Delerne, Charlemagne, Stanislas d’Aubergicourt

Biographie


Né vers 1775 à Paris. Commis voyageur. Il s’illustra à la porte Saint-Denis, place des Victoires et rue de Richelieu. Ses pièces furent égarées par la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), sise rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix de Juillet et un emploi au ministère de la Guerre. Il adressa la lettre suivante à la Commission : « […] A l’honneur de vous exposer qu’il avait remis à la Commission (à la ville, [lire à l’Hôtel de ville, N.D.A.]) entre les mains de M. Guinard, les pièces constatant ce qu’il a fait dans les mémorables journées de Juillet. Le 28 juillet, il sortait de chez lui, il arrêta à la descente de la porte Saint-Denis, venant de la Madeleine, un artilleur de la garde, allant en ordonnance. L’ayant fait descendre de cheval, il fouilla dans ses fontes pour y chercher des armes, qu’il ne trouva pas. Ayant ensuite visité sa giberne, il n’y trouva qu’une petite lettre contenant à peu près ces mots : “Nous avons reçu les quarante mille francs que vous nous avez expédiés et attendons le reste.” Sans signature ni adresse. Pendant que le sieur Delerne prenait connaissance dudit billet, un individu monta sur le cheval de l’artilleur et gagnait la rue de la Lune ; mais voyant le militaire en pleurs de son cheval, il réatteignit le ravisseur et fit remonter l’artilleur, qui regagna le lieu d’où il venait. Cette scène, qui dura vingt minutes, donna le temps au 13e de la garde et à quelques pièces d’artillerie ainsi qu’aux lanciers d’arriver à la porte Saint-Denis, qui les assiégèrent. Ledit sieur Delerne fut forcé de rentrer chez lui, ayant été cerné par ces corps, jusqu’au soir, qui ne laissaient sortir personne. M. Gillet, conducteur de la voiture publique de Maffliers à Paris, et tout le quartier affirmeraient le fait. Le 29 au matin, on annonça que l’on se rassemblait aux Petits-Pères. Je m’y rendis et fis partie de la masse réunie sur la place des Victoires illisible M. Thouzé (voir peut-être Tourrel ou Touzzel ?), présentement lieutenant au 66e de ligne, où on éprouva une décharge de la garde royale ; c’est à cet endroit qu’arriva des pourparlers avec un officier général que l’on désignait pour le duc de Raguse. Il se trouva aussi dans les groupes de la rue de Richelieu, arriva à la place du Carrousel par la rue de Rohan, où tous les détachements débouchaient sur ladite place. Le 31, il partit pour Saint-Cloud, où on assurait que la garde s’était retirée. Y étant arrivé, le château était déjà occupé et il fut témoin d’une scène affreuse entre deux frères pour un pistolet d’arçon et à double détente. Ils se le disputèrent et le malheur voulut que le coup partît et en tuât un. D’après le dire, il paraît qu’ils ne vivaient pas bien ensemble. Plusieurs de leurs camarades attaquèrent le vivant, en disant qu’il l’avait fait exprès et, sans autre formalité, le fusillèrent. Un jeune homme, dont je ne me rappelle pas le nom mais qui demeurait rue de la Tabletterie, voulut intervenir, mais inutilement ; il fut maltraité. Il donna à ce jeune homme tous ses soins et une heure après il fut capable de continuer sa route et nous étant entretenus ensemble il lui témoigna le désir (manque un mot) jusqu’à Versailles et il proposa en reconnaissance de ne plus se quitter. Nous sortîmes avec beaucoup de peine, tout le monde y étant consigné. Ayant gagné la grille qui conduit de Sèvres à la Ville-d’Avray, un citoyen qui la gardait et qui l’avait attachée avec son mouchoir, nous refusa la sortie. D’autres voulaient entrer. Un de ceux-là, voyant mon colloque avec le factionnaire, apercevant des éperons à mes bottes, comme un garde du corps déguisé, je ne dus mon salut qu’à mon jeune homme (comme dit La Fontaine Un bienfait nest jamais perdu). Enfin, j’obtins de passer, mais seul, attendu que je me trouvais sans arme. Obligé d’abandonner mon compagnon, je fis donc seul et isolément ce voyage. La route n’était pas du plus sûr. Enfin, je gagnais la place d’armes par les boulevards de la Reine. Les grilles étaient gardées par les gardes nationaux et les postes de la garde royale étaient des vedettes de grenadiers à cheval. Arrivé sur la place d’armes, il pouvait y avoir sept à huit mille hommes, la cavalerie pied à terre, l’infanterie faisant par bataillons des marches et contremarches sur les avenues. Enfin, voyant qu’il n’y avait rien à faire, ayant reconnu les forces dont je donnais connaissance aux divers officiers d’ordonnance que je rencontrais en retour, je revins à 7 heures du soir. Il m’en coûta six francs pour ma place. Ayant peu emporté d’argent, n’en n’ayant plus, je donnais en nantissement de ma place ma montre au cocher de cabriolet de Versailles (nommé Lucas frère). Le soussigné, dont les sentiments sont connus pour sa conduite morale et pour l’ordre vous prie, monsieur, de faire faire les recherches nécessaires à ce sujet, ces pièces vous ayant été données dans les temps et il pense que la véracité des faits sont notoires. Ayant aperçu les listes qui ont paru jusqu’à ce jour, il a vu avec surprise qu’il n’était compris pour rien. M. Guinard, à qui il fit ses réclamations, lui répondit que son affaire lui avait fait oublier bien des choses plus essentielles. Il s’en rapporte donc à votre justice, espérant que vous lui accorderez la faculté de se procurer par duplicata les pièces probantes. Il devient urgent de vous donner connaissance du fait ci-joint, n’ayant pas été illisible à sa date. Le 30, étant allé sur la place du Carrousel, il vit des rassemblements au corps de garde de l’ex-garde. Il y entra comme tout le monde. Au premier, se trouvait un tambour des Suisses, blessé, que quelques mal intentionnés, voulaient achever (?? on est le 30...). Il le défendit, réclamant l’humanité ou ne le considérant plus comme un ennemi. On le laissa tranquille. Se trouvant armé, il le pria (concierge) de ne pas laisser entrer tout le monde ; il y réunit le peuple, se porta vers l’arc de triomphe ; il quitta son poste, n’étant plus utile et alla pour voir de loin ce qui s’y passait et de là aux écuries du roi pour y enlever l’inscription. Toujours ami de l’ordre, on le prit pour un factionnaire placé là pour tenir la police des écuries du roi. Sa position était d’autant plus exposée que la masse voulait franchir les portes sous prétexte d’aller chercher des échelles pour enlever l’inscription. Le concierge, dans ces entrefaites, me pria de ne laisser entrer personne, qu’il allait donner tout ce dont on avait besoin, ce qui se fit dans le plus grand ordre et il empêcha qu’on emportât les échelles à l’arc de triomphe. Le peuple voulait aller briser les armes. MM. Vigogne, écuyer commandant, Renard son secrétaire, ainsi que le concierge et divers employés peuvent attester ces faits. Il ne quitta son poste que lorsqu’on envoya une sauvegarde de la Ville et qui avait été demandée par M. Vigogne. Ce fut un jeune homme de l’Ecole polytechnique, à qui il remit le poste et la consigne. Sans son courage et son intervention, tous les chevaux de la maison auraient été enlevés. Il pense donc que vous donnerez droit à sa réclamation et est, en attendant vos ordres, etc. » Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que je me suis trouvé avec M. Delerne, Charlemagne, Stanislas d’Aubergecourt (sic), aux rassemblements des patriotes parisiens qui se sont trouvés réunis tant à Sèvres qu’à Saint-Cloud, où il m’a quitté, m’ayant dit qu’il se rendait à Versailles pour y rencontrer les forces de l’ennemi. » Signé, le 1er septembre 1831 : Dumont, Frédéric (voir ce nom), « ayant commandé un détachement de Parisiens à Sèvres », demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois (le numéro est brûlé). Il était sans emploi en 1831. Il demeurait 6 bis, rue de la Lune en 1831. Archives de la préfecture de police AA 384.

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