Desportes, Benjamin
Biographie
Né le 16 février 1767 à Rouen (Seine-Maritime). Administrateur de l’Hôtel-Dieu. Il soigna les blessés. Une enquête faite par les autorités ecclésiastiques, retrouvée dans les archives de l’archevêché de Paris et citée dans la Revue d’histoire de l’Eglise de France, en 1958, donne les informations suivantes sur la mise à sac de l’archevêché par deux mille émeutiers dont environ deux cents femmes environ, et la conduite de Desportes : « Le mercredi 28 juillet 1830, un peu après midi, une bande d’émeutiers se présenta à la grande grille de l’archevêché, près du Pont-aux-Doubles. Ils demandèrent à grands cris l’ouverture de la grille, pour, disaient-ils, s’emparer de la personne de l’archevêque qu’ils voulaient pendre au drapeau tricolore qu’on venait d’arborer sur la tour septentrionale de Notre-Dame. Le concierge leur ayant répondu que l’archevêque était absent, “N’importe, insistèrent-ils, il nous faut entrer : il y a des calotins à sa suite, ils paieront pour lui.” On leur affirma qu’aucun ecclésiastique ne se trouvait alors à l’archevêché. Les secrétaires, prévenus du danger possible, s’étaient en effet retirés, de même que deux laïcs attachés au secrétariat. Les émeutiers, alors, n’insistèrent plus, mais annoncèrent qu’ils reviendraient le lendemain. […] Le jeudi 29 juillet, entre 8 heures et demie et 9 heures du matin, la grande grille de l’archevêché, près du Pont-aux-Doubles, fut de nouveau assiégée par une bande d’émeutiers qui en demandèrent l’ouverture, en disant : “Nous venons chercher 4.000 fusils et des jésuites qui sont cachés dans les caves.” En vain, le concierge affirma qu’il n’y avait ni fusils ni jésuites dans la maison. […] Pendant cette dévastation, M. Desportes, administrateur des hospices, chargea deux de ses employés, MM. Cusin et Salandre, d’aller à l’archevêché pour voir ce qui se passait et de revenir ensuite lui en rendre compte. Non sans péril, ils parvinrent jusque dans les appartements et tentèrent d’arrêter le pillage, mais sans grand résultat. Ils empêchèrent cependant que l’on brisât le Christ de la salle synodale qui avait déjà reçu des coups. Les émeutiers allumèrent alors un feu sur le quai et, en faisant la chaîne, y précipitèrent tout ce qui avait été jeté par les fenêtres. D’autres objets étaient jetés dans la rivière et des hommes en armes menaçaient de tirer sur ceux qui les en retireraient. La Seine charriait des meubles, des livres, des habits et des ornements ecclésiastiques. M. Desportes, prévenu par ses employés que le feu risquait de gagner les bâtiments, envoya, pour le combattre, les deux pompes de l’Hôtel-Dieu. Il les suivit, accompagné du docteur Bréchet, second médecin de cet hôpital. Ensemble, ils réussirent à persuader les émeutiers qui continuaient à jeter des objets par les fenêtres de ne plus le faire et ceux qui faisaient la chaîne d’apporter de l’eau pour éteindre le feu qu’ils avaient entretenu pendant deux heures. C’est donc à MM. Desportes et Bréchet et à leurs auxiliaires qu’est due la conservation de l’archevêché et peut-être de l’église métropolitaine. En moins de sept heures, le palais avait été complètement dévasté. Il n’y avait pas une salle, pas un réduit, qui n’eût été saccagé. Tout était rempli de décombres. La ville perdit ainsi un mobilier très important qui lui appartenait ; le diocèse fut volé de tous les fonds que la charité avait réunis pour l’entretien des séminaires et des prêtres âgés ou infirmes ; l’archevêque fut dépouillé de son patrimoine, tandis que son grand vicaire, M. Desjardins, les ecclésiastiques de l’archevêché et les domestiques le furent de tout ce qui leur appartenait. […] La foule continuait cependant son travail de dévastation à l’archevêché. Elle mettait le feu aux appartements, lorsque les docteurs Caillard et Bréchet, venus de l’Hôtel-Dieu, réussirent à faire éteindre celui qui avait été allumé dans la seconde salle du premier étage et détournèrent de leur projet ceux qui tentaient de le mettre ailleurs, en leur montrant le danger qui en résulterait pour les blessés et les malades de l’Hôtel-Dieu. Ils virent aussi que l’on creusait dans le jardin deux larges fosses pour y enterrer les morts. Inquiets pour la salubrité du quartier, et notamment de l’Hôtel-Dieu, ils voulurent empêcher la réalisation de ce projet, mais ne purent y arriver. Ils se rendirent alors à l’Hôtel de ville, où venait de s’établir la Commission provisoire municipale, et obtinrent d’elle un ordre d’arrêter les travaux. Les appartements étant toujours remplis d’une foule qui continuait à les dévaster, M. Desportes, administrateur de l’Hôtel-Dieu, arriva vers quatre heures, accompagné de quelques internes, habillé comme eux d’une blouse blanche et précédé d’un brancard. Il monta aux appartements et déclara aux pillards que l’Hôtel-Dieu ne pouvant plus contenir les blessés, il fallait préparer à l’archevêché de nouvelles salles pour les recevoir. Il leur demanda donc de les évacuer sans retard. La foule se laissa persuader par cette mise en scène et des gardes nationaux, survenus à ce moment, facilitèrent et hâtèrent son départ. C’est cette idée ingénieuse de M. Desportes qui mit fin aux scènes de dévastation. On recueillit alors des restes de linge, d’ornements, etc., que l’on transporta à l’Hôtel-Dieu et, le lendemain, à l’Hôtel-de-Ville. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et aussi par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et auprès de l’arrondissement de Sceaux. Nous empruntons à la Biographie rouennaise, recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages nés à Rouen, sa notice biographique, ainsi rédigée : « Desportes, Benjamin, frère puîné du précédent (Desportes, Félix, baron d’Empire), naquit en 1765 ; Possédant, quoiqu’il fût jeune encore, toutes les qualités nécessaires pour être placé à la tête d’une grande administration, il obtint, en 1800, par le crédit de son frère, l’emploi de directeur général des hôpitaux de Paris. Il prit une part très active à toutes les améliorations Opérées dans ces établissements, et se signala, lors de l’invasion étrangère, en 1814, en improvisant des hôpitaux pour trente mille malades ou blessés que dévorait le typhus. M. Benjamin Desportes reçut du gouvernement de la Restauration, en récompense de son courage et de son infatigable activité, des félicitations publiques et la décoration de la Légion d’honneur. Ne connaissant qu’une seule cause, celle de l’humanité, il préservait, aux journées de juillet 1830, l’Hôtel-Dieu d’un grand péril, et, en 1832, lorsque le choléra vint fondre sur Paris, il donnait une nouvelle preuve de son zèle et de son dévouement. Calme, intrépide, il se multipliait a toute heure et pourvoyait à tout, sans songer un seul instant que lui-même pouvait être atteint par le fléau épidémique. La reconnaissance des pauvres et la satisfaction d’avoir, bien rempli son devoir avaient toujours suffi au bonheur de cet excellent fonctionnaire, et ce bonheur, il le goûtait depuis longtemps, lorsque la mort vint l’enlever à sa famille et à ses nombreux amis, le 30 novembre 1840. M. Desportes n’a point laissé de fortune. Rappeler cette honorable pauvreté d’un administrateur qui, pendant quarante ans, eut le maniement de plusieurs millions, est le plus bel hommage que l’on puisse rendre a sa mémoire. » Il demeurait à l’Hôtel-Dieu en 1831 et aussi 4, rue de l’Echiquier en 1831. Le Journal des débats, 2 août 1830 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, liste des personnes qui ont prodigué leurs soins aux blessés p. 116 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le seul nom de Desportes) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le seul nom de Desportes) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le seul nom de Desportes) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le seul nom de Desportes) ; Archives de Paris VK3 37, dossier Médailles ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIe arrondissement (sous le seul nom de Desportes) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Sceaux (sous le seul nom de Desportes) ; Le Pillage de l’archevêché de Paris en juillet 1830, d’après un mémoire inédit du chapitre métropolitain, Limouzin-Lamothe, Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1958 ; Biographie rouennaise, recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages nés à Rouen, qui se sont rendus célèbres ou qui se sont distingués à des titres différents, Lebreton, Rouen, Le Brument, 1865, p. 435.