Driesen de, Alphonse, Lallemand
Biographie
Né vers 1801 à Paris. Rentier. Il s’illustra place du Châtelet, à la Grève etc. Il souffrit d’anévrisme par suite des nombreuses contusions qu’il avait reçues, piétiné par les chevaux. Il fit valoir trop tard ses droits devant la Commission des récompenses nationales. Sa conduite fut signalée ainsi par Luquet (voir Luquet, Amant, Julien), qu’il avait secouru lorsqu’il fut blessé : « Messieurs, il y a un brave jeune homme, qui s’est bien battu dans les trois jours, qui m’a sauvé la vie entre autres et qui n’a rien dit de ce qu’il a fait puisque nous ne l’avons pas vu inscrit dans les récompenses. Aussi je viens pour vous déclarer et pour que vous n’en ignoriez je vous apporte pour mettre sur vos registres le papier ci-joint signé par des blessés et décorés de Juillet, que nous voulons lui envoyer en bons citoyens reconnaissants et par devoir nous voudrions qu’il ait la croix comme les autres braves car il l’a bien gagné ainsi que toute récompense s’il est justice. » Signé, le 9 juillet 1831 : Luquet (voir Luquet, Amant, Julien), « blessé et décoré ». Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la décoration de Juillet. Il adressa en effet, le 28 août 1831, la lettre suivante à la Commission des Réclamants : « Vous m’avez fait l’honneur de m’écrire pour m’inviter à souscrire en faveur des nécessiteux d’entre les combattants de Juillet. Je me suis empressé de venir déposer entre vos mains la modique cotisation de dix francs. Croyez que, sans des revers de fortune récents, mon offrande eût mieux répondu aux sentiments que j’ai dans le cœur. Les renseignements que je vous ai demandés m’ayant appris que c’étaient des combattants de Juillet eux-mêmes qui, à mon insu et ne me voyant pas porté sur la liste des récompenses, étaient venus faire pour moi des réclamations dans vos bureaux, je croirais mal répondre à cette démarche si honorable pour eux si je ne joignais d’autres renseignements à ceux que vous possédez déjà. J’ai donc l’honneur de vous adresser : premièrement une copie de l’attestation que m’ont envoyée ces braves citoyens ; deuxièmement, une copie de la lettre qui contenait les papiers que j’avais perdus en pansant l’un d’eux, qui les recueillit et lesquels lui ont fait connaître mes noms et demeure ; troisièmement, un certificat des médecins qui m’ont soigné dans la maladie longue et grave que j’ai faite à la suite du piétinement des chevaux, dont j’ai été victime en juillet 1830 et qui a exaspéré d’une manière incurable un anévrisme de cœur, qui doit me faire considérer comme grièvement blessé. Cet accident est d’autant plus déplorable que je suis père de trois enfants ; quatrièmement, deux certificats qui attestent les services que j’ai eu l’honneur de rendre à mon pays lors de l’invasion étrangère. Je pourrais facilement grossir le dossier de mes pièces mais je pense que celles-là suffisent pour établir votre conviction et prouver d’une manière honorable la part active que j’ai toujours prise aux événements mémorables, où il s’est agi de l’honneur national et du bonheur de mon pays. Lors des travaux de la première Commission, j’ai tu la part que j’avais prise aux trois journées pour différents motifs que vous apprécierez ; il me suffisait, comme aujourd’hui, d’avoir rempli les devoirs d’un bon citoyen. Cependant les combattants de Juillet ayant divulgué ce qu’ils m’avaient vu faire dans nos trois jours, ignorant la dissolution de la Commission et ayant vaincu mes scrupules, je me suis présenté rue du Mont-Blanc mais il était trop tard. Je sollicitais une enquête si on la jugeait nécessaire. M. Ternaux me répondit qu’il ne pouvait y avoir lieu, vu la forclusion des travaux de la Commission ; alors, M. Viguier (voir Viguier, Auguste), membre de cette même Commission, connaissant parfaitement les combattants de Juillet qui portaient témoignage comme domiciliés, blessés et décorés dans son arrondissement, exprima sur la pièce n° 1 le regret qu’il éprouvait de ma trop grande réserve. Sur ces entrefaites et à l’occasion du premier anniversaire des trois jours, j’adressai à M. Le ministre de l’Intérieur une demande de la Légion d’honneur, fondée sur mes titres de 1814 et ceux de 1830. Le maire et le député de mon arrondissement eurent la bonté de se réunir à ma demande […] J’ai le désir, messieurs, par scrupule ou par préjugé, qu’il soit bien constaté que je n’ai point pris l’initiative des réclamations et que si ma conduite est connue c’est parce que des combattants l’ont divulguée et que l’ayant honorée de leurs suffrages ils ont voulu lui donner une publicité à laquelle il entrait dans mes habitudes de me soustraire […]. P.S. J’ai demandé au sieur Luquet pourquoi il ne m’avait pas renvoyé plus tôt ces papiers. Il me répondit qu’il sortait à peine des hôpitaux et puis sans cela qu’il n’osait pas venir les remettre de peur d’avoir l’ai de quêter une récompense. Luquet a même refusé que je rembourse les frais de papier timbré et d’enregistrement de la pièce qui m’a été envoyée. “Vous m’avez sauvé la vie, dit-il, je vous en dois bien d’autres.” » Les pièces suivantes étaient effectivement jointes à son dossier. L’attestation suivante, signée par des blessés de Juillet : « N’ayant pas vu sur la liste des citoyens récompensés par la nation M. Alphonse Lallemand de Driesen, n° 13 de la rue Hauteville, qui, dans les journées de Juillet, s’est battu avec nous, nous, soussignés, blessés de Juillet, protestons qu’il y a là un oubli et nous certifions que M. Driesen a fait le coup de feu, pendant tout le temps de la bataille le mercredi 28 à la place de Grève et autres endroits, qu’il nous a donné de la poudre et des munitions et qu’il a relevé et arrangé avec sa chemise et son linge plusieurs de nous, qu’il portait sur son dos pour nous aller panser et nous faire respirer les sels et de l’eau-de-vie, vu qu’il avait le bonheur de n’être pas atteint. C’est un brave jeune homme, qui s’est vaillamment battu avec nous, qui nous a secourus et pansés et qui a bien contribué au succès de nos glorieuses journées. Nous lui envoyons et lui offrons unanimement ce témoignage authentique pour sa bravoure et son honorable conduite. » Signé, à Paris le 1er juillet 1831 : Luquet (voir Luquet, Amant, Julien), « blessé des trois journées », demeurant 20, rue de la Cossonnerie ; Butant (voir Butant, François), « blessé », demeurant 10, rue des Prêcheurs ; Lefèvre, demeurant 31, rue de la Cossonnerie ; Lapie, « blessé du 28 juillet », demeurant dans le (ancien) IVe arrondissement ; Jandret (voir Jandret, François, Bonnet), « blessé », demeurant 50, rue de l’Aiguillerie ; Aubois (voir Aubois, Charles), « blessé » sic, demeurant 12, rue de la Vannerie. L’adjoint au maire du (ancien) IVe arrondissement ajoutait la note suivante au bas du certificat : « Le certificat délivré par MM. Aubois, Luquet, Lapie, Jandret, tous blessés de Juillet et décorés ou médaillés, me paraît devoir mériter toute confiance et il est à regretter que M. de Driesen n’ait pas fait valoir plus tôt ses titres auprès de la Commission des récompenses et qu’il ait été ainsi privé par sa trop grande réserve de celles qui auraient pu lui être accordées. » Signé : Viguier, Auguste (voir ce nom). Aussi, cette lettre de Luquet, en date du 12 juillet 1831 : « Monsieur, quand vous avez déchiré votre chemise pour me panser la cuisse, vous avez fait tomber de votre poche des papiers et une carte, que je pris et que je vous renvoie [une quittance de loyer, une quittance d’imposition et une carte de visite, N..D.]. Ne soyez pas plus étonné, c’est là-dessus que j’ai lu votre nom et votre adresse. Le bien qu’on fait n’est jamais perdu et j’ai fait mon devoir en divulguant tout ce que nous vous avons vu faire. Votre dévoué reconnaissant : Luquet. » Le même Luquet, pour la certification d’une attestation parlait de De Driesen comme de quelqu’un « qui m’a sauvé la vie au risque de la sienne le 28 juillet 1830 et que je n’oublierai jamais ». Le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, atteste que j’ai été appelé le 30 juillet de l’année dernière pour donner mes soins à M. de Driesen, rue Hauteville n° 13. M. de Driesen avait plusieurs meurtrissures sur le côté gauche du corps, une contusion au bras et au pied gauche et une beaucoup plus violente à la région du foie et du poumon du même côté. Tous ces accidents avaient été occasionnés par une forte chute et un piétinement de chevaux, le mercredi 28, rue Saint-Denis, près la place du Châtelet. M. de Driesen a été pendant neuf mois alité ou gardant la chambre et ce n’est que depuis deux ou trois manque un mot tout au plus qu’il peut vaquer à ses affaires. Sous l’influence de ces graves accidents, s’est exaspérée une maladie organique du cœur (hypertrophie), pour laquelle M. de Driesen vient d’être exempté du service de la garde nationale. » Signé, le 20 juillet 1831 : Triger, demeurant 74, rue du Faubourg-Poissonnière ; Pigault, médecin. Cet autre : « Je, soussigné, professeur particulier d’anatomie et de chirurgie, ex-chirurgien des hôpitaux militaires temporaires de Paris, chirurgien en second de l’Hôtel-Dieu, atteste que j’ai soigné en 1814 M. Alphonse Lallemand de Driesen pour un coup de baïonnette à la partie interne de la main gauche, qui s’est cicatrisé par première intrusion et qu’il avait reçu le 28 mars à la défense de Paris lors de l’invasion étrangère ; qu’ensuite apprenant que les hôpitaux étaient encombrés de blessés, que le typhus s’y était déclaré et voulant bien mériter de son pays de plus d’une manière, M. de Driesen s’y rendit pour augmenter le nombre de ceux qui prodiguaient des secours aux blessés et qu’il y contracta le typhus nosocomial ; que cette maladie qui a failli faire périr M. de Driesen était le résultat des fatigues éprouvées par lui en se livrant avec zèle et dévouement à un service qui coûta la vie à un grand nombre de médecins et de chirurgiens et qui était d’autant plus honorable qu’il était plus dangereux. » Signé, le 15 mars 1818 : Marjolin (voir ce nom), demeurant 6, rue du Mail ; le même certificat était établi par Marjolin, alors chirurgien en chef de l’hôpital Beaujon, en date du 14 juillet 1831. Enfin sa demande d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur, appuyée par : Rousseau, Jean, Joseph (voir ce nom), maire du (ancien) IIIe arrondissement ; et par Odier, Antoine (voir ce nom). Une couronne civique lui avait été adressée par plusieurs blessés. Il demeurait 13, rue Hauteville en 1831. Archives de la préfecture de police AA 386. Son nom véritable est sans doute M. Lallemand, baron de Driesen, Alphonse. Consulter internet.