Desgenetais, Charles

Biographie


Originaire du Havre (Seine-Maritime). Pharmacien en face de l’église Saint-Roch. Il fonda, le 29 juillet, avec le docteur Martinet, Louis, professeur agrégé demeurant 315, rue Saint-Honoré, une ambulance dans sa pharmacie. Le 30, ils s’adjoignirent les compétences du docteur Andrieux, Emile, demeurant 18, rue de Rivoli et transportèrent l’ambulance dans les maisons des nos 7 et 8 de la rue des Pyramides. Ils soignèrent jusqu’à quarante-deux blessés, dont pour le (ancien) 1er arrondissement : Favotte, Edouard (voir ce nom), demeurant 4, rue de l’Echelle, blessé d’une balle reçue dans la jambe ; Noël, demeurant 30, rue Richepanse, blessé d’une balle à la poitrine (voir Noël, Simon, Clément ?) ; Bange (voir sans doute Bange, Pierre, Julien ?), porteur d’eau, demeurant 18, rue du Dauphin, blessé à la main ; Maréchal, Romain (voir ce nom), layetier-emballeur, demeurant 331, rue Saint-Honoré, l’avant-bras fracturé ; Guyot (nom à retrouver), demeurant 321, rue Saint-Honoré, pour une plaie contuse au pied ; Thumeloup (voir ce nom), demeurant 1, rue Valois-Batave, pour une blessure à la jambe ; Quémard, Jean-Charles (voir ce nom), maçon, demeurant 126, rue Saint-Lazare, pour une blessure par balle à l’avant-bras. Parmi les blessés dépendant (ancien) 1er arrondissement, il recommanda auprès de la mairie du (ancien) 1er arrondissement plus spécialement, Favotte, Maréchal et Quémard, en raison de la gravité de leurs blessures. Le 14 août 1830, une visite qu’il reçut du commissaire de police, sur la demande du maire de l’arrondissement, donna lieu au procès-verbal suivant de son interrogatoire et qui nous laisse de nombreux éclaircissements sur l’activité de l’ambulance pendant et après les journées de Juillet : « A la suite des événements des 27, 28 et 29 juillet dernier, des blessés se sont rendus chez moi à ma pharmacie pour y demander les secours dont ils avaient un pressant besoin. Plusieurs d’entre eux, sans moyens, ne savaient que devenir. J’en gardai quelques-uns à mon domicile ; le nombre s’en augmentant et ne voulant pas les renvoyer je résolus de former une ambulance dans une des maisons non habitées rue des Pyramides, en ayant préalablement demandé la permission à M. Bony, propriétaire. Mon projet connu des malheureux, ils y arrivèrent tous les jours en plus grand nombre, de tous les arrondissements de Paris, au point qu’aujourd’hui le chiffre est de quatre-vingt-deux. Je n’épargne rien pour me rendre digne de leur confiance ; outre les soins, ils ont une nourriture abondante et en rapport avec leur état de santé. Les externes reçoivent une paye de deux francs par jour et les internes, à leur sortie après guérison, une gratification une fois payée de dix ou vingt francs. Voulant régulariser mon entreprise, j’ai demandé pour toute récompense que le roi et la reine fussent instruits de mon entreprise et que M. le général Lafayette vînt visiter mon ambulance, pour connaître si je devais continuer sur les mêmes bases. M. le docteur Maie (illisible) vint d’abord, au nom de la reine, voir mon établissement. Il me donna des éloges au nom de Sa Majesté et m’engagea à ne pas discontinuer ce que j’avais si bien commencé. M. le général Lafayette me fit l’honneur de venir quelques jours après. Il prit connaissance de tout, avec le plus grand détail et le plus vif intérêt. Il m’encouragea à ne pas interrompre ce que je faisais si bien, ajoutant qu’il ne fallait pas m’inquiéter pour l’argent, qu’il ne me manquerait pas et que je serai recouvert de toutes mes avances, qu’il approuvait entièrement le régime intérieur de mon ambulance et mon ordre pour les externes. Avec des assurances aussi positives, je me suis cru assez légalement autorisé pour continuer à soulager des malheureux. Mes dépenses se montent aujourd’hui à mille huit cent cinquante-quatre francs et quatre-vingt-cinq centimes, pour nourriture et location de quarante lits depuis le 30 juillet jusqu’au 14 août, trois cent quarante-quatre francs et soixante-quinze centimes pour médicaments et bains. Total : deux mille deux cent un francs, soixante centimes. Par différents dons, qui m’ont été versés pour les blessés, j’ai touché deux cent quatre-vingt-sept francs. J’observe que j’avais porté en recette cent soixante-dix francs puisqu’ils m’avaient été promis par le sieur Meurice, mais ce dernier ne me les a pas encore versés. Depuis la dernière visite d’un commissaire, qui m’a été envoyé par M. le maire du (ancien) 1er arrondissement, j’ai cessé de percevoir la moindre offrande, renvoyant, comme il avait été convenu, à la mairie vis-à-vis l’autorité compétente. Comme natif du Havre, j’ai rencontré beaucoup de compatriotes à Paris. J’en ai même accueilli plusieurs dans ma maison. Ils ont eu connaissance de ce qu’ils appelaient mon dévouement patriotique et, après m’avoir donné plus d’éloges que je n’en méritais, puisque je n’ai fait que mon devoir de bon citoyen, ils m’ont assuré qu’aussitôt leur retour chez eux, ils allaient faire une collecte et qu’ils s’empresseraient de m’en envoyer le montant, à l’effet de coopérer au bien que je faisais. Je soumets, en toute confiance, à M. le maire, dont je connais la loyauté, ma conduite et les motifs qui l’ont déterminée, m’en rapportant entièrement à son équité. S’il y consent, je désire terminer […] mon œuvre de bienfaisance mais pour peu qu’il y voit le moindre inconvénient ou la moindre illégalité, je suis prêt à la cesser et à faire diriger sur les hôpitaux civils et militaires les blessés qui n’ont pas encore obtenu une entière guérison. » On trouve, en effet, dans la presse du mois d’août 1830, l’avis suivant concernant un don qu’aurait pu faire le propriétaire de l’hôtel Meurice : « Le propriétaire de l’hôtel Meurice vient de donner 1.200 francs, avec des Anglais qui habitent son hôtel, pour l’hôpital établi sur les soins des docteurs Martinet, Andrieux et Desgénetais, pharmacien, dans les maisons des rues Pyramides et de Rivoli, appartenant à MM. Bonny, Bucquet et Comaille. » Il reçut un secours de cinq cents francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il soigna, dans cette ambulance, par exemple Morin, Jules, François, à qui il donna un franc par jours du 1er au 20 août ; Mouret, Antoine. Il apostilla (sous le nom de Dégénétais), le 6 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Pierrat, Pierre, Victor, délivré par le docteur Sellier (voir Sellier, Jean-Pierre, Paul, Marie) : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin de l’ambulance, certifie que le nommé Pierrat, Pierre, Victor, garçon marchand de vin, âgé de vingt-huit ans, demeurant quai aux Fleurs n° 17, blessé dans la journée du 29 juillet 1830, a été traité à l’ambulance depuis le 28 août jusqu’au 6 septembre, pour blessure au côté (par une balle) et mal dans la bouche. » Il signa un certificat en faveur de Clotilde Blondeau, pour attester « de ses bons services, de son activité, de son adresse et de ses soins constants », qu’elle avait prodigués à l’ambulance. Il délivra le certificat suivant en faveur de Van Cuttem, Catherine : « Je, soussigné Ch. Dégenétais, pharmacien, rue Saint-Honoré, n° 309, certifie avoir pris connaissance des bons certificats que possède la fille Catherine Van Cutten, âgée de trente-six ans ; ayant alors la certitude de sa capacité pour faire une excellente cuisine aux blessés que je me suis proposé de recevoir, j’ai pris engagement de lui donner soixante francs par mois vu la besogne que je prévoyais devenir considérable (ce qui est arrivé). Mais je dois aujourd’hui non seulement me féliciter de son service comme bonne cuisinière mais aussi la recommander à la générosité des personnes philanthropes comme ayant aidé nuits et jours au service d’un grand nombre de blessés, qui ont pour elle la plus vive reconnaissance. » Dans l’exposé qu’il fit de sa conduite, Planty, Christin laissait les indications suivantes concernant Desgenetais : « […] Ayant appris que nos blessés avaient été entreposés dans mes maisons achevées, rue des Pyramides, j’y envoyai de suite mes domestiques, avec des matelas. Je m’y rendis ensuite et m’entendis avec M. Desgenetais, pharmacien du voisinage, pour établir des ambulances. A cet effet, je livrai deux hôtels venant d’être peints à neuf et prêts à habiter. On y a reçu et bien soigné plus de deux cents blessés. Le général Lafayette est venu visiter ces établissements et m’en a témoigné sa satisfaction […]. » Il signa, 18 août 1830 et sous le nom de Dégenétais, le certificat suivant à en-tête de la pharmacie Dégenétais, successeur de Néret et cie, Warehouse for french, english and german medicines, en faveur de Lisibach, Melchior : « Je certifie que le nommé Laisbac, Melchior (sic), après avoir donné des preuves que ses blessures étaient dues aux événements des 27, 28 et 29 juillet, nous l’avons admis à recevoir les secours que sa position exigeait (le 2 août). Aujourd’hui que cet homme peut reprendre ses travaux, je déclare que sa conduite nous a paru digne d’éloges. Je réclame l’autorité de venir encore à son secours malgré qu’il ait reçu soixante francs au Constitutionnel. Cet homme habite la barrière de Clichy. » Il signa un certificat en faveur de Doussin, Claude (voir ce nom), pour attester que ce dernier avait reçu des soins à l’ambulance des Pyramides. Il apostilla comme « fondateur de l’ambulance », un certificat médical délivré par le docteur Martinet en faveur de Mancelle, Jacques, Auguste, précisant : « J’atteste avoir parfaitement connaissance d’avoir reçu le susnommé à ladite ambulance. » Il demeurait 309, rue Saint-Honoré vis-à-vis Saint-Roch en 1830. La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 3, 4 août 1830 ; Le Globe, 4 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 3, 4 août 1830 ; Le National, 4 août 1830 ; Le Constitutionnel, 5 août 1830 ; Le Courrier français, 11 août 1830 ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 60 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 (sous le nom de Desgénetais) ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, liste des personnes qui ont prodigué leurs soins aux blessés p. 116-117 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Mouret, Antoine ; Archives de Paris VD6 92 in dossier Blondeau, Clotilde ; Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 4 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Fischer, in dossier Morin, Jules, François (dans ce dossier un certificat à en-tête de la pharmacie) ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Fischer, Antoney, Lax ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Van Cuttem, Catherine ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Doussin, Claude ; Archives nationales F/1dIII/51 in dossier Cusat, Claude, Philibert (pour lequel il apostille, comme administrateur un certificat à en-tête de l’ambulance des rues des Pyramides et de Rivoli et signé bien Dégenétais) ; Archives nationales F/1dIII/54 in dossier Fardouin, Auguste (où on trouve sa signature sur un certificat délivré à en-tête de l’ambulance de la rue des Pyramides et de Rivoli) ; Archives nationales F/1dIII/64 in dossier Lisibach, Melchior ; Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Mancelle, Jacques, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Boin, Constantin, Amédée, Victor (pour lequel il signe un certificat attestant la blessure qu’il avait reçue et les soins que lui-même avait donnés), idem in dossier Bony, René ; Archives de la préfecture de police AA 408 in dossier Pierrat, Pierre, Victor.

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