Dolbeau, Jean, Marie

Biographie


Né le 3 avril 1793 à Nantes, fils de Dolbeau, Jacques et de Enaul, Anne. Marinier. Il mourut, le 30 juillet à 23 heures, des suites de ses blessures reçues pendant les combats contre le 10e léger sur la place Louis-XVI à Nantes (Loire-Atlantique). Nous empruntons à l’ouvrage Nantes en 1830 et les journées de Juillet de Giraud-Mangin, la relation des circonstances probables dans lesquelles il fut tué : « Mais, l’après-midi [du 30 juillet], le tumulte reprend de plus belle : 600 mauvais fusils de traite ont été enlevés chez l’armurier Chesnard ; des bandes en armes commencent à parcourir les rues, en vociférant. Une troupe d’environ 150 hommes se dirige vers le château, trouve le pont-levis fermé, la grille solidement assujettie, et se rendant compte de l’inutilité de la tentative, reflue en partie vers la place Louis XVI. Deux hommes dévoués, M. Bosset, propriétaire, et M. Kitchen-Vic, commis-négociant, les avait précédés, dans l’espoir d’être reçus par le général Despinois et d’obtenir de lui, en mesure d’apaisement, la libération immédiate des détenus. Il est entre 5 et 6 heures du soir. Au même moment, arrive par la rue de l’Evêché et la rue Chauvin un autre groupe de manifestants en armes, dont l’intention est aussi d’entamer des pourparlers avec le général. Ils crient, sans doute, mais ils pensent si peu à une collision avec les soldats que beaucoup ont mis leurs chapeaux au bout des baïonnettes. En tout ils sont là 150 à 160. Sur la place, 120 hommes du 10e léger sont rangés devant l’hôtel de la division, où sont réunis les autorités, le préfet, le maire, le général Despinois ; la gendarmerie montée, des carabiniers, des fantassins sont massés en réserve au fond de la place, dans la cour de la caserne de la Visitation. En quelques minutes le drame se joue. Un coup de fusil part, on ne sait d’où, vraisemblablement par mégarde. La fusillade devient générale. Dix manifestants sont tués ou mortellement atteints : Chauvet, commis-négociant ; Dolbeau, marinier ; Lasnier, épicier ; Pottin, relieur ; Racineux, tisserand ; Réseau, cordonnier ; Rigaud, commis quincaillier ; Camin, docteur-médecin, qui décède le 7 août ; Pierre, Samuel Voruz, fondeur, meurt le 19 août ; Robert, ouvrier raffineur, le 22 août. Tous jeunes gens de 17 à 36 ans. A ces victimes, il faut ajouter 39 blessés, dont 8 resteront estropiés pour la vie. Deux femmes furent atteintes par ricochets : la veuve Pavageau (lire Parageau, Perrine, femme Martin), tricoteuse, 67 ans, blessée d’un coup de feu au talon, et la femme Deberge, journalière, blessée à la joue, sur le pas de sa porte, à l’entrée de la rue Saint-Clément. » Dans la lettre que Bernard, Charles fit parvenir au préfet, le 19 août 1831, il rappelait les circonstances au cours desquelles Dolbeau avait été blessé : « […] On vint nous avertir de la translation de nos prisonniers au château ; nous y fûmes de suite. Ce fut moi qui parlai aux deux officiers d’artillerie, qui nous recommandaient de la prudence. Nous voulions nos prisonniers ; ils nous dirent qu’il fallait un ordre du maire ou du général. Sur quoi j’observais que le premier avait manqué à sa parole le matin et que l’autre ne nous inspirait pas plus de confiance. Beaucoup de nos camarades avaient continué de monter et étaient arrivés près son hôtel lorsque nous entendîmes la première décharge, un jeune homme avança son fusil sur mon épaule, en disant qu’il voulait, avant de quitter le château, abattre un des soldats qui étaient rangés en bataille en avant du pont-levis. Je l’empêchais, en lui reprochant son imprudence, non qu’il compromettrait notre vie mais celles des femmes et enfants que la curiosité avaient attirés. Nous volâmes au secours de nos camarades et essuyâmes la seconde décharge, à laquelle je ripostais en voulant nous réunir à eux par la rue de l’Evêché. J’accompagnais Dolbeau (voir Dolbeau, Jean-Marie) qui venait de tomber pas loin de moi et empêchais qu’on fusille un officier sur la place Saint-Pierre […]. » Il était marié, le 24 décembre 1816, à Albert, Julie, née le 6 avril 1793 à Nantes, (fille de Albert, Thomas, marin, né à Sainte-Croix-de-Nantes, et de Guillot, Jeanne, née à Rennes, son épouse), qu’il laissait sans ressources et mère de quatre enfants en bas âge : Julie, Anne, née le 3 novembre 1817 ; Alexandre, né le 5 juin 1819 (ou le 25 juin 1819) ; Claire née le 12 juin 1821 (aussi le 20 septembre 1821 ; aussi le 20 septembre 1821) ; Anne, Renée née le 20 septembre 1824 (dans son acte de naissance). Sa veuve fut proposée par la ville de Nantes pour une pension de cinq cents francs, conformément aux disposition de la loi sur les récompenses nationales. Sa fille, Anne, Renée, fut proposée par la ville de Nantes pour un secours annuel de 250 francs jusqu’à ses sept ans. En 1832, elle accéda à la pension annuelle de cinq cents francs. Ses trois autres enfants furent proposés pour être élevés aux frais de l’Etat. L’oncle et subrogé-tuteur, Souffrant, s’occupait des démarches administratives pour les enfants, la mère ne sachant ni lire ni signer. Son nom, avec celui de Emile Camin, Jean Reseau, Maurice Racineux, Auguste Chauvet, Napoléon Rigaud, Hubert Robert, Mathurin Pottin, Agnan Lasnier et Pierre Voruz, est inscrit sur la colonne polygonale du cimetière de Miséricorde à Nantes, érigée en mémoire des combattants de Juillet nantais morts dans les combats. La construction du monument, permise par une souscription lancée par le Dr Guépin et ses amis, avait été réalisée par l’architecte Guillemet et le sculpteur nantais Suc. Sur le quadrilatère du soubassement, on peut lire :

A nos concitoyens morts pour la défense de nos droits.

La Nation qui n’honore pas les martyrs de la Liberté, n’est pas digne d’être libre.

La défense de la Charte est confiée au patriotisme de tous les citoyens.

Le pouvoir qui viole la Constitution signe lui-même l’arrêt de sa déchéance.

La commission qui s’occupait pour la ville de Nantes des orphelins de Juillet fit, en 1848, le bilan des enfants dont elle s’était occupés. Parmi eux, il y avait ceux de Dolbeau, Jean, Marie et d’Albert, Julie (née le 6 avril 1793 à Nantes). Sur Dolbeau, Julie, Anne, née le 3 septembre 1817 et décédée le 17 février 1838 étaient notées les appréciations suivantes : « Lecture, écriture, calcul, travail d’aiguille, principes de la religion chrétienne et une éducation très soignée » la destinaient à être demoiselle de magasin dans le commerce des nouveautés. Elle succomba, quelques mois avant sa majorité, à une longue et coûteuse maladie, qui épuisa la presque totalité de sa pension et mit « un terme aux espérances que donnait cette intéressante orpheline ». Dolbeau, Alexandre, né le 25 juin 1819, qui reçut trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1833, pensionné jusqu’en 1838, « a appris à lire, écrire et calculer mais a fait preuve d’une grande dissipation ». Il fit l’école des Arts et Métiers d’Angers puis devint fondeur puis marin. A sa majorité, il disposait de huit cent vingt-sept francs et soixante-cinq centimes. En 1848, sa famille ne l’avait pas revu depuis quatre années et la commission ne se félicitait pas des résultats obtenus ; on le croyait à cette époque célibataire. Dolbeau, Claire, née le 12 juin 1821, pensionnée jusqu’en 1839, reçut une « éducation morale comprenant la lecture, l’écriture, le calcul et les principes de la religion chrétienne ». Tailleuse pour hommes, elle épousa Ricou Charles, menuisier, et avait, à sa majorité, trois mille cinq cent cinquante-trois francs et vingt-six centimes d’économies sur son livret ; la commission notait sur elle : « Marié à un honnête ouvrier, elle est aujourd’hui mère de famille et bien famée. » Anne, Renée, née le 30 septembre 1824, pensionnée jusqu’en 1842, reçut une « éducation en rapport avec la profession de lingère qu’elle a apprise et qu’elle exerce aujourd’hui. Cette éducation a été morale et a compris la lecture, l’écriture et le calcul ». A sa majorité, elle disposait de cinq mille trente-neuf francs et sept centimes, et la commission notait : « Cette jeune personne retire du gain que lui procure son état des moyens d’existence qui suffisent à ses besoins. » Et aussi : « Il y lieu de se féliciter de la direction morale et professionnelle donnée à l’orpheline. » Dolbeau demeurait rue de la Sauleraie à Nantes en 1817 ; rue Kervégan à Nantes en 1819-1830. Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 2 (sous le nom d’Albert, Julie), p. 47 (pour les enfants) ; Archives nationales F/1dIII/40 (année 1832) ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F/15/2555, correspondance avec le deuxième bureau, années 1832-1833 ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 463 à 466.

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