Delaplace-Gérardin, Louis, Casimir
Biographie
Né le 7 juin 1791 à Lonjumeau (Essonne). Juge de paix suppléant à Belleville. Le 28 décembre 1830, il adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Je crois avoir quelques droits à cette récompense nationale, que je serai glorieux de porter puisqu’elle est destinée à rappeler le triomphe de la liberté contre un gouvernement rigoureux et ingrat. Voici les motifs sur lesquels ma demande est fondée. Le mercredi 28 juillet entre 5 et 6 heures du matin, j’étais à Paris près de la porte Saint-Denis, au moment où on conduisait dans le faubourg une charrette chargée de pierres de meulière. Je donnai le conseil de la décharger pour obstruer le chemin, ce qui fut fait à l’instant par un garçon boucher ou charcutier qui venait de prendre le sabre à un employé aux octrois et s’en servit pour couper les traits des chevaux ; on mit la voiture à cul. Je fus ensuite dire à mes portiers de ne point fermer les portes pendant que l’on se battait, afin que l’on puisse se réfugier dans le cas de poursuite de la part des troupes contre les citoyens. Je mis à la disposition de mes locataires les pavés que j’avais en tas dans la cour de ma maison, rue des Vieux-Augustins, n° 38. De retour à Belleville, entre 10 et 11 heures, je me suis réuni aux citoyens qui ont été désarmer les postes des barrières de Ménilmontant, de Belleville. J’avais fait donner à plusieurs 1°) un fusil de munitions, sur le canon duquel était incrusté mon nom Delaplace-Gerardin ; 2°) Deux sabres, dont un, de sous-officier, ayant monture en cuivre argenté, poignée en ébène, lame à moitié brunie avec faisceaux dorés, l’autre sabre était ordinaire ; 3°) un pistolet de poche, à balle forcée, garni à la culasse d’une tête de lion en cuivre. Cette faible distribution fit que l’on me crut un arsenal et que l’on disait dans le pays “Allez chez M. Delaplace-Gerardin, rue de Calais, on vous donnera des armes” ! Ce fait m’a été rapporté par une dame de notre connaissance, qui vint de suite pour nous témoigner les inquiétudes qu’elle pouvait en concevoir. Pendant les nuits des 28, 29 et 30 juillet, j’ai monté la garde au bivouac, au coin de la rue de Calais à Belleville, près de la chaussée de Ménilmontant. Le 3 août, je suis allé à mon pays à Lonjumeau, route d’Orléans, solliciter l’organisation de la garde nationale et demander à ce que le drapeau tricolore fût placé à la mairie. Déjà il flottait sur le clocher de l’église, où il avait été placé par un garçon charpentier. C’est par mes démarches auprès du maire et des membres du conseil que le mercredi 4 août j’ai obtenu ce que je sollicitais. Le pistolet a dû être trouvé sur un jeune homme qui tenait lieu de tambour à notre détachement. Il a été tué près la barrière de La Villette et on l’a dit domestique d’un général. Le sabre ordinaire m’a été rapporté par le domestique qui était alors à mon service et qui m’accompagnait. La personne qui avait mon fusil de munition s’est présentée pour proposer de m’en rendre un autre, attendu qu’il avait été brisé. On lui a répondu que je tenais à mon fusil mais qu’étant brisé il était inutile de m’en rapporter un autre. M. Grebauval, maire de Belleville, m’a fait l’honneur de me proposer son attestation sur les principaux faits ci-dessus et M. Salleron, ex-maire de Longjumeau, m’a aussi donné son certificat. J’ai transmis ces deux pièces, le 11 novembre dernier, à M. Persil, procureur général, à l’effet d’appuyer mes droits à la place de juge de paix du canton de Pantin, pour laquelle j’ai déjà beaucoup de concurrents, quoiqu’elle ne soit pas vacante. J’en suis suppléant depuis plus de deux ans mais ce titre ne m’a pas empêché de voter dans le sens libéral au 8e collège et à la 23e section du collège départemental. D’après l’exposé des détails ci-dessus, j’ai l’honneur etc. » Cette lettre ayant été perdue par la Commission (qui dut la retrouver puisqu’elle nous est connue et présente dans les cartons des Archives), il réitéra sa demande, avançant de nouveau ses idées libérales, ajoutant cette précision : « […] C’était pour conquérir cette liberté qu’au commencement de 1830 j’ai refusé de payer mes impôts parce que l’avertissement ne faisait pas mention de la loi […]. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de l’arrondissement de Saint-Denis. Il passa devant le jury de Saint-Denis sous le numéro 389, sans succès puisque le 9 mai 1831 il se plaignait que son nom n’eût pas été retenu dans les listes de décorés. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la croix de Juillet. Il ajoutait à la copie de la lettre citée plus haut plusieurs copies de certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, attestons que M. Delaplace-Gerardin, suppléant de M. le juge de paix du canton de Pantin, demeurant à Belleville, était avec nous le 28 juillet 1830 lors du désarmement de différents postes des barrières de Paris. » Signé le 11 août 1831 : Viviand, capitaine en second (voir Viviand, Pierre, Valentin aîné et Vivien ? sans doute oui puisqu’on parle de deux décorés qui ont signé). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Delaplace a fait partie du mouvement lors du désarmement des barrières de Ménilmontant et Belleville, occupées le 28 juillet par le 53e régiment de ligne ; que le zèle et le dévouement qu’il a montrés a contribué au succès de cette entreprise, qu’il a fourni des armes aux braves pour aller combattre les gendarmes casernés à la rotonde de La Villette. J’affirme en outre qu’il s’est réuni différentes fois à la compagnie de sapeurs-pompiers dans les moments difficiles. Enfin, que les services qu’il a rendus méritent d’être appréciés. J’atteste ces faits pour lui servir ce que de raison. » Signé, à Belleville, le 15 août 1830 : Mignard, chevalier de la Légion d’honneur, capitaine de la compagnie des sapeurs-pompiers volontaires (voir Mignard, François, Marie ? sans doute oui puisqu’on parle de deux décorés qui ont signé). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants de Belleville, y demeurant, rue de Calais, certifions qu’il est à notre connaissance que M. Delaplace-Gerardin, juge de paix suppléant, demeurant aussi à Belleville rue de Calais n° 30, a fait distribuer quelques armes aux citoyens qui, le 28 juillet 1830, sont allés désarmer quelques postes des barrières de Paris, ayant à leur tête l’ex-maire, M. Morand, et que de plus il s’est joint à eux après avoir procuré à plusieurs des rafraîchissements. » Signé, le 18 août 1831 : Bizard ; veuve Chaureau ; Remy, capitaine retraité, chevalier de la Légion d’honneur. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants de Belleville, certifions que M. Delaplace-Gerardin, juge de paix suppléant, y demeurant, était de garde avec nous au bivouac au coin de la rue de Calais à Belleville pendant les nuits des 28, 29 et 30 juillet 1830 et que les deux dernières nuits il a été le commandant de ce poste. » Signé, à Belleville, le 20 août 1831 : Caillou ; Boizon ; Savan ; Finet ; Grebauval, maire, chevalier de la Légion d’honneur, attestait la notoriété des faits énoncés dans ce certificat. Il était père de famille en 1830. En 1833, il était premier juge de paix suppléant à Belleville. Il demeurait 26, bd de la Chopinette à Belleville en 1823 ; 30, rue de Calais à Belleville en 1830-1834. Archives de Paris VK3 43 ; Archives de la préfecture de police AA 383 ; Almanach royal pour l’an 1830 présenté à Sa Majesté, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1830, p. 801 ; Almanach royal et national pour l’an 1833 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1833, p. 782 ; Almanach royal et national pour l’an 1834 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1834, p. 787 ; Recueil général des lois et des arrêts, en matière civile, criminelle, commerciale et de droit public, rédigé depuis 1831, par L.-M. Devilleneuve, 1837, Paris, chez Bachelier, avocat, p 398 ; Dictionnaire des familles qui ont fait modifier leur nom par l’addition de la particule ou autrement, en vertu d’ordonnance ou de décrets depuis 1803 jusqu’à 1867, Paris, chez Bachelin-Deflorenne, p. 42. Il y a un Delaplace-Girardin in Journal des avoués, Chauveau et Billequin, tome 53, Paris, au bureau du Journal des avoués, p. 579