignement pour tous, et principalement pour M. le maire de Paris, dans cette manifestation du peuple à la vue de ses élus !!

»M. Marrast était alors en pleine possession de la confiance du peuple, au même titre que MM. Lamartine et Ledru-Rollin, et encore à celui particulier de premier magistrat de la cité ; il dépendait donc de lui de recueillir seul toute la gloire revenue à ses collègues, en allant au milieu de ce peuple satisfaire sa soif légitime de nouvelles officielles qui le tourmentait depuis plus de deux heures, et pouvait le pousser fatalement hors des limites de l’ordre.

»Il pouvait plus ; il pouvait, sinon effacer cette triste page de notre histoire, du moins, préparer une réconciliation franche, et concourir à fonder enfin véritablement la République.

»En se tenant prudemment dans son cabinet jusqu’à l’arrivée des membres de la commission exécutive, il a perdu une belle occasion de gloire de bon aloi et à bon marché, pour ne se réserver que le triste honneur, que sans doute ses collègues ne lui envient point, d’avoir fait emprisonner sur le lieu même où ils l’avaient élevé à la dignité partielle de chef du gouvernement de la République, les fondateurs de ce gouvernement.

»Je ne veux point me faire juge de la conduite de M. Marrast autrement que pour expliquer la mienne, et prouver qu’elle était d’un franc et loyal républicain. Je reste même bien convaincu que si l’ami Flotard eût été libre d’agir comme je le croyais, il n’en aurait pas suivi d’autre. Mais, je le répète, ma conviction n’est que l’effet sympathique de l’amitié vive qui nous unit ; elle ne peut engager ni compromettre personne.

»Je viens à mon récit :

»Je disais comment j’étais sorti de l’Hôtel de Ville ; nous arrivâmes difficilement près de l’arbre de la liberté, sur la place. Là, M. Lamartine retrouva son cheval, le monta, et prit le devant aussi vite que la foule le lui permit. M. Ledru-Rollin continua sa route à pied jusqu’au-delà de la place du Châtelet ; il monta alors sur un cheval que lui offrirent les gardes nationaux à cheval stationnés sur ce point, reprit sa route escorté par ces Messieurs qui l’accompagnèrent jusqu’à l’Assemblée nationale ; il reçut sur son passage, de tous indistinctement, les témoignages de la plus vive sympathie.

»J’entrai à la Chambre avec lui ; mais arrivé près de la salle des séances, je voulus monter dans les tribunes publiques ; ne connaissant pas bien cette salle, je me trompai et pris une porte qui me conduisit au bas de la tribune des députés, à droite. J’eus alors l’indiscrétion d’aller me cacher sur l’un des bancs supérieurs de l’extrême droite, dans la crainte en sortant de ne pouvoir pénétrer dans les tribunes et assister à la séance.

»Je suis resté à cette place pendant toute la séance, la tête dans mes deux mains pour n’être pas reconnu et ne pas blesser l’Assemblée ; pourtant, malgré mes précautions, je ne pus empêcher qu’un des premiers magistrats de la cour de Paris, de mes amis, ne me reconnut.

»Je rentrai chez moi aussitôt après la séance.

»Je n’ai plus à ajouter que quelques mots, et vous connaîtrez mon histoire.

»Aussitôt après la révolution de février, tous les membres de l’ancien comité d’opposition du Ier arrondissement se réunirent et formèrent une nouvelle société, sous le titre de Comité républicain démocratique du Ier arrondissement.

»J’en fus le fondateur avec MM. les Maire, adjoints et beaucoup d’autres citoyens de l’arrondissement. Nous avons publié nos principes, et chacun a pu y voir que nous voulions, tout à la fois, défendre la République, la famille et la propriété.

»Je n’ai jamais été membre d’aucun club ; je me suis seulement abonné, pour le temps des élections, à celui qui se tenait à côté de chez moi.

»J’ai pris une part fort active, sans doute, dans les élections de la garde nationale et des représentants à l’Assemblée nationale ; mais je ne me suis jamais occupé d’en éloigner que les ennemis de la République.

»Après les événements de mai, les hommes politiques eurent le devoir de s’occuper plus activement que jamais des élections complémentaires du département de la Seine ; je fus dans mon arrondissement celui qui, comme membre du comité démocratique, s’en occupa le plus ; et mes sentiments, mes principes, se trouvent traduits clairement dans la liste de mes onze candidats que voici : Caussidière, Foissac, Flotard, de Bénazé, Carteret, Thoré, Ribeyrolles, Moreau, Schelcher, Dupoty et Charles Lesseps. Cette liste a été insérée dans la Réforme et dans la Vraie République à l’époque des élections ; à ma sollicitation.

»J’ai terminé : vous avez sous les yeux ma vie politique ; s’il m’était permis d’y placer aussi ma vie privée, ma vie de famille, je saisirais avec bonheur cette occasion de confondre la perfide et lâche calomnie qui me poursuit jusque dans ma captivité, à laquelle peut-être elle n’est pas étrangère. Mais ma conscience me dit que si je n’ai pas motif de me glorifier, je n’ai non plus motif de rougir, ni de l’une ni de l’autre.

»C’est une satisfaction que ne peuvent avoir mes calomniateurs au sommet des grandeurs ;

»C’est dans cette situation que je m’adresse à vous, citoyens représentants, et viens vous prier de me faire connaître les faits qui motivent ma détention, de les apprécier ou faire apprécier, et enfin de me rendre ou faire rendre à la liberté.

»En attendant, au fond de ma prison, je crie : vive la liberté, vive la République !

»Salut et fraternité.

»Delair. »

Cette brochure se terminait par une dernière adresse, ainsi rédigée :

« Aux citoyens représentants à l’Assemblée nationale, membres de la Commission d’enquête sur les événements de juin et de mai.

»Citoyens,

»Depuis cinquante-cinq jours que je suis captif, depuis un mois que je suis sans communication aucune avec le dehors, pas même pour signer une procuration qui devait empêcher ma ruine entière, je me suis adressé à tout ce qui semblait avoir autorité pour me faire connaître les faits qui motivaient ma détention, les faire apprécier et me rendre ou faire rendre à la liberté.

»Je me suis également adressé à vous, Citoyens, à cet effet.

»De nulle part je n’ai reçu de réponse.

»Je n’ai cessé de porter mes souvenirs sur tous les actes de ma vie, en remontant jusqu’aux plus anciens.

»Je l’y aurais en vain consacrée tout entière ; la révélation ne pouvait m’en venir que du dehors.

»C’est, en effet, dans un extrait de la Gazette des Tribunaux, qu’un membre de ma famille, tout effrayé, a pu me faire glisser dans mon cabanon, qu’elle se trouve.

J’y lis : “Une instruction longue et importante a été suivie par l’un de MM. les juges instructeurs délégués par l’autorité militaire contre M. Delair, ancien avoué à la cour d’appel, secrétaire du Club des Clubs, signalé comme l’un des instigateurs de l’insurrection de juin. Dans une perquisition faite à son domicile, la police a saisi un grand nombre de pièces, parmi lesquelles se trouvent des proclamations séditieuses. On assure que les renseignements recueillis par l’information judiciaire sembleraient indiquer que l’inculpé n’était pas resté étranger à l’attentat du 15 mai envers l’Assemblée nationale, et qu’il entretenait des rapports fréquents avec deux des principaux personnages sur lesquels le rapport de la Commission d’enquête présenté à l’Assemblée par M. Bauchart fait planer de graves inculpations. Cette affaire vient d’être soumise à l’une des Commissions militaires qui, après avoir consacré une grande partie de la journée d’hier à l’examen de toutes les pièces de ce volumineux dossier, a décidé aujourd’hui que l’inculpé Delair serait traduit devant le Conseil de guerre ; en conséquence, les pièces de l’instruction ainsi que les armes et les pièces de conviction saisies ont été transmises à M. le général commandant la première division militaire, pour qu’il soit informé par l’un de MM. les officiers rapporteurs (Gazette des Tribunaux).”

Et bien ! qui le croirait ? il n’y a dans cet article qui me regarde que le nom et la qualité d’avoué ; tout le reste est plume de paon, dont à mon insu on m’a paré comme un geai, à la Commission militaire ou ailleurs, je ne sais. Mais je n’ai point, comme cet oiseau, la vanité de vouloir les porter, par mille raisons inutiles à déduire, et encore parce que je tiens pour le respect de la propriété, parce que celui auquel ces plumes appartiennent est, me dit-on, car je ne le connais point, fort en état de les porter et de les défendre, et enfin parce qu’en m’en chargeant je n’épargne aucune peine au véritable propriétaire, qui est lui-même aussi, me dit-on, toujours placé sous les verrous.

»N’est-ce pas une preuve éclatante de la sollicitude avec laquelle MM. de la Commission militaire, y compris M. le président Bertrand, traitent les citoyens que les malheurs du temps soumettent à leur juridiction arbitraire.

»Mon berger, quand je lui confiais le soin de faire le triage des moutons que je voulais faire conduire à la foire ou à la boucherie, l’opérait toujours sans commettre la moindre méprise.

»Si le service de la Commission n’était pas tellement avancé que l’expérience de mon berger pût encore lui être utile, je le mettrais volontiers à sa disposition pour éviter que des méprises aussi funestes fussent commises à l’avenir au préjudice de mes compagnons de captivité.

»Je vous supplie, Citoyens, au nom de votre toute-puissance qui vous impose, devant le monde et devant Dieu surtout, une responsabilité terrible, veillez à ce qu’il soit pris plus de souci de la liberté, de la vie des hommes.

»Veuillez vous souvenir et le rappeler à tous par l’exemple, qu’à défaut de Constitution, nous avons un drapeau sur lequel est inscrite cette admirable devise

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ,

»qui doit nous en tenir lieu, que chacun de nous a le droit d’invoquer, et qu’il est de votre devoir d’appliquer et de faire appliquer.

»C’est en vertu de cette loi sublime, que je n’ai point blessée, que je vous demande ma liberté et la révision de toutes les sentences portées contre mes malheureux compagnons de captivité, victimes peut-être de pareilles méprises irréparables pour ceux qui sont appelés à subir la transportation, puisqu’il ne leur est donné aucun motif de la mesure qui les frappe.

»Je prie Dieu de vous inspirer, et attends avec confiance votre résolution.

»VIVE LA REPUBLIQUE

»Paris, 18 août 1848,

»Salut et fraternité,

»Delair,

»Détenu politique à la Conciergerie.

Il fut remis en liberté le 21 septembre 1848. Il fut condamné à Algérie moins à la suite du coup d’Etat de 1851. Nous empruntons la notice biographique qui lui est consacrée dans le Maitron et ainsi rédigée : « Licencié en droit, ancien avoué, rédacteur à La Réforme avant 1848, il figurait parmi les envahisseurs de la Chambre des députés, le 24 février 1848. Membre du club des Indépendants, rue d’Isly – il était alors propriétaire à Paris, 68, rue de l’Arcade –, il rencontra, le 25 juin, Odilon Barrot à l’Assemblée nationale et lui demanda de lui obtenir un ordre de mission pour aller au milieu des insurgés tenter de les ramener aux sentiments qui les animaient le 24 février. Barrot repoussa cette proposition et d’autres représentants le firent arrêter. Il fut libéré le 21 septembre 1848. On ne l’avait innocenté qu’après lui avoir fait payer d’avoir envisagé un dialogue avec les insurgés de juin, il adressa une lettre de mise au point à la Gazette des tribunaux et fut, en 1849, condamné à trois mois de prison pour coups. En 1851, il était signalé pour s’être battu à la barricade, rue du Sentier, où il aurait tué d’un coup de fusil l’un des chasseurs de Vincennes. Il disparut de Paris. Une décision (« Algérie moins ») fut prise contre lui. La brochure Aux citoyens représentants, ci-dessous, détaille son action de républicain de la veille : décoré de Juillet, juin 1832, avril 1834, 1848. En avril 1834 n’aurait-il pas fait repeindre à des insurgés sa maison des Batignolles pour leur fournir une cache provisoire ! » L’ouvrage de Maitron donne les références suivantes : Archives Ministère de la Guerre, A 3061 et B 1461. – Journal des débats politiques et littéraires, 30 juin 1848, p. 2, 2e col. – Gazette des Tribunaux, 18 octobre 1848, p. 1227, 4e col. Il était marié et père de trois enfants en 1848. Il demeurait 7, rue Neuve-Saint-Merry en 1826 ; 1, rue Lulli en 1831-1835 ; 68, rue de l’Arcade en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Mouton-Dufraisse, Claude, Zacharie ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Floriot, Pierre, Nicolas, Marie ; Archives nationales F/7/*/2590 ; Archives nationales W//571, dossier 34 ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Borne-Chaussey, Jean-Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 383 ; Almanach royal pour lan 1826, présenté à Sa Majesté, Paris, chez Guyot et Scribe, 1826, p. 251 ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832, p. 60-61 ; Almanach royal et national pour lan 1835, présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 1835, p. 899 ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour lannée 1835, Dulac, Paris, chez Panckoucke, p. 160 ; base de données sur les inculpés de juin 1848, université de Bourgogne.

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