Depasse, Adrien, Marie
Biographie
Né le 14 novembre 1805 à Guingamp (Côtes-du-Nord). Etudiant en médecine. Il fut blessé de deux balles reçues dans la partie interne de la cuisse gauche, sur la place de la Bourse. Il fut soigné à l’hôpital de la Charité. Il fut répertorié comme blessé, par la mairie de l’ancien IIe arrondissement. Il reçut, après la révolution, trois cents francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sur la liste de la mairie, son nom est apostillé de la mention Part pour la Pologne). Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il prêta son serment de décoré de la croix de Juillet, reçut sa croix et son brevet le 22 septembre 1831, à la mairie du IVe arrondissement. En 1830, il était célibataire. Il participa à la Révolution de Février, relatant ainsi sa conduite : « En février, au milieu des combattants, j’ai tout fait pour réunir la garde nationale, la classe ouvrière et l’armée en une masse tellement imposante que tout dut lui céder. Pour cela j’ai vingt fois exposé ma vie, dès le 24 et le 25 à l’Hôtel de ville pendant une partie de la journée, je n’ai cessé d’être en butte aux plus horribles menaces parce que me tenant armé à la porte de la salle où siégeait le gouvernement provisoire, j’ai repoussé le drapeau rouge, qui plusieurs fois s’est présenté menaçant […]. » Peu après, en mars 1848, il donnait les détails suivants : « […] Le 24, près l’hospice Saint-Louis, je me mets à la tête d’un rassemblement d’ouvriers. Nous désarmons entre autres postes la caserne du faubourg du Temple. Puis, avec le peuple, je marche sur les Tuileries. Le 25 à 7 heures du matin, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, voyant promener en triomphe le drapeau rouge, malgré les menaces de mort je harangue pendant une heure les groupes d’ouvriers, je les conjure de ne point se rallier au signe d’un parti mais au drapeau de la patrie, au drapeau tricolore, celui de la liberté. Voyant qu’il faut de la résolution, je monte dans les salons de l’Hôtel-de-Ville. Le fusil en main, je me place à la porte de la salle qui précède la pièce où siège le gouvernement provisoire. Contenant la foule, porteur de mes décorations de Juillet et de Pologne, tout le monde a pu me voir. Seul, pendant plus de cinq heures, en butte aux menaces les plus violentes de la part de quelques insensés, j’ai osé élever la voix en faveur de notre glorieux drapeau. Des combattants, porteurs d’un drapeau rouge, voulaient parvenir près du gouvernement provisoire. Je leur barre le passage. Ils veulent passer outre. Citoyens, m’écriai-je, vous pouvez me tuer... Alors, jurez de m’ensevelir dans un drapeau tricolore, pour lequel un vrai républicain doit mourir ! Membres du gouvernement provisoire (ceux dont j’ai pu m’approcher), vieux généraux, personnages influents, élèves de l’Ecole polytechnique, je n’ai cessé de conjurer de conserver à la république naissante avec son drapeau soixante ans d’un glorieux passé. Pour la fermeté que j’ai déployée dans cette terrible crise, pendant plus de dix heures consécutives, je réclame avec confiance la récompense due au courage […]. » Le 16 avril 1848, il fit parvenir la lettre suivante aux délégués des décorés de Juillet, qui la transmettront à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Blessé grièvement en juillet 1830, la pension à laquelle mes blessures me donnaient droit, je la refusai, espérant me suffire par mon travail. Membre de la sous-Commission des récompenses nationales séant à l’Archevêché, comme je me décidai à aller combattre dans les rangs polonais, j’eus l’honneur de recevoir de la main de mes camarades, un mois avant que le gouvernement n’en fît la distribution, la croix de Juillet. Nous sommes tous égaux ; cependant, en ce sens, je puis véritablement me dire le premier décoré de Juillet, étant par le suffrage du peuple le premier à avoir porté la décoration. Ainsi que je viens de le dire, je partis à mes frais pour la Pologne, où j’ai combattu jusqu’à la prise de Varsovie par les Russes [il servit d’officier d’ordonnance au général en chef, N.D.A.]. Depuis, ma vie a été entièrement consacré au peuple. L’année dernière encore, les journaux ont fait mention de ce fait : avec mon frère, je me jetai à la mer pour sauver un enfant prêt à périr. Enfin, en février dernier, j’ai combattu avec le peuple. De plus, le 25, à l’Hôtel de ville, j’ai rendu les plus grands services au gouvernement provisoire. Jusqu’à ce jour, je n’ai rien demandé. Malheureusement la crise commerciale vient de m’enlever mes épargnes, je suis dans la nécessité de me recommander à votre justice. […] Des personnages assez importants ont bien voulu me faire des offres de service ; mais, sortant de vos rangs, j’ai désiré qu’auparavant vous puissiez constater la légitimité de mes réclamations. Des études spéciales me rendraient éminemment propre à toute espèce de fonctions, entre celles qui s’occupent du sort des classes malheureuses, telles que fondation ou inspection des crèches pour enfants, salles d’asile ouvrier, établissements de bienfaisance […]. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats ou recommandations. La première recommandation, ainsi rédigée : « Les membres de la Commission des délégués de Juillet vous prient, citoyen maire, de vouloir bien accorder au citoyen Depasse une place d’inspecteur des salles d’asile. Les études spéciales du citoyen Depasse le mettent en mesure de remplir cet emploi. » Signé : Petit, délégué (nom à retrouver) ; Manteau, Lucien (voir ce nom) ; un autre nom illisible (...uoy...). Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare qu’il est à ma parfaite connaissance que dès le 23 février au soir le citoyen Depasse s’est joint à la cause du peuple ; que le 24, dès le matin, il s’est mis à la tête d’une colonne d’ouvriers avec laquelle il s’est porté dans les différents quartiers. Par son influence, il est parvenu à se faire ouvrir les portes de la caserne du Temple (faubourg), où il s’est procuré des armes, tout en évitant l’effusion du sang français. De là, il s’est porté à l’attaque du château d’eau, place du Palais-Royal. Le lendemain 25, dès 5 heures du matin, il était à l’Hôtel de ville, où il est resté jusqu’à 8 heures du soir, protégeant et défendant, au péril de sa vie, le drapeau national et le gouvernement provisoire contre les attaques irréfléchies et anarchiques. » Signé, le 8 août 1848 : Sergot, P., libraire-éditeur, demeurant 94, rue du Temple. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Depasse, décoré de la croix de Juillet, pendant les journées des 23 et 24 février 1848 s’est joint à la cause du peuple, qu’il a combattu en brave, spécialement à l’attaque du château-d’eau. » Signé, le 8 août 1848 : Michel ; Sieulot illisible ; Chanoine. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné Ribault, caporal de la 4e compagnie du 3e bataillon de la IIIe légion, certifie que le citoyen Depasse s’est joint à la compagnie, le 24 février 1848, sur la place des Petits-Pères et nous nous sommes retrouvés à l’attaque du château-d’eau. » Signé, le 9 août 1848 : Ribault, actuellement sergent-major de la 7e compagnie du 3e bataillon de la IIIe légion de la garde nationale, demeurant 55, rue Montmartre. Le quatrième certificat, un certificat du commissaire de police, qui établissait que sa conduite n’avait donné lieu jamais à aucune plainte, qu’il était de bonnes vie et mœurs et qu’il vivait depuis deux ans dans le quartier ; ce certificat avait été établi sous les témoignages de Sergot, Gustave, libraire, demeurant 94, rue du Temple, et Lanqué, Casimir, demeurant 29, bd du Temple. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jean, Joseph, François Prévost, ancien commissaire de police, délégué pour l’interrogatoire des inculpés ayant pris part à l’insurrection de juin [1848, N.D.A.], demeurant rue du Faubourg-Saint-Denis 61, certifie que mon épouse, obligée de sortir le 24 février dernier, vers midi, pour recevoir de l’argent dont elle avait le plus grand besoin, trouva à l’angle de la rue de l’Echiquier, où une barricade était construite, un citoyen armé qui la commandait. Il lui fit connaître le danger qu’elle courait dans un moment aussi critique, lui ayant fait part du motif qui l’obligeait à sortir, il lui offrit une somme de cinq francs, pour l’empêcher d’aller plus loin, en lui disant se nommer Depasse et au même instant elle aperçut un individu porteur d’un drapeau rouge, en adressant à ce dernier des menaces de mort. » Signé, le 9 août 1848 : Prévost. Depasse sollicita une place d’inspecteur des crèches et salles d’asile. La commission d’enquête de la Commission des récompenses nationales rendit les conclusions suivantes : « Les faits énoncés par le citoyen Depasse sont confirmés par les voisins de la maison qu’il habitait pendant les journées de Février. Il a laissé, dans ce quartier, la réputation d’un honnête homme, dont la conduite a été sage et énergique dans les circonstances qui l’ont exigé. Il y aurait lieu de lui accorder un signe honorifique. » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était décoré de Pologne. Il était le frère de Depasse, Emile, Toussaint, Marie, député des Côtes d’Armor en 1848. Il demeurait 35, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois en 1830-1831 (aussi 23, rue Neuve-des-Bons-Enfants in Archives de Paris VD6 172 n° 6) ; 29, bd du Temple puis 65, rue Montmartre en février 1848 ; 252, rue Saint-Jacques en août 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 384.