Delhomme, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 18 mai 1793 à Saint-Germain-des-Bois (Cher). Ancien militaire sous l’Empire, devenu imprimeur. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa, le 3 juillet 1832, à l’occasion de l’anniversaire des trois jours de Juillet, la pétition présentée au roi par Gibert-Arnaud, qui renouvelait, au nom d’un comité consultatif, sa demande, signée par plus de quarante décorés (auquel Gibert-Arnaud se flattait de pouvoir y ajouter six cent neuf autres noms), qu’on permît à chaque décoré de la médaille de Juillet de remplacer cette dernière par la croix du même ordre. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, par une lettre en date du 3 mai 1848, et dans laquelle il sollicitait une place de gardien ou surveillant d’un château national. Sa lettre était apostillée par Gibert-Arnaud (voir Gibert-Arnaud, Jean, Joseph), homme de lettres, demeurant 180, rue Saint-Honoré, qui, en tant que gérant-secrétaire du Comité des décorés de Juillet, qui certifiait que Delhomme lui était connu depuis longtemps « comme un honnête démocrate, partageant nos sympathies » ; et par Gerdès, son capitaine à la 3e compagnie du 4e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, qui le connaissait « comme honnête homme et brave républicain ». Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, déclare et atteste que le citoyen Jean-Baptiste Delhomme, imprimeur, demeurant rue Cardinale n° 4, a pris part au mouvement qui a opéré la révolution de février 1848 et qu’il s’y est distingué par un grand courage et par une activité digne de tous éloges. Je certifie spécialement que le vendredi 25 février, le citoyen Delhomme m’accompagna pendant sept heures, alors que fus chargé de faire aux citoyens gardiens des barricades et aux différents postes de la garde nationale un arrêté concernant les subsistances et la liberté des arrivages. Entre les citoyens armés qui parcoururent avec moi les principaux quartiers de Paris (la Cité, la rue Saint-Jacques, la rue de la Harpe, la rue Dauphine, les quartiers Saint-Honoré, de la Banque, du Palais-Royal, de la Bourse, Montmartre, Saint-Denis, Saint-Martin, rue Vendôme, rue Saint-Louis, au Marais, la Bastille, le quartier Saint-Antoine et quelques points du (ancien) IXe arrondissement), le citoyen Delhomme se montra l’un des plus zélés à faire maintenir l’ordre et à faire exécuter l’arrêté du gouvernement provisoire (ouvrir les barricades au passage d’une voiture). » Signé, le 10 mars 1848 : Buchet (de Cublire ? illisible) ; Millerand, demeurant 1, passage de la Petite-Boucherie ; Micquetel, marchand de vins, demeurant 6, rue Bourbon-le-Château dans le faubourg Saint-Germain ; Loiseau ; Huard illisible, demeurant 4, rue Cardinale ; Pluchard, demeurant 4, rue Cardinale ; Jacob, demeurant 16, rue de l’Echaudé ? illisible. Et cet autre certificat, le premier ayant été perdu (il est pourtant dans son dossier, N.D.A.) : « Je, soussigné, atteste que le citoyen Jean-Baptiste Delhomme, âgé de cinquante-cinq ans, ancien militaire, actuellement typographe et domicilié rue Cardinale n° 4, à Paris, a pris part aux journées des 23 et 24 février et qu’il est resté sous les armes toute la journée du 25 jusqu’à minuit pour le service de la république. Pendant trois jours et trois nuits, il est resté absent de son domicile, entièrement occupé du succès de l’insurrection et parmi les faits à produire en sa faveur, mon devoir est de citer l’assistance qu’il me prêta avec un zèle digne du plus grand éloge, lorsque, avec d’autres citoyens armés, il m’accompagna pendant huit heures, sans répit, dans les différents quartiers de Paris, pendant la journée du 25 février, l’Hôtel de ville m’avait chargé de lire aux barricades une proclamation concernant les subsistances et les arrivages et de haranguer les citoyens des barricades, quand je le jugeais convenable au maintien de l’ordre et à l’intérêt de la République. Le citoyen Delhomme, quoique harassé de fatigue, puisqu’il ne s’était pas couché les nuits précédentes, parcourut avec moi, de 3 heures du soir à minuit les quartier de la Cité, la rue Saint-Jacques, la rue de la Harpe, la rue Dauphine, de l’Arbre-Sec, Saint-Honoré, Richelieu, la place de la Bourse, la place Notre-Dame-des-Victoires, la rue Neuve-Saint-Eustache, la place du Caire, les boulevards, de poste en poste jusqu’à la Bastille et enfin jusqu’à l’Hôtel de ville, la rue Saint-Antoine, la rue Saint-Paul et les quais. Durant ce trajet, nous avions fait crier à plus de cent mille personnes les cris de Vive la République ! communiqué la proclamation et contribué très efficacement au maintien de l’ordre, tout en conservant l’énergie révolutionnaire. Je dois dire que le citoyen Delhomme a montré en cette circonstance un vrai patriotisme. » Signé, le 19 septembre 1848 : Buchet (de Cublire ?), ex-président du Club de l’Egalité : Millerand, demeurant 20, rue de l’Echaudé ? illisible ; Micquetel, demeurant 6, rue Bourbon-le-Château dans le faubourg Saint-Germain ; Jacob, demeurant 16, rue de l’Echaudé ? illisible. Il fut proposé par cette Commission pour un emploi d’imprimeur en caractères ou de portier consigné dans une caserne. Il reçut un secours de soixante francs en 1849, en 1850 et en 1851, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait 19, rue Guénegaud en 1831 ; 4, rue Cardinale dans le faubourg Saint-Germain en 1848-1851. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement et lettres de Gibert-Arnaud ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199 ; Archives de la préfecture de police AA 384 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.