Dormoy, Ferdinand
Biographie
Né le 7 mai 1810 à Troyes (Aube). Ex-élève de l’Ecole royale de Chalon, « licencié pour cause d’opinion, sous le ministère Villèle ». Le 14 mars 1831, il donnait la relation suivante de sa participation aux événements de Juillet : « Je pris part à presque toutes les affaires des journées de Juillet. Le 28, je me procurais un fusil à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; je pris de la poudre à la poudrière du boulevard de l’Hôpital ; je me dirigeais vers le pont de la Cité (maintenant d’Arcole), où je restais pendant le fort de l’action, pendant laquelle nous empêchâmes plusieurs fois l’ennemi de traverser. Le 29 au matin, je me rendis à l’archevêché, duquel je fis évacuer une grande partie du matériel sur l’Hôtel-Dieu et empêcher à plusieurs reprises, conjointement avec plusieurs autres personnes, les malveillants de mettre le feu au bâtiment du palais, menaçant de faire fusiller sur-le-champ ceux qui auraient été pris en faisant cette tentative. Le soir du même jour, en parcourant les caveaux des Tuileries, je rencontrai une porte qui me sembla fermée avec le plus grand soin. J’appelai. Cent personnes environ accoururent, de la lumière fut apportée et nous tentâmes d’enfoncer cette porte. Après des efforts inouïs, elle allait céder lorsque des voix humaines se firent entendre. Je passai ma main à travers une ouverture, elle fut aussitôt saisie et des cris de Nous sommes citoyens nous voulons la liberté se firent entendre. Je demandais qui parlait ainsi, pas de réponse. La porte tomba enfin et quatre Suisses du 3e régiment nous apparurent. Aussitôt s’élevèrent des cris d’indignation et le peuple allait leur faire un mauvais parti lorsque je pris la parole et déclarai que l’on me passerait sur le corps avant d’égorger lâchement quatre prisonniers. La majorité des assistants se rangèrent à mon avis, les quatre Suisses se défirent de leurs capotes et, aidé d’un jeune homme qui étaient à mes côtés je parvins à les faire sortir des Tuileries et à les éloigner des spectateurs de cette scène qui avait failli de devenir bien terrible. Je me trouvais à l’affaire du Louvre et de la rue du Dauphin, de Rivoli et celles circonvoisines. Le 30, je suivis M. Goy à Sèvres ; je remplis avec zèle les missions qui me furent confiées en cette circonstance et dont copie du certificat est ci-joint, entreprises d’autant plus dangereuses que je savais que si j’étais pris il y allait de mes jours et que je n’ai dû qu’au miracle de les conserver. J’apportais au gouvernement provisoire la nouvelle de la reddition de Sèvres. Là, je reçus des félicitations sur la conduite que j’avais tenue, qui était relatée dans une lettre écrite à la hâte par M. Goy. Le 3 août, je fus un des premiers à marcher sur Rambouillet et n’en revins que le lendemain, après m’être assuré que notre tranquillité ne serait plus troublée désormais. Le 6 et le 7, je fis apposer sur les murs de la capitale une proclamation au bas de laquelle était ma signature, rédigée dans un but et un style patriotique ; elle a dû faire impression sur les gens qui l’on tenta d’égarer à cette époque. Aussitôt que j’entendis parler de la révolution bruxelloise, j’offris mes services, ils furent acceptés et bientôt je fus compté comme capitaine parmi les défenseurs de la Belgique et je ne revins en France que pour échanger mes deux épaulettes contre une seule. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 28, il obtint un fusil à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il se dirigea d’abord sur la poudrière et de là au quai de la Cité, où il se fit remarquer par son courage et son intrépidité. Le 29, il combattit vaillamment au Louvre, aux Tuileries, à la rue de Rivoli, sauva la vie à quatre Suisses qui se trouvaient dans un des caveaux des Tuileries. Le 30, il alla à Sèvres et y entra en présence de la garde royale. Il fit aussi la campagne de Rambouillet. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 31 décembre 1830, à dix voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté comme officier de cavalerie au 14e régiment de chasseurs sorti de l’Ecole de Saumur en 1831. Il avait droit à recevoir mille francs de supplément d’indemnité de première mise, par suite de la décision de M. d’Argout, en date du 14 janvier 1832. Il avait reçu cent soixante (ou trois cents ?) francs, le 7 janvier 1831, et en tout cas cent quarante francs le 18 mars 1831 auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. On trouve dans son dossier, la lettre suivante, envoyée de Saumur le 22 février 1831, (dont on ignore le destinataire et la portée réelle et qui est donc antérieure à la relation dont il est fait état plus haut) : « J’avais commencé le travail que vous m’avez demandé par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire en date du 7 courant ; mais d’après des renseignements que j’ai fait prendre à Paris, il résulte que cette demande de votre part a été provoquée par des propos calomnieux tenus sur mon compte. Voulant alors confondre le lâche hypocrite qui m’a accusé, je viens de prier le ministre de la Guerre de m’accorder une permission pour me rendre à Paris, ce qui je pense vaudra beaucoup mieux que de vous envoyer une relation dans laquelle je pourrais omettre quelques détails, ce qui loin de me servir tendrait à me devenir funeste. Ayez, Monsieur, l’extrême obligeance de me faire savoir si je serai assez tôt à Paris vers le 10 mars. J’abuse sans doute de votre complaisance mais dans la position critique où je me trouve, j’en ai le plus grand besoin. » Signé d’Ormoy. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il sollicita, en 1833, une indemnité supplémentaire de mille francs de première mise en équipement, donnant les précisions suivantes : « Officier de cavalerie présenté par la Commission des récompenses nationales, j’ai été envoyé comme tel à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Des circonstances me firent sortir de cette école avant les autres officiers dans ma position pour entrer eu 14e chasseurs à cheval. J’avais alors reçu mille cinq cents à titre d’indemnité d’équipement. Mes camarades restés à l’Ecole reconnurent bientôt que la somme de mille cinq cents francs qui leur avait été allouée étaient insuffisante pour faire face aux nouvelles dépenses que nécessitait leur entrée dans les régiments. Se fondant sur ce motif, ils adressèrent au ministre de l’Intérieur une demande tendant à obtenir un supplément d’indemnité de mille francs. M. le ministre accorda et la somme fut payée à tous les officiers présents à l’Ecole mais furent oubliés quelques officiers dont la sortie de cette école avait précédé la faveur faite par le ministre. Je me trouve dans cette dernière catégorie. Cependant j’ai comme mes camarades des droits acquis. J’ai comme eux fait la dépense considérable de l’équipement de Saumur. Je suis enfin dans le droit commun. Je pense, M. le ministre qu’il vous suffira de prendre connaissance de cette réclamation pour donner l’ordre que la somme de mille francs me soit payée. » Il reçut un secours de soixante francs en 1849, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait 22, rue Saint-Jean-de-Beauvais (mais 23, rue Saint-Jean-de-Beauvais en 1831 deux fois in Archives de Paris VK3 33) en 1830 ; à l’Ecole de cavalerie de Saumur en 1831 ; 31, quai de la Cité en 1833 ; 62, route d’Asnières aux Batignolles en 1849. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 (sous le nom de Dormoy, Edme, Ferdinand) ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831), sous le nom d’Ormois ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de D’Ormoy, Ferdinand) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la seconde sous le numéro 547) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 22, relevé des quittances remises à M. le pair de France, préfet de la Seine, par M. Delestre, délégué de la Commission des récompenses nationales, à l’appui des paiements faits aux blessés de Juillet, veuves et orphelins, depuis le 2 février 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 31 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 43 ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, 14 janvier 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Dormoy, Edme, Ferdinand) ; Archives nationales F/1dIII/37 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, Bordereau des sommes payées pour premières mises accordées aux sous-lieutenants par la caisse du (ancien) XIIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (cité deux fois : une fois pour l’avance qu’il reçut sur son indemnité de première mise d’équipement, une autre fois pour les vingt-cinq francs de gratification reçus à titre de décoré mais non blessé) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, état nominatif des sous-lieutenants présentés par la Commission des récompenses nationales, promus à ce grade le 19 décembre 1830, actuellement à l’Ecole de Saumur, réclamant la première mise qui leur a été accordée par l’arrêté du 2 janvier 1831 (sous le nom de d’Ormoy) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de D’Ormoy, Ferdinand) ; Archives nationales F/1dIII/69 (sous le nom de D’Ormoy, Ferdinand) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 40 et suivantes, idem minute 45 (sous le nom de D’Ormoy, Ferdinand), idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 70 (sous le seuil nom de Dormoy).