Douelle, Jules, Louis
Biographie
Né le 8 février 1804 à Paris (par erreur le 8 février 1830 ! in Archives nationales F/1dIII/39), fils de Douelle, Louis, Pierre (voir ce nom). Ancien fourrier au 3e régiment d’artillerie à cheval, devenu commis négociant 20, rue des Mauvaises-Paroles en 1830. Il fut l’objet d’une demande collective présentée par une dizaine de personnes qui rappelèrent sa participation aux combats et sollicitèrent pour lui une place ou un emploi : « Parti le 27 de son domicile sans autres armes que deux pistolets de poche, il se joignit aux rassemblements de la rue Saint-Honoré, qui, comme on le sait, envahirent les boutiques d’armuriers. Le lendemain, muni d’un fusil, il se battit près de la porte Saint-Denis, seul contre deux cuirassiers restés en arrière de leur peloton, après une charge faite sur le boulevard. Il serait devenu leur victime si le peuple, accouru à son secours, ne l’eût arraché de leurs mains. Plus loin, à la hauteur du faubourg du Temple, il contribua à faire mettre bas les armes à un bataillon de la ligne, en forçant, le pistolet sous la gorge, le lieutenant-colonel qui le commandait à en donner l’ordre à sa troupe. Il se battit ensuite dans les rues Mauconseil et Montorgueil. Le soir, il fut se faire inscrire au poste des Petits-Pères et veilla pendant la nuit à la sûreté de la Banque de France, en se joignant aux patrouilles qui eurent lieu et dans lesquelles la garde nationale perdit quatre hommes. Dès 3 heures du matin, il était au bureau du Temps avec M. Emmanuel Las Cases (voir ce nom) et reçut des mains de M. Baude (voir ce nom) une centaine d’exemplaires de ce journal, qu’il s’empressa de répandre dans le quartier populeux des halles pour entretenir l’ardeur de ceux que le manque de chefs décourageait déjà. Le 29, il faisait partie de la colonne que commandaient les élèves de l’Ecole polytechnique et qui partit de la place des Victoires, déboucha sur le quai près le Pont-Neuf et envahit le Louvre. Lui, vingtième, enfonça la grille du côté du pont des Arts, sous le feu des Suisses. Là, son fusil brisé entre ses mains est remplacé par celui d’un soldat blessé. Il court avec ses camarades à la prise des Tuileries et revient aussitôt à la rue de Chartres, où un bataillon du 1er de la garde se rend au détachement dont il faisait partie. Il assista, comme combattant, pendant toute l’après-midi à la fusillade qui eut lieu aux rues Saint-Nicaise, Valois-Batave et de Rohan et eut ensuite l’honneur de faire au général Lafayette à l’Hôtel de ville en présence du colonel Carbonnel (voir ce nom) un rapport circonstancié des événements dont il avait été le témoin. Le lendemain 30, il fut à Saint-Cloud et le surlendemain à Rambouillet. » Signé : Morin illisible, clerc de notaire, « s’étant trouvé à la porte Saint-Denis le 28 juillet » ; O’Reilly, R., R., demeurant 14, rue du Sentier illisible ; Ehramann, Charles, « s’étant trouvé à la fusillade rue Saint-Honoré, le 29 juillet dernier », demeurant 14, rue du Sentier ; Evezard, demeurant 28, rue Saint-Martin ; illisible, compagnon à la rue Montorgueil ; Cuvillier, employé au pont d’Arcole, « était au boulevard du Temple le 28, au Louvre et aux Tuileries le 29, à Saint-Cloud le 30, demeurant 18, rue Bourtibourg ; Heuzé, présent à Saint-Cloud, demeurant 119, rue Saint-Martin ; Godfroy, « l’ayant vu le 28 juillet sur le boulevard Saint-Martin », demeurant 119, rue Saint-Martin ; Languille, sergent à 2e compagnie du 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale, demeurant 20, rue des Mauvaises-Paroles ; Ninet illisible, demeurant 65, rue Saint-Martin ; Hautot, J., « blessé à la cour Batave, était avec M. Douelle rue Mauconseil et ensuite au poste des Petits-Pères, où ils passèrent la nuit du 28 au 29 juillet », demeurant 16, rue illisible (des Orties ?). Un autre témoignage nous apprend que, marchand avec son père et son frère vers l’hôtel de ville, que les Parisiens voulaient reprendre, le 28 juillet vers 7 heures du soir, il rencontra, sur le quai Pelletier, le médecin Papu, François, Nicolas, qu’il connaissait pour avoir été au collège avec lui à Rennes. Le père Douelle lui fit plusieurs fois l’observation à qu’il s’exposait beaucoup ; mais comme Papu arrivait sur la place de l’hôtel de ville, il tomba frappé d’une décharge de biscayens. Le père Douelle le fit porter dans la cour de la maison du 24, quai Pelletier puis au 30, où plusieurs blessés attendaient la visite d’un médecin. Papu devait succomber deux heures plus tard. Douelle Jules continua pendant ce temps de combattre les forces qui défendaient l’hôtel de ville. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Ne voyant pas son nom inscrit sur la première liste de décorés de la croix de Juillet, parue dans le Moniteur, il écrivait, le 7 mai 1831, à la Commission des récompenses nationales, pour se plaindre : « J’ai eu une dernière entrevue avec M. Delannoy, commissaire, il y a à peu près cinq semaines : j’étais allé le voir pour lui reprocher la manière dont la plupart des sous-lieutenances avaient été accordées dans ses arrondissements ([anciens] IIIe et IVe). Ex-sous-officier d’artillerie à cheval, je peux dire sans vanité que j’aurais dû être préféré à plusieurs de ceux qui ont été nommés, mais illisible de consolation sans doute, M. Delannoy m’assura que j’étais porté pour la décoration et je lui donnai sur sa demande mes nom, prénoms, âge, lieu de naissance, domicile et profession. Quel a été mon étonnement en lisant la liste publiée par le Moniteur de ne pas trouver mon nom, lorsque j’y voyais ceux de tant d’autres qui devraient rougir d’y être inscrits, car, à mon avis, un honneur non mérité déshonore celui qui l’accepte. Il en est malheureusement quelques-uns pour lesquels la Commission ne peut prétexter illisible l’erreur et je ne crains pas de dire que par certaines nominations elle a mérité le blâme public. […]. » La médaille de Juillet lui ayant été attribuée par la Commission des récompenses nationales auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, il la refusa et réclama le renvoi des certificats qu’il lui avait confiées. Il comparut (indiqué comme demeurant chez son père, 153, rue de Flandres), le 27 septembre 1830, devant le commissaire de police du quartier des Arcis, et fit la déposition suivante : « Le sieur Papu a été blessé près de moi et au bas du quai Pelletier, du côté de la place de Grève, le 28 juillet 1830, sur les 7 heures du soir, et mon père s’étant occupé de le faire transporté dans une maison du voisinage, je continuais de combattre contre la garde, qui défendait l’Hôtel de ville. Je connaissais très particulièrement le sieur Papu et j’ai été au collège de Rennes, où il avait comme moi fait ses études, et sa mère, qui sollicite aujourd’hui une pension de la Commission des récompenses nationales, demeure encore à Rennes. Mon père a été receveur des contributions indirectes dans cette ville pendant quatre ans ; c’est alors qu’il a connu le sieur Papu et sa famille et c’est seulement par intérêt pour la mère de ce malheureux jeune homme qu’il fait des démarches pour lui faire obtenir la pension qui lui revient mais qu’elle ne peut avoir sans produire l’acte de décès de son fils. » Il demeurait 153, rue de Flandres à La Villette, où il était alors négociant, en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives de Paris VK3 43 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Papu, Nicolas, François.