Dezarnaud, Jacques, Antoine
Biographie
Né vers 1801 à Lesude (Aude). Teneur de livres. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix de Juillet. Le 22 juin 1831, il adressa en effet la lettre suivante à la Commission, et dans laquelle il relatait ainsi sa participation aux combats des trois journées : « […] Ayant été forcé de m’absenter quelque temps de la capitale, j’ai été dans l’impossibilité, messieurs, de vous soumettre plus tôt les faits suivants. Depuis l’apparition des trois ordonnances lancées par un pouvoir qui voulait la ruine de nos libertés en renversant notre charte et nos lois, je n’aspirai qu’au moment de combattre et de vaincre ce dit pouvoir si funeste à notre patrie. Le moment était venu ! Le mardi 27 à 6 heures du soir, apprenant qu’on se battait dans la rue Saint-Honoré, je m’y rendis avec empressement. J’y ai resté jusqu’à 11 heures du soir, parcourant la rue au cri de Vive la charte ! depuis la place du Palais-Royal jusqu’à la rue Tirechappe, où je m’arrêtai pour laisser passer la garde royale qui allait jusqu’à la rue Saint-Denis et revenait toujours au pas de charge. C’est sur les 7 heures et demie que je vis enlever un jeune homme tué d’un coup de fusil près la rue de l’Arbre-Sec ; un autre blessé un instant après. Indigné d’un pareil spectacle, je fus un des premiers à aller à bout portant au-devant des gardes royaux, toujours au cri de Vive la charte ! seul moyen de venger ces malheureux, n’ayant point d’arme encore. La garde royale se voyant trop inquiétée, elle fit une décharge de coups de fusil sur nous. Comme tout le monde fuyait, je me rangeai le long du mur, afin de donner des secours aux blessés, mais, n’en n’ayant point vu, ni de morts non plus, depuis j’ai toujours eu la ferme persuasion qu’il y avait dans la garde royale des compagnies qui n’avaient leurs fusils chargés qu’en poudre, ce jour-là. Le mercredi 28, je sortis de la maison sur les 8 heures du matin. Je fus sur le pont de la Tournelle, où j’ai resté un moment avec M. Bouquera, négociant. Je vis quelques cuirassiers qui venaient du côté de la place Maubert. Ici, je fus le premier allant au-devant d’eux, au cri de Vive la charte ! Je fus ensuite à la descente du pont Marie, où je trouvai M. Charles Galichon, mon ami. Nous vîmes une compagnie de cuirassiers passant sur le quai des Ormes. Nous leur criâmes Vive la charte ! L’officier qui était en tête fit signe aux cuirassiers de ne rien faire. Je traversai l’île Saint-Louis, pour marcher sur le poste des gendarmes à l’Entrepôt, ayant un fleuret à la main, comme mon ami Charles Galichon. J’entrai dans les poste des gendarmes, que nous désarmâmes. Là, je vis M. Bompierre, en habit de garde national et bonnet de police, qui fut nommé chef de poste. Quant à moi, je fus accompagner les gendarmes à leur caserne, rue Mouffetard, où nous fîmes abattre le drapeau blanc. Dans la même rue, nous fûmes désarmer un poste de la ligne, près les Gobelins. Nous dirigeâmes nos pas ensuite vers Sainte-Pélagie, où nous voulions en faire autant, mais, ayant considéré que les prisonniers méritaient d’être gardés, nous abandonnâmes ce projet et nous nous contentâmes de faire promettre aux soldats de ne point tirer sur le peuple. Nous fûmes à la caserne des Vétérans, de l’ex-garde au Jardin du roi. Comme nous n’étions qu’une trentaine armés et qu’ils étaient bien supérieurs en nombre, nous passâmes outre, pour nous porter vers le poste de la Poudrière, boulevard de l’Hôpital, que nous surprîmes, et comme le chef de poste semblait décidé à nous résister, nous leur prîmes promptement leurs armes et alors il s’adressa à moi, me disant que, comme chef, il serait trop puni s’il rentrait sans armes dans la caserne et par conséquent il nous priait de lui permettre à lui seul de conserver son fusil, ce qui lui fut accordé ; j’ignore si plus loin il fut désarmé. C’est un instant après que j’entendis le canon de Grève. Alors avec mon ami Charles Galichon, nous nous dirigeâmes de ce côté-là. Voyant qu’il restait de nos camarades pour garder le poste de la Poudrière, très important et qui n’avait point d’armes, j’abandonnai mon fusil à l’un, espérant en retrouver un autre. Mais, trompé dans mon attente, je fus obligé de rester spectateur du combat ; mais toujours avec le petit nombre qui possédait des armes, pour les aider en cas de besoin. Le lendemain, jeudi 29, on s’occupa à organiser la garde nationale. Désirant, avant, en prévenir les autorités, M. Bouquera, en ce moment capitaine de grenadiers du bataillon de l’île Saint-Louis, se rendit à la mairie pour en faire la déclaration, où je l’ai accompagné. Depuis je fus toujours de garde, soit à la mairie ou dans l’île Saint-Louis jusqu’au samedi. Je sais que je n’ai fait que mon devoir mais comme on aime à se rappeler ces moments si glorieux, je me fais un devoir aussi de vous en donner une entière connaissance afin que votre haute sagesse puisse rendre l’arrêt de justice pour lequel je suis d’avance plein de respect et de soumission. J’ai l’honneur, etc. » Suivaient deux apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « J’affirme que M. Dezarnaud a contribué à désarmer le poste des gendarmes de la rue des Fossés-Saint-Bernard. Des personnes dignes de foi m’ont attesté qu’il s’était conduit vaillamment à la prise de la Poudrière. » Signé, le 13 juillet 1831, Bompierre (voir Bompierre, Sébastien, François), décoré de la croix de Juillet, lieutenant des grenadiers à la IXe légion de la garde nationale. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie que M. Dezarnaud a contribué au désarmement du poste des gendarmes de la rue des Fossés-Saint-Bernard, ayant de même participé au désarmement des postes du 50e de ligne, rive gauche de la Seine. » Signé : Sibuet fils (voir Sibuet, Jean-Jacques), décoré de la croix de Juillet. Il demeurait 1, rue Guillaume, dans l’île Saint-Louis, en 1831. Archives de la préfecture de police AA 385.