Delavier, Pierre, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 17 nivôse 1794 (selon son acte de naissance) (6 janvier 1794 ou 8 janvier 1794 selon les sources qui diffèrent) à Camon (Somme), fils de Delavier, Hortillon et de Cavillon, Geneviève, son épouse. Dépositaire de journaux. Une dépêche indiquait à son sujet : « Demande à être inscrit sur la liste des citoyens qui devront recevoir la décoration spéciale réservée à ceux qui se sont distingués dans les journées de Juillet. » Le Nouveau journal de Paris, en date du 21 septembre 1830, relatait à son sujet : « Nous recevons la lettre suivante et nous nous faisons un plaisir de la publier. “A M. le rédacteur du Nouveau journal de Paris. M. Delavier, dépositaire de journaux de la capitale, impasse de la Treille-Saint-Germain-l’Auxerrois, n° 5, a pris, aux événements de juillet dernier, une part qui mérite d’être mentionnée. Pendant que les braves Parisiens se couvraient de gloire, M. Delavier et un de ses porteurs parcouraient le théâtre des scènes sanglantes pour faire connaître le contenu des feuilles les plus importantes et l’ordre du jour des proclamations. Il s’est constamment trouvé au milieu du danger, et n’a pas peu contribué par la lecture et la distribution des journaux dont il était porteur, à entretenir dans l’esprit du peuple l’ardeur guerrière dont il a donné un si noble exemple. On l’a vu tout à tour au Louvre, à l’Hôtel de ville, au Palais-Royal et aux Tuileries, au plus fort du combat, faire la lecture des journaux et braver la fureur meurtrière des balles pour les placarder. Dans les trois journées de juillet, plus de six mille exemplaires ont été distribués par lui ou ses porteurs. J’ai l’honneur, etc. Un de vos abonnés. » Le 10 septembre 1830, Delavier décrivait ainsi au général Fabvier sa participation aux événements de Juillet : « […] Ne trouvant aucune arme pour combattre, j’ai, par la distribution gratuite de mes journaux au nombre de deux mille exemplaires et par la lecture que j’en ai faite ou par les affiches que j’ai placardées dans les divers quartiers où l’on se battait, excité et animé ceux qui se trouvaient armés à faire triompher une si belle cause. » Il sollicitait « une place de messager du gouvernement auprès de la Chambre des pairs ou des députés, leur devoir m’est connu » ou « une place d’huissier à la Chambre des pairs ou des députés. Zèle, intelligence, activité, tout sera mis en œuvre de ma part pour les remplir au gré de ma conscience et du gouvernement ». Devant l’impossibilité d’obtenir ces différentes places, il ne sollicita plus que la décoration, rappelant ainsi sa participation aux événements : « Dépositaire de tous les journaux qui se publient à Paris, je fus, par l’effet des fatales ordonnances de juillet, une des premières victimes qu’elles vinrent frapper. L’anéantissement où leur apparition subite plongea la presse me fit perdre en moins de quatre jours plus de douze cents francs. Si ce malheur, monsieur le ministre, est déjà pour moi un titre à votre attention et à votre bienveillance, il est une circonstance mille fois plus digne de votre sollicitude à mon égard. Pendant les trois journées à jamais mémorables de notre révolution, je fis placarder sur tous les murs de la capitale et répandre dans une infinité de cabinets de lecture les journaux que je recevais à mon dépôt et je fis cela sans rétribution aucune. Moi-même, afin d’exciter le peuple à la défense de ses droits et de ses libertés, je me transportai dans tous les quartiers et sur toutes les places et là devant une foule de peuple assemblé, je faisais la lecture à haute voix des feuilles qui engageaient à la résistance et j’en faisais ensuite la distribution gratis. » Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre connaissance que M. Delavier, seul dépositaire de journaux à Paris, s’est porté, lui et ses agents, dans les divers quartiers de la capitale où le peuple en armes se trouvait assemblé pour la défense de nos libertés attaquées et que là il a distribué gratuitement les feuilles du jour, pour que les nouvelles se propageassent plus promptement, et que pour que l’importance des événements qui se passaient ne pût échapper à personne. M. Delavier faisait publiquement la lecture des principaux journaux et les affichait ensuite afin d’exciter davantage s’il était possible la population parisienne à faire justice des ordonnances coupables qu’on voulait nous imposer. Nous déclarons en outre que pendant toute la durée de ces événements M. Delavier n’a pas cessé d’entretenir sans aucune rétribution et de faire distribuer des journaux dans la plus grande partie des cabinets de lecture, en envoyant des porteurs dans ceux où il ne pouvait se rendre lui-même. » Signé, le 10 septembre 1830 : Blache, Joseph, Virgile (voir ce nom), homme de lettres, demeurant 13, rue Marie-Stuart ; Guillot, épicier, demeurant 37, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, « grenadier du (ancien) IVe arrondissement étant de garde au Louvre » ; Martinon, demeurant 39, rue du Four-Saint-Honoré ; Damonville, tenant un cabinet de lecture 15, bd Montmartre ; Dory, chef de départ de la banlieue, demeurant 24, rue des Ecrivains ; Pistenon, sous-chef de départ de la banlieue, demeurant 24, quai Pelletier ; Sorel, tenant un cabinet de lecture passage du Saumon ; Lhuillier, demeurant 337, rue Saint-Denis ; Gombault, teneur de journaux aux Tuileries ; Hobey, tenant un cabinet littéraire 10, bd Montmartre ; Lara, propriétaire, demeurant 18, Jean-de-Lépine ; Rostay ou Rossay mais plus vraisemblablement Roffay, demeurant 78, rue du Faubourg-Poissonnière ; Bernard, employé aux Finances, demeurant 42, rue de Sèvres ; Hemery ou Emery, demeurant 5, passage Molière ; Soulier, demeurant 25, rue du Grenier-Saint-Lazare ; de Châteauneuf, demeurant 6, place de l’Oratoire ; Guérin, loueur de journaux au Palais-Royal. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 27 juin, et son brevet le 4 avril 1832. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Le 23 février 1833, il sollicita un brevet de librairie, expliquant : « Je n’ai point de droit positif à cette faveur mais je crois avoir des titres à votre bienveillance. J’ai, dans les mémorables journées de Juillet, distribué à mes risques, périls et dépens, une quantité nombreuse de journaux et écrits politiques, tous en faveur de la cause actuelle. La Commission des récompenses nationales m’a décerné la médaille de Juillet. Je me croirais assez payé de cette distinction si les dépenses que j’ai faites alors, dépenses bien au-dessus de mes moyens, ne venaient encore journellement entraver mes opérations commerciales. » Pour appuyer sa demande, le maire du (ancien) IVe arrondissement lui avait délivré un certificat de bonne vie et mœurs, sur les attestations de : Simon, Michel, marchand de vins, demeurant 41, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois ; Poulton, Joseph, André (voir ce nom), libraire, demeurant 4, rue Chilpéric ; Pigoreau, libraire, demeurant 20, rue Saint-Germain-l’Auxerrois ; Wilbert, libraire, demeurant 40 et 41, Palais-Royal ; Delaroque, libraire, demeurant 3, galerie Colbert. Le commissaire de police apostilla sa demande, en précisant que l’officier de paix donnait « sur le pétitionnaire les meilleurs renseignements tant sur sa moralité que sur ses opinions politiques ». Le brevet de libraire lui fut accordé, en date du 17 avril 1833. Il démissionna de son emploi en 1860 et son brevet fut donné au sieur Calvet, Léon. Il demeurait 5, impasse de la Treille (derrière l’église Saint-Germain-l’Auxerrois) en 1830-1833. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/52 ; Archives nationales F/18/1754.