Delaneau, Regulus, Adolphe
Biographie
Né le 17 juillet 1796 à Paris. Directeur de l’institut Sainte-Barbe. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le seul nom de Delanneau sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il apostilla (sous le nom de Delanneau, mais c’est une retranscription), le 6 septembre 1831, le certificat suivant pour établir la mort de Jullerot, Bernard, tué, percé de deux balles, le 28 juillet au pont d’Austerlitz, et comme son fils, Jullerot, Pierre, François, tentait auprès de la Commission des Réclamants, de faire valoir ses propres droits comme combattant et de protester contre le fait que le nom de son père n’eût pas été inscrit sur les tables du Panthéon comme les noms des autres victimes, tuées en combattant pour les libertés. Ce certificat était ainsi rédigé : « Nous, soussignés, maire et adjoints du (ancien) XIIe arrondissement, certifions que le sieur Jullerot, Bernard, âgé de soixante-quatre ans, a péri, victime de son dévouement à la cause nationale dans les grandes journées des 27, 28 et 29 juillet ; qu’il laisse deux fils, Jullerot, Louis, Bernard, âgé de trente-cinq ans, négociant, ancien officier et employé par ordre du gouvernement provisoire en qualité de chef de bataillon au commandement en chef des gardes nationales mobiles de Paris, et Jullerot, Pierre, François, âgé de vingt et un ans, qui tous deux se sont également distingués dans les immortelles journées. Le sieur Jullerot père était généralement estimé, ses sentiments à la bonne cause étaient connues, ses dernières paroles en mourant furent : Le duc d’Orléans... La France sera donc enfin heureuse !!... Ses deux fils méritent la sollicitude du gouvernement et la reconnaissance de la patrie. » Comme adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement, et « témoin du dévouement et du patriotisme de M. Nestor Pelassy des Fayolles, dans les glorieuses journées de juillet 1830 », il apostilla la demande de ce dernier auprès de la Commission des Réclamants et le recommanda à la justice de cette Commission. Le 12 juin 1832, il signa comme « directeur de l’institut Sainte-Barbe, adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement » le certificat suivant en faveur de Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe : « Nous croyons devoir vous signaler la conduite courageuse tenue pendant les journées du 5 et 6 courant par M. Lemoine-Tacherat, décoré de Juillet, l’un des juges du tribunal de commerce qui siégeait le 28 juillet 1830. Ce citoyen, ex-officier de grenadiers du 3e bataillon et admis à la réserve par suite d’une blessure à la main gauche, s’est empressé de revêtir son uniforme aux premiers coups de feu (ce qu’au reste il fait toujours dans les moments de danger, bien qu’il ne soit tenu à aucun service). Se réunissant à quelques-uns de ses camarades, il a contribué à préserver le poste de l’entrepôt général des vins. S’étant ensuite avancé seul vers une barricade établie sur le quai de la Tournelle près la rue de Pontoise, il fut accueilli par les cris de Vive la garde nationale ! Vive les braves de Juillet ! Le chef qui commandait cette troupe franchit avec quelques-uns de ses camarades la barrière et vint l’inviter à prendre part avec eux sinon de lui rendre son sabre. Un refus énergique fut la réponse de M. Lemoine-Tacherat. Une discussion politique s’ensuivit et, tout en reculant, il arriva, suivi des insurgés, au pont de la Tournelle où était en ordre de bataille un peloton de la compagnie de voltigeurs du 4e bataillon de la IXe légion, capitaine Fruneau. Alors les insurgés sommèrent le capitaine de marcher avec eux ou bien de faire rendre les armes à sa compagnie. Cette demande fut, comme elle devait l’être, repoussée avec indignation mais n’ayant pas encore de cartouches, on ne put saisir les perturbateurs, qui étaient bien armés ; ils retournèrent se placer derrière leurs retranchements. Quelques instants après un détachement du 2e dragon étant arrivé, ces braves commandés par un maréchal des logis, marchèrent sur la barricade, espérant la forcer. M. Lemoine-Tacherat, le sabre à la main, se joignit à eux. Ils furent reçus à coups de fusils, un brigadier fut blessé mortellement ; quand reconnaissant l’impossibilité de débusquer l’ennemi, ils furent contraints de faire demi-tour. Ce fut dans cet instant que M. Lemoine-Tacherat courut le plus grand danger, se trouvant seul à découvert au milieu de la chaussée, à trente pas de la barricade et derrière les dragons qui l’avaient dépassé. Sans s’occuper des coups de fusils qui lui furent tirés et qui heureusement ne l’atteignirent pas, il soutint le dragon blessé resté en arrière et le reçut dans ses bras au moment où il tomba de cheval [il n’est donc pas blessé mortellement ? N.D.A.]. Se trouvant alors devant sa porte, quai de la Tournelle n° 25, il le fit entrer chez lui ; quelques secours lui furent donné ensuite à la pharmacie de l’île Saint-Louis puis immédiatement il le fit transporter à l’Hôtel-Dieu. Ce fut encore lui qui lui servit d’escorte, accompagné d’un seul carabinier de la compagnie Boutarel, ce qui dans le moment n’était pas sans péril. Le lendemain, M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), adjoint de notre maire, reconduisit à l’Ecole polytechnique un élève qui par ses allées et venues fréquentes avait éveillé l’attention du commandant du poste de la place Maubert. Ce quartier était dans une grande fermentation et M. Boissel, craignant une collision entre la garde nationale et la populace, s’était proposé pour reconduire cet élève à l’Ecole polytechnique, sans être accompagné de gardes nationaux en armes, afin d’éviter tout prétexte à l’émeute. Cependant M. le commandant Vasset, qui dans ces deux journées a également donné des preuves du plus grand dévouement, apercevant M. Lemoine-Tacherat et sachant qu’il pouvait compter sur sa fermeté, aucune crainte ne pouvant l’atteindre, l’invita à suivre M. l’adjoint pour lui porter secours au besoin. Cette précaution ne fut pas inutile car M. Lemoine-Tacherat étant arrivé à peu de distance de M. Boissel qui se rendait par la Montagne Sainte-Geneviève à l’Ecole polytechnique, ne put qu’avec peine se faire jour jusqu’à lui pour s’opposer aux intentions hostiles que manifestaient déjà les plus exaltés du rassemblement. Ces hommes furieux feignaient de ne pas reconnaître en la personne de M. Boissel l’adjoint au maire et se disposaient à lui faire un mauvais sort. M. Boissel harangua cette multitude, parvint à se faire reconnaître ; M. Lemoine-Tacherat imitant son exemple, réussit à détourner cette populace de ses mauvais desseins en lui imposant par sa force physique et surtout par l’énergie de son caractère. Au reste il fit en uniforme ce qu’il avait en bourgeois au boulevard Montmartre, dans la matinée du 5, en sauvant avec quelques autres citoyens de la fureur populaire un sergent de ville qu’ils firent entrer dans la boutique d’un horloger, près les Variétés, où même il n’eût point été en sûreté sans lui et deux autres décorés de Juillet qui barrèrent la porte et repoussèrent les assaillants. Nous avons pensé, M. le ministre, que notre devoir était de mettre à votre connaissance, avec quelques détails, des faits honorables pour un citoyen qui a montré en 1832 qu’il n’était pas plus effrayé militaire sur la place publique qu’il ne le fut en 1830 sur le siège consulaire. Nous pensons que le signe de l’honneur sera bien placé sur sa poitrine à côté de la croix de Juillet et nous vous prions de la demander pour lui à Sa Majesté. Nous avons l’honneur, etc. » Il demeurait 5, rue de Reims près du Panthéon en 1835. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/L/13 in dossier Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Jullerot, Pierre, François ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pelassy des Fayolles, Nestor ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs (sous le nom de Lanneau).