Demay, François, Désiré

Biographie


Né le 12 septembre 1805 (mais le 12 octobre 1805 in Archives de la préfecture de police AA 384) à Méru (Oise), de Demay-Hadancourt, laboureur et conseiller municipal à Méru. En 1824, second clerc chez M. Millière, notaire à Beauvais, renvoyé pour avoir brisé un buste royal ; puis maître clerc, chez l’avoué Canard ; de 1826 à 1829, à Méréville et à Sèvres. En 1830, il est étudiant en droit à Paris. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut nommé, par ordonnance en date du 21 février 1831, sur proposition de la Commission des récompenses nationales, sous-lieutenant au 30e de ligne à Alger puis dans la cavalerie à Saumur ; il permuta finalement avec un officier d’infanterie. Il reçut cent francs (mais quatre cents francs selon Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement) auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il avait signé, le 29 novembre 1830, un certificat en faveur de Pasquet, Jean-Baptiste et que ce dernier présenta au moment de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, et dans lequel il attestait avoir vu ce dernier à la prise de la caserne des Suisses de la rue de Babylone, le 29 juillet. Il reçut, comme décoré de la croix de Juillet, non blessé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Il est compris dans la liste, arrêtée par le maire au 23 juin 1831, des refus provisoires de prêter le serment nécessaire aux décorés de la croix pour pouvoir retirer celle-ci ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il fut suspendu de ses fonctions, en 1834, à cause de ses idées républicaines. En 1848, attaché au ministère de la Guerre depuis cinq ans, il sollicitait « à titre de récompense nationale à être considéré comme n’ayant pas cessé de servir l’Etat depuis le 21 février 1831, date de ma nomination au grade de sous-lieutenant dans l’armée ». Le 9 août 1848, disgracié dans le bureau dans lequel il travaillait, à la veille d’être renvoyé, mais ne voulant rien demander sous ce gouvernement, à cause du dégoût qu’il lui inspirait, il sollicitait l’intervention de la Commission pour que ces années lui soient comptées et qu’il pût jouir d’une pension de retraite. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il fut candidat aux élections à Méru et fit imprimer, en date du 25 mars 1848, la déclaration aux électeurs suivante : « Comme Raspail, je fais profession de mépriser les coteries. C’est seul, sans intermédiaire aucun, avec mon passé pour tout patron, pour tout parrain, que je m’adresse aux électeurs démocrates du département de l’Oise. Mon nom, qui est dans nos fastes révolutionnaires, notamment dans l’Histoire de dix ans, de Louis blanc, mon nom pourra bien n’être pas sur les listes des comités d’élections, mais il est impossible qu’il ne soit pas au fond du cœur de tous ceux qui ne sont ni nobles ni bourgeois, de tous les hommes du peuple, de tous les travailleurs. Qu’il soit au bout de leurs plumes au jour de l’élection ! Jusqu’au dernier moment, je persisterai dans ma candidature. C’est que personne, à l’Assemblée, ne sera plus dévoué, plus actif, plus résolu, plus à la hauteur des circonstances. On parle de votes qui seraient à acheter ! Calomnie sans doute. Des laquais, seuls, aujourd’hui se vendraient. Peuple de département de l’Oise, les riches ne représenteront jamais les pauvres : l’aristocratie n’est pas la démocratie ! Nomme des pauvres comme toi ; nomme de vrais démocrates ! Ceux-là seuls seront à ta sainte cause ; seuls, encore, ils te donneront la paix, la donneront à la France, à l’Europe, au monde ! Les représentants pauvres chercheront à devenir riches... On n’oublie qu’une seule chose, disant cela, c’est que cela ne peut être : la république ne paiera à ses serviteurs que le strict nécessaire ! Pour moi, je mourrai pauvre comme j’aurai vécu, comme sont morts tous nos Conventionnels. J’en prends, à ta face, peuple, l’engagement solennel. J’en prends encore un autre : c’est, gardant ma simplicité d’existence, de consacrer la moitié de mon traitement de représentant à des impressions républicaines, que j’adresserai à tous les clubs démocratiques du département. C’est aux enfants surtout, à leurs mères, leurs premiers, leurs meilleurs instituteurs, que je recommanderai la lecture de ces publications, les plus élémentaires comme les plus populaires qui paraîtront à Paris ; Nous, hommes, nous sommes bien corrompus, grâce à la monarchie ; ou trop vieux, pour apprendre. A la vraie république, à la république pour tous, jusqu’à mon dernier soupir. F. D. Demay. P.S. Je suis à la disposition de toute assemblée du peuple qui m’appellera. Chez mon père, le citoyen Demay-Hadancourt, à Méru. » Et cette autre profession de foi : « Aux ouvriers et laboureurs, aux travailleurs, au peuple du département de l’Oise. Citoyens ! Je suis des vôtres, et d’abord, un enfant du pays. Mon père était laboureur. Il est resté ouvrier. C’est à sa parfaite honnêteté seule qu’il doit d’être, depuis plus de vingt ans, conseiller municipal ou adjoint au maire de Méru. Vieux déjà de soixante-cinq ans, il m’a toujours dit que notre nom, à Méru, devait avoir l’âge même de la ville. Je viens vous demander vos suffrages pour la représentation nationale. Dans ce but, je vous raconte ma vie. Le temps presse, et je livre mes feuillets à l’impression, à mesure que je les écris. Je pourrai, presque, remonter au temps de ma toute enfance, au temps où mon digne grand-père m’entretenait des infamies de l’Ancien Régime. Je commence à 1824. A cette époque, j’étais second clerc chez M. Millière, notaire à Beauvais. Un jour, un ancien émigré vient à l’étude. Il s’agit de rechercher des titres relatifs à des propriétés qui avaient été vendues comme biens nationaux. “Oui, nous dit M. Millière, retrouvez les titres des biens qui ont été volés à monsieur.” A ce mot du patron, une discussion s’engage entre nous clercs. J’étais peut-être seul contre tous. Indigné des outrages qui s’adressaient à notre première Révolution, je saisis un buste de Bourbon, celui je crois de Charles X, et, devant tous, camarades, patron, client, je le brise en mille éclats. Je n’avais pas dix-sept ans. Mais je savais par cœur l’histoire de nos quatorze cents ans de monarchie ; je savais que la royale famille nous était revenue, à califourchon, sur des chevaux de Cosaques, de Prussiens et d’Anglais. Le même jour j’entrais, comme maître clerc, chez l’avoué Canard. De 1826 à 1829, je suis à Méréville, petite ville de l’arrondissement d’Etampes, ou à Sèvres, près Paris. MM. Corpechot et Demontmort, notaires, et les personnes qui faisaient leur société habituelle, diraient, au besoin, comme je répondais aux attaques à l’adresse de mes convictions politiques. Au commencement de 1830, j’habite Paris, où je fais mon droit. La révolution éclate. C’est corps perdu que je me jette dans le mouvement. Je croyais à la guerre : avec la décoration de Juillet, j’acceptai une sous-lieutenance dans l’armée. Trois mois ne s’étaient pas écoulés, et déjà, dans une brochure ayant pour titre Un mot sur la crise actuelle (Palais-Royal, cercle Valois), je criais à la désertion des principes qui nous avaient mis les armes à la main, à l’indignité de Louis-Philippe, à sa trahison ; je le dénonçais au pays ! La brochure finit par ces mots (Je cite, je citerai, beaucoup peut-être ; mais pour beaucoup aussi, ce sera du nouveau, de l’histoire ignorée ou oubliée ; ce sera un enseignement. Ces citations, d’ailleurs, ne sortent pas de mon cadre : elles appartiennent à mon passé. Mes écrits me révèlent) : “Le peuple dort. Mais c’est le sommeil du lion. Gare le réveil ! Au peuple, au peuple, qu’il parle, il n’y a de maître que lui.” Je demandais alors ce que nous allons avoir : une assemblée constituante ! Je ne vous dirai pas toutes les persécutions dont j’ai été l’objet au 52e de ligne, mon régiment, MM. Trappier et Carel en étant les colonels ; ce serait trop long : ces messieurs connaissaient une certaine note sur moi, émanée du Palais-Royal. Cette note, que voici : “Homme énergique, dangereux, à ne pas nommer ou à jeter sur les côtes de l’Afrique”. Cette note, dis-je, MM. Trappier et Carel ne l’ont jamais perdue de vue. M. le duc d’Orléans, d’ailleurs, ne manquait pas de la leur rappeler, quand il les voyait : “Je vous le recommande” leur disait-il. Parqué au fond du département de la Meuse, je n’étais point aux affaires des 5 et 6 juin, à Paris. Mais le 7, au soir, je me trouvais sur la route, m’y rendant... Est-il besoin de dire que je repoussai avec dégoût la fameuse adresse de dévouement au roi, qui fut, à la suite de ces journées, proposée à toute la signature de l’armée ? Que d’écrits, étant au régiment, et bien qu’à mes devoirs d’officier, écrits qui, alors, me venaient de Paris, j’ai répandu dans nos garnisons et autour ! On appelait ma chambre un atelier de propagandiste, et on avait raison. Je ne pouvais être là où étaient les princes, et, à chaque instant, j’étais rejeté d’un bataillon dans l’autre : “jétais, c’est ici le lieutenant-général Jamin qui parle, un homme quon ne pouvait tenir assez éloigné.” Guerre acharnée, de tous les instants, sans repos ni trêve, par les pamphlets, par la parole, par les affiliations, c’est celle que j’ai faite au pouvoir, de 1830 à 1834, mes épaulettes sur le dos. Mais, patience, le 10 mars de cette même année 1834, convocation, à Dijon, d’un conseil d’enquête ! Ma défense devant ce conseil, composé d’un général, de deux colonels, de deux chefs de bataillon et de deux capitaines, a été imprimée. C’est l’histoire du règne des quatre premières années de Louis-Philippe, c’est-à-dire un véritable acte d’accusation. Je nomme l’ex-roi par son nom. Je l’appelle le préfet de police de la Sainte-Alliance, au-dedans, au-dehors. C’est surtout son infâme conduite à l’extérieur que j’incrimine, en raison de la honte qui en rejaillissait sur la France. Je terminais ainsi : “Louis-Philippe est bien coupable, Messieurs. Mais il était Bourbon, il était roi, et, il faut le reconnaître, ce qu’il a fait, il a dû le faire. Il a obéi à son institution. Voyez, Messieurs, si en France on réclame des têtes, si on déporte, si on ensevelit les hommes tout vivant, comme au fort Saint-Michel, si on embrigade des assommeurs, si on fait massacrer, assassiner les citoyens au milieu des rues, si on fait égorger sur le pont d’Arcole et jeter à la Seine des républicains chantant La Marseillaise au deuxième anniversaire de Juillet ; si on dit ensuite la République a pâli, pendant que le Figaro dit la République a fait le plongeon, voyez. Nicolas, en Pologne, torture, immole tout un peuple. Charles-Albert, à Turin, à Gênes, à Chambéry, préside aux fusillades de ses sujets. Ferdinand en Espagne, peu d’heures avant de mourir, répond à la femme qui vient lui demander la grâce de son mari : Oui, je lui fais grâce... dêtre écartelé après quon laura étranglé. Miguel, le roi modèle, dresse des listes de proscription au milieu d’orgies. Le pape ordonne les massacres de Césênes et de Forli. L’empereur d’Autriche et le roi de Prusse font la police en Allemagne à coups de baïonnettes et de canons. Un roi ne peut être bon, a dit Caton, il y a deux mille ans.” Une suspension de trois ans fut prononcée contre moi, à la majorité de cinq voix sur sept. Voici en quels termes le Patriote de la Côte-dOr, du 11 mars 1834, journal d’une modération infinie a rendu compte de ma condamnation : “L’armée passe à l’opposition. Aussi chaque jour, la crainte et la fureur du pouvoir se traduisent-elles par l’excès de sévérité des subordonnés du maréchal Soult. Ici, M. le lieutenant Demay vient d’être suspendu de ses fonctions pendant trois ans, par un conseil d’enquête. Quel est le crime de cet officier ? C’est de professer les opinions pures et élevées qui, en juillet, mirent les armes aux mains du peuple. Décoré de Juillet, M. Demay a pris part aux sublimes combats des grands jours, et M. Demay, plein des nobles souvenirs de cette époque, trouve que le peuple a été indignement trompé et que l’on a escamoté les conséquences de la révolution. Les injustices, les cruautés qui souillent et ensanglantent le pouvoir ont ému son âme ardente et généreuse, et il n’a point caché son indignation. M. Demay a été frappé dans une position acquise au prix de son dévouement à la partie. Nous aimons à croire que le cœur de quelques-uns de ses juges saignait à cette condamnation. Quand on connaît M. Demay, il est impossible de ne pas ressentir pour lui l’estime la plus vive et la plus profonde. La condamnation de M. Demay a été ici l’occasion d’une manifestation républicaine vraiment imposante. Plus de mille citoyens l’ont reconduit chez lui, après lui avoir exprimé leur sympathie. Pas un cri n’a été proféré. Le calme et le recueillement seuls protestaient contre l’incroyable rigueur du conseil d’enquête. C’est ainsi qu’un parti se montre fort et puissant etc.” J’oublie le conseil de guerre, – subi trois semaines avant le conseil d’enquête. Qu’avais-je fait ? J’avais souffleté le rédacteur en chef du journal ministériel de Dijon, qui avait refusé de me rendre raison d’une offense à propos de l’expression de citoyen, employée par moi au théâtre de la ville, théâtre où j’étais de garde. Il est vrai que ma condamnation par le conseil de guerre a été vingt sous damende. Je ne me bornais pas à endoctriner, à républicaniser. L’action surtout était mon élément. C’est ainsi que j’avais enrôlé dans la Société des Droits de l’Homme, mon bataillon tout entier, et des soldats, des sous-officiers d’autres régiments, de passage où j’étais, ou pris dans leurs propres garnisons, et cela, presque toujours en plein air, à la face du soleil, sur nos poignards ou nos sabres, et sous le serment de haine à la royauté, de fidélité à la république. C’est tout un peloton de mon bataillon qui, à mon commandement et à ma dernière garde d’officier, à Dijon, présenta les armes, et mit le genou en terre devant l’arbre de la liberté. Pour empêcher cette démonstration, on n’avait voulu qu’une chose toute simple... me tuer. Dix minutes avant, en effet, j’avais reçu deux coups de feu en pleine poitrine. Mais c’était du journaliste ministériel, et, comme il l’a dit lui-même, il ne savait manier que sa plume. Je n’ai pas été atteint. Ne m’est-il pas permis de croire que c’est un peu à moi que Paris doit la noble conduite du 52e de ligne dans notre évolution de 1848 ? A moi qu’il doit, lui, le 52e, d’avoir été proclamé le premier régiment de la république française ? Sous le poids de deux mandats d’amener, lancés l’un par le préfet de la Côte-d’Or, l’autre par le lieutenant-général Rottembourg, commandant la division, le 20 mars, je donne ma démission, et, pendant deux mois, j’erre de France en Suisse, de Suisse en France. Voici la lettre que m’écrivait, après ma démission, le lieutenant-général Préval, alors directeur-général, au ministère de la Guerre, du personnel et des opérations militaires : “Vous voilà libre, mon cher Demay, et j’en suis au regret, car vous pouviez, avec vos talents, vous faire une carrière dans les armes. Votre républicanisme vous en prive, et je tremble qu’il ne vous cause de plus grands malheurs. Adieu, vous connaissez le cœur et la main. 25 avril 1834. P.” Rendu à la liberté par la notification de l’acceptation de ma démission je m’étais fixé à Dijon. Fin de 1834 à 1839. Je suis entré dans les affaires ; mais j’y étais peu propre, et surtout je continuais, au milieu des populations de la Côte-d’Or et des départements voisins, le métier que je faisais dans l’armée ; je les ai quittées, y laissant tout mon patrimoine. Je n’exagère pas, disant que des centaines de mille exemplaires ont été imprimés et répandus par mes soins, écrits des uns, des autres ; quelques-uns de moi. Je cite, je cite, ce qui est de moi. Lettre à la Tribune, à Paris ; à la Glaneuse, à Lyon, 27 février 1834 : “Voyez l’armée, républicains, ne dédaignez pas le troupier. Eclairez-le ; il est bon. Ah ! Si vous saviez quels nobles cœurs battent sous nos vilaines capotes ! Eclairez je le répète, éclairez le soldat. Dites-lui bien : La république, ce n’est pas l’échafaud. Ce n’est pas non plus la liberté, l’honneur, la vie des citoyens livrés à la valetaille d’un Vidocq. Ce n’est pas un régime de bagne. Ce n’est pas une Saint-Barthélemy de la nation entière en perspective. Ce n’est pas le gouvernement de Constantinople à Paris. Ce n’est pas cinquante millions annuels pour une famille, sans compter l’exploitation d’un budget de mille cinq cents millions. Ce n’est d’être devant l’étranger à genoux ou à plat-ventre dans la boue. Ce n’est l’hypocrisie, la corruption, la scélératesse attelées au timon de l’Etat. Dites-lui ce que c’est que la république. Dites-lui, démontrez-lui, et ce ne vous sera pas difficile, que tout ce qui n’est pas républicain est crassement imbécile ou fripon. Dites-lui que la république, à qui lhumanité devra labolition de la peine de mort (c’est fait), est la seule forme de gouvernement en harmonie avec la dignité de l’homme. Dites-lui, avec Thiers le renégat, que cest la passion de toutes les âmes généreuses. Dites-lui, avec Louis-Philippe, le..., que c’est la forme la plus vraie, la plus pure et la plus belle. Dites-lui tout cela, citoyens. La garnison à Dijon vous dit par ma voix : L’armée est là, si la république proclamée, les vils soldats des rois envahissent la France ; l’armée est là ! la patrie peut compter sur elle. La république, et, s’il le faut, la guerre. Tout au peuple, rien qu’au peuple.” C’est dans cette lettre que je nomme Louis-Philippe un effronté coquin pour avoir appelé notre révolution de Juillet une catastrophe. Notes, réimpression d’un discours du colonel et député Briqueville sur lorganisation de larmée, discours où le maréchal Soult, duc de Dalmatie, major-général à Waterloo, ce soldat vingt fois millionnaire, est accusé d’être la cause principale, volontaire, de la perte de la bataille : “Les rois sont les mêmes partout. Qu’ils règnent à Petersbourg, à Lisbonne ou à Paris ; qu’ils s’appellent absolus ou constitutionnels, au fond, c’est tout un. Ce sont des monstres dont la fonction est de réabrutir le genre humain, afin de le mieux asservir et d’en tirer le plus d’argent possible. La monarchie représentative est une invention de fripon ; il n’y a plus qu’un abonné du Constitutionnel, je veux dire un niais, qui puisse y avoir foi. Il y a incompatibilité, guerre à mort entre la monarchie, de quelque nom qu’elle se décore, et la liberté. La royauté a fait son temps. Place, place nette à la souveraineté démocratique, au gouvernement du peuple par le peuple, place à la république. Avec elle, avec elle seule les grandes choses, etc.” La Monarchie selon la Charte : “D’ignobles fripons, de lâches scélérats, à la suite desquels se traîne toujours le peuple des gobe-mouches, ont seuls présenté la république comme un gouvernement violateur de la propriété, anarchique et sanguinaire. Des excès, il est vrai, ont souillé 93 ; mais ces excès, en grande partie, je le prouverai, sont le fait de l’infernale royauté, de ce gouvernement des temps d’ignorance crasse et de vasselage. Ils sont le fait de l’ancien Régime, dont l’intérêt antihumain était de dégoûter du régime nouveau. Hommes qui ne demandez qu’à vous éclairer, entendez-le bien. La république n’est autre chose que l’application de la souveraineté nationale. C’est la mise en action, comme pouvoir, de la volonté du peuple. C’est le gouvernement de tous par tous, c’est-à-dire le gouvernement de tous par des fonctionnaires élus, révocables et responsables. C’est le seul gouvernement à bon marché. C’est l’impôt progressif à la place de l’impôt proportionnel, et non la loi agraire (La loi agraire ! eh, le partage des terres donnerait à peine à chacun de nous un revenu de soixante francs). C’est la destruction des privilèges, des monopoles. C’est la représentation de tous les intérêts, sans exclusion d’aucun. C’est l’égalité politique entre tous ; l’instruction de tous. C’est l’abolition de la peine de mort. C’est le gouvernement des vertus, du mérite, des talents. C’est le gouvernement des Tacite, des Montesquieu, des J.-J. Rousseau, des Mably, des Destutt de Tracy le père, des Carnot, des Lafayette. C’est le gouvernement de tous les hommes pour qui la dignité humaine n’est pas un vain mot. C’est le gouvernement prédit par l’Anglais Canning, par Béranger, par Chateaubriand, par le premier capitaine du monde, Napoléon, et par tant d’autres. C’est le gouvernement que nous aurons.” Une partie de mes publications se trouvent chez mon père, ou chez moi. Chacun peut les consulter. Je compte plus de vingt procès politiques. Comme j’avais subi les juridictions militaires : conseil de guerre et conseil d’enquête, j’ai subi les juridictions civiles : cour d’assises et police correctionnelle. Je connaissais la prison militaire, sans parler de cent cinquante jours d’arrêts en trois ans de service ; j’ai connu la prison civile, et de prévention et de correction. J’étais à la Cour des pairs, en 1835, comme l’un des 112 conseils des prévenus d’Avril. J’y ai été prévenu moi-même. Je suis des 16 défenseurs que la Cour avait retenus. Mais il est des limites aux forces humaines. Las, ou plutôt épuisé, j’ai quitté l’arène, en même temps que les affaires. C’était à la fin de 1839. Ce que j’ai fait,, depuis ce temps ? J’ai souffert. J’ai été officier d’administration en Afrique ; et je suis attaché au ministère de la Guerre, voilà cinq ans. Qui, devant le passé que je viens de reproduire, me soupçonnera d’avoir faibli, d’avoir fait amende honorable, pour réobtenir une position ? Personne. C’est par le général Préval que j’ai été placé dans l’administration militaire. C’est par M. de Laferronays, homme excellent, que je continue d’aimer, bien qu’il ne soit pas des miens, c’est par lui que j’ai été nommé au ministère. Tous deux vivent : ils peuvent parler. Sans crainte d’être démenti, c’est ma déclaration de principes républicains, à la main, que je suis rentré à la Guerre. Seulement, et encore une fois, en quittant Dijon, j’avais renoncé à la vie politique. Ma place ! Je n’ai point de place. Je n’en ai jamais eu. Je ne dépends, ne relève que de ma conscience. Tous ceux qui me connaissent le savent. Le 22 février, j’étais au milieu des rues. Je ne les ai quittées que le 25 à 3 heures du matin, pour courir à Neuilly, arrêter l’incendie du château, vengeance que je comprenais d’ailleurs dans un tel moment. Je crois avoir, dans cette seconde révolution, comme dans celle de Juillet, fait tout mon devoir de républicain et d’homme d’action. Le combat terminé, je veux dire la victoire remportée, les Bourbons cadets, tombés comme les aînés, vingt rois écrasé à coups de pavés, la monarchie à tout jamais anéantie en France, j’étais rentré dans mon obscurité. Je pensais, je voulais y rester. Mais bientôt, à la vue de certains actes du gouvernement provisoire, à la vue de ce fait capital, que tous les fonctionnaires du pouvoir déchu gardaient leurs postes ; devant cette pensée que les élections de la représentation nationale pouvaient se faire sous la présidence, avec le concours des serviteurs de la monarchie ; à la vue des hommages officiels rendus à Armand Carrel, et comme refusés à Godefroy Cavaignac ; à la vue du décret sur les élections ; à la vue de Raspail, de Lamennais, de Béranger, de Trélat, restés loin des affaires, je me suis défié ; j’ai compris que mon rôle n’était pas fini ; qu’il y avait autre chose à faire qu’à prier Dieu, au fond de ma retraite, de protéger la république ! Je suis rentré dans l’arène, rentré pour y rester. Venu à Méru, dans les premiers jours de ce mois, j’y ai reçu d’un homme honoré, jouissant de toute l’influence que lui donnent son caractère et sa position, l’offre de la députation républicaine. J’ai accepté. C’est ainsi, travailleurs du département de l’Oise, que j’ai été amené à faire ce que je fais aujourd’hui, à m’annoncer à vous comme candidat à la représentation nationale, à solliciter vos votes. Me demanderez-vous mon programme. Mon programme, à moi, c’est mon passé ; c’est ce que vous venez de lire. C’est un républicanisme, en quelque sorte aussi vieux que moi ; c’est toute ma vie. Ce sont mes quarante ans. C’est mon nom. Quelques mots, toutefois, de mes idées de constituant. La république est simple ; elle ne comporte ni faste, ni prodigalité. Un budget de 600 millions au plus (il est aujourd’hui de 1.700 millions). Aux ministres et aux consuls à l’étranger, quinze mille francs. Aux représentants du peuple, dix à quinze francs par jour, vingt-cinq francs c’est trop, beaucoup trop. Au chef du pouvoir exécutif, cent mille francs. En dehors point de traitements au-delà de six mille francs. A ces conditions seules, la corruption cessera d’être possible. C’est surtout à la réalisation de ce plan de réformes dans les dépenses que je travaillerai. C’est qu’aussi, pour moi, tout est là. Sous la monarchie, on recherchait les fonctions pour l’argent qu’elles donnaient. Sous la république, on les recherchera pour l’honneur d’être utile à son pays. A bientôt, d’ailleurs, toutes les fonctions à l’élection. Une seule chambre. Une seconde chambre ne pourrait être que la représentation de l’aristocratie, et l’aristocratie, comme la royauté, est morte à toujours. Avant tout, que la France soit et reste organisée, avec toute l’économie possible du reste, de manière à repousser, en tout temps, l’invasion des rois ! Quand l’armée ne se battra pas, elle travaillera. Amitié et protection aux peuples nos voisins. A eux, nos bataillons s’ils ne sont pas assez forts contre leurs tyrans. Ce n’est pas seulement notre devoir ; c’est aussi notre intérêt. La république française ne peut périr ; mais son immortalité sera bien plus assurée, quand, au lieu d’une ceinture de monarchies autour d’elle, elle aurait une ceinture de républiques ! Point de guerres pour des conquêtes de territoires. Mais acceptons, dans la limite de nos frontières naturelles, les nations ou les portions de nations qui voudront faire partie du grand peuple de France. Liberté illimitée, sans entrave aucune, d’écrire, de parler, de s’assembler. La république n’a qu’à gagner à la discussion. Elle n’a rien à en craindre. Le bon sens public est là pour faire justice des aberrations. Il doit suffire. Education gratuite et égale pour tous. Arrière des utopies impraticables ! Mais faisons une révolution complète dans la répartition de l’impôt. Déchargeons entièrement le pauvre et décrétons l’impôt progressif. Que le riche paye ! Ainsi respect aux propriétés, respect à la famille. Enfin, je serai de ceux qui demanderont le maintien de l’abolition absolue de la peine de mort. La guillotine n’est plus. Elle a servi de barricade ! Et si nous confisquons au profit de l’Etat les biens des fauteurs d’anarchie, de quelques monarchiens en révolte, des contre-révolutionnaires pris sur le fait, c’est que le salut public l’aura voulu. Quant aux assassins et aux voleurs, de même qu’il y a des médecins pour le corps, il y en aura pour l’âme. Des scélérats, nous ferons des honnêtes gens. Rien n’est impossible avec ce mot : Fraternité ! Fraternité. Après les grand intérêts généraux, les intérêts partiels, comme la question d’organisation du travail. Citoyens, la république est la seule forme de gouvernement désormais possible en France ! Hors de là, c’est l’anarchie, la guerre civile. C’est Paris, la France, à feu et à sang. C’est un incendie à embraser l’Europe, un sac à faire reculer le soleil. C’est ma conviction intime, profonde ; c’est la vérité. Travailleurs ! Nommez donc des républicains éprouvés. Amis, je suis seul. Je n’ai ni femme ni enfants. Un père, une mère composent toute ma famille. Cette liberté, cette indépendance absolue, je les garde ! Nul lien ne m’attache, ne m’attachera ; nulle considération, nul intérêt ne me préoccupent, ne me préoccuperont, rien que le sentiment de la conservation d’une tombe !... C’est donc corps et âme, tête, cœur et bras tout entier, que je serai à l’accomplissement de ma mission, à l’édification, à la défense du gouvernement républicain en France. Mon unique passion, c’est la république ! Mon but, mon but unique, mon ambition, ma seule ambition, c’est le maintien de mon pays, de la France, à la tête de la civilisation, à la tête des peuples libres ! Gardez-vous de croire, citoyens, que de toute nécessité, il ne faille à l’Assemblée que des hommes brillants par la parole, ou que des hommes connus de tous, connus tels quels. C’est des sabots aux pieds, presque sans guides, que nos pères ont refoulé l’Europe des rois. C’est avec le sens commun, surtout, que nous constituerons la république française sur des bases impérissables. Repoussez surtout les rhéteurs. Ils sont la peste des assemblées politiques. Maintenant, comment vont se faire les élections ? Je l’ignore. Mais assurément, elles ne se feront pas par listes de département, à 8, 10, 15, 20, jusqu’à 34 noms, comme l’a prescrit le gouvernement provisoire. Il est impossible que le décret du 5 mars ne soit pas rapporté ; car il est inexécutable, et dès lors n’oblige pas, à moins qu’il en renferme toute une contre-révolution... Je ne vois, tous les hommes de bonne foi en voient, qu’un mode qui puisse amener à Paris une véritable représentation nationale. C’est le vote. Pour les campagnes, par canton, au chef-lieu. Pour les villes, par section, par quartier. Ce sera, me dit-on, 2.800 représentants. Tant mieux. Et d’abord pour 36 millions de population, ce n’est pas trop. Plus l’Assemblée constituante sera nombreuse et plus auront de poids, plus seront imposantes ses décisions ; plus auguste, plus majestueuse elle sera ! Moins aussi on fera de discours, de phrases. On proposera clairement et on votera. Plus nous pèserons sur le monde ! Seul, le mode d’élections que j’indique est national ! Seul, il est sincère ! Citoyens, “Avant cinquante ans, a dit Napoléons sur son rocher de Sainte-Hélène, Napoléon tombé pour avoir voulu fonder une dynastie, avant cinquante ans, lEurope sera cosaque ou républicaine.” Songez à cette prédiction... Votez tous, tous, sous peine d’indignité ! Votez ; et, encore une fois, ne nommez que des hommes du peuple, que des républicains sûrs. Ils ne sont pas communs dans les hautes classes. France ! Les nations et les rois ont les yeux sur toi, te regardent. Les rois tremblent, les nations espèrent. Tu tiens dans tes mains les destinées de l’Europe, les destinées du genre humain. France ! Sois digne de ta capitale, digne de Paris. Affranchis le monde. Dieu le veut, ou Dieu n’existe pas ! Vive la république ! Plaine de Passy, 16 mars 1848. » Il fut poursuivi dans le cadre de l’attentat du 15 mai 1848 mais fit l’objet d’un non-lieu, faute de charges suffisantes. Incarcéré au donjon de Vincennes, il avait sollicité du comte Charles Ferron de La Ferronnays, demeurant au château de Dangu (Eure) ou rue Neuve-des-Mathurins (n° 34 ou 35), son intercession pour être libéré. Le 17 mai 1848, il fut interrogé par le juge instructeur et fit la déclaration suivante sur les circonstances dans lesquelles il avait été arrêté : « […] J’ai assisté à la manifestation en faveur de la Pologne. J’étais parmi le club Raspail. Dans mon esprit, cette manifestation pouvait être pacifique. A cette condition, elle avait une solution heureuse pour la Pologne et pour les peuples. J’ai suivi la colonne jusqu’au pont. Depuis un quart d’heure peut-être le peuple était sur les bancs de l’Assemblée. J’y suis entré pour savoir ce qu’était devenu Raspail ; il n’y était pas et il m’a été impossible de rien saisir de ce qui se passait. Sorti, et sur le bruit que Lamartine et Ledru-Rollin se rendaient à l’Hôtel de ville pour y organiser un nouveau gouvernement, j’ai suivi la foule et il y avait déjà sans doute quelque temps qu’on entrait à l’Hôtel de ville, toutes portes ouvertes quand j’y ai pénétré. Lorsque j’ai voulu sortir, les grilles étaient fermées et j’ai été arrêté. Sur votre demande de savoir si je connais Barbès et si j’ai eu des rapports avec lui, je déclare que non, je ne l’ai jamais vu. Détenu politique en 1835, condamné à trois mois. » Il était célibataire en 1848. Il est l’auteur de La Monarchie selon la charte chez Gaulard, de diverses brochures républicaines La Rue Transnonain (1834), Tout ce qui nest pas républicain (1835) plus Procès d’avril. Il demeurait 8, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel en 1830 ; 16, rue des Grès en 1831 ; avenue Saint-Didier dans la plaine de Passy et 99, rue Saint-Dominique en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, chez Anselin, 1831, p. 235, ordonnance du 21 février 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, lieutenants de la 1re liste qui ont reçu trois cents francs, état nominatif des citoyens décorés de la croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, le 30 juillet 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales idem F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sous-lieutenants nommés sur la proposition de la Commission des récompenses nationales et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement (cité deux fois : une fois comme sous-lieutenant et une fois comme décoré non blessé ayant reçu vingt-cinq francs à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales W//571, dossier 57 (c’est par erreur que dans Deux grands procès politiques de la seconde république, Archives des hautes cours de Bourges et de Versailles, W 568 à 586, Inventaire, édité par les Archives nationales, la référence W//571, dossier 36 est donné) ; Archives de la préfecture de police AA 384 ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pasquet, Jean-Baptiste ; Chambre des pairs, affaire de la Tribune et du Réformateur, procès-verbal des séances, 1835, p. 67. Consulter Histoire du mouvement ouvrier 1830-1871, Dolléans, Armand Colin.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.