Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence

Biographie


Né en 1805 à Replonges (Saône). Homme de lettres. Le 4 novembre 1830, il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « La décoration dont la distribution a été confiée à vos soins devant être non point une distinction de vanité mais un signe de patriotisme éprouvé, tout bon citoyen doit être jaloux de la porter. Permettez-moi de vous exposer les titres que je crois y avoir. Quoique appartenant à une famille dont la fortune était entièrement dépendante de l’ancienne dynastie, j’ai fondé, il y a dix-huit mois, un journal (paraissant alors sous ces trois titres : le Sylphe, le Lutin et Trilby) qui, malgré toutes les entraves qu’on lui a suscitées et les menaces comme les promesses qu’il nous a values de la part du gouvernement de Charles X n’a cessé d’être l’un des plus chauds organes de l’opposition. Le 26 juillet dernier, j’ai pris part, d’une manière affirmative à toutes les délibérations qui eurent lieu dans la journée relativement à la protestation de la presse ; et si mon nom n’a point paru avec ceux des signataires c’est par une circonstance contraire à ma volonté, ainsi que l’atteste le certificat ci-contre. Averti trop tard de la résolution qu’on avait prise, en dernier lieu, de la signer, lorsque, dans le courant de la nuit, je me présentai pour le faire, le tirage du National s’opérait depuis longtemps. Les 27, 28 et 29 juillet, j’ai fait pour le renversement de la tyrannie, tout ce qu’il m’a été possible de faire, et comme citoyen et comme journaliste. Passant tour à tour du danger à la rédaction et réduits à nos seules ressources, nous faisions composer dans notre chambre, nous imprimions nous-mêmes à la brosse, après quoi nous allions afficher le journal et le distribuer gratuitement. Dès que nous eûmes retrouvé une presse, ces distributions eurent lieu avec une profusion que l’état de nos affaires ne nous permettait peut-être pas. Depuis, sous le titre de lAigle et pour le triomphe du principe de l’entière liberté de la presse, liberté qui selon nous ne saurait exister avec des mesures préventives quelles qu’elles soient, nous avons affronté les condamnations des tribunaux, nous exposant par-là à la perte d’une entreprise qui nous a coûté dix-huit mois des travaux les plus pénibles et des sacrifices les plus onéreux, et sur laquelle reposait tout notre espoir. En effet, Messieurs, les condamnations sont venues et la ruine aussi. Maintenant, je n’ai ni fortune ni place ; et l’industrie que je m’étais créée a été brisée en mes mains ; mais je ne regrette rien, puisque c’est à la liberté que j’ai tout sacrifié. Cette pensée me consolera encore si ma conduite ne vous semble pas justifier suffisamment mes prétentions. » Il joignait à sa lettre le certificat suivant : « Je certifie qu’il est à ma connaissance que M. Louis Desnoyers, l’un des gérants et des rédacteurs en chef de l’Aigle (journal portant alors ces divers titres ; le Lutin – Trilby – et le Sylphe) a pris part, le 26 juillet, aux délibérations qui eurent lieu relativement à la protestation de la presse ; et qu’averti trop tard qu’on avait résolu de la signer, lorsqu’il se présenta, dans la nuit du même jour, au bureau du National pour donner sa signature, il ne put le faire, le National se trouvant sous presse depuis longtemps. » Signé le 2 novembre 1830 : Grégoire, A., directeur de l’imprimerie du journal le National ; Bohain, Victor (voir ce nom) ; Sarrans, B., jeune (voir Sarrans Bernard, Légalité), directeur des Communes, Courrier des électeurs ; Vaillant (voir Vaillant, Claude, Adolphe), gérant et rédacteur de l’Aigle ; Roqueplan, Nestor (voir Roqueplan, Louis, Victor dit Nestor), rédacteur en chef et gérant du Figaro. Le 11 avril 1831, il adressait, conjointement avec Cartillier, Jean (voir ce nom) la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Lorsqu’il fut décidé qu’une décoration spéciale serait accordée aux citoyens assez heureux pour avoir pu donner des preuves positives de patriotisme, M. Cartillier (voir Cartillier, Jean) et moi, tous deux ex-rédacteurs en chef d’un journal qui n’avait cessé de combattre pour le triomphe de la liberté et nous fondant d’ailleurs sur des titres que notre conscience approuvait, nous vous adressâmes une pétition à l’effet d’obtenir cette récompense, la plus honorable de toutes. Toutefois, mandé, quelque temps après, à l’Hôtel de ville, je crus m’apercevoir, à la nature des premières questions qui me furent adressées, que je m’étais trompé en présumant que cette distinction serait accordée indifféremment à toutes espèces de services rendus à la cause nationale. Aussi, je déclarai dès lors que si, dans la pensée de la Commission, cette récompense était destinée uniquement à des actions d’éclat faites les armes à la main, je la priais d’excuser ma démarche, de regarder ma pétition comme non avenue et comme le résultat de l’erreur où j’avais été. M. Cartillier en fit autant. En effet les preuves de patriotisme que nous pensions avoir données étaient d’une nature différente. Nous nous étions bien trouvés, il est vrai, durant les trois journées, sur plusieurs points périlleux ; nous avions bien partagé, avec quelques centaines d’autres citoyens, les chances de quelques décharges ; mais nous n’avions pas même eu le plaisir de riposter, n’étant porteurs que de simples cannes pour toute arme. D’autres devoirs nous étaient assignés d’ailleurs, devoirs de position non moins essentiels, selon nous, dans ces moments-là, quoique d’une autre espèce. Il nous fut répondu que la Commission statuerait sur notre demande. Cependant, plusieurs mois se sont écoulés et nous n’avons reçu aucune réponse. Je prends donc la liberté, Messieurs, de vous écrire à ce sujet, en mon nom et en celui de M. Cartillier, mon ami, absent. Mais un autre motif encore m’engage à le faire. Parmi les personnes de notre connaissance que nous savons avoir reçu de vous une réponse favorable, il s’en trouve qui, pas plus que nous, n’ont été assez heureuses que d’être à même de gagner la croix de Juillet à la pointe de l’épée. Deux, notamment, d’entre ces personnes, qui d’ailleurs ont rempli, dans leur sphère d’action, leurs devoirs de citoyens, ne nous ont presque point quitté d’un instant les 27, 28 et 29 juillet et n’ont pas, non plus, brûlé une seule amorce (trois lignes rayées). De ces faits et de plusieurs autres, nous avons dû conclure naturellement que les services rendus les armes à la main n’étaient point les seuls titres à votre attention. Ce qui, plus que tout le reste même, nous a dû confirmer dans cette opinion c’est que vous avez admis, nous a-t-on assuré, tous les signataires de la protestation de la presse pour le seul fait de leur signature. Eh bien ! Messieurs, nous vous rendons cette justice que si l’on peut invoquer d’autres titres que des titres de combat nous en avons de valables à faire valoir peut-être. Et d’abord, permettez-nous de vous rappeler qu’au moment des ordonnances, nous publions depuis plus d’un an un journal patriote (le Sylphe, Lutin, Trilby, plus tard l’Aigle) lequel journal continua aussi de paraître malgré ces ordonnances. Il était réservé au nouveau parquet de le tuer. Nous n’ignorons pas que des frelons ont cherché à se faire, de ce journal, un mérite à vos yeux. Ce mérite est bien mince sans doute mais quel qu’il soit, permettez-nous de le revendiquer. La vérité (vérité qu’au besoin nous pourrions faire attester par cent personnes) c’est que, du premier au dernier jour de sa publication, le fardeau de la rédaction du journal a porté entièrement sur M. Cartillier et sur moi. M. Vaillant lui-même, que vous avez justement récompensé par une sous-lieutenance dans l’armée, était notre associé-gérant, et n’a jamais coopéré à ladite rédaction. Quant à notre conduite dans les journées de Juillet, aller, venir, recueillir des nouvelles sur les champs de bataille et partout, rédiger le journal, le composer, l’imprimer même, à la brosse, dans notre chambre, proclamer, exciter les citoyens par tous les moyens en notre pouvoir, là voilà en quelques mots ; et, permettez-nous de le penser, elle a été tout ce qu’elle pouvait être dans notre spécialité et à défaut d’armes. Enfin, Messieurs, pour ce qui est de la protestation de la presse, nous avons assisté aux diverses réunions qui ont eu lieu au National, le lundi 26, et notamment à celle de 6 heures du soir, où on y arrêta définitivement la rédaction proposée par M. Thiers. Il ne fut point convenu alors qu’on la signerait : chaque journal seulement devait l’insérer. Ce n’est que par M. Vaillant qui, tandis que nous étions occupés à la rédaction de notre feuille, avait été au National à 11 heures du soir, pour y prendre une épreuve du texte, que nous apprîmes, à son retour, fort avant dans la nuit, qu’on avait enfin résolu de la signer. Nous ne pûmes donc nous présenter assez tôt pour y donner, à la suite des autres noms, notre adhésion écrite. Ce fut à grand-peine que M. Cartillier et moi nous pûmes obtenir qu’on suspendît un instant le tirage du National, afin de glisser, tant bien que mal, dans la forme, le nom de M. Vaillant, notre gérant, qui y tenait avec raison, ayant eu le bonheur de signer l’original. C’est tout ce que nous pûmes obtenir. Un certificat signé de M. Vaillant, de MM. Bohain et Roqueplan du Figaro, de M. Sarrans du Courrier des électeurs, et enfin de M. Thomas (lire Grégoire, N.D.A.), directeur de l’imprimerie du National, est annexé à nos pétitions et atteste l’exactitude de tous ces faits. Il est donc constant que nous avons signé moralement ladite pétition et qu’il n’a pas dépendu de nous que nos noms n’y figurassent d’une manière ostensible. Peut-être, Messieurs, ceux d’entre vous qui savent comment tout s’est passé ce jour-là au bureau du National jugeront-ils qu’il y aurait quelque injustice à nous faire porter la peine d’une impossibilité toute de hasard. Permettez-nous donc, Messieurs, de nous rappeler à votre attention, de solliciter une réponse et de la désirer favorable. Ne croyez point, Messieurs, que ce soit un vain sentiment d’amour-propre qui nous porte à cette réclamation. Non, Messieurs, mais, en ce qui me concerne personnellement je serais bien aise, après m’être conduit en bon citoyen de conserver des journées de Juillet un autre souvenir encore que celui de la ruine de ma famille et de la mienne propre. C’est d’ailleurs une bien belle récompense, permettez-moi de le dire, que de voir sa conduite obtenir l’assentiment d’un jury tel que vous. Aussi, est-ce la seule que nous ayons jamais sollicitée. Agréez, etc. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florent sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et sous celui de Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Flamince sur la liste supplémentaire de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Desnoyers, Claude, Louis, Joseph), auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Sa médaille lui fut délivrée le 4 juillet 1831 et son brevet le 1er octobre de la même année. En décembre 1830, il était rédacteur en chef à La Caricature morale, religieuse, littéraire et scénique. En 1835, il était gérant du Charivari. Le brevet de sa médaille est in Archives de Paris 3AZ 10 (pièce 3AZ 293) sous le nom de Desnoyers, Claude, Louis, Joseph, Florent. Il demeurait 8, rue du Chaume au Marais, chez son frère, en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis, Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, liste supplémentaire des citoyens décorés de la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris 3AZ 10 (pièce 3AZ 293) ; Archives de Paris VK3 43 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, liste supplémentaire des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement.

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