Destains, Victor, Achille, Justinien
Biographie
Né le 17 février 1806 (mais le 14 avril 1805 sur le registre qu’il signe in Archives de Paris VK3 27 et in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens qui ont mérité la croix, liste qui est corrigée à la main) à Paris. Employé à la douane. La chronique de l’époque rapportait ainsi sa participations aux combats : « Le jeune Victor Destains, domicilié à Chaillot, s’étant mis spontanément à la tête des habitants, et les ayant dirigés avec un sang-froid et une énergie étonnante pendant les journées des 27, 28 et 29, a été élu par eux, commandant de la force armée de Chaillot, et confirmé dans son commandement par le général Lafayette, en attendant l’organisation de la garde nationale. Bien que ce jeune homme soit presque mourant des efforts inouïs qu’il a faits, il continue toujours à veiller à la tranquillité des postes qui lui sont confiés. » Dans une réunion chez Laffitte, le 29 juillet à 20 heures, le président donna lecture d’une lettre dans laquelle Destains précisait qu’il dirigeait la garde nationale de Chaillot, composée « de deux cents hommes de bonne volonté et que cent gardes royaux y avaient été faits prisonniers ». On trouve de nombreuses indications sur sa conduite pendant ces journées dans les courriers que Denis, Lucien, Paul, Marie (voir ce nom) adressa lui-même à la Commission des récompenses nationales. Le 17 août 1830, Destains, qui sollicitait une place d’officier d’état-major dans la garde nationale, faisait parvenir au général Lafayette, alors commandant général des gardes nationales, la lettre suivante et qui décrivait son activité pendant les journées de Juillet : « J’ai commandé à Chaillot dans les belles journées de Juillet, appelé à ce commandement par le vœu de mes soldats, que vous avez bien voulu approuver. J’ai tracé les premiers retranchements et armé les premiers combattants, à mes frais. Ma petite troupe, qui se composait de soixante-dix hommes, a soutenu le feu continuel de toute la retraite pendant la journée du 29. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers ; tous ceux qui avaient où se réfugier ont été immédiatement envoyés dans Paris ; les autres, au nombre de 296, ont été conduits au Corps législatif. J’ai aussi envoyé à la place de Paris quatre chevaux pris par nous sur des chasseurs qui essayèrent de nous rompre. Deux de mes hommes ont été tués à mes côtés, vingt-deux sont blessés plus ou moins grièvement. Aussitôt après la retraite, j’ai fait garder avec soin toutes les barrières environnantes ; ma troupe, qui était montée à cent soixante-dix hommes, a été dirigée sur ces différents postes et nourrie à mes frais. Chargé ensuite, par ordre de M. le préfet de la Seine, de veiller à la sûreté publique dans mon arrondissement, j’ai fait surveiller avec le plus grand soin les routes de Saint-Cloud et de Neuilly. Un homme qui avait arrêté une malle en revenant de Rambouillet a été saisi, armé, par une de mes patrouilles et conduit à la préfecture de police. Tous ces soins d’ordre et de tranquillité publique exigeaient ma présence continuelle. Je n’ai pu m’en distraire pour assister aux nominations d’officiers de la garde nationale bourgeoise de Chaillot, où je suis propriétaire, désirant me consacrer entièrement au service de ceux de qui je tenais mes ordres. D’autres raisons de délicatesse m’ont encore empêché de me porter sur la liste des candidats : presque tous les hommes que j’avais commandés ne faisaient pas partie de la garde nationale et avaient repris leurs journées, les bourgeois de Chaillot n’auraient pu voir sans un sentiment de peine un jeune homme de vingt-quatre ans à leur tête et qui n’avait pour les commander d’autres titres que sa campagne de 1830. Je n’avais déjà donné que des sujets de jalousie à mes voisins, avec lesquels je désire vivre en paix autant que possible. Aujourd’hui, je viens vous demander de faire partie de votre état-major. J’ai été capitaine à Chaillot et si l’état de mes services vous paraît mériter quelque distinction, j’accepterais avec reconnaissance le grade que vous voudrez bien m’accorder. » Il joignait à sa demande le manuscrit de l’ordre qui lui avait été donné par le général Fabvier, commandant la place de Paris, le 14 août 1830, de « s’entendre avec les autorités locales pour procéder à la rentrée des chevaux de troupes » errant dans la commune de Chaillot et les communes environnantes. La lettre suivante fut adressée à son sujet au ministère de la Guerre : « Les soussignés, habitants de Chaillot, regardent comme un devoir de vous rendre compte des obligations dont ils sont redevables envers M. Victor Destains, propriétaire à Chaillot, pour sa noble conduite dans nos immortelles journées. Ce jeune homme, quoique d’une constitution délicate, n’écoutant que son courage et son indignation, s’est spontanément mis à la tête de la population armée. Il a dirigé ses moyens de défense, communiqué à tous son zèle et, par un sang-froid et une présence d’esprit inconcevables, il est parvenu à repousser une injuste agression, en tempérant toutefois l’énergie de la classe des ouvriers, si nombreuse à Chaillot, dont l’animosité aurait pu être funeste sans la tendance favorable imprimée par la modération et l’ardeur réfléchie de M. Destains. Les soussignés déclarent en outre que le mérite de M. Destains ne s’est pas borné à repousser une force aveugle autant que téméraire ; rentré chez lui, il s’est adjoint quelques défenseurs pour l’approvisionnement des subsistances, les soins à donner aux blessés, le bon ordre à rétablir à l’intérieur, etc., etc. Enfin il n’a commencé à prendre du repos qu’après que le calme et la sécurité lui ont paru rétablis pour tous. Par ces motifs, les habitants de Chaillot soussignés, interprètes de tous les sentiments, verraient avec la plus vive satisfaction que la décoration de la Légion d’honneur fût décernée au jeune Victor Destains. » Signé : Laurent, lieutenant de la 3e compagnie du 4e bataillon de la Ire légion de la garde nationale ; Cannet ou Canard illisible, ex-capitaine, commandant les … de Chaillot ; Masse, A., chef d’institution, demeurant 15, rue de Chaillot ; illisible, capitaine ; Levé, curé de Chaillot ; Lalennier, ancien notaire ; Lanche ; Duban, A. ancien fourrier ; Bray, institution anglaise, demeurant 66, rue de Chaillot ; Veron ; Guilloteaux ; le général Suleuvic illisible, qui ajoutait l’apostille suivante : « Je regarde comme un devoir de donner un témoignage de vérité en faveur de M. Destains. Pendant que je commandais Paris ( ??) il a fait preuve d’un zèle extraordinaire. Il s’est procuré des armes dans les postes qu’il occupait, il a nourri à ses frais les hommes qu’il avait rassemblés, il s’est battu avec courage et constance et a rendu d’importants services à la chose publique. M. Destains est un des citoyens les plus dévoués, il mérite une récompense, qui lui est acquise par des qualités rares. Je le recommande de la manière la plus particulière aux bontés de M. le ministre de la Guerre. » Il y a in Archives de Paris VD6 121 n° 2, mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 4, état nominatif des blessés auxquels j’ai donné de l’argent sur les deux cent dix-huit francs remis par M. Destains, commandant de Chaillot, un Etat nominatif des blessés auxquels j’ai donné de l’argent sur les deux cent dix-huit francs remis par M. Destains, commandant de Chaillot, signé de Canuet, commandant des postes de Chaillot, et qui délivra pour deux cent dix-huit francs de secours à : Verger ; Bobé ; Musiller ; Rousselle, Jean-François ; Desnans ; Desnans jeune, Etienne ; Renaud, Louis ; Sochon, Julien. Dans l’exposé que fit Bariquant, Jean-Pierre, Simon de sa propre participation aux combats de Juillet, il donnait les informations suivantes sur Destains : « […] Au bout de ce temps, nous nous sommes, sur les ordres de notre chef de file, rendus à la barrière de l’Etoile, où nous avons fait nos adieux à l’ex-garde et passé la nuit du 29 au 30, à la garde de ce poste, sous les ordres de M. Destains, et ne l’ai quitté que lorsque nous avons été relevés par la garde nationale de Chaillot […]. » De la même manière, Chuquet (voir Chuquet, Jean-Jacques) délivra un certificat à Barriquant et qui attestait qu’ils avaient pris position à la barrière de l’Etoile, où ils avaient, « sous les ordres du jeune Destains passé la nuit du 29 juillet dernier ». Dans sa séance du 8 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, laissait cette appréciation au sujet de Destains (sans qu’on sache quelle importance on doit y attacher) : « Le jury ne lui a accordé que la médaille ; savoir pourquoi la Commission centrale l’a porté pour la croix ? N.B. il s’est attribué des faits faux. » Puis, dans sa séance du 11 avril 1831, le même comité ajoutait : « M. Destains […] est ajourné pour plus amples renseignements. Un membre dit que M. Destains n’a pu prendre une part active aux événements. » Dans sa séance du 14 avril 1831, le même comité des renseignements ajoutait : « Ayant été jugé digne de la médaille […] le jury pense que la décision prise à [son] égard doit être maintenue. » Destains fut décoré de la croix de Juillet (sous le nom de Destain, Victor sur les listes du Bulletin des lois) auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Au moment de décerner les décorations, une contestation s’engagea entre certains décorés de Juillet et l’administration ; celle-ci en effet imposa une prestation de serment de fidélité au roi, à la charte et aux lois, qui n’avait pas été prévue initialement. Certains décorés protestèrent contre une telle mesure, plusieurs refusèrent d’aller retirer la décoration, d’autres au contraire la soutinrent. Parmi eux, Destains, qui signa la Déclaration des citoyens du (ancien) Ier arrondissement, désignés pour la décoration de Juillet, en date du 12 mai 1831 et rédigée comme suit : « Le serment exigé par l’ordonnance du 30 avril dernier est devenu l’objet d’une polémique affligeante, dont le résultat a été de faire naître des doutes pénibles sur les véritables intentions des braves désignés pour la décoration de Juillet. Etre fidèle au roi des Français, garder obéissance à la charte sont des obligations communes à tous les citoyens, s’en affranchir serait un crime : telle est l’opinion des soussignés, qui considèrent comme un devoir de faire la déclaration suivante. L’amour de la patrie, le besoin de résister à l’oppression nous a spontanément fait prendre les armes, ainsi qu’à une foule de généreux citoyens, qui sans illisible et sans s’être concertés ont tous concouru au même but pendant les trois mémorables journées de Juillet. La hache du bourreau nous menaçait tous également ; si nous eussions succombé, elle se fut appesantie sur nos têtes, il fallait vaincre ou mourir. La cause sacrée de la patrie a triomphé mais en plein jour, au brûlant soleil de Juillet, sans avoir jamais conspiré dans l’ombre. Charles X et ses ministres ont été les seuls conspirateurs. Le roi citoyen veut aujourd’hui nous remettre lui-même le signe d’honneur que la nation nous a décerné comme récompense nationale. Nous le recevrons avec reconnaissance des mains royales du chef de l’Etat et nous lui prêterons serment ainsi qu’à la charte. Mais nous ne voudrions pas porter cette honorable décoration si elle devait jamais être considérée comme un signe de ralliement contre l’ordre constitutionnel. Les combattants de Juillet veulent avant tout l’ordre, la paix publique, la liberté et non la licence, la prospérité de la France et la consolidation de toutes nos institutions nationales. Ils se font gloire d’être la légion sacrée de notre jeune royauté et ils en seront toujours les premiers défenseurs parce qu’ils sont convaincus qu’en France maintenant le roi ne veut que ce que veut la loi et que la charte jurée ne cessera jamais d’être une vérité. » (La liste des décorés de la croix de Juillet du [ancien] Ier arrondissement qui la signèrent était composée de : Godey, Jean-Baptiste ; Truck, Charles, Ferdinand ; Magistel, Antoine, Jean, Louis, Nicolas, Etienne ; Lecocq, Louis, Octave, Amédée ; Guimbal, Guillaume ; Montdidier, François ; Gavier, Louis, Charles ; Boyé, Henri ; Fréchon, Hippolyte, Jean ; Moiton, Alexis ; Blandin, Joseph ; Girard, Jean, Narcisse ; Danse, Charles, Olivier ; Balmet, René ; Lepagnol, Charles, Théodore ; Micheau, George, François ; Poutrait, François, Claude ; Tissandier, Joseph ; Bottet, François, Alexandre ; Viger, Henri, François, Paul ; Bador, Jean, Antoine ; Mocquant, François, Joseph ; Destains, Victor ; Fillias, Pierre, François). Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 16 mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 23 juin 1831, et son brevet le 2 septembre de la même année. Le 6 août 1830, il adressa le courrier suivant au maire de son arrondissement et relatif aux certificats qu’il pourrait délivrer : « Plusieurs personnes m’ont déjà parlé de souscriptions à votre mairie, à la Ville même, en faveur de mes soldats et me demandent des listes. Je dois à la vérité de déclarer que tous les hommes de Chaillot se sont joints à moi, les uns plus tôt, les autres plus tard ; on doit donc les récompenser tous également. Quant aux braves que j’ai armés, les premiers avec des piques et des fourches et qui m’ont rapporté des fusils pour les autres, ils sont en petit nombre et ont tous repris leurs travaux dès lundi. Ils ne demandent rien qu’une mention honorable, en attendant que je puisse les désigner. J’ai retenu aussi près de moi diverses personnes de Paris, que j’ai employées chacune selon ses capacités mais je déclare formellement que tout homme qui prétend s’être battu et avoir fait quoi que ce soit de bien ici durant mon petit gouvernement et qui ne peut s’appuyer de ma signature est un faux brave ou un intrigant qui voudrait s’approprier une partie du faible mérite de nos amis. » Il signa un certificat en faveur de Bernard, Jean-Baptiste, Christophe, pour attester que ce dernier, pendant les journées de Juillet, s’était « fait remarquer à la défense de Chaillot, par sa bravoure et son dévouement ». Il signa le certificat établi en faveur de Forestier, Alexis, attestant que ce dernier s’était battu avec sang-froid et courage. Il apostilla la demande d’emploi de Grognot, Jacques, certifiant que ce dernier avait servi pendant les trois jours sous ses ordres et avec courage. Il apostilla la demande de secours, présentée par Ribet, Michel, Joseph. Il certifia les faits présentés par Sorot, Guillaume lors de la demande de récompense honorifique que présenta ce dernier. Il délivra, le 2 août 1830, le certificat suivant en faveur de Duban, Adrien, Louis, Sixte : « Je, soussigné, commandant provisoire de la place de Chaillot pendant les journées des 27, 28, 29, 30 et 31 juillet, certifie que M. Duban, Adrien, ex-employé au ministère de la Guerre, domicilié à Chaillot, nous a puissamment secondé de son zèle et de ses moyens dans les circonstances difficiles où nous nous sommes trouvés et que plus récemment encore il a fait preuve de dévouement à la chose publique par sa prompte coopération à l’établissement de nouveaux contrôles pour le rétablissement de la garde nationale sédentaire à Chaillot […]. » Il certifia, comme ex-commandant, les circonstances dans lesquelles avait été blessé Gayet, Jean, Antoine. Il signa, le 31 août 1830, le certificat suivant en faveur de Letenneur aîné, Jean, Cyprien : « Je, soussigné, ex-commandant de la force armée à Chaillot, certifie que le nommé Letanneur (sic), Jean, Cyprien, s’est conduit ici en homme vraiment brave pendant la journée du 29. […] C’est lui qui tua d’un coup de baïonnette le capitaine Lemotheux, qui persistait à se défendre. » Il apostilla la lettre de Linglé, Achille, adressée à la Commission des récompenses nationales, pour faire valoir ses droits. Il apostilla la lettre de Maurice, Ferdinand, adressée à la Commission des récompenses nationales, pour faire valoir ses droits. Il signa, le 29 juillet 1830, le certificat suivant en faveur de Delavigne, Pierre, François : « Je, soussigné, certifie que le nommé Delavigne, demeurant à Chaillot, était au nombre des hommes armés que je commandais. » Il signa, le 28 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Denis, Jean-Baptiste, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussigné, certifions que le nommé Jean-Baptiste Denis, demeurant rue de Longchamp n° 30, a montré, dans les journées de juillet 1830, le courage et les sentiments d’un bon citoyen, qu’il a donné des preuves de valeur, rue des Batailles, au pont illisible (Iéna ?), que lui sixième s’est trouvé engagé par un escadron de chasseurs à cheval (sic), fait la campagne de Rambouillet. » Il signa, le 25 août 1830, le certificat suivant en faveur de Parqueville, Antoine, Nicolas : « Nous, soussigné, certifions que le sieur Parqueville, Antoine, Nicolas, âgé de cinquante-trois ans, natif de Paris, demeurant rue de Longchamp n° 29, ouvrier maçon, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour repousser l’oppression pendant la journée du 29 juillet, qu’il n’a cessé de surveiller l’espace de deux nuits, sans prendre le moindre repos. Certifions en outre que sa conduite mérite les éloges de tout Chaillot, tant pour sa bravoure que par sa prudence. » Maurice, Ferdinand, dans le récit qu’il fit de sa propre participation aux combats de Juillet, donnait quelques informations concernant Destains. Son récit était ainsi rédigé : « […] A l’honneur de vous exposer que lors des événements de Juillet, il fut l’un des premiers à se dévouer pour la cause nationale, ainsi que le prouvent les certificats ci-joints qui attestent premièrement qu’il se joignit l’un des premiers à M. Destains (voir Destains, Victor, Achille, Justinien), qui s’était mis à la tête des Chaillotains ; que dès 5 heures du matin il travaillait avec lui aux barricades. Deuxièmement qu’il fut bientôt après armé d’un fusil à deux coups avec lequel il marcha à la défense des retranchements ; qu’il se trouvait seul avec M. Destains à côté du nommé Dugard (voir Dugard, Jean-Marie) au moment où celui-ci a été percé d’une balle à l’attaque des chasseurs. Troisièmement qu’il désarma plusieurs gardes royaux qu’il ramena dans différentes maisons, qu’il continua ensuite à faire des patrouilles pour la sûreté du quartier pendant plusieurs jours […]. » Destains, le 16 juin 1831, lui délivra d’ailleurs le certificat suivant, quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « Le soussigné, ayant commandé les patriotes de Chaillot en juillet, reconnaît et certifie que le nommé Maurice, Ferdinand a été un des premiers qui se soit porté à la défense de notre petite place, qu’il a travaillé aux barricades, qu’il les a défendues, que je l’ai toujours vu aux endroits les plus dangereux et qu’il m’a ensuite secondé de tous ses moyens en faisant des patrouilles pour la sûreté du poste qui m’était confié. » Il signa, le 3 juin 1831 (et comme demeurant rue Basse-du-Rempart), le certificat suivant en faveur de Winanse, Pierre, Henry et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, ex-commissaire de la force armée à Chaillot, certifie que nommé Pierre, Henry Vinant (sic) s’est joint à moi le 29 juillet au soir et qu’il m’a secondé de tous ses moyens. Les mesures d’ordre et de sûreté que j’ai dû devoir prendre pour partie du manuscrit brûlée pour la garde d’un magasin d’équi partie du manuscrit brûlée de la garde situé au bout de partie du manuscrit brûlée. » On peut lire dans Biographie universelle et portative des contemporains, les indications biographiques suivantes concernant Destains : « Sa conduite courageuse, attestée par une enquête locale et des témoignages certains, fut mal présentée dans le Figaro par quelques compétiteurs jaloux, il s’ensuivit un procès en police correctionnelle, dans lequel le journal fut condamné à insérer la réponse de M. Destains. » L’article du Figaro, daté du 2 septembre 1830, était ainsi rédigé : « Dans les derniers jours de la mémorable semaine, nous donnâmes quelques détails sur l’insurrection de Chaillot : ce furent MM Villemain (voir ce nom) et Luchet (voir ce nom) qui se mirent à la tête du mouvement des Chaillotins contre les troupes royales ; ce fait, constant pour tous les habitants de Chaillot, ne donna pas lieu à contestation, parce qu’il était trop récent et les preuves trop faciles à recueillir. Voici pourtant que M. Destaing, frère de l’ancien rédacteur de la Gazette de France, veut aujourd’hui s’attribuer tout l’honneur de l’action de MM. Villemain et Luchet et courir après une récompense à laquelle ces messieurs ne songeaient pas. Pour nous, historiens fidèles, nous établissons de nouveau le fait comme nous l’avons constaté dans l’origine, en nous appuyant sur les certificats des plus notables habitants de Chaillot. » Et pourtant Le Figaro avait bien écrit, le 5 août précédent, l’article suivant : « Dans ce que nous avons dit ces jours derniers de la belle conduite qu’ont tenue les habitants de Chaillot, nous avons omis un nom remarquable, celui de M. Victor Destains. Ce jeune homme intrépide, après s’être battu tout un jour, s’est chargé seul de pourvoir aux besoins d’une grande partie de la population, composée presque tout entière d’ouvriers, que la perte de leurs journées eût laissés sans pain. » Le Figaro, en date du 6 novembre 1830, rapportait à sa manière le compte-rendu de l’audience de la 7e chambre de police correctionnelle : « Quel est le héros qui a insurgé les habitants de Chaillot dans les journées de Juillet ? telle était la question curieuse qui s’agitait hier en police correctionnelle. Le Figaro annonça le 31 août que MM. Luchet et Villemain avaient contribué, par leurs discours et leur exemple, à insurger les habitants de Chaillot. M, Destaing, jeune homme d’environ vingt ans, prétendit avoir insurgé seul les habitants de Chaillot. Il le disait partout même à la Commission des récompenses nationales. Instruit des prétentions de M. Destaing, Figaro publia le 3 septembre un second article où se trouvait cette phrase : “M. Destaing, frère du rédacteur de la Gazette de France, veut aujourd’hui s’attribuer tout l’honneur de l’action de MM. Luchet et Villemain, et courir après une récompense à laquelle ces messieurs ne songeaient pas.” M. Destaing somma Figaro d’insérer une réponse formulée en forme de procès-verbal, dans laquelle les amis du héros lui attribuaient tout l’honneur de l’insurrection de Chaillot ; cette réponse était d’ailleurs à nos yeux offensante pour MM. Luchet et Villemain, nous refusâmes de l’insérer. Alors, M. Destaing nous actionna en police correctionnelle, sous la double prévention de diffamation et de refus d’insertion de sa lettre. Aujourd’hui Me Bethmont, avocat, a soutenu la plainte de M. Destaing. Me Dupont, notre avocat, a commencé sa plaidoirie en ces termes : “Sur la scène des révolutions, comme au théâtre, après les tragédies viennent les petites pièces destinées à distraire le public de la noirceur des drames. Dans la grande tragédie des trois journées tout chez les acteurs fut dévouement, courage, héroïsme. Cela se conçoit ; c’étaient le peuple et la jeunesse qui donnaient la représentation aux frais de leur sang. Mais après le combat il s’est agi de savoir quels avaient été les héros. Alors immédiatement après la tragédie commença la petite pièce. On n’eut pour ainsi dire pas d’entracte. Tout le monde voulut avoir montré le plus grand courage et il se trouva plus de héros que de combattants. Chaque citoyen eût tué au moins six Suisses, de sorte que, d’après le relevé fait d’un statisticien habile, il a été tué à Paris trois ou quatre fois plus de Suisses que n’en contient le territoire de l’Helvétie. Cinquante citoyens ont chacun, seul, arboré le drapeau tricolore sur le dôme des Tuileries. Trois cents citoyens au moins ont aussi chacun, seul, pris le seul canon de la rue de Rohan. Enfin il est constant qu’un personnage bien connu dans Paris a sauvé la France en restant caché dans sa chambre. Certes c’est bien là la petite pièce. Voilà donc une foule de héros improvisés après le danger. Mais quelques hauts faits ont été contestés ; les héros ont voulu les prouver. Dans quelle arène ce duel d’héroïsme va-t-il se passer ? En police correctionnelle. Vous, messieurs, vous n’êtes plus appelés seulement à appliquer des peines, vous êtes devenus des juges olympiques chargés de décerner des couronnes de laurier. Votre plumitif est devenu la table héliconienne où votre greffier inscrit les immortalités des braves qui se portent très bien, et qui vivront encore longtemps si le ciel exauce leurs souhaits. C’est encore une petite pièce que M. Destaing a voulu donner au public.” Dans le reste de sa plaidoirie spirituelle et semée de traits piquants qui ont égayé l’auditoire et déridé la gravité du tribunal, Me Dupont établit successivement la preuve que MM. Luchet et Villemain ont réellement contribué à l’insurrection de Chaillot ; il se moque plaisamment de la prétention de M. Destaing, qui seul aurait insurgé Chaillot. Chaillot est bien grand, et il aurait fallu que M. Destaing fût doué d’une ubiquité insurrectionnelle vraiment miraculeuse. Enfin, après avoir prouvé que l’article du Figaro ne portait aucun des caractères de la diffamation, que la réponse de M. Destain était au contraire offensante pour MM. Luchet et Villemain, Me Dupont termine ainsi : “Je dois vous dire, messieurs, le véritable motif du procès actuel. M. Villemain a été nommé sous-préfet. Je ne sais si c’est pour avoir insurgé Chaillot, mais M. Destaing l’a cru. M. Destaing, qui avait demandé une place de sous-préfet sans pouvoir l’obtenir, s’est dit alors : “Si je fais juger que c’est moi qui ai fait insurrectionner Chaillot j’aurai le droit d’être sous-préfet à la place de M. Villemain.” Ainsi, messieurs, faire gagner à M. Destaing le procès qu’il a intenté au Figaro, c’est en quelque sorte destituer M. Villemain, c’est donner à M. Destaing un brevet de sous-préfet. Vous y regarderez à deux fois.” Le tribunal a déclaré l’article incriminé exempt de diffamation ; mais il nous a condamné à 50 francs d’amende pour le refus d’insertion de la réponse de M. Destaing. » Il demeurait 68, rue de Chaillot en 1830-1831. Le Journal des débats, 3 août 1830 ; Le Figaro, 5 août 1830 ; Le Figaro, 2 septembre 1830 ; Le Figaro, 6 novembre 1830 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 164 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 104 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 467 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Vauquelin, Nicolas, Léandre, idem in dossier Sorot, Guillaume ; Archives de Paris VD6 92 in dossier Bernard, Jean-Baptiste, Christophe, in dossier Denis, Lucien, Paul, Marie, idem in dossier Forestier, Alexis, idem in dossier Grognot, Jacques, idem liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement (où il est curieusement sur la liste) ; Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 4 état nominatif des blessés auxquels j’ai donné de l’argent sur les deux cent dix-huit francs remis par M. Destains, commandant de Chaillot, idem liasse 5 in dossier Ribet, Michel, Joseph ; Archives de Paris VI1 1, (ancien) Ier arrondissement, décorés de Juillet, états pour la distribution de gratifications et secours à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; Archives de Paris VK3 10 ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la croix de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives de Paris VK3 29, séance du 8 avril 1831, séance du 11 avril 1831, séance du 14 avril 1831, séance du 15 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 43, idem in dossier Duban, Adrien ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gayet, Jean, Antoine ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Letenneur aîné, Jean, Cyprien, idem in dossier Linglé, Achille ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Maurice, Ferdinand ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement ; Archives nationales F 9 683 dossier 1 (1830, 30 juillet-décembre) ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bariquant, Jean-Pierre, Simon ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Delavigne, Pierre, François ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Denis, Jean-Baptiste, ; Archives de la préfecture de police AA 402 in dossier Maurice, Ferdinand ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Parqueville, Antoine, Nicolas ; Archives de la préfecture de police AA 417 in dossier Winanse, Pierre, Henry ; Biographie universelle et portative des contemporains ou Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts depuis 1788 jusqu’à nos jours, Rabbe, Vieilh de Boisjolin, Sainte-Preuve, tome cinquième, supplément, Paris, chez Levrault, 1834, p. 134.