Devoluet, Antoine, Alphonse, François
Biographie
Né le 20 juillet 1807 à Mâcon (Saône-et-Loire). Elève de l’Ecole polytechnique. Selon le rapport que fit, en date du 15 février 1831, Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Devaluet, Antoine, Alphonse, François sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il signa, le 2 août 1830 et comme chef de poste, le certificat suivant en faveur de Montron, Louis : « Je certifie que M. Montron, Louis, ancien militaire, après s’être montré des premiers à l’attaque des Tuileries, a occupé constamment le poste de la grille du jardin donnant sur le pont Royal, nuit et jour, sans désemparer, du jeudi 29 juillet jusqu’au lundi 2 août. Son service a surtout consisté à arrêter à la grille les objets emportés du château, tels que livres, argenterie... Ces objets ont été déposés au château puis recueillis par M. de Mazug [commissaire de police du quartier des Tuileries, N.D.A.]. Un élan patriotique a pu seul faire oublier un instant à M. Monton qu’il était boiteux par suite d’une blessure reçue à Waterloo. Toute sa conduite enfin prouve que ses sentiments sont ceux d’un loyal et brave Français. » Nous empruntons au site internet de l’Association d’études fouriéristes la notice biographique concernant Devoluet et ainsi rédigée par Bernard Desmars : « Antoine-Alphonse-François Devoluet est le fils d’Antoine Devoluet, négociant, et de Camille Reverchon, fille de Jacques Reverchon, qui, sous la Révolution, a successivement siégé à l’assemblée législative en 1791, à la Convention à partir de 1792, au conseil des Cinq-Cents (de l’an IV à l’an VII) et au conseil des Anciens (an VII-an VIII). Antoine Devoluet (le fils) a pour cousins Jacques Edouard Reverchon (1802-1854), député de la Saône en 1848 et accusé en 1851 par la police de sympathies pour les socialistes, et Max Reverchon (1810-1879), saint-simonien, puis fouriériste (Voir les notices de Jacques Reverchon et Max Reverchon dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Ils sont tous les deux fils, nés à Marcigny en Saône-et-Loire, de Jean Reverchon, frère de Camille Reverchon). A l’issue de ses études secondaires, Antoine Devoluet entre à l’École polytechnique en 1827 (son père étant décédé en 1813, c’est Jean Reverchon, l’oncle maternel, qui verse la pension) ; il y reste jusqu’en 1830, ayant redoublé une année en raison d’une maladie ; il participe aux journées de juillet 1830 à Paris ; il est alors républicain. A sa sortie de Polytechnique, il rejoint l’École d’application de Metz, pour devenir un officier d’artillerie. Les activités militaires ne semblent pourtant pas le séduire : “Nous voilà à Metz à faire donner le canon, 120 coups par jour. Quel état ! heureusement que la discussion est là (Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, cote 7609, lettre du 16 août 1831) [...]”. Devoluet est en effet entre l’été 1831 et le début de l’année 1832 un des éléments les plus actifs du groupe saint-simonien de Metz qui comprend plusieurs élèves du génie et de l’artillerie ainsi que quelques Messins ; il est alors convaincu de faire rapidement de nouvelles recrues parmi ses camarades et dans la population civile. Il propage aussi ses convictions lors de séjours dans sa famille, à Mâcon ou à Marcigny, et sans doute auprès de son cousin Max Reverchon (Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, cote 7609, lettre du 27 avril 1832 ; la lettre mentionne l’intérêt manifesté par l’un de ses cousins de Marcigny pour le saint-simonisme). Mais dès février 1832, ses lettres témoignent de ses doutes et de ses hésitations, notamment après que Lechevalier et Transon se sont séparés d’Enfantin et des saint-simoniens. Il considère dès ce moment qu’il “y a à prendre dans Fourier. Rendons justice à cet homme extraordinaire et ne dédaignons point les secours qu’il nous offre pour continuer notre route lointaine. Je ne serai jamais phalanstérien, mais j’écouterai toujours avec attention ces hommes dont les conseils sont méconnus aujourd’hui parce qu’ils sont mêlés d’injures et de mauvaise foi” (Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, cote 7609, lettre du 21 février 1832). Sans doute a-t-il pu débattre à cette époque avec Considerant, Bureau et autres quelques fouriéristes, également présents à l’Ecole d’application de Metz et qui s’efforcent de propager leur doctrine parmi de réunions et des conférences. En mars, Tourneux, devenu le chef des saint-simoniens à Metz signale que “Devoluet est en ce moment dans les traînards”, puis qu’ “il ne va que d’une aile” et qu’il ne prend plus part aux travaux du groupe (Bibilothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, cote 7609, lettre de Tourneux, du 20 mars 1832 et 13 avril 1832). Comme d’autres saint-simoniens, Devoluet rejoint ensuite l’Ecole sociétaire ; il s’efforce de faire des abonnés pour La Phalange à Metz (Archives nationales 10 AS 37, [681 MI 60] lettres de Devoluet non datées, probablement 1836 ou 1837). Il souscrit une action de 500 francs de l’Union agricole d’Afrique, fondée à la fin des années 1840 par des fouriéristes à Saint-Denis du Sig, en Algérie ; mais sans doute inquiet face aux difficultés financières que connaît la société, un moment menacée de disparition, il ne semble avoir versé qu’une petite partie de la somme annoncée (Bulletin de l’Union agricole d’Afrique, 1852, 1er trimestre, liste des actionnaires, avec le montant des sommes versées et celui des sommes dues. Devoluet n’a encore versé que cent francs). Lieutenant en août 1832, Devoluet devient capitaine en 1840 et prend part à plusieurs campagnes en Algérie, entre 1842 et 1851. Il se marie en 1854 avec une directrice des postes à Maîche (Doubs), Catherine Charlotte Lelong, dite Desrivages, fille d’un percepteur (Service historique de la Défense, Vinceennes 4YF 83224, dossier de Devoluet). Le couple n’aura pas d’enfant. Devoluet est promu colonel en 1861, après avoir participé à la guerre d’Italie, A la fin des années 1860, il renoue avec l’Ecole sociétaire des liens qui semblaient s’être distendus ; il promet en 1866 de s’abonner au futur périodique phalanstérien (“ma position financière ne permet pas de faire plus” que s’abonner, écrit-il [ENS fonds Considerant, carton 13, dossier 1, lettre du 17 août 1866 ]), puis souscrit à une action de 50 francs dans la société anonyme créée en 1869-1870, pour financer la Librairie des sciences sociales et La Science sociale (il ne faisait pas partie de la première société, fondée en 1866). Il prend part à la guerre franco-prussienne de 1870-1871, puis continue son activité militaire dans les Ardennes. En décembre 1872, alors qu’il est commandant d’artillerie à Givet, il visite le Familistère de Guise (Archives du familistère de Guise, livre des visiteurs). Il s’abonnera quelques années plus tard au Devoir, la revue fondée par Godin en 1878. Il est mis à la retraite en 1873 (il arrive à la limite d’âge dans son grade). Il s’installe alors à Paris, avenue de Wagram. Pendant sa carrière militaire, ses supérieurs hiérarchiques ont qualifié d’“excellents” les “mœurs”, la “conduite” et les “principes” de Devoluet, de “très étendues” son instruction générale et ses connaissances militaires, et d’“excellente” sa “manière de servir”. Il est par ailleurs décoré de la légion d’honneur (chevalier en 1846, officier en 1860 et commandeur en 1864. Pourtant, en annonçant son décès, la Revue du mouvement social affirme que Devoluet a été ralenti dans son avancement sous la monarchie de Juillet et sous le Second Empire par ses convictions républicaines. “Aussi, malgré son grand mérite, n’avança-t-il que lentement et prit-il en 1883 [en fait 1873] sa retraite en qualité de colonel quand beaucoup de ses contemporains étaient généraux”. La même nécrologie indique que “sur la fin de sa vie, M. Devoluet se consacra principalement au spiritisme”. Il mourut le 21 décembre 1884 à Paris. Il demeurait à l’Ecole de Metz en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Montron, Louis ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 211 (sous le nom de De Volnet).