Dervin, Jean, Louis

Biographie


Né vers 1776-1777 à Essonnère (Seine-et-Oise). Aubergiste. Ancien capitaine de cavalerie, ex-commissaire de la fédération, en 1815, détenu en même temps que Tolleron à La Force et pour les mêmes raisons que lui (le Constitutionnel dit pourtant que c’était pour ivresse), et en même temps aussi que Jacques Oséré à la préfecture toujours en 1815, il participa au complot des Patriotes. Ce fut lui qui initia Scheltien. Le rapport d’instruction dit à son sujet : « Dervin ne dissimule rien de ce qu’il a fait : il a été mis dans le secret de la conspiration par Tolleron et par Carbonneau ; il a délibéré sur l’attaque des Tuileries, le 26 avril, avec plusieurs conjurés dans le cabaret de Souchon, et il avait précédemment levé le plan du château et de ses issues avec Scheltien. Mais il ne s’était engagé dans cette affaire, et n’y avait engagé Scheltien que dans la vue de pénétrer jusqu’au centre de la conspiration, d’en approfondir tous les secrets, d’en connaître les moteurs, de tout révéler à la police ; s’il ne s’est point ouvert à elle avant son arrestation, c’est qu’il attendait de nouvelles lumières, et qu’il se reposait sur l’expérience de Scheltien, qui était son hôte et son ami et qui, ayant servi la police pendant longtemps, était plus en état que lui de marquer le point juste d’une pareille révélation. Scheltien, qui n’a pas été arrêté, marchait d’accord avec lui, au moins il le pense, et l’occasion venue, ils auraient parlé en même temps et partagé le mérite et le prix de la découverte. » Au procès, il fut dit sur lui : « Dervin, interrogé sur ce qui s’est passé à l’entrevue qui a eu lieu dans le cabaret de la rue Chapon, répond qu’il s’y est trouvé avec Tolleron et Carbonneau ; c’est là que celui-ci a lu la proclamation manuscrite. Il ne sait rien des projets des auteurs, il n’en a porté aucun jugement. Informé qu’il y avait une association de patriotes, il a demandé une carte pour lui, une pour son ami, il en est resté là. Il a bien demandé cinq à six fois à Tolleron quels étaient les chefs, il lui a répondu qu’il ne le savait pas. Je suis fâché, dit-il, que Scheltien, avec qui j’étais, ne soit pas ici ; il connaissait mes intentions il serait essentiel qu’on le fît paraître, pour l’intérêt de la justice, ou de mon innocence. On a dit qu’il était disparu, c’est une erreur ; il a été arrêté avec moi ; la police qui était intéressée à me garder, était intéressée à le garder aussi. [...Sur la réunion chez Souchon] Sans Scheltien, il n’eût été question de rien. On parla d’attaquer le château, des hommes que l’on trouverait dans la garde royale, d’une infinité d’autres détails. Scheltien dit qu’il avait un meilleur moyen : il parla d’introduire dans l’aqueduc des barils de poudre pour faire sauter le château ; il dit qu’il se chargeait de l’exécution. Tout le monde a repoussé cet avis comme impossible. On n’a plus rien dit, on a été au Sacrifice dAbraham boire un verre d’eau-de-vie [...]. J’ai été soldat, je sais le respect qu’on doit au roi ; au reste, j’avais le désir de tout révéler ; celui avec qui je devais partager a mieux aimé garder la poire pour lui seul, il a bien fait. » Après avoir expliqué que le plan des Tuileries qu’on avait trouvé dans sa poche était d’abord dans la poche de Scheltien mais qu’au moment de l’arrestation il a eu l’adresse de le glisser dans ses papiers, il demanda qu’on fît paraître Scheltien, qui avait changé de nom et était dorénavant inspecteur des boues et lanternes. Le président lui ayant demandé pourquoi il avait tant tardé pour faire des révélations s’il prétendait vouloir servir la police, il répondit : « La raison est bien simple ; après mon arrestation, je suis resté au secret ; je n’avais pas le sou pour acheter du papier et de l’encre, et l’on sait qu’à la préfecture on n’a rien sans argent. » Il fut condamné à la déportation, pour impression ou distribution d’écrit contenant des provocations directes au renversement du gouvernement, et conduit provisoirement à la prison du Mont-Saint-Michel. Il réussit à fausser compagnie à ses gardiens à trois quart d’heure de Vire, le 2 décembre 1817. On retrouve la trace de Dervin après la révolution de Juillet, puisqu’il se plaignit, par une lettre en date du 23 juillet 1831 adressée au ministre de l’Intérieur, que ses pièces avaient été égarées par la Commission des récompenses nationales et il ne pouvait obtenir la décoration qu’il désirait. Il avait en effet présenté ses certificats le 20 septembre 1830 et n’était pas porté sur les listes de décorés. Il joignait à sa lettre un double d’un certificat qui lui avait été délivré et ainsi rédigé : « Nous, soussignés, Jacques, Louis Cholet, épicier, demeurant à Paris, rue du Jardin-du-Roi n° 27 ; Auguste, Ferdinand Croiset, marchand charcutier, demeurant à Paris, rue du Jardin-du-Roi n° 27 ; Pierre, Marat, Maurel, maître maréchal, demeurant 1, rue d’Orléans-Saint-Marcel. Et Antoine, Claude, Flory, étalier, demeurant à Paris, rue Saint-Victor n° 75. Déclarons et attestons que le nommé Jean, Louis Dervin, demeurant à Paris, rue du Jardin-du-Roi n° 27, maison dudit sieur Cholet, s’est conduit comme un brave pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet, qu’il n’a pas cessé un seul moment de se battre pour conquérir ce que nous avons obtenu, la liberté ; que Dervin, par son courage, son dévouement à la bonne cause, a contribué de toutes ses forces au triomphe des habitants et qu’il mérite sous tous les rapports reconnaissance de ses concitoyens et bienveillance des autorités. » Signé, le 1er août 1830 : Cholet, Jacques, Louis, épicier, demeurant 27, rue du Jardin-du-Roi ; Croiset, Auguste, Ferdinand, marchand charcutier, demeurant 27, rue du Jardin-du-Roi ; Maurel, Pierre, Marat, maître maréchal, demeurant 1, rue d’Orléans-Saint-Marcel ; Flory, Antoine, Claude, étalier, demeurant 75, rue Saint-Victor. Il expliquait dans sa demande qu’il tenait à cette décoration plus qu’à tout ce qu’on pouvait lui offrir « quoique malheureux, sans ouvrage et réduit à l’extrême besoin ». Il est répertorié (sous le numéro 1012) dans la liste des demandes concernant le ministère de l’Intérieur posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Dervin demeurait rue Jean-de-Lépine en 1815 ; 27, rue du Jardin-du-Roi en 1830 ; 35, rue de Lourcine en 1831. Procès de la conspiration des Patriotes, chez Patris, Paris, 1816 ; Archives nationales F 7 6635 arrestation du 13 mai 1816, F 7 6807, BB 24 64 dossier S7 5677 ; le Constitutionnel, 30 juin 1816 ; LEpopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000 ; La Prison politique en France, J.-C. Vimont, Anthropos, 1993 ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes concernant le ministère de l’Intérieur ; Archives nationales F/1dIII/53.

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