Dubois, Jean-François
Biographie
Né le 13 fructidor an III (30 août 1795) à Mesnil-Martinsart (Somme), fils de Dubois, Louis, cultivateur, et de Ducastel, Marie, Jeanne, son épouse. Bachelier ès lettres au lycée d’Amiens puis en 1814, étudiant en médecine à Paris, reçu médecin le 8 décembre 1818 (ou le 15 janvier 1819, les sources différant), nommé médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) Ier arrondissement en 1819, nommé médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) VIIIe arrondissent en 1822. Il sollicita dès le 30 octobre 1825 et auprès du roi Charles X, la décoration de la Légion d’honneur, donnant les précisions suivantes : « […] Médecin du bureau de charité du (ancien) VIIIe arrondissement, médecin de la Société d’abonnement médical, médecin de plusieurs sociétés de secours mutuel, telles que celles des Arts réunis de Saint-Charles, de Saint-Henry, de Sainte-Marguerite, des sculpteurs marbriers et de plusieurs autres ; en un mot médecin en grande vénération au faubourg Saint-Antoine, où il exerce son art avec talent et humanité, a l’honneur d’exposer à Votre Majesté qu’étant connu si avantageusement tant par les belles cures qu’il opère journellement que par les belles actions qu’il se plaît à accomplir à chaque instant, désirerait à l’aide de Votre Puissance Royale et à l’occasion de la saint Charles, être promu au grade de chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur. Une seule de ses nobles actions prouvera à Votre Majesté qu’il en est bien digne. Ce jeune médecin fut appelé dernièrement pour secourir une amante malheureuse, demeurant rue Traversière-Saint-Antoine n° 56, qui avait pris vingt grains d’émétique dans l’intention de se donner la mort ; ce héros de l’humanité vole aussitôt à son secours, achète précipitamment et à ses frais (souligné par lui) une once de quinquina en poudre, qu’il fit prendre de suite à cette infortunée et parvint par ce moyen à la rappeler à la vie. Ce trait d’humanité, joint à un talent rare, étant connu d’un aussi bon roi ne restera pas sans récompense. » Il apparaît dans la chronique des combats de Juillet, donnant, lui-même les précisions suivantes : « Lors de la révolution de juillet 1830, il a établi une ambulance chez lui et a prodigué aux blessés des trois journées tous les secours qui ont dépendu de lui. » En 1832, après avoir donné ses soins pendant l’épidémie de choléra, il sollicita de nouveau la décoration, mais faisant valoir des titres différents, entre autres que « en 1815, il fit dix jours de prison, comme bonapartiste et pour s’être battu contre l’invasion étrangère ». Il expliquait ainsi le sens de sa démarche : « Ce qui a décidé en 1833 le suppléant à présenter au ministère du Commerce une requête à ce sujet c’est l’ordonnance royale de 1832, qui accordait douze croix pour les médecins de Paris ; toutes les personnes de sa connaissance, tous les habitants de son quartier connaissant son zèle pour soulager l’humanité souffrante le désignèrent comme méritant par ses travaux la croix d’honneur. Ne l’ayant pas obtenue et voulant contenter le vœu public, il, etc. [...] » Dans une autre demande, datée de novembre 1833, il précisait : « […] Ma seule ambition est de léguer à mon fils la preuve que son père, assez heureux pour vivre dans une honnête aisance acquise par son travail, distingué de la foule par ses connaissances théoriques et pratiques et le rang élevé qu’il tient dans l’échelle médicale, a bien mérité de l’humanité par son zèle et son désintéressement pour la secourir, et de lui inspirer une louable émulation à la vue de la récompense précieuse que le gouvernement juste, éclairé et paternel de Sa Majesté lui a accordée. Dans un faubourg où, je ne crains pas de l’affirmer, je suis regardé comme ayant le plus de droits à la faveur que je sollicite, et où l’on croit que j’ai obtenu la décoration sans vouloir la porter, je laisse à votre haute sagesse à apprécier l’effet moral que pourrait produite sur cette immense population la récompense, j’ose dire méritée, accordée à celui qui lui a rendu le plus de services désintéressés […]. » En janvier 1834, le préfet de la Seine donnait l’avis suivant sur les services que Dubois avait pu rendre pour mériter la décoration de la Légion d’honneur : « […] M. Dubois, dont la réputation est excellente sous tous les rapports, est attaché depuis plusieurs années au bureau de charité du (ancien) VIIIe arrondissement et on s’accorde généralement à louer son désintéressement envers les malheureux, dans l’exercice de sa profession. Comme presque tous ses confrères, il a fait preuve de beaucoup de zèle et de dévouement pendant l’invasion du choléra. On ne lui connaît pas jusqu’à présent d’autres titres à la distinction qu’il sollicite. » En décembre 1837, et à la suite d’une nouvelle demande de décoration qu’il avait présentée, la même préfecture de la Seine donnait les renseignements suivants : « […] M. Dubois a été reçu docteur le 15 janvier 1819 ; il est attaché en cette qualité depuis quinze ans au bureau de bienfaisance du (ancien) VIIIe arrondissement, où il fait, conjointement avec ses confrères, le service de santé, d’une manière satisfaisante. Bien qu’il se soit créé une clientèle assez nombreuse dans la classe ouvrière du faubourg Saint-Antoine, on assure qu’il ne peut être considéré que comme un médecin fort ordinaire. La médaille du choléra lui a été décernée pour les services qu’il a rendus dans cette circonstance. Sa conduite est régulière et ses opinions politiques sont favorables au gouvernement mais on s’accorde à ne lui reconnaître aucun titre à la distinction qu’il sollicite. » En 1837, sa demande était appuyée par le baron Delort, lieutenant-général et député du Jura. En 1841, il adressait la lettre suivante au roi, afin d’obtenir la décoration qu’il convoitait depuis de si longues années : « J’ai adressé en 1833 à M. le ministre de l’Intérieur une demande relative à la croix d’honneur, que je croyais avoir méritée ; cette demande fut renvoyée à M. le ministre du Commerce, qui, après l’avoir gardée quatre ans, la renvoya au ministre de l’Instruction publique, qui, à son tour, la garda quatre ans. Cette pétition voyageuse vient enfin de rentrer dans les attributions du ministère de l’Intérieur. Mes principaux titres à la faveur que je sollicite sont : vingt-trois années d’exercice médical dans deux bureaux de bienfaisance [il avait été deux ans médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) Ier arrondissement, avant de s’établir dans le (ancien) VIIIe arrondissement, N.D.A.] ; de nombreux services rendus comme membre de la Commission sanitaire ; la médaille que m’a valu ma conduite à l’époque du choléra et la rumeur publique qui réclamait en ma faveur l’application et l’ordonnance royale décernant la croix aux médecins qui avaient apporté le plus de zèle au soulagement des cholériques ; ma maison érigée en ambulance pour y panser les blessés de juillet 1830. Je ne rappellerais point, Sire, les persécutions dont j’ai été l’objet en 1815, comme appartenant à une famille constitutionnelle ; il est des mérites qui perdent l’intérêt qu’ils inspirent à mesure qu’ils s’éloignent de leur époque. Dans les premiers temps je n’ai rien réclamé du gouvernement de Juillet pour la perte momentanée de ma liberté et aujourd’hui je n’entends nullement me prévaloir de l’écrou qui constate le dommage que j’ai reçu et mes droits à une indemnité ; je n’en parle, Sire, que pour déclarer que je fais volontiers le sacrifice de toute préoccupation politique et de tout souvenir douloureux ». Il terminait sa demande en rappelant : « Enfin, il a rendu tant de services à la classe ouvrière et indigente du faubourg Saint-Antoine qu’il serait impossible d’en énumérer le nombre. » Parmi les malades atteints du choléra, qu’il disait avoir soignés, il citait les noms de : Boisseau, demeurant 41, rue de Charonne ; Lhomme, demeurant 37, rue Traversière-Saint-Antoine « qui ne durent leur salut qu’à moi ». En décembre 1843, à l’occasion d’une nouvelle demande, il précisait : « Mon dévouement à la dynastie de Juillet n’a d’égal que celui de mon fils unique, volontairement enrôlé dans la belle légion de cavalerie de la garde nationale ». Prince de Joinville « Permettez-moi, Prince, d’ajouter que j’ai l’honneur d’être le médecin de la Congrégation de la Mère de Dieu, où Votre Altesse Royale daigna placer sa protégée brésilienne, Caroline Negry, que j’ai soignée avec un vif empressement et à plusieurs reprises pour une gastrite. Puisse celui qui veille sur la santé de cette intéressante étrangère se ressentir de la bienveillance paternelle que lui accorde Votre Altesse Royale. » Dans une demande ultérieure, il précisait qu’il était médecin consultant depuis 1846 de la première succursale de la Légion d’honneur, où en 1850 tous les médecins, lui excepté, étaient décorés de la Légion d’honneur. En 1848, il fut nommé membre de la Commission de secours aux familles des insurgés. En 1849, il fut nommé membre de la Commission sanitaire. Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur, le 11 août 1855. Il mourut le 24 décembre 1862. Son frère était notaire à Amiens. Il demeurait 133, rue du Faubourg-Saint-Antoine en 1825-1851 ; 123, rue du Faubourg-Saint-Antoine en 1854 in Archives de Paris VD4 11 pièce 3173. Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusqu’au 31 mai 1833, idem pièce 3164 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1838, idem pièce 3166 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1843, idem pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1854 ; Archives nationales F/1dIV/D/17 récompenses honorifiques Légion d’honneur ; Base Eléonore de la Légion d’honneur et LH/812/71.