Delemerie ou de Leymerie, Jean

Biographie


Né le 18 mars 1760 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Médecin, auteur de travaux communiqués à l’Académie des sciences sur les épidémies dites pestilentielles, et dont les opinions et les démonstrations contre les systèmes de contagion et d’infection « avaient fini par être quasi généralement admises et adoptées », il récapitulait ainsi les persécutions dont il avait été victime, pour « différence d’opinion médicale » : « Sous Robespierre, j’ai été proscrit et emprisonné, devant être guillotiné le 11 thermidor, comme chef du parti modéré et de la faction d’Orléans ; par le Directoire, sans emprisonnement mais destitué de ma place de médecin en chef de l’hôpital Cochin, à laquelle je me suis fait réintégré malgré Fourcroy principal auteur de mes malheurs, encore pour être de la faction d’Orléans alors chef d’anarchie (18 fructidor) ; par Bonaparte, emprisonné tout de suite comme capable d’empêcher qu’il devînt empereur par mon crédit ; [sa maison, son laboratoire de chimie, sa bibliothèque et son mobilier pillés, N.D.A.] puis enfin déporté à Cayenne sous un faux nom à l’occasion de la machine infernale qui ne pouvait avoir été inventée que par un chimiste comme moi, puis reconnu innocent et néanmoins transporté à Cayenne, après deux ans de prison et sous la prévention de “médecin de réputation, propre à tout mais n’aimant pas Bonaparte”. J’ai vu et lu l’apostille de Fouché, que le gouverneur de Cayenne m’a communiquée ; en surveillance à Clermont-Ferrand à mon retour des Etats-Unis jusqu’en 1814 ; à Barcelone […en 1821, N.D.A.] loin d’avoir obtenu une pension comme MM. Pariset, Balli et Audouart, on a même été (M. de Boisbertrand) jusqu’à me refuser le remboursement de mes frais encore que je fusse envoyé à Barcelone par le plénipotentiaire de France à Madrid, et cela parce que j’ai combattu et renversé le système de contagion. » Le 9 mai 1829, il fit une énième demande de secours auprès du ministre de l’Intérieur. Cette demande récapitulait l’ensemble des malheurs qui l’avaient accablé depuis la Révolution et offre, en tout cas, un tableau trop curieux sur les mœurs et intrigues de l’époque pour ne pas la citer in extenso : « […] J’ai réclamé une indemnité ou des secours pour les persécutions, les injustices et les pertes considérables que j’ai eu à supporter pendant plus de quarante ans, d’abord sous les gouvernement de Robespierre, de Buonaparte puis sous celui de l’auguste famille régnante près de laquelle je n’ai encore pu obtenir la moindre réponse à mes réclamations ; qu’il est résulté de ces injustices, des infirmités et de l’âge qui se sont réunis à leur âpreté que je me trouve réduit au dernier degré d’indigence et, qui plus est, endetté envers des amis que des revers de fortune viennent de plonger à peu près dans la même situation que moi ; en sorte qu’il ne me reste, en ce moment, d’autres ressources que celle du ministre Castelreagh. Avant d’user de ce dernier expédient si Votre Excellence persistait dans les précédents refus, j’aurais pourtant désiré achever mon travail sur la fièvre jaune et la peste ; alors je m’estimerais heureux de terminer une carrière de souffrances et de tribulations en laissant après moi mon pays délivré par les labeurs de ces redoutables fléaux. Voici le tableau au raccourci des souffrances et des pertes qui, je crois, établissent incontestablement mes droits à l’indemnité ou aux secours que je sollicite. La première persécution que j’ai éprouvée et qui s’est prolongée jusqu’à ce jour dans des formes variées, date de 1788 ; Fourcroy (chimiste et futur député de la Convention, N.D.A.) en fut l’auteur. Elle naquit d’une rivalité de professeurs de chimie ; depuis lors, par lui ou par ses partisans, je n’ai cessé d’être médicalement, c’est-à-dire calomnieusement et sourdement, poursuivi. Pendant la révolution, je me suis défendu contre ses intrigues et ça n’a pas été sans peines et sans incarcérations réitérées. Arrivé au pouvoir, Fourcroy put alors se défaire de moi ; c’est ainsi que sous Bonaparte il parvint à m’expatrier, n’ayant pu me faire subir le sort de Lavoisier, de Romme, Soubrany et Goujon (tous, sous la Révolution, tués ou qui se suicidèrent pour n’être pas tués, N.D.A.) dans la conspiration de prairial, qui fut son ouvrage et celui de ceux qui organisèrent sa fameuse école de médecine de si odieuse mémoire. Romme s’opposait à sa composition au Comité d’instruction publique, prévoyant les désastres que ne manquerait pas d’occasionner un pareil monopole d’enseignement médical. Les événements n’ont que trop justifié les prévisions de Romme. Ce fut donc dans l’affaire du 3 nivôse (machine infernale) que Fourcroy me fit colloquer par Dubois, de si sale mémoire. Mis en fuite puis incarcéré, ma maison, mon magnifique laboratoire et ma belle bibliothèque furent soumis à un pillage légalisé, en présence de M. le docteur Breschet (voir Breschet, Gilbert), mon neveu et de l’éducation duquel je m’étais chargé. Celui-ci, par reconnaissance, fit cause commune avec mes ennemis, pour des raisons trop désagréables à rappeler ici. Je dis pillage légalisé parce qu’il fut opéré à force armée par le percepteur des impositions. Ceci paraît trop étrange pour que je ne sois pas tenu d’en donner une explication. Aussitôt l’arrestation des trois à quatre cents personnes accusées du 3 nivôse, solennellement ensuite reconnues innocentes par Buonaparte lui-même et néanmoins déportées, le percepteur, bien certainement par une recommandation toute particulière, forma une demande de mille quatre cents francs d’imposition qu’il prétendait lui être dus de manière ou d’autre. Il apposa un garnisaire et mit un zèle infatigable à poursuivre la vente de toute ma maison per fas et nefas, c’est-à-dire sans respecter les objets que la loi défendait de vendre, et vendant en outre au-delà de due concurrence. Bien entendu qu’on me destitua, quoiqu’innocenté par un décret de Buonaparte, de ma place de médecin en chef de l’hôpital Cochin, et qu’on me priva de la place de professeur d’hygiène, que j’avais obtenue au concours sous le jury de Laplace, Lagrange et Gavat ou Garat illisible. Pour prévenir l’effet de cette vente que je voyais bien être décidée, je fis faire une offre réelle en quittances au centime de la somme réclamée. Ce fut un nommé Viam, huissier, qui en fut chargé et auquel je confiai deux mille quatre cents francs pour tous les besoins imprévus. Mon petit coup d’Etat fut prévenu avec d’autant plus de raison que cet huissier avait précédemment notifié une protestation contre une destitution arbitraire et surtout incompétente de l’administration des hospices civils qu’avait prononcée Thouvet pour Fourcroy, son collègue à l’Ecole de médecine. Viam, fut incarcéré, lui et mes cent louis, comme mes complices de la machine infernale ! Au moyen de cette arrestation, le pillage ainsi légalisé de ma maison put s’effectuer sans opposition. D’ailleurs le fameux Dubois tenait disposés autant de mandats d’arrêt qu’il eût été nécessaire pour tout contrevenant. Après la vente, on s’aperçut que je ne devais pas la somme exigée. Le remède fut facile : on déposa l’argent au Trésor mais on l’entoura d’oppositions imaginaires, dont il fut impossible de trouver les auteurs. A mon retour en France, un petit procès leva les difficultés, toutefois en réduisant la somme à moins de la moitié. Je puis justifier de ces faits par les pièces que je possède. Quant à l’huissier Viam, je le trouvai destitué de sa charge d’huissier par divers abus de confiance et mes cent louis furent absorbés dans la décadence de cet individu. Parvenu de Cayenne à New York, je m’occupai de la fièvre des climats chauds et particulièrement de la fièvre jaune. Je publiai diverses découvertes à cet égard. Il n’en fallut pas davantage pour m’attirer de nouvelles persécutions. Le général Rey, alors consul général aux Etats-Unis, eut l’ordre de me diffamer. Il entreprit de persuader aux Américains que j’étais un aventurier qui usurpait le nom et la réputation du docteur Leymerie pour mieux les duper. Il dit qu’il était faux que j’eusse été déporté à Cayenne par Buonaparte, qui protégeait les talents, assurant que je n’avais jamais quitté la France. Cette intrigue fut bientôt déjouée et le consul général se vit forcer de quitter son poste pour se rendre en France, pour ce fait et pour d’autres non moins détestables. L’envie de revoir ma patrie et d’y faire connaître mes nouvelles idées sur la fièvre jaune décidèrent mon départ des Etats-Unis. Pourvu d’une somme de trente mille francs en lettres de change, je m’acheminais dans la traversée. Je fus fait prisonnier en Angleterre. J’y restais captif environ six semaines. De là, je fus conduit à Morlaix, d’où, par les ordres de Réal, je fus retenu trois mois puis mis en surveillance à Clermont-Ferrand, mon pays natal. Encore sous la surveillance d’un ami de Fourcroy, M. Ramond, membre de l’Institut. A peine fus-je délassé de mes fatigues que, pour me consoler, je reçus de New York des protêts qui m’enlevaient mon avoir. M. Ramond me conseillait sans cesse de m’en retourner aux Etats-Unis, quoiqu’il sût fort bien que je n’en avais plus les moyens. Il m’ôta tout crédit et toute facilité d’exercer ma profession. Enfin la Restauration fut pour moi une nouvelle aurore. J’allais de Clermont à Vichy porter mes plaintes et réciter mes malheurs à Son Altesse Royale madame la dauphine. Cette princesse m’appuya de ses recommandations près de M. l’abbé de Montesquiou. Ce ministre reconnut toute la légitimité de mes plaintes, regrettant de n’avoir pas de fonds pour me donner aussitôt une indemnité. Il écrivit au Conseil général des hospices pour l’inviter à me réintégrer dans ma place de médecin ou de m’en procurer une autre. Je n’obtins rien. Que pouvais-je en effet espérer de la coterie qui m’avait déporté et fait piller, lors surtout que Buonaparte était revenu. Dans cette situation, je me rends en Espagne. Le ministre plénipotentiaire de France, M. le comte de Lagarde, instruit de mes infortunes et de mes découvertes sur la fièvre jaune, m’envoie à Barcelone pour me procurer l’occasion de mettre mes connaissances à profit et pour m’aider à faire parvenir mes plaintes au pied du trône. Arrivé à Barcelone, un autre ami de Fourcroy et son contemporain, Pariset en un mot, de son autorité privée, paralyse ma mission, cherche à me faire fermer la porte de l’auberge où était illisible expirant et, à force de lettre ou d’intrigues près de M. le comte de Lagarde, il parvient à annuler la mission que j’en avais reçue. On fait plus : on me fait assassiner par le nommé Boubert, qui me prosterne sous ses coups, vingt-trois jours au lit, et qui meurt lui-même de la fièvre jaune, en prison, et par suite de ses excès contre ma personne. Les détails de cette affaire, relatifs à la contagion ou à la non-contagion de la fièvre jaune sont trop connus de Votre Excellence pour qu’il soit nécessaire de leur donner plus d’extension. Enfin, après des travaux si périlleux et si pénibles, ma vue s’affaiblit ; je finis par la perdre ; deux cataractes opposent, pendant deux ans, une barrière insurmontable à mon avancement. Pour fruit de mes expériences dans l’investigation des causes de la fièvre jaune et malgré mes succès apparents quelque mauvaise foi qu’on mette à les dissimuler, je n’ai encore recueilli qu’une profonde misère et des vexations ou humiliations sans nombre de l’envie de ceux de mes confrères plus particulièrement attachés à la coterie de Fourcroy, enfin la perte évidente des dépenses occasionnées par mes travaux et par mon séjour à Paris depuis 1825 assure mon droit à une bienveillance du gouvernement. Dirai-je à Votre Excellence un mot sur le prix de Monthyon décerné à Chevein (illisible, pas trouvé dans les prix de Monthyon) Non, monseigneur, l’erreur peut se corriger et c’est dans le cas où elle ne le serait pas que je continuerais mes plaintes près de Votre Excellence, qui, par l’esprit de justice qui l’anime, me manquerait pas d’y faire droit. En attendant, avec le dénuement absolu dans lequel je me trouve, dénuement réellement occasionné par des malheurs, des persécutions, des infirmités et des travaux relatifs aux épidémies dont Votre Excellence ne pourrait que difficilement contester l’utilité, je la prie de vouloir bien m’accorder des secours proportionnés à mes besoins urgents, secours qui ne sauraient être que temporaires quelles que fussent les décisions ultérieures. » Sa lettre fut ainsi apostillée par le ministère : « Recommandé au bureau des secours. M. Leymerie a été envoyé en 1821 à Barcelone par M. le comte de Lagarde, alors ambassadeur de France à Madrid, dont il était le médecin. Il paraît n’avoir reçu qu’une somme assez modique pour ce voyage. Aucune indemnité ne lui a été accordée par le gouvernement du roi et il est malheureux. » Le 28 juillet, il fut blessé par un coup de feu reçu dans la joue droite, qui mit la mâchoire à nu, et eut l’épaule luxée dans les combats de la porte Saint-Denis, (peut-être chez Mme Crétin et dans lexercice de ses fonctions, soit donc sans combattre). Il fut soigné par Mme Crétin, Antoinette, maîtresse sage-femme, et à ses frais, et dut garder le lit pendant neuf mois consécutifs, payant pour mille sept cents francs de garde-malade. Il était porteur du certificat médical suivant : « Je, soussigné, d’après l’invitation qui m’en a été faite par MM. les commissaires des secours aux blessés de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, me suis transporté ce jour d’hui chez Mme Cretin, sage-femme, rue Basse-Saint-Denis n° 2, pour y constater l’état dans lequel se trouve le sieur Lemery. Une balle a emporté une partie de la joue droite et mit à nu la mâchoire. La chute du blessé sur le coup a occasionné une luxation du bras gauche. La plaie est de très mauvaise nature et des douleurs cruelles tourmentent le malade. » Signé, le 6 août 1830 : Léger, Théodore (voir Leger, Théodore), médecin de l’ambulance du Saumon. Il reçut (sous le nom de Leymerie et Leméry) un secours de cinquante francs et un autre de cent francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel, un secours de vingt francs, le 2 août 1830, un secours de cinquante francs, le 6 août 1830, un secours de vingt francs, le 13 août 1830, un secours de trente francs, le 16 août 1830, un secours (sous le nom de Lemery) de trente francs, le 8 septembre 1830, un secours (sous le nom de Lemery) de trente francs, le 25 septembre 1830, un secours de cinquante francs le 3 octobre 1830, un secours de cinquante francs le 15 octobre 1830, un secours de cinquante francs le 1er décembre 1830, un secours de cinquante francs le 15 décembre 1830, un secours de cinquante francs le 3 janvier 1831, un secours de cinquante francs le 15 janvier 1831, un secours de cinquante francs le 1er février, un secours de cinquante francs le 15 février 1831, un secours de cinquante francs le 1er mars 1831, un secours de cinquante francs le 15 mars 1831, un secours de vingt-cinq francs le 1er avril 1831, un secours de vingt-cinq francs le 15 avril, à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le 26 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIIe arrondissement, comparurent : Dechamps, Adrien, Auguste, marchand épicier, demeurant 2, rue Basse-Porte-Saint-Denis ; Lemans, Louis, ancien officier, demeurant 65, rue Basse-Porte-Saint-Denis ; Fricaud-Deligny, Jean-Baptiste, Gabriel, sous-chef à l’administration des postes, demeurant 36, rue Neuve-Saint-Denis. Ils attestèrent que « Deleymerie a été blessé dans le combat de la porte Saint-Denis le 28 juillet dernier ». Admis dans la 4e classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, il fut pensionné de cinq cents francs. Il lui fut accordé (sous le nom de Deleymerie, Jean) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il ne réclama qu’en 1832 « pour ne donner aucune approbation ni prendre part directe ou indirecte aux troubles ou menaces auxquels le gouvernement a été continuellement en butte depuis les glorieuses journées », d’être classé dans une catégorie supérieure, afin d’être plus avantageusement pensionné et protesta que s’il avait reçu sept cent soixante-quinze francs de secours ils lui avaient été retirés de sa pension comme avance ; cette mesure allait, selon lui, contre l’esprit de la loi, arguant que les secours et la pension étaient deux choses tout à fait différentes. Quant à son reclassement par la Commission des récompenses nationales dans une classe supérieure, la mesure tiendrait compte des soins véritables que son état nécessitait. Il expliquait, dans sa lettre que, ayant déjà reçu congé de son domicile 2, rue Basse-Porte-Saint-Denis parce que ne pouvant plus payer son loyer, il l’était de nouveau sur le point de l’être 96, rue de Cléry, ne pouvant plus payer ni ses fournisseurs ni ses gardes-malade, ses meubles devant être saisis. Il rappelait ainsi ses travaux sur les épidémies : « Sans ses protestations contre les mesures sanitaires intervenues, qu’il a publiées, envoyées à Votre Majesté et à la Chambre des députés, les affiches qu’il a multipliées, les cours de physiologie relative au choléra, qu’il a faits à grands frais, sans qu’il en ait retiré le moindre bénéfice, la mortalité ne se fût considérablement accrue par la peur dont on a fait trafic et marchandise. […] La ville de Paris n’a-t-elle pas été empoisonnée, de fait, par les camphres et les chlorures qui ont causé tant d’accidents pris pour le choléra ? L’exposant n’a-t-il pas fait jeter toutes ces drogues par la fenêtre dans plus de vingt maisons où il a été appelé ? La peur et le soi-disant choléra n’ont ils pas aussitôt pris la même route ? puis les affiches et les programmes de son cours n’ont-ils pas calmé les alarmes ? Qu’ont été les séances académiques de la rue de Poitou, n° 8 ? Des charivaris médicaux et rien de plus ! Cette académie cherche le remède le plus efficace ; qu’elle ne s’en donne pas la peine. La reine des Français l’a trouvé dans sa sublime idée d’une institution de gardes-malade. Oui, le choléra et la fièvre jaune, sa sœur, n’ont besoin que de soins domestiques bien entendus et surtout bien persévérants. Les causes de ces fléaux appartiennent pour leur connaissance à la physique exclusivement. C’est ce que l’exposant s’efforce de démontrer à l’Institut, malgré les obstacles de la cupidité, de l’ignorance et de l’envie aux doigts crochus. » Il rappelait aussi dans sa lettre, le préjudice qu’il avait subi pour avoir été destitué sans motif par l’Empire de sa place de médecin chef de l’hôpital Cochin et faisait parvenir au roi « divers exemplaires de ses Conseils aux mères de famille sur les insuccès de la vaccine et sa Réplique à la commission de Tripoli de Syrie ». Le 1er mai 1833, Crétin adressait au ministre de l’Intérieur la lettre suivante pour être indemnisée des pertes résultant des journées de juillet : « Mme Antoinette Crétin, maîtresse sage-femme, a l’honneur de vous exposer que, sur la foi des promesses du gouvernement d’indemniser ou récompenser les personnes qui auraient pris soin des blessés de Juillet, elle a gardé chez elle M. le docteur de Leymerie, blessé il est vrai dans son domicile, rue Basse-Porte-Saint-Denis n° 2, au troisième étage, et dans l’exercice de ses fonctions d’accoucheur, ainsi qu’il résulte des rapports de la commission de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, dont elle justifiera si besoin est l’authenticité du fait. L’exposante a reçu, à cet effet, les secours et même la rente de cinq cents francs qui ont été accordés audit sieur Deleymerie ; mais ces secours ayant été déduits sur sa rente, il en résulte qu’ils ont été insuffisants pour les besoins du blessé, resté au lit plus de neuf mois, dépourvu de tout et sans asile depuis sa proscription sous Bonaparte, depuis, surtout, qu’ayant perdu la vue par deux cataractes par suite de ses travaux pendant l’épidémie de Barcelone 1821 il n’a pu pourvoir à ses moyens d’existence. La dame Crétin a reçu en secours de la mairie la somme de sept cent soixante-quinze francs ; elle n’a reçu la rente qu’à partir de décembre suivant, au lieu du 1er août au désir de la loi. Il en résulte que le blessé, du 1er août en décembre, aurait été sans moyen de subsistance et forcé de se rendre dans un hôpital ou mendier son pain si l’exposante ne l’eût logé et pourvu à ses besoins. L’exposante, encore qu’elle n’ait pu payer ses loyers en raison des dépenses qu’elle avait été forcée de faire et de l’exiguïté des secours accordés, n’en a pas moins pris un logement plus considérable, rue de Cléry n° 96, pour procurer au blessé les moyens d’exercer sa profession. Celui-ci s’est procuré des meubles, des vêtements et du linge pour lesquels il a fallu vendre son contrat de rente de cent francs résultant de la souscription nationale, plus les frais d’impression pour son ouvrage sur le choléra et sur les insuccès de la vaccine, qu’il devait et qui ont été payés sur le capital de sa rente de cent francs. Nonobstant ses ressources offrant une apparence de succès, les nombreux secours de son art, qu’il a distribués gratuitement à beaucoup de cholériques, le blessé n’a pas été plus heureux. Une clientèle de médecin ne s’établit qu’avec un laps de temps assez considérable. L’exposante, pour le soutenir, a été dans la nécessité d’engager le plus grand nombre de ses effets au mont-de-piété, ce dont elle peut justifier par les reconnaissances, la plupart sur le point d’être expirées. Dans cette occurrence, la propriétaire a donné congé et retient ses meubles de la valeur de mille quatre cents francs pour cinq cent cinquante francs de loyer dus et sur le point d’être vendus, l’année expirant au 1er juillet prochain. Le sieur Delyemerie, compte réglé pour sa pension et son entretien depuis sa blessure, reste en débit vis-à-vis de l’exposante d’une somme de neuf cents francs. Comptant sur la justice et sur l’équité du gouvernement, elle ose espérer que sa demande sera accueillie. Elle estime en conséquence que le budget relatif aux dépenses éprouvées de la part des particuliers par l’effet des journées de juillet 1830 lui est applicable et vous ferez justice. » Sous le nom de Leymerie, J., il est l’auteur de Choléra, protestation devant la loi sanitaire intervenue, suivie dune Analyse exacte et critique de tout ce qui a été publié en Russie, etc. sur ce fléau et sur le seul moyen avéré de sen garantir, Paris, 1831, chez David et Rouen. (soit un an avant lépidémie de choléra !!) Deleymerie demeurait 263, rue Saint-Denis, chez M. Deligny, en 1829 ; 2, rue Basse-Porte-Saint-Denis chez Mme Crétin, en 1830-1831 ; 96, rue de Cléry après le 1er octobre 1831 et en 1832 ; 6, cité d’Orléans dans le boulevard Saint-Denis en 1833. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 42 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste des blessés de Juillet envoyés aux eaux de Mont-dOr, p. 65, liste nominative des blessés de la IVe classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIIe arrondissement, p. 96 (sous le nom de Deleymerie, Jean), lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement (par erreur sous les noms de Lemri et de Lemery), idem état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement, idem Etat des paiements faits par M. Ternaux, commissaire délégué des récompenses nationales pour le (ancien) IIIe arrondissement, aux veuves, ascendants et blessés dudit arrondissement, années 1830-1831 (M. Ternaux n’a pris les paiements que le 13 octobre 1830) (par erreur sous le nom de Lemri), son nom est cité deux fois pour deux récapitulatifs de paiements différents ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 (une fois sous le nom de Delemerie, Jean, et une autre fois sous celui de Delemerie, Jean) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F/1dIII/63 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste des blessés de Juillet envoyés aux eaux de Bourbonne, Barèges, Mont-d’Or et Néris et liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIIe arrondissement, blessés de 4e classe (sous le nom de Deleymerie, Jean) ; Archives nationales F 9 1158, dommages de Juillet, Seine (1831-1849).

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