Delin, Jean-Baptiste
Biographie
Né vers 1800 à Saint-Satur (Cher). Serrurier. Il s’illustra à la Bourse, rue Saint-Honoré, rue Montorgueil, à l’Hôtel de ville et à la prise de la caserne des Suisses, rue de Babylone. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales mais, le 14 novembre 1830, il adressait la lettre suivante au roi, afin d’obtenir une place de garde forestier et dans laquelle il détaillait ainsi sa participation aux combats : « […] Le 26, […] il commença à se réunir, rue Saint-Honoré, et de suite il suivit ses camarades par la preste descente des réverbères, et le 27, avec un fusil près de la halle, de là à la place de la Bourse, et ensuite a été sur le bord de l’eau, vis-à-vis le pont d’Arcole. Ayant très besoin de nourriture, s’est rendu près de son épouse et de son enfant, d’où il fut retenu par les cris de sa femme. Le 28 juillet, l’esprit national le poussa à sortir à 8 heures du matin et se dirigea sur la place des Victoires, d’où il se rendit place du Châtelet, où il tira onze coups de fusil sur les ennemis de notre liberté et de là à la caserne de Babylone, pour y remplir le même devoir, y resta jusqu’à la fin et fut à la Bourse le même jour, où il monta la garde la nuit jusqu’à 8 heures du matin du matin, 29 [sans doute le 30, l’attaque de la caserne de Babylone s’étant passée le 29, N.D.A.], d’où il fit un tour du palais de Votre Majesté [Palais-Royal, N.D.A.]. L’exposant fut ensuite à la Ville (lire Hôtel de Ville, N.D.A.] le 30 au matin et tous armés se mirent à mettre l’ordre et de là aux Invalides, où, une demi-heure après, il se présenta, le premier des huit qui furent demandés, par un élève de l’Ecole polytechnique, qui lui dit : “Avez-vous des cartouches ?” Il délia son mouchoir en ceinture et lui en montra un paquet tout entier de quinze et deux de plus qu’il avait eues d’un gendarme qu’il endormit pour ne pas l’être lui-même, et se dirigèrent par Javel au bois de Boulogne et le même élève (dont son camarade élève de la même école fut de l’autre côté de l’eau) demanda trois éclaireurs. Delin se présenta le premier et tous furent à la verrerie de Sèvres. Mais il y avait trop de dangers, alors ils rétrogradèrent au camp formé à l’entrée dudit bois, près le pont, où ils passèrent la nuit (hors l’élève, qui coucha à la ferme). Mettant partout l’ordre, pour éviter le pillage et l’incendie au château de Saint-Cloud, où ils reçurent, au retour de l’élève et par lui-même, le dimanche matin, les félicitations les plus flatteuses. De là, tout paraissant dans l’ordre, il revint, le 31, dans ses foyers, où […] il trouva sa chère épouse atteinte d’une épilepsie depuis trois jours et est encore entre les mains d’un docteur en médecine, qui a jugé qu’elle prît l’air pur de Saint-Germain-en-Laye, où elle est chez ses pauvres parents depuis deux mois, sans être sûre d’obtenir guérison ! […]. » Sa lettre était appuyée des apostille de : Carbon (voir Carbon, Louis), garde à cheval, demeurant 46, rue de Grenelle-Saint-Germain ; Chaudière, Pierre ( voir ce nom), blessé à Saint-Cloud ; Charton, Jules (voir ce nom) ; Moreau, blessé, sans doute depuis la maison de convalescence de Saint-Cloud (c’est lequel ?) ; Trouvé (voir sans doute Trouvé, Charles, Antoine, Théodore), demeurant 16, rue des Arcis ; Schoen (voir Schoen, Frédéric, Guillaume), demeurant 27, rue de la Coutellerie ; Mayer, père de cinq enfants, demeurant 9, rue de la Haumerie, qui attestait l’absence de Delin durant trois jours ; Viard, perruquier-coiffeur, demeurant 9, rue de la Haumerie, qui attestait l’absence de Delin durant trois jours « son épouse le croyant mort ». Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie avoir donné mes soins depuis environ le 3 août dernier jusqu’à ce jour, à la nommée Habrokorne, Rosalie, Célestine, femme Delin, âgée de vingt-quatre ans, demeurant rue de la Haumerie n° 9, pour une épilepsie, accompagnée de convulsions violentes, de spasmes et dont les accès souvent irréguliers surviennent plusieurs fois dans le cours d’une huitaine et représentent le tableau le plus hideux de cette horrible maladie. Comme cette affection fâcheuse a été développée chez cette malheureuse mère de famille par des circonstances indépendantes de sa volonté ; qu’on ne peut l’attribuer qu’aux derniers événements, qui ont vivement ému sa sensibilité, en l’absence de son mari dans les journées mémorables de Juillet et que d’ailleurs la dame Delin est incapable de remplir aucun emploi, par suite des accidents qu’elle éprouve fréquemment, j’estime qu’en conséquence la nommée Delin a droit à la bienveillance du gouvernement. » Signé, le 16 novembre 1830 : Lange, docteur en médecine, demeurant 8, rue de Grenier-Saint-Lazare. Sa demande d’obtenir une place de garde forestier, fut transmise par le ministère des Finances à la direction générale des Forêts, comme entrant dans ses attributions. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIe arrondissement), sise rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix de Juillet et une place de garde forestier. Il était alors sans travail depuis plusieurs mois et dans la misère la plus affreuse. Au dos d’une feuille, cette note, qui exprime sans doute le ressentiment de Delin : « Monnaie de Philippe 1er. » Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Il demeurait à Paris depuis 1820 ; 9, rue de la Haumerie, près la place du Châtelet, en 1830-1831 Archives de la préfecture de police AA 384.