Dubourg, Frédéric, général et comte
Biographie
Né le 6 février 1780 à La Rochelle (parfois mais par erreur le 8 février 1780 à Saint-Domingue (Amérique) sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Propriétaire d’usine et maréchal de camp (sur les listes de la Commission des récompenses nationales) ou ancien officier de marine dans le manuscrit de Victor Crochon. Le manuscrit de Victor Crochon donne sur le général Dubourg les informations biographiques suivantes : « Etant lieutenant de vaisseau, il eut à Brest un duel et tua son adversaire. Obligé par le ministre Decrès de donner sa démission, il vint à Paris et se disposait à partir pour la Russie lorsque Napoléon en fut instruit. L’empereur portait déjà son attention sur la Marine : voyant avec peine un officier de cette arme passer à l’étranger, il se fit rendre compte des motifs de sa démission, rétablit M. Dubourg dans son grade de lieutenant et l’envoya à Anvers, où il devint bientôt capitaine de frégate. Il fit la fatale campagne de Russie dans l’état-major du maréchal Berthier, prince de Wagram. Pendant les Cent-Jours, il se rendit à Gand. […] M. Dubourg, en récompense de son dévouement à la cause de la légitimité, fut nommé colonel de la VIIIe légion ; ce commandement lui fut retiré peu de temps après. Depuis à cette époque il vécut dans une complète obscurité. » Nous empruntons au Dictionnaire des girouettes la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Elève de la Marine, au commencement de la révolution, il n’en adopta pas les principes et se rangea sous les drapeaux vendéens.
»Blessé et fait prisonnier, il allait être fusillé, lorsqu’une, femme lui fournit les moyens d’arriver jusqu’au général Bernadotte qui commandait l’armée républicaine de l’Ouest. Bernadotte lui rendit la liberté et l’attacha à son état-major.
»Quand ce général fut appelé sur les marches du trône de Suède, le jeune comte Dubourg le suivit à Stockholm, et servit quelque temps cette nouvelle puissance.
»Mais Napoléon ayant rappelé tous les officiers qui avaient accompagné Bernadotte, Dubourg servit en qualité de colonel dans l’état-major du prince de Neufchâtel, et fut nommé, en 1812, chef d’état- major d’une division polonaise.
»En décembre de la même année, sa troupe fut entièrement détruite, et lui, blessé, fait prisonnier, fut conduit à Saint-Pétersbourg.
»Quand Moreau vint se mettre à la tête des troupes alliées, il proposa à M. Dubourg de le suivre ; celui-ci accepta, à condition d’y paraître avec la cocarde blanche. Cette demande ayant été refusée, il ne voulut point des faveurs que lui offrait l’empereur Alexandre.
»Le comte Dubourg rentra en France à la Restauration et fut nommé chef d’état-major au ministère de la Guerre. Il suivit Louis XVIII à Gand, et rendit, pendant cette retraite, les plus grands services à la cause royale. Il rédigea avec M. de Chateaubriand plusieurs numéros du Journal politique de Gand.
»A sa seconde rentrée, Louis XVIII le nomma commissaire et commandant en Artois ; il s’empara par ruse ou par force de plusieurs villes, particulièrement d’Arras ; et parvint à soustraire cette province aux corps francs et aux fédérés de Paris, ainsi qu’à la protection onéreuse des alliés.
»La plus noire ingratitude fut la récompense de ses services.
»Dans les mémorables journées dé Juillet, le seul général qui parut à la tête des colonnes populaires fut le général Dubourg.
»Après la victoire, montrant au lieutenant-général la place de Grève couverte d’hommes armés et de canons, tachée de sang et gardée par des barricades, il lui dit : “Monseigneur, vous connaissez nos besoins et nos droits ; si vous les oubliez, nous vous les rappellerons.”
»En août 1831 le général Dubourg était dans les fers. Même ingratitude que sous la Restauration ! ! ! »
Dubourg fut cité à l’ordre du jour de la garde nationale, le 8 août 1830 : « Garde nationale de Paris. Ordre du jour. Hôtel de ville, le 8 août 1830. Le général commandant en chef doit à M. le général Dubourg la justice de dire que dans le moment du danger il a répondu avec dévouement à l’appel d’un nombre de bons patriotes ; qu’il a donné dans ces mémorables journées des ordres conformes au courageux élan du peuple et au maintien de l’ordre public, et que le général en chef l’a trouvé établi à l’Hôtel de ville, où M. le général Dubourg lui a exprimé le plaisir qu’il avait de l’y voir porté par la confiance de ses concitoyens. Lafayette. » Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand relate ainsi la présence de Dubourg, qu’il appelle « mon ami », à l’occasion du retour du roi Louis XVIII après sa fuite à Gand, en 1815 : « […] On manquait de pain à Arnouville [près de Saint-Denis, N.D.A.] ; sans un officier du nom de Dubourg et qui dénichait de Gand comme nous, nous eussions jeûné. M. Dubourg alla à la picorée [pillage auquel se livrent les soldats, N.D.A.] ; il nous rapporta la moitié d’un mouton […]. » Madame de Chateaubriand, dans ses Mémoires, rappelle ainsi le même événement : « A Arnouville, nous fûmes obligés de loger chez le maire, qui, à l’approche de l’armée royale, s’était caché... On manquait de vivres : on ne trouvait plus un pain dans le village ; nous et une douzaine d’arrivants de Gand, nous mourions de faim ; la servante du maire avait mis à l’ombre toutes ses provisions et ne nous avait réservé que ses injures, dont elle n’était pas avare, quand, par bonheur, arriva un certain M. Dubourg, général de sa façon, qui, nous dit-il, avait pris nombre de villes sur son chemin : c’était le plus grand hâbleur qu’on pût voir, et il nous racontait le plus sérieusement du monde (les croyant lui-même) ses hauts faits d’armes de Gand à Paris : on les aurait trouvés incroyables dans la vie d’Alexandre ; mais cette espèce de fou nous rendit un grand service en allant à la quête et nous rapportant d’énormes morceaux de viande, de pain, etc. Je crois qu’il avait fait très militairement emplette de ces provisions ; mais, sans scrupules, nous en fîmes un déjeuner excellent. » D’après les Mémoires tirés des archives de la préfecture de police de Paris, en 1815, à son retour en France, le duc d’Orléans reçut, un jour, plusieurs généraux de l’Empire, Guizot et Benjamin Constant. Les généraux « eurent la satisfaction d’entendre le maître du logis exprimer ses regrets de n’avoir pu servir au temps des faits brillants de notre dernière histoire militaire. Le général Dubourg, à qui le propos revint, s’écria “Morbleu! si j’eusse été là, je lui aurais demandé pourquoi, en Espagne, il avait tant sollicité pour porter les armes contre la France”. Puis, il donna des détails sur cette partie, d’ailleurs si honorable, de la vie militaire de M. le duc d’Orléans ». Bonnellier, dans son ouvrage Mémorial de l’Hôtel-de-Ville, laissa quelques indications sur Dumoulin et sur Dubourg. Après avoir donné un premier témoignage, où sans doute la malveillance avait sa part : « M. Dubourg dut saisir la première occasion qui s’offrait à lui pour tenter la fortune ; le mécontentement politique était un beau prétexte. Il eut, dès l’apparition des ordonnances, de nombreuses entrevues avec des officiers comme lui réformés, comme lui disgraciés. M. Evariste Dumoulin, l’un des propriétaires du Constitutionnel, homme sans talent mais non sans courage personnel, était aussi un homme d’action ; créancier de M. Dubourg, il put exercer sur lui la double autorité de l’homme qui a le droit de demander et qui promet beaucoup. Il fallait oser ; M. Evariste Dumoulin osa nommer un général ; il fallait, sinon un brevet, du moins un habit. M. Evariste Dumoulin déboursa encore quatre-vingts francs ; c’était le prix de l’habit que fournit un fripier. Il faut aux brusques besoins des révolutions, des habits tout faits. » Il continuait : « Je montai, je me hissai, je vis sortir de l’intérieur du palais de la Bourse, un homme ayant passé quarante ans ; sa taille était moyenne ; son visage portant l’empreinte d’un caractère aventureux, n’était pas sans noblesse ni sans agrément ; ses traits paraissaient altérés. On pouvait aussitôt reconnaître un homme lancé de bas en haut, encore étourdi du jet, et cherchant à prendre équilibre dans une région d’air où les courants sont capricieux et terribles. Du reste, aucun insigne ne révélait un chef militaire ; M. Dubourg était vêtu d’une grande redingote bleue. M. Evariste Dumoulin, l’un des rédacteurs-gérants du Constitutionnel vint auprès de moi, en costume de capitaine de la garde nationale ; il me dit à la hâte : – Le général Dubourg se met à la tête du peuple ; nous allons marcher sur l’Hôtel-de-Ville... c’est là qu’est le trône !... venez avec nous. Je suivis, la foule s’ébranla, lançant au ciel d’une voix formidable, ce cri : Vive le général Dubourg !... à l’Hôtel-de-Ville ! Quelques pas faits, la tête de la colonne s’arrêta dans la petite et infecte rue Jocquelet ; je cherchai près de moi M. Dumoulin, le général ; ni l’un ni l’autre. La bizarrerie de cette disparition subite, le lieu où elle se faisait, donnèrent lieu aux propos les plus grotesques ou les plus inconvenants [disparition due au temps nécessaire pour se procurer un uniforme militaire chez un fripier, N.D.A]. Après vingt minutes d’attente, un hourra retentit ; c’était M. Dubourg, sous l’uniforme improvisé de général de brigade. Nous nous remîmes en marche... Il était une heure, environ, lorsque nous arrivâmes sur la place de l’Hôtel-de-Ville. L’accès en était libre ; car, bien qu’on nous eût dit : “Les Suisses occupent les quais”, nous ne rencontrâmes ni Suisses ni troupes royales. Les portes de l’Arche communale étaient ouvertes, offrant le passage au premier pouvoir qui voudrait franchir leur seuil ensanglanté. Aussitôt que la foule eut débordé par les petites rues et se fut répandue sur cette place, […] l’armée populaire, venue de la Bourse, […] une fusillade joyeuse, mais chargée à balles, fit claquer les vitres et sillonna les murailles. Les vieux soldats saluent le boulet ; je saluai les balles avec autant de respect que mon général, car nous nous trouvâmes exactement à quatre pattes sur les marches du grand hôtel, et un sifflet mortel bruissait à nos oreilles. La sensation de ce moment m’est encore présente ; j’entends encore le général me criant : “Vous allez voir que leur joie va nous tuer.” Le feu cessé, nous montâmes rapidement le grand escalier : personne devant nous, le fait est remarquable ; l’hôtel était complètement vide ! Tournant à droite, dans la grande salle de Henri IV, M. Dubourg marcha vers le cabinet de M. de Chabrol, qui était la dernière pièce de l’aile nord. Cartons, papiers, paperasses, plumes et poudre, c’était un fouillis à ne pas s’y reconnaître ; la bataille avait passé par-là. La porte de ce cabinet fut aussitôt fermée ; je me trouvai la plume à la main près d’un jeune homme (dont j’ignore le nom, que je n’ai jamais revu), en face du général Dubourg, qui, monté une fois sur le pavois populaire, montra dans cette première partie de la journée, je le déclare avec l’autorité du témoin et de l’historien, une présence d’esprit, une dignité, un aplomb tout à fait à la hauteur du rôle qu’une intrigue conçue, à bonne intention, le portait à jouer, du consentement du peuple. Le premier ordre, donné par le général, fut relatif à la protection des monuments français ; le second concerna les mairies, le troisième les blessés. J’écrivis ces différents ordres sous la dictée de M. Dubourg, puis ils furent placardés dans Paris. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Dubourg : « [Le 29 juillet] Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Dumoulin : « [Le 29 juillet] Vers sept heures du matin, on s’était aperçu que l’hôtel avait été évacué par la troupe.
La nouvelle en avait été immédiatement portée au National.
Il fallait en prendre possession : Baude et Etienne Arago partirent.
A neuf heures, ils étaient installés.
A partir de ce moment, et, tout imaginaire qu’il était, le gouvernement provisoire fonctionna.
C’est qu’un homme s’était trouvé qui ne reculait pas devant cette responsabilité terrible qui faisait reculer tant de monde.
Cet homme, c’était Baude.
Il se fit secrétaire d’un gouvernement qui n’existait pas.
Il multiplia les ordres, les proclamations, les décrets. Ordres, proclamations et décrets étaient signés Baude, secrétaire du gouvernement provisoire.
Nous avons dit qu’il était entré à l’hôtel de ville à neuf heures.
A onze heures, la caisse municipale était vérifiée ; elle contenait cinq millions.
A onze heures les syndics de la boulangerie étaient convoqués, et déclaraient, sous leur responsabilité, que Paris était approvisionné pour un mois.
Enfin, à onze heures, une commission chargée de correspondre avec l’hôtel de ville était établie dans chacun des douze arrondissements de Paris.
Cinq ou six patriotes dévoués entouraient Baude, et suffisaient à tout.
Etienne Arago était de ceux-là.
Aussitôt rendus, ordres, décrets, proclamations, étaient placés entre la baguette et le canon de son fusil, et portés par lui au National. La route qu’il suivait était la rue de la Vannerie, le marché des Innocents, la rue Montmartre.
A partir de dix heures du matin, pas un obstacle n’entrava sa route.
– D’après l’ordre du maréchal Marmont, toutes les troupes se concentraient autour des Tuileries.
Au moment où Etienne portait la proclamation annonçant la déchéance des Bourbons, toujours signée : Baude, secrétaire du gouvernement provisoire, il rencontra au marché des Innocents un ancien acteur nommé Charlet, lequel précédait une foule immense encombrant toute la place.
Les deux principaux personnages de cette foule, ceux qui paraissaient la conduire ou être conduits par elle, étaient un homme en habit de capitaine et un homme en habit de général.
L’homme en habit de capitaine, c’était Evariste Dumoulin (voir ce nom), le rédacteur du Constitutionnel, dont j’ai parlé à propos de madame Valmonzey et de Christine.
L’homme en habit de général, c’était le général Dubourg (voir Dubourg, Frédéric).
Qu’était-ce que le général Dubourg ? Nul ne le savait. D’où sortait le général Dubourg ? De chez un fripier qui lui avait prêté, loué ou vendu son habit de général.
Les épaulettes manquaient ; c’était un accessoire assez important pour ne pas être négligé.
Charlet, l’acteur, alla prendre une paire d’épaulettes au magasin de costumes de l’Opéra-Comique, et les apporta au général.
Celui-ci était au complet : il se mit en route.
– Qu’est-ce que c’est que tout ce monde ? demanda Etienne à Charlet.
– C’est le cortège du général Dubourg, qui se rend à l’hôtel de ville.
– Mais qu’est-ce que le général Dubourg ?
– Le général Dubourg ? dit Charlet. C’est le général Dubourg, quoi !
En effet, l’explication était suffisante.
La veille, à la mairie des Petits-Pères, le général Dubourg s’était présenté devant Higonnet et Degousée.
– Messieurs, avait-il demandé, avez-vous besoin d’un général ?
– D’un général ? avait répondu Degousée. Dans les moments de révolution, il suffit d’un tailleur pour en faire un ; tant qu’il y aura des tailleurs, on ne manquera pas de généraux !
Le général avait retenu le mot. Seulement, au lieu d’un tailleur, il avait pris un fripier. C’était à la fois plus économique et plus expéditif.
Et puis, à un général de fortune, il fallait bien un habit de hasard !
On a vu que le général et l’habit s’en allaient l’un portant l’autre à l’hôtel de ville.
C’est le propre des cortèges de marcher lentement ; celui-ci ne dérogeait point aux habitudes. Etienne eut le temps d’aller remettre sa dépêche au National, et, en se pressant un peu, d’être de retour à l’hôtel de ville avant que le général Dubourg y eût fait son entrée.
– Baude, dit-il, savez-vous ce qui nous arrive ?
– Non.
– Un général !
– Quel général ?
– Le général Dubourg... Connaissez-vous cela ?
– Ni d’Eve ni d’Adam !... Est-il en uniforme ?
– Oui.
– Un uniforme fera très bien ! Va pour le général Dubourg ! Nous le mettrons dans un arrière-cabinet, et nous le montrerons suivant les besoins.
Le général Dubourg entra aux cris de “Vive le général Dubourg !”
On le conduisit dans l’arrière-cabinet désigné par Baude.
Quand il fut là :
– Que désirez-vous, général ? lui demanda-t-on.
– Un morceau de pain et un pot de chambre, répondit le général. Je meurs de faim et d’envie de pisser !
On lui donna ce qu’il réclamait.
Tandis qu’il dévorait son morceau de pain, Baude lui apporta deux proclamations à signer.
Il signa l’une sans difficulté, mais refusa de signer l’autre. Baude la prit et signa, en haussant les épaules : Baude, secrétaire du gouvernement provisoire.
Pauvre gouvernement provisoire ! il eût été curieux de voir comment il s’en fût tiré si Charles X était rentré dans Paris.
Arago était en route pour porter ces deux proclamations, lorsqu’il rencontra, vers la pointe Saint-Eustache, une nouvelle troupe qui allait attaquer le Louvre.
Il n’y put pas tenir.
– Bah ! dit-il, les proclamations attendront. Allons au plus pressé.
Et il alla au Louvre.
Le Louvre pris, il porta ses proclamations au National, et y annonça la victoire du peuple.
C’était là que le général La Fayette l’avait vu avec une cocarde tricolore, et s’était inquiété de son audace.
Lorsque Etienne sut que le général se rendait à l’hôtel de ville, il fit pour lui ce qu’il avait fait pour le général Dubourg ; c’est-à-dire que, de même qu’il avait couru à l’hôtel de ville annoncer à Baude l’arrivée du général Dubourg, il courut à l’hôtel de ville annoncer au général Dubourg l’arrivée de La Fayette.
Il faut rendre cette justice au général Dubourg, qu’il n’essaya pas même de disputer la place au nouvel arrivant, quoique celui-ci arrivât le dernier.
Il vint le recevoir sur le perron en s’inclinant avec respect et en disant :
– A tout seigneur, tout honneur !
Pendant cinq heures, il avait été maître de Paris. Pendant deux heures, son nom avait été dans toutes les bouches.
Il devait reparaître une seconde fois pour être chassé de l’hôtel de ville, une troisième fois pour manquer d’y être assassiné.
En arrivant, il avait fait amener le pavillon tricolore, et envoyé chercher un tapissier.
Le tapissier venu :
– Monsieur, lui dit le général, il me faut un drapeau.
– De quelle couleur ? demanda le tapissier.
– Noir ! répondit le général ; le noir sera la couleur de la France, jusqu’au moment où elle aura reconquis sa liberté !
Et, dix minutes après, le drapeau noir flottait sur l’hôtel de ville. » Aussi, à la réception du duc d’Orléans à l’Hôtel de ville : « Et, en effet, d’une voix superbe, il [Viennet] lut la proclamation de la Chambre.
Le lecteur arriva à ces mots : “Le jury pour les délits de la presse.” Alors, l’homme qui devait faire les lois de septembre se pencha à l’oreille de La Fayette, et, haussant les épaules :
– Est-ce qu’il y aura encore des délits de presse ? dit-il.
Puis, la lecture achevée, il mit la main sur son cœur – geste dont abusent les rois qui montent sur le trône, et qui, cependant, a toujours le même succès.
– Comme Français, dit-il, je déplore le mal fait au pays et le sang qui a été versé ; comme prince, je suis heureux de contribuer au bonheur de la nation.
Tout à coup, un homme s’avança au milieu du cercle.
C’était le général Dubourg, l’homme du drapeau noir, le fantôme du 29 juillet.
Il avait disparu, il reparaissait pour disparaître encore.
– Prenez garde, monsieur, dit-il au duc d’Orléans, vous connaissez nos droits, les droits sacrés du peuple ; si vous les oubliez, nous vous les rappellerons !
Le duc d’Orléans fit un pas en arrière, non pas pour reculer, mais pour chercher le bras de La Fayette, et, appuyé à ce bras, il répondit :
– Monsieur, ce que vous venez de dire prouve que vous ne me connaissez pas. Je suis un honnête homme, et, quand j’ai un devoir à remplir, je ne me laisse ni gagner par la prière, ni intimider par la menace.
Cependant, la scène avait fait une vive impression. Cette impression, il fallait la combattre.
La Fayette entraîna le duc d’Orléans sur le balcon de l’hôtel de ville. Pour la seconde fois, il jouait sa popularité sur un coup de dé. La première fois, ç’avait été le 6 octobre 1789, lorsqu’il avait baisé la main de la reine sur le balcon du palais de Versailles. La seconde fois, c’était le 31 juillet 1830, lorsqu’il apparaissait sur le balcon de l’hôtel de ville tenant le duc d’Orléans dans ses bras.
Un instant on put croire l’effet de cette apparition manqué ; la place, pavée de têtes aux yeux étincelants, aux bouches béantes, restait muette.
Georges La Fayette passa un drapeau tricolore à son père. Les plis flottèrent autour du général et du duc, dont ils effleuraient le visage ; tous deux semblèrent au peuple, non pas resplendissants de leur propre lumière, mais éclairés par le reflet céleste, et le peuple éclata en applaudissements.
La partie était gagnée. » Le Constitutionnel, en date du 30 juillet 1830, relatait les circonstances suivantes sur l’activité de Dubourg : « Mille bruits divers couraient à Paris ; de toutes parts on demandait un chef ; le peuple qui a tout fait, il faut le proclamer hautement, se battait sur tous les points ; il était devenu assaillant, et, malgré le nombre des braves qui tombaient à chaque instant dans ses rangs, il sentait redoubler son ardeur et son courage ; mais il lui fallait une direction, un général à sa tête. On en parle à M. Evariste Dumoulin, et on lui dit : Le brave général Dubourg est là, chez lui, rue de Monsigny, qui brûle du désir de verser encore son sang pour la patrie ; on lui demande d’accepter un commandement ; un grand nombre de citoyens, la plupart en costume de gardes nationaux, et tous armés, le pressent vainement ; également modeste et dévoué, il craint de prendre le commandement qui lui est offert. M. Evariste Dumoulin court chez le général Dubourg, et le détermine à recevoir l’honneur qu’on veut lui faire. J’arrive à l’instant de la campagne, dit le général, et je n’ai pas ici mon uniforme. – Dans un moment vous allez en avoir un ; au bout d’un quart d’heure il l’avait. Marchons, ajoute-t-il, et allons attendre un chef digne de la nation. Le cortège, grossissant à chaque pas, se rend sur la place de la Bourse ; là, le général Dubourg prononce une courte harangue, et on part pour l’Hôtel de ville. De minute en minute s’accroît la foule qui le suivait ; nombre d’officiers s’y réunissent. Arrivé sur la place de Grève, où une détonation de joie se fait entendre, on trouve le palais fermé ; on n’a pas de peine à en faire ouvrir les portes. Le général Dubourg en prend possession, et M. Evariste Dumoulin se rend immédiatement dans la rue d’Artois pour informer de cet événement MM. les députés réunis chez M. Laffitte. On lui annonce que l’honorable général Lafayette vient d’être proclamé à l’unanimité commandant général des forces nationales. Le général Lafayette part à l’instant, au milieu des plus nombreuses et des plus vives acclamations, la garde nationale et une foule immense l’accompagne ; il se rend à l’Hôtel de ville où il est installé. En quelles mains plus dignes auraient pu être confiées les destinées de la patrie. » Et La Tribune des départements, en date du 31 juillet 1830 : « Hier, vendredi [30 juillet, N.D.A.], à quatre heures après-midi, le général Dubourg s’étant présenté à la place de la Bourse, probablement dans le dessein d’y proclamer quelque résolution prise par une partie de la commission du gouvernement ; la foule s’est jetée autour de lui et a protesté de la manière la plus énergique contre tout projet de rétablissement de la monarchie, surtout contre le retour d’un Bourbon quel qu’il soit, notamment contre l’élection du duc d’Orléans ; le général, voyant cette imposante majorité, s’est écrié : “Citoyens, je n’en veux pas plus que vous.” Et il s’est retiré sans avoir exécuté rien qui semblât rendre nécessaire son apparition dans ce quartier populeux. » Dans son Histoire de dix ans, Louis Blanc rapportait l’anecdote suivante : « [Le 28 juillet au soir] « A la même heure, deux citoyens, MM. Higonnet et Degousée, se promenaient sur la place des Petits-Pères, devenue déserte. Un inconnu les aborde et leur dit : “Le combat recommence demain. Je suis militaire. Avez-vous besoin d’un général ? — D’un général, répond M. Degousée ? Pour en faire un en temps de révolution, il suffit d’un tailleur.” Et M. Higonnet ajoute : “Vous voulez être général ? eh bien, prenez un uniforme et courez où l’on se bat.” Cet inconnu se nommait Dubourg. Il trouva le conseil bon ; il le suivit, comme on verra plus bas, et le lendemain il fut roi de Paris pendant quelques heures. » Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand devait continuer ainsi la description de ses retrouvailles avec Dubourg, pendant les journées de Juillet : « [Le 30 au matin] Au Pont-Neuf, la statue d’Henri IV tenait à la main, comme un guidon de la Ligue, un drapeau tricolore. Des hommes du peuple disaient en regardant le roi de bronze : “Tu n’aurais pas fait cette bêtise-là, mon vieux.” Des groupes étaient rassemblés sur le quai de l’École ; j’aperçois de loin un général accompagné de deux aides de camp également à cheval. Je m’avançai de ce côté. Comme je fendais la foule, mes yeux se portaient sur le général : ceinture tricolore par-dessus son habit, chapeau de travers renversé en arrière, corne en avant. Il m’avise à son tour et s’écrie : “Tiens, le vicomte !” Et moi, surpris, je reconnais le colonel ou capitaine Dubourg, mon compagnon de Gand, lequel allait pendant notre retour à Paris prendre les villes ouvertes au nom de Louis XVIII, et nous apportait, ainsi que je vous l’ai raconté, la moitié d’un mouton pour dîner dans un bouge, à Arnouville. C’est cet officier que les journaux avaient représenté comme un austère soldat républicain à moustaches grises, lequel n’avait pas voulu servir sous la tyrannie impériale, et qui était si pauvre qu’on avait été obligé de lui acheter à la friperie un uniforme râpé du temps de La Réveillère-Lepaux. Et moi de m’écrier : “Eh ! c’est vous ! comment...” Il me tend les bras, me serre la main sur le cou de Flanquine ; on fit cercle : “Mon cher, me dit à haute voix le chef militaire du gouvernement provisoire, en me montrant le Louvre, ils étaient là-dedans douze cents ; nous leur en avons flanqué des pruneaux dans le derrière ! et de courir, et de courir !…” Les aides de camp de M. Dubourg éclatent en gros rires ; et la tourbe de rire à l’unisson, et le général de piquer sa mazette qui caracolait comme une bête éreintée, suivie de deux autres Rossinantes glissant sur le pavé et prêtes à tomber sur le nez entre les jambes de leurs cavaliers. Ainsi, superbement emporté, m’abandonna le Diomède de l’Hôtel-de-Ville, brave d’ailleurs et spirituel. J’ai vu des hommes qui, prenant au sérieux toutes les scènes de 1830, rougissaient à ce récit, parce qu’il déjouait un peu leur héroïque crédulité. J’étais moi-même honteux en voyant le côté comique des révolutions les plus graves et de quelle manière on peut se moquer de la bonne foi du peuple. M. Louis Blanc, dans le premier volume de son excellente Histoire de dix ans, publiée après ce que je viens d’écrire ici, confirme mon récit : “Un homme, dit-il, d’une taille moyenne, d’une figure énergique, traversait, en uniforme de général et suivi par un grand nombre d’hommes armés, le marché des Innocents. C’était de M. Evariste Dumoulin, rédacteur du Constitutionnel, que cet homme avait reçu son uniforme, pris chez un fripier ; et les épaulettes qu’il portait lui avaient été données par l’acteur Perlet ; elles venaient du magasin de l’Opéra-Comique. Quel est ce général ? demandait-on de toutes parts. Et quand ceux qui l’entouraient avaient répondu : “C’est le général Dubourg”, Vive le général Dubourg ! criait le peuple, devant qui ce nom n’avait jamais retenti.” […Le 31 juillet à l’arrivée du duc d’Orléans à l’Hôtel de ville] Alors M. Dubourg dit rudement à Philippe : “Vous venez de prendre de grands engagements. S’il vous arrivait jamais d’y manquer, nous sommes gens à vous les rappeler.” Et le Roi futur de répondre tout ému : “Monsieur, je suis honnête homme.” [En note] J’ai reçu, le 9 janvier de cette année 1841, une lettre de M. Dubourg ; on y lit ces phrases : “Combien j’ai désiré vous voir depuis notre rencontre sur le quai du Louvre ! combien de fois j’ai désiré verser dans votre sein les chagrins qui déchiraient mon âme ! qu’on est malheureux d’aimer avec passion son pays, son honneur, son bonheur, sa gloire, quand l’on vit à une telle époque ! … Avais-je tort, en 1830, de ne pas vouloir me soumettre à ce que l’on faisait ? Je voyais clairement l’avenir odieux que l’on préparait à la France ; j’expliquais comment le mal seul pouvait surgir d’arrangements politiques aussi frauduleux : mais personne ne me comprenait.” Le 5 juillet de cette même année 1841, M. Dubourg m’écrivait encore pour m’envoyer le brouillon d’une note qu’il adressait en 1828 à MM. de Martignac et de Caux pour les engager à me faire entrer au conseil. Je n’ai donc rien avancé sur M. Dubourg qui ne soit de la plus exacte vérité. (Paris, note de 1841.) Dans Histoire de Louis-Philippe, roi des Français, Boudin, Amédée rapporte les faits suivants (mais sans citer ses sources), relatifs à la même occasion : « Vous venez de prendre des engagements, faites-en sorte de les tenir ; car si vous les oubliiez, le peuple qui est là, sur la Grève, saurait bien vous les rappeler. – Monsieur, répondit le duc, saisi de colère et d’indignation à cette rude apostrophe, vous ne me connaissez pas… Je suis un honnête homme ; quand il s’agit de mon devoir, je ne me laisse ni gagner par la prière ni intimider par la menace. Et, se retournant vers Lafayette, il ajouta : “Lafayette, vous l’avez entendu… Si je ne respectais pas les lois, je ferais punir cet homme à l’instant. C’est une indignité !...” Le général Dubourg ne tarda pas à reconnaître ses torts, ainsi que le prouve la lettre suivante : “Paris, le 3 août 1830. Altesse royale, Prévoyant que l’on chercherait à se servir de mon nom pour exciter, sinon des troubles, du moins des inquiétudes sérieuses, j’envoyai dimanche le commandant Guibert, pour savoir quand Votre Altesse Royale voudrait me recevoir. Il ne put parvenir jusqu’à vous. Voici à peu près ce que j’aurais eu l’honneur de dire à Votre Altesse Royale. Monseigneur, le peuple en armes m’avait spontanément déféré une autorité que je viens de déposer entre les mains du général en chef Lafayette, renonciation que j’ai faite très certainement à contrecœur, mais uniquement par patriotisme, et parce que je m’apercevais que ma popularité subite faisait ombrage. C’est parce que les citoyens m’avaient vu au premier rang là où était le danger, qu’ils m’apportèrent les insignes du commandement, et me prièrent avec instance de m’en revêtir ; on ne saurait nier que j’ai contribué à délivrer la patrie d’un pouvoir devenu odieux, infâme même. Aujourd’hui, je viens me soumettre à l’autorité du lieutenant général du royaume. Loin d’être anarchiste, je souhaite ardemment le bonheur de la France sous un régime légal et constitutionnel, et Votre Altesse Royale est digne de commander à un peuple libre. Je regrette que Votre Altesse Royale se soit méprise sur le sens des paroles que j’ai eu l’honneur de lui adresser à l’Hôtel de ville. Je croyais, et telle était mon intention, lui exprimer respect et confiance. Je désire servir mon pays ct le gouvernement ; la meilleure preuve que je puisse donner de mes bons sentiments, c’est de demander au lieutenant général du royaume un emploi civil ou militaire qui ne soit pas au-dessous de ma réputation et de celle surtout que j’ai acquise dans ces derniers jours de gloire. Ma parole est sacrée, et mes sentiments d’honneur sont bien connus : je suis le premier officier qui ait refusé de servir sous Bourmont. En 1815, je donnai ma démission de commandant du Pas-de-Calais pour ne pas servir sous les ordres de ce traitre : je ne sache pas que cet exemple ait trouvé beaucoup d’imitateurs. Ce serait avec un véritable chagrin, monseigneur, que je verrais les jaloux et les envieux ternir aux yeux de Votre Altesse Royale, la pureté et la loyauté de mon caractère. J’offre à monseigneur le lieutenant général du royaume les expressions de tout mon respect. Tels sont les sentiments qu’aurait exprimés à Votre Altesse Royale, son très humble et très obéissant serviteur, Dubourg. » La France nouvelle, nouveau journal de Paris du 9 août 1830 rapporte la lettre que le général Dubourg envoya à son directeur : « Vous avez annoncé que j’avais été arrêté à Clichy-la-Garenne et conduit par cinquante gardes nationaux au Louvre. Ce fait, comme tout ce qu’on a ajouté, est complétement faux. J’ai remis ma démission, par suite d’un amour sincère du bien public, entre les mains du général Lafayette, et depuis ce temps je suis chez moi, malade d’une forte contusion à la poitrine et vomissant le sang. Aujourd’hui même on m’a mis huit ventouses et des vésicatoires, et peut-être me reste-t-il fort peu de jours à disputer aux implacables ennemis de la liberté. Mais comment, après les preuves de dévouement que j’ai données, après les services que j’ai eu le bonheur de rendre aux citoyens de Paris, n’a-t-on pas songé qu’il était impossible que je fusse arrêté ? Pour que je fusse arrêté, il faudrait que Charles X fût à Paris, et il est permis d’espérer qu’il n’y rentrera jamais. Puis, n’est-ce point manquer au respect dû au caractère de loyauté et d’équité bien connu de S.A.R. le duc d’Orléans que de supposer qu’il a pu permettre l’arrestation d’un citoyen que le général en chef Lafayette a proclamé hautement avoir mérité une récompense nationale ? Si les citoyens m’ont apporté les insignes du commandement, s’ils m’ont obligé à m’en revêtir et à marcher à leur tête, c’est qu’ils m’avaient vu aux premiers rangs des combattants ; c’est qu’ils m’avaient vu donner plusieurs ordres annonçant l’expérience de la guerre ; c’est qu’ils avaient apprécié combien les barricades, dont je leur suggérais l’idée, ajouteraient à leur force. Je me suis empressé de remettre le commandement au général Lafayette dès qu’il s’est présenté à l’Hôtel de ville, et j’ai continué à servir sous les ordres du vétéran de la liberté autant que mes forces physiques l’ont permis. Je publierai incessamment une relation de ce qui s’est passé. En attendant, il m’est permis de dire que le général Lafayette, le général Gérard, le général Subervie, et tous les bons citoyens ont approuvé et loué ma conduite. Il m’est bien permis, d’après de tels témoignages et d’après la manière dont je me suis montré aux jours du danger, de compter sur l’estime et l’amitié des bons citoyens ; peu m’importe l’opinion des autres. J’ai l’honneur, etc. Dubourg. » Le Constitutionnel du 20 août 1830 publiait l’article suivant sur son compte : « Pendant les deux premières journées, la défense n’eut d’autre direction que celle que [les élèves de l’Ecole polytechnique] lui donnèrent, d’autres chefs que cette jeunesse intrépide et savante à laquelle s’associèrent un grand nombre de gardes nationaux en uniforme ; chaque combattant passant tour à tour de l’obéissance au commandement, fut à la fois magistrat pour réprimer le désordre, général et soldat pour repousser ou attaquer. On n’apercevait les insignes des officiers militaires que dans les rangs opposés. Il en était ainsi même au commencement de la troisième journée ; mais le besoin d’un centre, d’une direction, se faisait fortement sentir. Le nom du général Dubourg, fréquemment prononcé dans les actions de la veille, donna à plusieurs citoyens, habillés en gardes nationaux, l’idée de se rendre auprès de ce général pour le presser de se mettre à leur tête et de prendre provisoirement le commandement de Paris. Le général cède à leurs instances, se revêt du premier habit qui lui est présenté, et la vue d’un officier-général en uniforme, ses harangues, sa proclamation, ferme et sage, inspirent une nouvelle ardeur aux combattants, comme son installation à l’Hôtel de ville ranime la confiance des amis de l’ordre. Les dispositions qu’il prescrit pour la conservation des caisses publiques et des propriétés particulières, pour le meilleur emploi des courages et la meilleure direction des attaques, devancent, préparent et facilitent l’exécution des ordres du général en chef Lafayette, et les opérations de la commission constitutionnelle du gouvernement, car au milieu de toute ce provisoire, le général Dubourg, durant toute la matinée et une partie de l’après-dîner réunissait encore les fonctions civiles aux fonctions militaires. Ces faits, qui ont eu des témoins par milliers, l’ordre du jour du 8 août les atteste. Dans cet ordre du jour, le général en chef Lafayette déclare loyalement “qu’il doit au général Dubourg la justice de dire que, dans le moment du danger, il répondit à l’appel d’un nombre de bons patriotes ; qu’il donna dans ces mémorables journées, des ordres conformes au courageux élan du peuple, et au maintien de l’ordre public ; que lui, général en chef, trouva le général Dubourg établi à l’Hôtel de ville, où il lui exprima le plaisir qu’il avait de l’y voir porté par la confiance de ses concitoyens.
»Ces choses se sont passées il y a plus de vingt jours, et depuis plus de vingt jours de nombreuses, de grandes, de hâtives récompenses ont été décernées : qu’a-t-on fait pour le général Dubourg ? On a calomnié ses paroles et ses actions.
»Quelques mots respectueux mais fermes, lui sont échappés à l’Hôtel de ville, et peut-être les a-t-il prononcés avec un peu de chaleur, car l’ardeur des combats de la veille n’était pas encore tout à fait éteinte dans les cœurs. Ces paroles ont été commentées, dénaturées, imputées à crime, comme, quelques jours avant, la respectueuse adresse des 221 avait été traitée de séditieuse et d’insolente.
»Quand, oppressé par une forte contusion, les médecins lui appliquaient des ventouses, les familiers de M. Mangin le représentaient au milieu des faubourgs, appelant les oisifs au pillage ; et cette imposture, si facile à reconnaître, était accueillie, propagée avec complaisance, dans les lieux où la calomnie a autant d’échos que le pouvoir a de flatteurs.
»On lui reproche d’avoir harangué les citoyens et donné des ordres dans des jours, à des heures où nulle autre voix que la sienne ne répondait aux cent mille voix qui demandaient des chefs et des ordres.
»C’est gravement qu’on lui a reproché d’avoir violé l’étiquette militaire en se revêtant de l’habit de lieutenant-général, lui qui n’était qu’adjudant-général ; comme si les personnes qui lui présentaient cet habit avaient su ce que signifient deux rangs de broderies et trois étoiles ! Comme si, dans ce moment, on avait eu le choix des habits, des épaulettes et des dragonnes !
»Il reste deux reproches à adresser au général Dubourg ; l’un d’avoir, pour protéger les caisses publiques, usurpé les fonctions municipales ; l’autre, de s’être effacé à l’arrivée du général Lafayette, et d’avoir, par cette modestie, préparé un terme de comparaison, peu à l’avantage des impatients de grades, d’honneurs, de distinctions et de gros traitements !
»Le ministère paraît juger que, pour l’auteur de tant d’irrévérences, c’est assez récompenser que de ne pas punir. Paris en jugera autrement : la ville, qui a donné un si grand exemple de courage, ne se laissera pas surpasser ni en reconnaissance ni en générosité par celle de Bordeaux, qui, pour des services honorables aussi, mais moins périlleux, a fait don d’une glorieuse épée au général Jeannin.
»Si les autorités de Paris craignaient de déplaire en prenant l’initiative d’une proposition en faveur du général Dubourg, cette fois encore nous n’hésiterions pas à les soulager de cet autre soin, bien sûrs d’être entendus et approuvés par tous les hommes pour lesquels la reconnaissance n’est pas un fardeau, et qui ne pensent pas qu’il soit de bon exemple que les peuples aussi se montrent ingrats ; c’est bien assez des ministres et des gouvernements. »
On trouve dans un témoignage délivré en faveur de Bardot, Joseph, François et signé de Cros, Jean-Pierre, alors en 1831 lieutenant dans la garde municipale, les informations suivantes sur l’activité de Dubourg : ([…] Ce fut lui qui, dès 5 heures du matin le 29, désarma le poste de la Banque de France, qui était occupé par la ligne. Vers 6 heures, il reçut du directeur du journal le National une note qu’il lut dessus les boulevards, de la rue illisible à la porte Saint-Denis. Elle indiquait la demeure du général Dubourg. Elle engageait tous les défenseurs de la patrie opprimée à se rendre rue de Monsigny n° 5, où demeurait le général Dubourg […]. » « On a vu dans les deux journées précédentes le peuple combattre sans chef, sans direction, et cependant avec un ordre admirable. Cependant, le 29 au matin, quelques bons citoyens sentirent la nécessité de lui donner quelques chefs habiles. Le rédacteur gérant du Constitutionnel, M. Evariste Dumoulin, se rend chez le brave général Dubourg et lui expose la nécessité de se mettre à la tête du peuple. Quoique mutilé par les campagnes, le général Dubourg accepte ; il publie une proclamation ; et, se mettant à la tête de nombreuses colonnes, s’empare de la place de la Bourse. Un général plus illustre encore se décide à seconder les efforts de la Nation ; le général Gérard prend le commandement des nombreux détachements qui se dirigent vers le Louvre et les Tuileries. » On trouve, aux Archives de Paris, deux versions du texte original de la proclamation qu’il adressa aux Parisiens, en date du 29 juillet à 4 heures du matin, et qui fut imprimée sur les presses du journal Le Temps :
« Concitoyens,
»Vous m’avez par une universelle acclamation élu pour votre général, je serai digne du choix de la noble [mais de l’honneur que me fait la, dans la version Archives de Paris 4AZ 27] garde nationale de Paris. Nous combattons pour nos lois et la liberté. Concitoyens le triomphe est certain !
»Je vous engage à respecter les ordres des chefs qui vont vous être donnés [que j’ai désignés, dans la version Archives de Paris 4AZ 27] et à leur obéir.
»Des troupes de la ligne se sont déjà rendues, des troupes de la garde sont prêtes à se rendre. [Des troupes de la ligne sont prêtes à se rendre, les troupes de la garde royale imiteront ce patriotique exemple, dans la version Archives de Paris 4AZ 27] Les traîtres qui ont excité la guerre civile et qui croyaient pouvoir impunément faire massacrer le peuple seront bientôt forcés à rendre compte devant les tribunaux de la violation des lois et de leurs complots sanguinaires.
»Au quartier général, place de la Bourse, où est le rendez-vous, [pour marcher à la conquête de la liberté, dans la version Archives de Paris 4AZ 27]
»Le général Dubourg. »
Aux Archives de Paris, sous la référence 4AZ 27 (4AZ 1167 proclamation du général Dubourg), on trouve l’explication autographe suivante du général Dubourg : « Cette proclamation est la seule pièce officielle et signée qui ait paru durant les trois journées de combat. Mais après le succès beaucoup de gens que la peur avait étourdis, à la tête desquels il faut citer l’orateur Dupin, se sont proclamés eux-mêmes les sauveurs de la patrie. La vérité est que les meneurs de tous les partis avaient perdu la tête et qu’aucun ne croyait au triomphe du peuple.
»Lorsque la proclamation ci-dessus fut publiée, les combattants pour la cause populaire ne possédaient pas mille fusils. Cette proclamation inspira un enthousiasme prodigieux et quoiqu’il ne fût pas vrai que les troupes fussent disposées à se rendre puisqu’elles combattirent encore deux jours, néanmoins elles furent ébranlées dans leur confiance et le maréchal Marmont et ses généraux tombèrent dans le découragement.
»Jusqu’à ce jour il n’a pas paru un seul ouvrage véridique sur la révolution de Juillet. L’esprit de parti et l’esprit de coterie ont dénaturé les faits. » Dans le récit que fit Tardieu, Pierre, Antoine de sa propre participation aux combats, on trouve les indications suivantes concernant Dubourg : « […le 29 juillet] Nous passâmes sur le Pont-Neuf, les balles des Suisses du Louvre sifflaient sur le pont. Des bourgeois, embusqués derrière le château d’eau du quai, ripostaient. Je voulus me joindre à eux mais beaucoup de personnes me dirent de me rendre à la place de la Bourse, où l’on voulait rassembler une grande force. J’y fus. Il était, je crois, 11 heures. On se forma en une grande colonne, qui, par la rue du Mail, arriva à la place des Victoires. Ce fut là que je vis le général Dubourg, à cheval, coiffé d’un petit chapeau à la Napoléon. Un élève de l’Ecole polytechnique lui servait d’aide de camp. Un étudiant lut une proclamation, à la fin de laquelle on disait que Raguse avait été tué. On resta assez longtemps sur la place des Victoires. Enfin, la colonne se mit en marche par les rues Croix-des-Petits-Champs, Coquillère et des Prouvaires. Le général Dubourg était entouré d’une douzaine de gardes nationaux en uniforme. Plusieurs fois, je pris son cheval par la bride, pour le faire passer par-dessus les pavés des barricades. Je sus alors que l’on allait à l’Hôtel de ville installer un gouvernement provisoire […]. » Riou, Pierre, Louis, quand il tenta de faire valoir ses propres droits auprès de la Commission des Réclamants, fournit l’original de l’ordre suivant, délivré, le 29 juillet 1830, par le général Dubourg, à en-tête de la « garde nationale de Paris » : « Ordre. Le général commandant de la garde nationale de Paris ordonne provisoirement au sieur Riou de poster et placer à chaque coin de rues qui aboutissent à la place de l’Hôtel de ville des factionnaires, afin de maintenir l’ordre et d’éviter l’encombrement sur la place. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve (in Archives de Paris 4AZ 4) la lettre suivante, datée du 3 avril 1831, destinée à être adressée aux journaux. Cette lettre était sans doute écrite à la suite de mesures de vexations dont le général Dubourg fut victime en 1831 et qui le privèrent de sa solde de militaire en non-activité. Elle rappelait, en tout cas, les circonstances de sa conduite en juillet 1830 : « Monsieur,
»Un soir, c’était le 28 juillet 1830 au soir, une foule de bons citoyens vinrent me trouver pour me dire “Vous pouvez sauver la patrie. Les ouvriers, les jeunes gens des écoles ont confiance en vous à cause de votre belle conduite aujourd’hui, il faut que vous preniez le commandement.” J’objectai que j’étais prêt à prendre une part du commandement et en sous-ordre, n’étant pas assez connu pour le prendre en chef, qu’il fallait proposer le commandement aux généraux tels et tels… On me répondit : “Ils l’ont refusé et ils s’obstinent dans leur refus, ils disent qu’ils ne veulent pas porter leur tête sur un échafaud.” Alors je me décidai et l’idée de porter ma tête sur un échafaud ne me fit pas hésiter une minute. Je publiai, au point du jour, une proclamation où je disais “Nous combattons pour nos lois et la liberté. Concitoyens, le triomphe est certain !” J’ajoutai que bientôt les ministres prévaricateurs seraient en jugement. Les patriotes trouvèrent que j’osais trop promettre cependant ces promesses furent réalisées. Après la victoire, je fus assez heureux pour faire respecter les personnes et les propriétés. Seul avec mes officiers je m’occupais nuit et jour de conserver intact l’honneur du peuple et d’empêcher que la révolution fût souillée des excès. La malveillance la plus prononcée, les ennemis de la liberté et les doctrinaires mêmes furent contraints de me rendre justice. Cependant je ne fus point récompensé. J’attendais, sans me plaindre un temps meilleur. Je réclamais mes appointements arriérés (ceux mêmes de juillet, août et septembre 1830 ne me sont pas encore payés). Au lieu d’en obtenir le paiement, je cesse à partir du 20 mars de faire partie du cadre de disponibilité. On m’enlève, contre toutes les lois, jusqu’à mes appointements d’inactivité. Vous aurez peut-être de la peine à le croire mais c’est un fait que je puis vous attester. J’ignore absolument sous quel prétexte. (vingt et un ans de ?) grade de colonel, des blessures graves, des services qui furent remarqués dans l’ancienne armée, on n’en a pas plus tenu compte que de mon patriotique dévouement à braver l’échafaud des Bourbons. Ou peut-être est-ce à cause de tout cela que l’on m’enlève le prix du sang. Si vous pensez que j’ai acquis des droits à l’estime et à l’amitié des patriotes et que je mérite d’être défendu dans votre journal à ce titre, vous m’obligerez et vous ferez, je crois, acte de justice car véritablement on ne vit jamais telle iniquité.
»C’est ma véritable réaction contre tous ceux qui ont combattu en juillet (ça veut dire quoi ?). Je ne me plaignais pas de n’avoir point été récompensé d’après la marche du gouvernement qui ne veut que des hommes à double face. Mais me priver du prix du sang, de ce qui m’appartient comme un patrimoine, cela est aussi trop inique. Tous ceux qui se sont distingués, les armes à la main, en juillet sont en prison ; on m’avait aussi menacé de la prison pour une raison ou pour une autre ; on n’a pas osé aller jusque-là. Mais m’enlever le prix des services de toute la vie est l’équivalent. Agréez, etc. » On trouve dans le récit que fit devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février Rognon, Constantin de sa propre participation à la révolution de Juillet quelques indications concernant le général Dubourg. Les passages le concernant étaient ainsi rédigés : « En 1830, le 29 juillet, j’ai, pour hâter la solution de la révolution, fait de que tout bon citoyen aurait dû faire. Après bien des recherches, nous avons découvert le citoyen Dubourg, nous lui avons offert les insignes du grade de général pour faire sortir la masse de son engourdissement et arriver promptement à une solution. Ces insignes achetés de mes propres deniers, l’équiper, sortir, aller à la Bourse, à l’Hôtel de ville ne fut l’affaire que d’un instant, en grossissant notre petite troupe. Nous occupions l’Hôtel de ville quand Lafayette enfin se décida à venir à l’Hôtel, plus de deux heures après en avoir pris position, mouvement qui a puissamment contribué au dénouement de cette belle journée. Le général Dubourg fut confirmé dans son grade, mis en disponibilité quelques jours après, suite des 5 et 7 août à l’Hôtel de ville lors du fameux programme. Alors nous étions trois pour improviser un général : M. Evariste Dumoulin (voir ce nom), décoré pour ce fait de la Légion d’honneur, M. Hippolyte Anres illisible, mon beau-père non récompensé, et moi sans avoir même reçu une mention honorable. Nous fûmes consolés d’avoir fait une bonne action et cette fois [en février 1848, N.D.A.] j’eus pris certes une bonne part si je m’étais trouvé à Paris. J’ai pour tout certificat de 1830, l’assignation que me fit donner M. Dubourg, quand Dequebourg illisible le fit traduire en police correctionnelle comme ayant volé les habits qu’il portait le 29. Tous trois nous sommes allés en cour déclarer que nous les lui avons offerts après les avoir achetés et payés en face la Banque de France […]. Si vous désirez, messieurs, avoir le seul certificat que je possède, c’est-à-dire cette assignation dont il est question plus haut, je pourrai vous la faire remettre par mon fils, elle est chez moi à Paris rue de Montmorency n° 14, et si le général Dubourg existe encore il pourra certifier ce que j’avance. Quant à M. Dumoulin et M. Anres, ils sont morts. Le fait que j’avance a été connu de tout Paris et de vous-mêmes, messieurs […]. » Le 19 juillet 1833, un rapport au ministre de l’Intérieur précisait sur son compte : « A la suite des événements de juillet 1830, M. le général Dubourg réclama du nouveau gouvernement une somme de quarante-deux mille francs pour les déboursés qu’il avait faits en dirigeant l’élan populaire. La commission chargée de liquider les dommages occasionnés par les trois journées, ayant été saisie de cette réclamation, estima qu’elle était bien fondée mais qu’il ne lui appartenait pas d’y faire droit, attendu que les éléments d’une liquidation manquaient et qu’il s’agissait d’ailleurs bien moins d’un dommage de nature à être soumis à son appréciation que d’une dette qui lui semblait devoir trouver sa garantie dans la bienveillance du gouvernement. La créance de M. Le général Dubourg se trouva ainsi écartée de la loi relative aux dommages de Juillet. » Le gouvernement n’admit donc qu’il soit dû quelque chose au général mais « néanmoins, en considération de sa position », le porta pour un secours annuel de deux mille francs et lui fit payer en 1833 le retard, soit la somme de quatre mille francs. Le roi, à qui cette proposition fut soumise l’approuva. Dubourg signa un certificat en faveur de Leserré, Charles (voir ce nom) pour attester que « le docteur Lesseré est un des braves qui ont combattu dans les mémorables journées de Juillet, que tantôt combattant pour la liberté et tantôt prodiguant les secours de son art aux blessés, sa conduite digne d’éloges lui mérite l’estime des bons citoyens et des vrais patriotes ». Il signa le certificat suivant en faveur de Clouet, Edouard : « Je certifie qu’Edouard Clouet s’est battu dans les journées de Juillet et a montré de très bons sentiments. Je pense qu’il a des droits aux décorations d’honneur qui doivent être accordées à ceux qui se sont bien conduits. » Dans la lettre qu’il fit parvenir à la Commission des Réclamants sise rue Bourg-Labbé, Bony, René, en tentant de faire valoir ses droits à la décoration, laissait les informations suivantes sur le générale Dubourg : « […] Le 30, j’ai été nommé tout à la fois colonel de la IIIe légion par le général Dubourg et lieutenant-colonel par le général Pajol, pour être attaché à son état-major. Voulant m’occuper de l’organisation de la IIIe légion de la garde nationale, je trouvai M. Loubers, qui venait d’obtenir ce commandement. On prétendit que les nominations faites par le général Dubourg n’étaient pas valables. Déjà on cherchait à dépopulariser ce brave général […]. » Il signa, le 24 janvier 1831, le certificat suivant en faveur de Bonnellier, Hippolyte : « Je certifie que M. Hippolyte Bonnellier était près de moi à la Bourse le 29 juillet au matin et dans tous les lieux où le besoin du service l’exigeait ; ainsi qu’à l’Hôtel de ville. J’estime que M. Bonnellier, par sa conduite et ses principes, a des droits à la bienveillance du gouvernement né des glorieux événements de Juillet. » On trouve, en juillet 1831, dans L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, l’article suivant le concernant : « Malgré le déploiement extraordinaire de forces, des démonstrations révolutionnaires ont eu lieu le jeudi 14. A quatre heures du matin, on a saisi du côté de l’Odéon, et conduit à la préfecture de police, un peuplier de trente pieds de haut, destiné à former un arbre de la liberté. Des individus vêtus en ouvriers, qui venaient de le faire entrer par la barrière d’Enfer, se sont enfuis. Dans la matinée, un certain nombre de jeunes gens et d’hommes mal vêtus en portaient un autre vers la place du Panthéon. Cette bande fut assaillie par des ouvriers, qui mirent en pièces cet arbre. On en saisit en même temps deux autres dans différents quartiers. Des groupes assez nombreux, qui s’étaient formés du côté des places Dauphine, du Châtelet et de l’Hôtel-de-Ville, furent dissipés ; la garde nationale et la troupe de ligne occupèrent ces différents points, ainsi que le quai aux Fleurs, d’où la police avait fait disparaître pendant la nuit le mât qui s’y trouve, de crainte qu’on n’en fît usage. Les rassemblements étaient plus considérables à la place de la Bastille, on y pérorait et on y distribuait de l’argent ; mais le terrain resta à la force armée à la suite de quelques arrestations. Dans l’après-midi, une troupe d’environ 400 jeunes gens se rendit, par les boulevards, aux Champs-Elysées, déracina un gros arbre, et se disposait à le planter sur la place de la Concorde, lorsqu’un bataillon de la garde nationale arriva, ayant à sa tête le maire du premier arrondissement, dispersa le rassemblement, non sans peine, s’empara de l’arbre et le jeta à la rivière. Les jeunes gens, cernés, usèrent de violence pour se défendre, et quelques-uns d’entre eux reçurent des coups de baïonnettes dans la lutte. La soirée se passa sans incidents graves ; la garde nationale avait été levée en masse. On a arrêté dans cette journée, sur différents points, une centaine d’individus, entre autres les généraux Dubourg et Dufour, le jeune Gallois [lire Galois, Evariste, N.DA.], trois artilleurs de la garde nationale, dont les carabines étaient chargées, et auxquels il a fallu mettre les menottes, et des individus qui s’étaient déguisés en gardes nationaux. Il est inutile d’ajouter que des pierres ont été lancées, et que des cris séditieux ont été poussés par les perturbateurs, notamment ceux de Vive la république ! à bas la garde nationale ! On dit qu’ils ont tiré plusieurs coups de pistolets sur les troupes. » En 1848, Dubourg était président de la Commission des décorés de Juillet. Il adressa, à ce titre, au gouvernement provisoire de la république une proposition d’employer les décorés de Juillet et adressa à cet effet la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Un de vos premiers soins, en prenant les rênes du gouvernement, a été de veiller au sort des travailleurs de l’industrie manufacturière, mais, au milieu de vos graves occupations, l’agriculture, sans laquelle les autres industries ne sauraient subsister, n’a pas encore reçu l’appui dont elle a besoin. Se nourrir et se vêtir sont les premiers besoins de l’homme. Le premier devoir de la société est donc d’y pourvoir ; les produits du sol, l’éducation des bestiaux et la culture des champs offrent les moyens de satisfaire à ces deux lois primitives ; hâtons-nous donc de rendre à l’agriculture, si négligée sous le gouvernement déchu, toute l’importance qui lui appartient ; arrêtons l’émigration des campagnes, dont les populations viennent encombrer les villes, et surtout rendons à l’agriculture tous les bras inutiles à l’industrie manufacturière. Nous avons cru qu’il était digne des braves qui ont conquis deux fois la liberté de donner l’exemple du courage républicain et des vertus civiles, en prenant l’initiative pour régénérer l’industrie agricole. Nous venons donc vous demander de donner votre approbation à l’arrêté ci-joint, qui vient d’être pris par l’assemblée générale des délégués de tous les décorés de Juillet ; étant persuadés que notre proposition, qui, sans ajouter un sol aux charges de l’Etat, tend à augmenter la richesse nationale, en assurant le sort des décorés de Juillet, aura la sympathie du gouvernement provisoire de la république, recevez etc. » Cette lettre était aussi signée de : Lecocq (voir sans doute Lecocq, Louis, Octave, Amédée ?), fondateur et secrétaire ; Delaberge (voir ce nom ?) ; Cogniard, Hippolyte (voir ce nom). Le règlement d’une Association agricole de la légion nationale fut ainsi rédigé et sa fondation proposée au gouvernement : « Les délégués des décorés de Juillet, après avoir recueilli l’expression des désirs et des besoins de leurs frères ; considérant qu’il a été promis des récompenses aux combattants de Juillet ; que ces récompenses, prix de leur sang versé pour conquérir la liberté, sont d’autant plus légitimes et nécessaires que, depuis dix-huit ans bientôt, ils ont été exposés aux humiliations et aux persécutions les plus cruelles ; que beaucoup d’entre eux sont sans fortune, sans travail et dans une position qui mérite de fixer l’attention du gouvernement provisoire de la république, que pleins d’une noble fierté et animés des sentiments patriotiques les plus purs, ils ne veulent pas, en raison de l’embarras financier dans lequel le gouvernement déchu a laissé la France, ajouter aux charges de l’Etat et demandent au gouvernement de la république non des sacrifices pécuniaires mais seulement un appui efficace à l’aide duquel ils puissent faire fructifier leur travail, assurer leur avenir, celui de leurs femmes et de leurs enfants, tout en augmentant la richesse de la république ; que l’agriculture, source la plus pure et la plus féconde de la richesse et du bonheur des nations, constamment négligée et déconsidérée sous le gouvernement déchu, leur a paru le moyen le plus sûr pour atteindre leur but ; qu’il est digne des braves qui ont conquis deux fois la liberté de donner l’exemple du courage et de vertus civiles, en consacrant leur existence à l’industrie agricole pour régénérer cette branche essentielle de la richesse de la république et prouver par des faits irrécusables qu’il n’y a pas d’industrie aussi grande, aussi utile et dont on puisse obtenir des résultats plus satisfaisant que l’agriculture, quand on y apporte des connaissances théoriques et pratiques et des capitaux suffisants ; en conséquence, les délégués soussignés, représentant l’universalité des décorés de Juillet, acceptant la proposition qui leur a été faite par quelques-uns de leurs frères, les sieurs Lecocq, Coignard, De La Berge (sic) et le général Dubourg, de créer des établissement agricoles dans l’intérêt des décorés et blessés de juillet 1830 et 1848, ont arrêté ce qui suit : Article 1er. Il est fondé par ces présentes dans l’intérêt des décorés de Juillet, de leurs veuves, de leurs enfants et des orphelins des braves morts en défendant la patrie en juillet 1830 et février 1848 une association ayant pour objet de fournir une rente annuelle de trois cents francs au profit de chaque décoré, laquelle sera réversible, en cas de mort, sur la tête de leurs veuves ou de leurs enfants ainsi que beaucoup d’autres avantages qui seront exprimés ci-après. Article 2. Cette association qui sera constituée en société anonyme aura la dénomination d’Association agricole de la légion nationale. Article 3. Il sera créé immédiatement et au fur et mesure que les capitaux nécessaires seront réalisés : 1°) au moins douze établissements agricoles, présentant une superficie totale d’environ douze mille hectares de terre arables propres à une culture régulière et au moins dix mille hectares de bois, que le gouvernement sera invité à mettre à la disposition de l’association soit sur les biens de l’Etat soit sur ceux dépendant des domaines de la ci-devant liste civile. 2°) Le but de cette association étant de procurer un travail convenablement rétribué aux décorés qui, par leur professions, leurs goûts et leurs connaissances théoriques et pratiques, seront aptes à l’industrie agricole, les divers emplois dans ces établissements seront confiés de préférence aux décorés et à leurs enfants majeurs. 3°) Il sera créé immédiatement dans chaque établissement agricole une école théorique et pratique d’agriculture où l’on recevra des élèves payants et dans lesquels les enfants des décorés de Juillet âgés de quatorze ans au moins seront admis comme boursiers pour exécuter les travaux conjointement avec tous les autres employés et recevront une solide instruction agricole jusqu’à leur majorité, époque où après avoir subi les examens convenables et obtenu un brevet de capacité agricole, soit comme ingénieurs ruraux, chefs de cultures, ou contremaîtres, il le leur sera compté autant de fois cent cinquante francs qu’ils auront passé d’années dans ces rétablissements. 4°) Il sera créé immédiatement dans quatre des établissements agricoles de l’association : 1°) une école spéciale d’irrigation ; 2°) une école spéciale forestière ; 3°) une école spéciale d’horticulture ; 4°) une ferme école d’acclimatation pour les animaux de races étrangères ; 5°) il sera disposé dans chaque établissement de l’association un local spécial dit maison de santé, où les décorés infirmes ou valétudinaires ainsi que les employés de l’établissement seront logés, nourris et soignés aux frais de l’association et recevront en outre une indemnité en rapport avec la qualité de travail qu’ils pourront faire. Article 4. Les fonds nécessaires sont faits au moyen d’un emprunt de trois millions de francs remboursables en quinze années, par annuités, avec l’intérêt à cinq pour cent et donnant droit en sus à un dividende éventuel formé du cinquième des bénéfices de l’association. Afin de faciliter cet emprunt et comme l’appui efficace réclamé à titre de récompense par les décorés, le gouvernement de la république sera prié d’autoriser cet emprunt et de le garantir hypothécairement en y affectant quantité suffisante de bois dépendant de l’ancienne liste civile. Il sera également invité à nommer un commissaire pour surveiller sa comptabilité et veiller à la stricte exécution des traités. Article 5. Ces établissements seront formés par la prise à ferme de grands domaines. L’association paiera pour prix de fermage trois pour cent du prix capital d’estimation desdits biens et cinq pour cent d’intérêt du prix capital du cheptel quand il en sera fourni. Article 6. Cette association sera gérée et administrée par un conseil d’administration composé de sept membres dont un à tire de directeur sera spécialement chargé de préparer le travail et de faire exécuter les décisions du conseil d’administration ; ce conseil est investi des pouvoirs les plus étendus pour tout ce qui tient à l’organisation, la gestion et l’administration de l’association. Article 7. Un conseil de surveillance, composé de sept membres, dont trois seront élus par les délégués des décorés et quatre par l’assemblée générale des souscripteurs de l’emprunt sera également chargé de surveiller la comptabilité. Article 8. L’intérêt commun exigeant que les personnes qui ont conçu ce projet d’association, en ont préparé les moyens d’exécution et coordonné toutes les parties, puissent au moins pendant un certain nombre d’années en suivre et diriger les développements, il est expressément convenu que le comité des décorés fondateurs formera le conseil d’administration et aura droit de s’adjoindre trois autres membres pris parmi les notabilités financières, administratives et agricoles. Ce conseil d’administration ne pourra pas être changé pendant huit années. A l’avenir, en cas de décès ou démissions les remplacements auront lieu sur la nomination d’une commission composée des membres du conseil d’administration et de six autres membres choisis par le comité des délégués des divers arrondissements. Article 9. Pour stimuler le zèle de tous les préposés et employés des divers établissements de l’association de la légion nationale, indépendamment des traitements fixes qui leur seront alloués, ils auront droit au sixième des bénéfices nets de chaque établissement et ce dans les proportions qui seront déterminées ultérieurement. Article 10. Tous les ans, au 31 décembre, les comptes seront arrêtés et, dans les deux mois suivants ou le 1er mars au plus tard, il sera procédé au règlement définitif de l’exercice précédent. 1°) Les frais généraux et spéciaux de l’association étant payés, ainsi que 1° les trois cents francs de rente dus à chaque décoré jusqu’à concurrence de mille cinq cents titulaires. 2° les cinq pour cent affectés à l’intérêt de l’emprunt 3° l’amortissement par quinzième du capital dudit emprunt, les sommes restantes seront divisées par cinquièmes et employées comme il suit : un cinquième pour servir de primes ou dividendes à l’emprunt, en plus de l’intérêt fixe à cinq pour cent, deux cinquièmes seront versés dans la caisse de réserve et deux cinquièmes appartiendront à l’administration centrale à titre de rémunération pour ses travaux, son temps et ses soins. Article 11. Un secours immédiat étant indispensable à beaucoup de décorés et la crise financière qui se fait sentir en ce moment pouvant présenter une difficulté momentanée pour la réalisation rapide de l’emprunt dont il est parlé en l’article 4, le gouvernement provisoire de la république est prié de vouloir bien faire prêter une somme de cent cinquante mille francs à l’association de la légion nationale, qui lui en paiera l’intérêt à raison de cinq pour cent et en effectuera le remboursement par annuités en cinq années. Article 12. La commission des délégués des divers arrondissements se rendra immédiatement en corps auprès du gouvernement provisoire de la république pour lui communiquer la présente délibération et réclamer son appui efficace. » Suivaient les signatures de : Lecocq (voir sans doute Lecocq, Louis, Octave, Amédée ?), fondateur et secrétaire ; Delaberge (voir ce nom ?) ; Cogniard, Hippolyte (voir ce nom) ; Mendez (voir Mendez, Théodore, Auguste) ; Roger (c’est lequel ?) ; Pierquin (voir sans doute Pierquin, Claude, Charles ?) ; Patonnelle ou Patounelle ; Berteloite (voir Berteloitte, Henri, Louis). Sa proposition fut rejetée par la Commission des récompenses nationales. Nous empruntons au site charlesfourier.fr de l’Association d’études fouriéristes et des cahiers Charles Fourier la notice rédigée par Sosnowsk et ainsi rédigée : « Dubourg (ou Du Bourg ou Du Bourg de Butler ou Dubourg-Butler, Frederick-Robert), Joseph-Patrice Fouchard dit. Né à La Rochelle (Charente-Maritime) le 6 février 1780 ; décédé à Paris (Seine) le 17 février 1851. Maréchal de camp à son décès. Héros de la Révolution de juillet 1830. Auteur de projets de colonisation de l’Algérie et de “ménage sociétaire”
Une « vie singulièrement romanesque 1 »
Patrice-Jean-Pascal Fouchard est dit “bourgeois de la Rochelle” lors du baptême de son fils Joseph-Patrice en 1780. Si les témoins sont illettrés, le père sait signer avec aisance. Il est issu d’une famille de marchands du Mans. Il a épousé Marie-Madeleine Dionneau originaire de Tuffé également dans la Sarthe, le 3 février 1777 à La Rochelle, paroisse Saint-Sauveur. Durant près de quarante ans, le couple vit pauvrement à Rennes, sans aucun secours de leur fils selon un écrit du maire de Rennes en date du 14 novembre 18252. Patrice-Jean-Pascal y exerce les fonctions de maître d’écriture et y décède le 30 décembre 1820. Son père était appelé Fouchard-Dubourg d’après cet acte. Quant à Marie-Madeleine Dionneau, elle décède le 15 novembre 1822. Leur fils Joseph-Patrice se destine très tôt à la marine. Il embarque à l’âge de onze ans sur un bâtiment de commerce, Le Sensible3. A 15 ans, il devient aspirant sur une canonnière ; à 17 ans, il est officier sur un navire corsaire. Il aurait combattu un temps en Vendée dans les armées royalistes avant de se mettre au service de Bernadotte alors à la tête des Armées de l’Ouest en 1800. Enfin, le 11 germinal an XI (1er avril 1803) il est nommé enseigne de vaisseau à Toulon sur Le Vulcain. Une rixe – il donne un coup de sabre mortel à un officier d’artillerie – est étouffée. Il est transféré à Brest ; là, une nouvelle rixe concernant de l’argent donné en échange de marchandises à débarquer furtivement conduit à de nouvelles sanctions. Le 7 germinal an XIII (28 mars 1805), le préfet maritime le fait dégrader. Il est finalement rétabli à ses rang et grade le 22 messidor an XIII (11 juillet 1805). Le 8 juillet 1808, il est promu lieutenant de vaisseau et le 23 août 1808, il est nommé lieutenant à bord du Charlemagne, vaisseau de l’escadre de l’Escaut4. Dans le courant de l’année 1808, il devient adjudant de l’escadre de l’Escaut. Néanmoins, le 3 octobre 1810, il est à nouveau dégradé pour avoir introduit des denrées coloniales d’une valeur de 7 à 8 000 francs sur l’Eugénie et pour avoir refusé de les restituer ou de les rembourser. Il suivrait alors Bernadotte en Suède. En 1812, il tente de se faire reconnaître comme capitaine d’un vaisseau corsaire à Copenhague mais sans succès ; néanmoins, Napoléon rappelle les officiers qui avaient suivi Bernadotte ; en mai 1812, Berthier, prince de Wagram annonce que le chef d’état-major Dubourg est attaché à l’état-major de la 1re division de cuirassiers et doit se rendre à la suite de l’état-major de la Grande Armée. De juillet à novembre 1812, il est affecté au service du général Claparède qui rend “justice au zèle, à l’intelligence, au dévouement de son subordonné5” ; il commande une escorte composée essentiellement de Polonais, chargée d’escorter le trésor de l’armée. “Le 15 novembre 1812, cette escorte est attaquée par l’ennemi, près de Wilna ; dans des conditions assez confuses, son chef tombe entre les mains des Russes6”. Il est prisonnier de guerre à Saint-Pétersbourg et se pare du titre de colonel, que Claparède lui aurait donné, et de celui de comte du Bourg. Il arbore la croix de la Légion d’honneur. Il est autorisé à rentrer en France à la chute de Napoléon ; le passeport qui lui est attribué ainsi qu’au lieutenant de La Tour d’Auvergne, valide ces qualités. Avec la Première Restauration, il complète ses états de service, “mêlant habilement à d’énormes mensonges quelques exactitudes7”. Il se fait appeler comte Frederick-Robert du Bourg de Butler et il est employé à l’état-major au ministère de la Guerre. Il est promu adjudant-commandant, nomination du 1er juillet 18128. Durant les Cent-Jours, à Gand, il s’avère un ardent royaliste, séduit même Chateaubriand qui en fait mention dans ses Mémoires d’outre-tombe9. Il aurait contribué au Journal politique de Gand. Il reçoit le commandement de l’Artois et pacifierait le département du Pas-de-Calais. Mais Dubourg est cependant mis en demi-solde ; la relation de ses faits d’armes ne fait pas effet ; son écrit De la nécessité de n’employer dans l’épuration de l’armée que des mesures légales non plus. Deux enquêtes sont diligentées, l’une par le ministre de la Marine, l’autre par le ministre de la Guerre. Dubourg-Fouchard s’invente une nouvelle filiation attestée par sept témoins dont cinq officiers supérieurs10. Il se fait natif du Cap Français (île de Saint-Domingue) né le 7 février 1780 du mariage de Jean-Patrice-Robert, comte du Bourg, et de Marie-Magdeleine de Butler de Dionneau. Il menace même de se brûler la cervelle en novembre 1816 pour faire accepter ses dires. Mais l’enquêteur conclut que “les griefs contre Dubourg se résum[ent] à trois : Supposition d’état. Usurpation de grade et de titre. Subornation de témoins11”. Pourtant, le 11 novembre 1818, Hugues-Frédéric-Robert du Bourg, colonel d’état-major en non-activité est nommé officiellement commandant de la légion de la Loire. Mais très rapidement des doutes sont émis sur ses compétences et surtout sur la croix d’officier de la Légion d’honneur qu’il arbore. Un rapport du chirurgien major de la Légion de la Loire en date du 2 octobre 1819 démontre néanmoins que Dubourg a de nombreux combats à son actif : [Il] a été atteint de plusieurs blessures très graves dont il résulte les accidents suivants : Primo, plusieurs coups de sabre sur la tête qui ont laissés des cicatrices profondes. 2° une grande cicatrice au bas du ventre à un pouce au-dessous de l’ombilic ; la blessure qui a occasionné cette cicatrice ayant divisé la ligne blanche, il résulte une tumeur herniaire qui oblige M. le colonel à porter continuellement une ceinture élastique ; malgré cette précaution, il se trouve très gêné lorsqu’il est obligé d’élever la voix dans les commandements. 3° une profonde cicatrice par suite d’une coup de lame au côté gauche, entre la 3e et la 4e fausse côte, cette cicatrice étant adhérente gêne les différents mouvements du corps. 4° une longue cicatrice sur la partie moyenne externe de l’avant-bras gauche est adhérente et gêne les mouvements de rotation de l’avant-bras. 5° un coup de sabre qui a amputé la première phalange du pouce de la main gauche12. Cependant Dubourg est mis à la réforme en 1820 après une nouvelle enquête qui fait la lumière sur l’usurpateur. Dubourg n’insiste pas. Il se fait alors publiciste. En 1827, il montre son intérêt pour l’économie en publiant un Mémoire sur les moyens de fonder la prospérité des fabriques françaises, en leur assurant des débouchés au dehors. Dans ses Questions de politique européenne, et sommaires de plans de campagne contre les Turcs, qui compte une seconde édition en 1828, il s’invente une relation avec le prince Ypsilantis chef de guerre et héros national grec qui lui aurait demandé de prendre la tête du mouvement d’indépendance grecque en 1821. Fouchard-Dubourg mène une vie sans éclat quand survient la Révolution de 1830 ce qui lui offre la possibilité de transmette son nom à la postérité.
Un héros embarrassant de la Révolution de juillet :
Il s’illustre effectivement lors des journées de juillet 1830 à la tête d’une troupe hétéroclite qui prend l’Hôtel de ville de Paris13. Dès le 29 juillet, sous l’égide du Constitutionnel, il se proclame général de la Garde nationale élu par “universelle acclamation14”. Son rôle est généralement dépeint de manière cocasse : “Une scène bizarre se passait en même temps au milieu de Paris. De dix à onze heures, un homme d’une taille moyenne, d’une figure énergique, traversait, en uniforme de général, et suivi par un grand nombre d’hommes armés, le marché des Innocents. C’était de M. Evariste Dumoulin, rédacteur du Constitutionnel, que cet homme avait reçu son uniforme, pris chez un fripier, et les épaulettes qu’il portait lui avaient été données par l’acteur Perlet : elles venaient du magasin de l’Opéra-Comique. Quel est ce général, demandait-on de toutes parts ? Et quand ceux qui l’entouraient avaient répondu : « C’est le général Dubourg » Vive le général Dubourg ! criait le peuple, devant qui ce nom n’avait jamais retenti. Mais tous alors avaient un immense besoin d’être commandés. Le cortège se rendit à l’Hôtel de ville. Le général s’y installa. Quelques instants après, le drapeau tricolore avait cessé de flotter sur l’Hôtel. Un homme entra dans le cabinet où se trouvait M. Dubourg, et où plusieurs jeunes gens, rangés autour d’une table, étaient occupés à écrire. « Général, voici le tapissier. De quelle couleur le drapeau ? – Il nous faut un drapeau noir, et la France gardera cette couleur jusqu’à ce qu’elle ait reconquis ses libertés15 »”.
Dubourg fait néanmoins preuve d’efficacité et aurait été également en première ligne lors de la prise du Louvre. Il démontre aussi “une présence d’esprit, une dignité, un aplomb, tout à fait à la hauteur du rôle qu’une intrigue conçue, à bonne intention, le portait à jouer, du consentement du peuple16”. Finalement, le 30 juillet il cède sa place à l’Hôtel de ville à La Fayette sans pour autant se retirer. Le 31 juillet, il apostrophe le duc d’Orléans, venu se faire acclamer et l’incite avec virulence à respecter ses engagements. L’événement fait grand bruit et sert à la légende – cette fois républicaine – de Dubourg. Mais début août, Dubourg tente de faire amende honorable en adressant excuses et soumission au duc d’Orléans, tout un réclamant “un emploi civil ou militaire qui ne soit pas au-dessous de [sa] réputation17”. Le général Lafayette lui apporte son soutien et confirme son grade par une proclamation : “Garde nationale de Paris. Hôtel de Ville, le 8 août 1830. Le général commandant en chef doit à M. le général Dubourg, la justice de dire que dans le moment du danger il a répondu avec dévouement à l’appel d’un nombre de bons patriotes ; qu’il a donné dans ces mémorables journées des ordres conformes au courageux élan du peuple et au maintien de l’ordre public, et que le général en chef l’a trouvé à l’Hôtel de Ville, où M. le général Dubourg lui a exprimé le plaisir qu’il avait eu de l’y voir porté par la confiance de ses concitoyens18.”
Dubourg est remis en activité, rétroactivement en date du 27 juillet, au grade de colonel d’infanterie. Le 2 octobre, il est nommé maréchal de camp, c’est-à-dire général19 mais est placé en disponibilité20 et dès le 22 mars 1831, il ne perçoit plus que le traitement de réforme. Il reste un personnage encombrant d’autant que cette nomination qu’il accepte ne fait que renouveler un titre qu’il porte depuis 1812 et ne peut le satisfaire. “Je m’attendais à être pair avec une donation […]. Je crois mériter une récompense nationale21” ; il réclame même d’être nommé “commandant de la Légion d’honneur22”. Il doit également subir les poursuites judiciaires d’un chef d’escadron, M. Ravault de Kerboux, qu’il a qualifié d’“espion de police” lors des journées de Juillet. C’est l’occasion de faire ressurgir publiquement son passé trouble23. Lors d’une audience, il est présenté comme “un homme […] de petite taille, mais fortement constitué ; sa figure annonce la franchise et l’aménité ; ses blessures le forcent à s’appuyer sur une canne”. Il s’exprime “avec facilité, souvent même avec élégance24”. Baude, alors sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur, avec qui il a partagé temporairement le pouvoir à l’Hôtel de ville lors de la journée du 29 juillet, décrit Dubourg comme un homme qui “ne lui a jamais paru ni violent, ni emporté”. Le colonel Cauchais indique qu’“il l’a connu […] à l’armée, où il n’était ni dur ni insolent envers ses inférieurs”. D’autres louent son attitude lors des événements, mais aucun ne peut le disculper des faits reprochés. Le tribunal le condamne à 50 francs d’amende et surtout à un affichage du jugement. Néanmoins, la cour ordonne la suppression du mémoire présenté par le défenseur de Ravault de Kerboux : “Ce mémoire contient plusieurs faits inexacts ou faux, lesquels sont injurieux ou diffamatoires pour le maréchal de camp Dubourg25” . Dubourg n’en reste pas là. En 1833, il réclame une indemnité de 42.000 francs pour ses dépenses lors des Trois Glorieuses26. Une pension annuelle de 2.000 francs lui est finalement allouée. Il se consacre à l’écriture et soumet en 1836 un plan de colonisation du royaume d’Alger, indiquant les moyens de rendre la possession de cette belle conquête avantageuse à la France. Lors de son procès de 1830, il indiquait avoir été consulté par “un ministère plus libéral […] sur les affaires de la Grèce et sur la question d’Alger27”. Il propose une colonisation du territoire de Constantine par une compagnie privée.
Un des premiers lecteurs de Fourier :
Le général Dubourg prend contact avec l’Ecole sociétaire et plus particulièrement Victor Considerant cette même année, en septembre 1836. Il explique alors que “jusqu’à ce jour je n’avais rien lu que le premier ouvrage de M. Fourier qui, je vous l’avoue avec sincérité m’avait paru singulièrement romanesque quoique j’eusse dès lors été frappé du génie de l’auteur28”.
Après 1830, il dit avoir été trompé par l’idée répandue d’un lien avec le saint-simonisme qui lui “répugnait extrêmement”. Mais sans qu’il précise les circonstances de son intérêt nouveau pour l’idée phalanstérienne, il déclare que “maintenant que je commence à connaître vos doctrines, j’ai complètement changé d’opinion. Vous voulez je crois travailler au bonheur des hommes et non les exploiter”.
Il souscrit à l’idée d’édifier une nouvelle société, “de la reconstituer sur des nouveaux principes”, mais ne voit “point la possibilité d’appliquer aux villes, aux grandes fabriques, [la] théorie. Je comprends très bien l’application de votre théorie aux exploitations rurales, même avant d’avoir lu le traité de l’association domestique agricole de M. Fourier, et je comprends d’autant mieux cette partie fondamentale de votre doctrine, qu’avant d’en connaître l’existence, j’avais entrevu, ainsi que vous avez pu le voir dans mon plan sommaire de colonisation du Royaume d’Alger, que c’était le seul moyen certain de fonder une colonie et d’en assurer la prospérité”.
Certain de son point de vue, il propose même de “coopérer à l’établissement de la première phalange agricole qui serait formée29” si jamais son projet de colonisation n’aboutissait pas. Sa renommée serait un atout affirme-t-il, “car je ne passe pas pour un fou parmi ceux qui me connaissent et peut-être aussi que mon expérience des hommes et des travaux champêtres pourrait être bonne à quelque chose”. Dubourg profite de ce contact pour souligner son adhésion à la théorie développée par son “camarade” Considerant dans sa brochure Nécessité d’une débâcle politique en France. Il y voit l’œuvre d’un “homme de bien et d’un esprit éclairé”. C’est avec le même sentiment qu’il s’adresse à nouveau à lui en août 1837 alors qu’est relancée opportunément l’idée d’un projet de réalisation30 : “[…] je suis l’un de ceux qui a le plus de confiance dans votre capacité, votre loyauté, votre sincère amour du bien – si j’étais plus riche je vous donnerais des preuves de mes sentiments plus forts que mes paroles31.”
Il attend la publication des statuts et promet de s’engager pour 9.000 francs. Néanmoins, son nom n’est pas inscrit parmi les “souscripteurs au Crédit de dix mille francs32”. Est-il de ceux qui s’éloignent de Considerant car il ne répond pas assez activement à leur vœu de réalisation d’un essai sociétaire ?
Un agronome au service de la cause phalanstérienne :
En effet, Dubourg entretient une relation soutenue avec certains tenants de la réalisation phalanstérienne. Il est parmi le petit groupe annoncé le 23 mai 1840 par Zoé Gatti de Gamond à Pierro Maroncelli comme devant établir une reconnaissance de la terre de Cîteaux en vue d’y établir une “Association des familles” : “Nous nous occupons d’une réalisation sur une grande échelle, et nous avons tout espoir de réussir, si nous sommes compris et secondés. La localité que nous avons en vue est la terre de Cîteaux. Je vous en envoie ci-joint une notice. Elle présente l’avantage des bâtimens [sic] tout construits, en parfait état, et qui conviennent, on ne peut mieux à la destination d’un phalanstère. Ils peuvent contenir largement de mille à douze cents personnes ; d’après les renseignements que nous avons pris, les terres (500 hectares), qui sont en plein rapport, offrent des ressources pour toute espèce de culture. Les rivières et les chutes d’eau qui arrosent la terre offrent des avantages incalculables pour la culture et l’industrie. Toutefois, les renseignements ne suffisent point ; seulement, ils ont paru assez positifs pour que cinq personnes toutes capables et dévouées se décident à se rendre sur les lieux, et à examiner toutes chose par elles-mêmes ; ce voyage leur servira en même temps à rallier les groupes de province dans un but unique de réalisation. Ces personnes sont M. [sic] le Général Dubourg, dont le nom populaire doit vous être connu, qui jouit d’une belle réputation, et possède toutes les connaissances pratiques en agriculture et en industrie nécessaires pour diriger les travaux, leur donner une impulsion unitaire ; M. Harel, auteur du Ménage sociétaire, homme excellent, instruit, dévoué ; enfin M. de Pompéry et Foucault et mon mari ; ils se rendront sur les lieux33.”
Le choix de Zoé Gatti de Gamond n’est pas incongru. Dubourg s’intéresse effectivement aux questions agronomiques depuis quelques années. En 1834, lors du Congrès scientifique de Poitiers, il est intervenu à plusieurs reprises et s’est illustré en particulier en rendant un travail sur la question des chemins vicinaux. Il y côtoie en séance le docteur Guépin. En 1836, il a publié un mémoire sur les engrais végétaux obtenus par compostage. Son mémoire est publié anonymement dans un premier temps puis débattu dans plusieurs sociétés savantes et agricoles34. Il s’intéresse également aux questions de conservation des boissons et des aliments. Le 29 septembre 1840, il dépose un brevet d’invention de “procédés qui préservent le vin des maladies, les empêchent de se gâter, les bonifient, les vieillissent, et mettent les vins de Bourgogne en état d’être transportés par mer, avec une nouvelle méthode de faire les vins ordinaires et mousseux qui en rend l’exportation plus facile et plus économique, les dits procédés applicables à la conservation de toutes les boissons fermentées35”. Il réside alors 16, bd du Temple à Paris.
Il a obtenu une telle renommée que Zoé Gatti de Gamond le pressent même comme directeur de l’Association qu’elle envisage. Mais finalement le 19 janvier 1841, elle signifie à Maroncelli, qui “n’ignor[e] pas la réputation populaire du premier36” des membres du comité annoncé, que seuls Harel et son mari sont allés visiter les terres de Cîteaux. Et parmi tous ceux qu’elle annonce comme voulant “quitter une belle position sociale pour entrer en Association, et participer aux travaux37”, Dubourg n’est pas cité. Il semble s’orienter vers une réalisation personnelle. En septembre 1841, c’est Eugène Stourm qui après avoir attiré l’attention de ses lecteurs sur le projet d’Arthur Young à Cîteaux, noté celui de Pellegrini au Texas, relève un projet de réalisation du général Dubourg, un “plan […] d’une sorte de ménage sociétaire qui pourrait immédiatement, et comme transition à un progrès supérieur, améliorer le sort des ouvriers et préparer à la vie harmonienne par le spectacle du simple bénéfice en participation38”.
En juin 1843, il sollicite de ses supérieurs l’autorisation de se rendre dans l’Allier39. En septembre 1843, il donne des renseignements sur la ferme de Boyron et Reverchon dans l’Allier, le domaine du Royer, lors d’une séance de la Société royale d’agriculture de Lyon. Dubourg a des contacts à Lyon. Dubourg à des contacts à Lyon. Le 30 mars 1839, il avait déjà sollicité le ministre pour “demeurer un certain temps40” dans le département du Rhône mais était revenu souffrant à Paris en septembre, après un séjour à Bourbonne-les-Bains en juillet41. En janvier 1844, il est en contact avec Charles Harel auteur du Ménage sociétaire, ouvrage dans lequel il démontre les avantages de la vie commune en association. Le 6 juin, Dubourg lui soumet également son invention d’un “appareil d’essai pour la conservation des substances alimentaires. Il a parfaitement réussi42”, écrit-il.
Entre-temps, le 21 octobre 1843 à Fontenay-aux-Roses, il a épousé Rose-Marguerite Rathe, née en 1808. Le mariage est célébré sans aucune autorisation de sa hiérarchie43. Il est présenté comme maréchal de camp mais également comme officier de l’ordre royal de la Légion d’honneur. L’état civil de sa naissance et celui du décès de ses deux parents correspondent bien à la vérité. Les deux mariés résident dans la localité chez le docteur Lacroix, Grande Rue. Le couple légitime également quatre enfants, tous reconnus lors de leur naissance par Dubourg. Tous sont nés à Paris dans les Ier ou VIe arrondissements ; le premier, Frédéric-Patrice, le 13 octobre 1832 ; le deuxième, Georges-Frédéric, le 16 septembre 1833 ; le troisième, Antoine-Victor, le 23 mai 1837 ; enfin, la dernière, Anne-Marie-Stéphanie, est née le 21 janvier 1839. Les témoins du mariage et de la reconnaissance sont Etienne Lavergne, commandant, officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, âgé de 71 ans, et Georges-Armand Maréchal, capitaine en retraite, âgé de 52 ans, chevalier de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, domiciliés à Fontenay-aux-Roses, Armand-Adrien Maréchal, capitaine d’artillerie en activité en garnison à Montreuil (Pas-de-Calais) et le docteur Félix Lacroix, 49 ans, chevalier de la Légion d’honneur domicilié à Fontenay-aux-Roses. Dubourg n’est pas en manque de projets. Le 23 mai 1846, il dépose les statuts d’une Société générale des paquebots, pour le service complet des paquebots à vapeur de la Méditerranée.
La Révolution de 1848 :
La Révolution de 1848 lui donne l’occasion de réapparaître sur le devant de la scène. Il aurait tenté à nouveau sa chance auprès de Lamartine en lui soumettant l’idée de créer une garde mobile sur le modèle des volontaires de la Charte en 183044. Il se porte candidat aux élections à la Constituante dans le département de Seine-et-Oise. “En juillet 1830, j’ai eu l’honneur d’être le général des ouvriers, des élèves des grandes écoles et des Citoyens qui voulaient conquérir la Liberté”, écrit-il dans sa circulaire aux électeurs au printemps 1848. En mai 1848, il signe un courrier de réclamation au Ministre de la guerre “Général Dubourg, persécuté par la restauration pour avoir refusé de servir, sous mon sieur de Bourmont ; persécuté par Louis-Philippe pour lui avoir dit la vérité en public et en particulier, enfin menacé de la retraite par la république pour le récompenser de ses services et de son patriotisme45”.
Mais son indemnité de 2.000 francs est supprimée par le nouveau gouvernement. Dubourg intente un recours pour réclamer à nouveau le remboursement des 42.000 francs de dépenses qu’il aurait effectuées en juillet 1830. Il s’avère que l’indemnité n’étant qu’un secours gracieux du gouvernement antérieur, les requêtes de Dubourg sont rejetées. Par ailleurs, il est définitivement mis à la retraite. Infatigable, il continue néanmoins à publier ; dans une brochure il réclame la fondation d’un “Crédit national46” présenté comme le pendant réaliste de la Banque du Peuple de Proudhon47. Il tente de lancer Le Journal des intérêts agricoles, manufacturiers, commerciaux et maritimes qui doit propager l’idée de solidarité entre les quatre grands domaines d’activité, promouvoir la fondation d’un crédit agricole, la décentralisation administrative, la réduction des dépenses publiques. Mais le projet se limite à une circulaire. Il publie enfin un ouvrage sur Les principes de l’organisation de la marine de guerre.
Son décès, comme sa vie, reste entouré de mystère. Chateaubriand, repris par d’autres biographes, le fait décéder d’une trop forte dose d’opium (mais en 1850). Les chagrins domestiques seraient à l’origine de cette mort, précise le Dictionnaire de la conversation et de la lecture de Duckett en 187748. Au moment de son décès en 1851, il réside 4, rue Saint-Gilles à Paris. Il laisse “une veuve et quatre enfants dont le plus jeune n’a pas quatre mois49”. Elle est née le 3 avril 1851 et est prénommée Anne-Marie-Stéphanie, comme sa sœur décédée. L’acte de notoriété établi en mars 1851 pour sa succession perpétuent les interrogations : les témoins, César Auguste Lemarquière, ancien avocat au conseil et Louis François Gondret, médecin confirment son statut d’officier de la Légion d’honneur et de chevalier de l’ordre de Saint-Louis. L’inventaire après décès laisse apparaître de maigres biens estimés à 1.600 francs dont 260 en espèce ayant servi à régler les frais d’obsèques. On peut noter “[…] une paire d’épaulettes de général enfaux [sic], un insigne de franc-maçonnerie […]”, une bibliothèque variée mais aucun titre rappelant un quelconque intérêt pour Fourier et l’Ecole sociétaire. Dubourg possède diverses actions dont dix actions de 1000 francs des Salines et plâtrières de Camarade (Ariège) qui lui ont été cédées mais n’ont encore rien rapporté, autant de la société Le Mandataire qui “n’a pas réussi et […] la valeur des actions est presque nulle”. Deux créances “sont d’un recouvrement incertain”. Une troisième contre la “caisse Gouin” est douteuse. Deux créances à son encontre et sa succession sont couvertes par deux actions des Salines et plâtrières de Camarade. Enfin, diverses reconnaissances et récépissés du Mont-de-piété pour dépôt après le 17 février d’une pendule, d’argenterie, de bijoux pour un total de 131 francs illustrent la précarité dans laquelle se trouve la famille Dubourg. Mme Dubourg avait déjà dû faire quelques dépôts d’effets personnels en novembre et décembre 1850. Les dettes n’ont fait que s’accumuler depuis et s’élèvent à près de 1500 francs.”
Œuvres : (Attribué à) Lettre d’un Anglais, à son retour en Angleterre d’un voyage en Italie, au mois d’août 1814, sur le roi Joachim Murat, trad. de l’anglais, augmenté de Notes pour servir à l’histoire du général Murat, Londres, impr. de J. Ridgway, 1814 (Jean Dif, Bibliographie des autobiographies, mémoires, journaux, correspondances et documents officiels publiés en anglais sur la période napoléonienne, Jean Dif, 2012, attribue p. 15, ce texte à des amis de Murat “dans l’espoir de lui conserver le trône de Naples”). De la nécessité de n’employer dans l’épuration de l’armée que des mesures légales, et Moyens de former une garde royale qui offre à la nation des garanties suffisantes. Paris, 1815 (un exemplaire manuscrit signé du général Dubourg se trouve dans son dossier au Service historique de la Défense, 8Yd 2753). De la nécessité d’adopter un système stable d’économie, et quelques moyens de l’établir, Paris, Michaud, 1816. Mémoire sur les moyens de fonder la prospérité des fabriques françaises, en leur assurant des débouchés au dehors, Paris, imp. de Huzard-Courcier [1827]. Questions de politique européenne, et sommaires de plans de campagne contre les Turcs, 2e édition, Paris, Bocquet, 20 avril 1828. Le Constitutionnel. Proclamation. Concitoyens ! Vous m’avez par une universelle acclamation élu pour votre général, je serai digne du choix de la Garde nationale de Paris, nous combattons pour nos lois et la liberté ; [etc.] Paris, 29 juillet 1330 [sic] Au quartier-général de l’Hôtel-de-Ville, le général Du Bourg, Paris, 1830. La Révolution de Pologne et de ses effets probables, Paris, imp. d’Everat, 1831. Note à MM. les membres composant la commission pour l’examen des indemnités de juillet, Paris, imp. de Mie, 9 février 1833. Sommaire d’un plan de colonisation du royaume d’Alger, indiquant les moyens de rendre la possession de cette belle conquête avantageuse à la France, 2e édition, Paris, Daubrée, 15 juillet 1836. Engrais végétaux. Extrait d’un mémoire de M. le Général Dubourg, Mémoires et analyse des travaux de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts de la ville de Mende, chef-lieu du département de la Lozère, 1835-1836, Mende, Ignon [1837], pp. 97-104. Organisation défensive de la France, 1e partie, Journal des sciences militaires des armées de terre et de mer, 3e série, tome V, Paris, J. Corréard, 1841. Circulaire du général Dubourg, candidat à l’Assemblée nationale, Belleville, imp. de Galban, 1848. Le Général Dubourg à ses concitoyens de Seine-et-Oise, 1848. La Fin des révolutions. Appel au jugement de la France, Paris, Banget, 1849. Le journal des intérêts agricoles, commerciaux, manufacturiers et maritimes. Circulaire, Paris, imp. de Mme Lacrampe, 1849. Les Principes de l’organisation de la marine de la guerre, suivis de vues nouvelles sur la restauration du commerce maritime de la France, par le général Dubourg, ancien officier de marine, Paris, Corréard, 1849. Sources : Archives nationales, MC/ET/CXVI/782, Minutes et répertoires du notaire Louis Céleste Gossart, Minutes (1851, avril-1851, juin), Succession, notoriété après décès de Fouchard Dubourg, Joseph Patrice, 7 mars 1851 ; Succession, inventaire après décès de Fouchard Dubourg, Joseph Patrice, 1er mai 1851. Archives nationales, MC/RE/VI/28, Répertoire du notaire François Paul Huillier (1839, 10 juillet-1850, 23 octobre), Société générale des paquebots créée par Joseph-Patrice Dubourg, pour le service complet des paquebots à vapeur de la Méditerranée, 23 mai 1846 (non consulté à ce jour).Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, 10AS38 dossier 4 (681Mi63, vues 119-126), correspondances de Dubourg à Victor Considerant, 10 septembre 1836 et 7 août 1837. Archives départementales de la Charente-Maritime, GG663 état civil de La Rochelle, registre paroissial de Saint-Sauveur, acte de mariage de Patrice-Jean-Pascal Fouchard et Marie-Madeline Dionneau du 3 février 1777. Archives départementales de la Charente-Maritime, 2E312*378 état civil de La Rochelle, registre paroissial de Saint-Sauveur, acte de baptême de Joseph-Patrice Fouchard du 7 février 1780. Archives départementales des Hauts-de-Seine, E NUM FON165 état civil de Fontenay-aux-Roses, acte de mariage de Joseph-Patrice-Fouchard Dubourg du 21 octobre 1843. Archives municipales de Paris, V3E/D 575 Fichiers alphabétiques de l’état civil reconstitué (XVIe siècle-1859), fiche Fouchard Dubourg, Joseph Patrice, décès du 17 février 1851, 8e arrondissement. Archives municipales de Rennes, 4E28 registre de l’état civil, acte de décès de Patrice-Jean-Pascal Fouchard du 30 décembre 1820. Archives municipales de Rennes, 4E30 registre de l’état civil, acte de décès de Marie-Madeline Dionneau-Fouchard du 15 novembre 1822. Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg. Eugène Stourm, Evénements phalanstériens, Le Premier Phalanstère, 15 septembre 1841 (porte par erreur la date du 15 août), pp. 1-2. Catalogue d’une belle collection de lettres autographes provenant de plusieurs cabinets dont la vente aura lieu le vendredi 30 avril 1855 et jours suivants […] rue des Bons-enfants, 28, maison Sylvestre […] par le ministère de Me Lenormant de Villeneuve, commissaire-priseur […], assisté de M. Laverdet, expert […], Paris, Laverdet, 1855, p. 59, article 500. État général de la marine, an XII, Paris, Imprimerie de la République, [1803], p. 80. Almanach impérial pour l’année MDCCCX..., Paris, Testu [1810], p. 308. Almanach royal pour les années MDCCCXIV et MDCCCXV, Paris, Testu, 1814, p. 438. Almanach royal pour l’année MDCCCXIX…, Paris, Testu, 1819, p. 584. Bulletin des lois du royaume de France, 9e série, premier semestre 1841, tome 22, n° 783 à 832, Paris, Imprimerie royale, 1841, p. 113. Annuaire de l’état militaire de France pour l’année 1846, Paris, Veuve Levrault, P. Bertand, 1846, p.31. Annuaire militaire de la République française pour l’année 1850, Paris, veuve Levrault, C. Reinwald, 1850, p. 32. Hippolyte Bonnelier, Mémorial de l’Hôtel-de-Ville de Paris, 1830, Paris, Houdaille, 1835. François-René de Chateaubriand, Œuvres complètes, 16, Mémoires d’outre-tombe, nouv. éd. avec une introd., des notes et des app. par Edmond Biré, tome 4, Paris, Garnier, 1828, Nendeln (Liechstenstein), Kraus reprint, 1975, pp. 55-56. François-René de Chateaubriand, Œuvres complètes, 17, Mémoires d’outre-tombe, nouv. éd. avec une introd., des notes et des app. par Edmond Biré, tome 5, Paris, Garnier, 1828, Nendeln (Liechstenstein), Kraus reprint, 1975, p. 319. Alexandre Dumas, Œuvres complètes, 6, Mes Mémoires, Paris, Michel Lévy, 1863, pp. 170-172. Le Constitutionnel, 30 juillet 1830, p. 1. Le Moniteur universel, 10 août 1830. A.-G. Claveau, avocat, Mémoire pour M. de Kerboux, chef d’escadron, contre M. Dubourg, se disant général, 17 octobre 1830, Paris, imprimerie de Lachevardière, 1830. La Gazette des tribunaux, 4, 6 et 7 septembre 1830, 21 octobre, 18, 20 et 21 novembre 1830. Félix Lebon, Recueil des arrêts du Conseil d’État statuant au contentieux, tome 23, 2e série, Paris, Librairie de jurisprudence d’Alphonse Delhomme, 1853, pp. 231-233. Congrès scientifiques de France, seconde session, tenue à Poitiers, en septembre 1834, Poitiers, F.A. Sautin, 1835. Hubert-Félix Soyer-Willemet, Précis des travaux de la Société centrale d’agriculture de Nancy lu dans la séance publique du 8 mai 1837, Nancy, Haener, 1837, p. 11. Mémoires et analyse des travaux de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts de la ville de Mende, chef-lieu du département de la Lozère, 1837-1838, Mende, Ignon, [1839], p. 10. Annales des sciences physiques et naturelles, d’agriculture et d’industrie publiées par la Société royale d’agriculture de Lyon, tome IV, Lyon, Barret, Savy, 1839, p. 272, p. 359, pp. 365-367. Séance du 1er septembre. Présidence de M. Guimet, Annales des sciences physiques et naturelles, d’agriculture et d’industrie publiées par la Société royale d’agriculture de Lyon, tome VI, Lyon, Barret, Savy, 1843, p. XXXIX. Bulletin de censure, examen critique et mensuel de tous les produits de la Librairie française…, 7e année, n° 5, mai 1849, p. 188. Bibliographie : Biographie des hommes vivants ou histoire par ordre alphabétique de la vie publique de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs écrits, tome second, Paris, L. G. Michaud, octobre 1816-février 1817, pp. 435-436. Ferdinand Hoeffer (dir.), Nouvelle biographie générale : depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours..., tome quatorzième, Dexbach-Duchesnois, Paris, Firmin-Didot, 1855, col. 894-896. Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique…, tome sixième, Paris, Administration du Grand Dictionnaire universel, 1870, p. 1318. W. Duckett (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, par une société de savants et de gens de lettres, supplément offrant le résumé des faits et des idées de notre temps sous la direction de M. L. Louvet, tome 3e, Paris, Fimin Didot, 877, pp. 266-267). Louis Blanc, Histoire de dix ans, 1830-1840, tome 1, Paris, Germer Baillière, 1877. Baptiste Capefigue, L’Europe depuis l’avènement du roi Louis-Philippe, première période, histoire des années 1830 à 1842, 2e édition, tome 2, Paris, Au comptoir des éditeurs réunis, 1847, p. 170-173. Jean-Claude Caron, Révolution, concurrence des pouvoirs et usurpation de fonctions. Le général Dubourg et les Trois Glorieuses, Actes de la journée d’étude du 16 janvier 2010, Usurpations de fonction et appropriations du pouvoir en situation de crise (XIXe-XXe siècle) sous la direction de Quentin Deluermoz et Jérémie Foa, Paris, Centre d’Histoire du XIXe siècle, 2012, pp. 17-36. Pierre Caspard, Aspects de la lutte des classes en 1848 : le recrutement de la garde nationale mobile, Revue historique, tome 252, fasc. 1 (511), juillet-septembre 1974, pp. 81-106. Kéraval, capitaine de frégate en retraite, Histoire d’une flotte du temps passé. Chroniques maritimes d’Anvers de 1804 à 1814, Revue maritime et coloniale, tome 104, 1890, pp. 176- 246, voir p. 223. Raymond Lécuyer, Un héros des Trois Glorieuses. Le roman du général Dubourg, Le Figaro, 30 juillet 1930, p. 5. Alfred Marquiset, Un héros de Juillet, Le Correspondant, 25 juillet 1914, pp. 287-299. Georges Montorgueil, A propos du centenaire. Les Trois Glorieuses. IV, Le Temps, 30 juillet 1930. Commandant S., Les Marins de la flottille et les ouvriers militaires de la marine pendant la campagne de 1809 en Autriche, Paris, Berger-Levrault, 1896, p. 33. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1891, vol. 24, n° 554, col. 387. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1895, vol. 32, n° 698, col. 127. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1903, vol. 48, col. 289. G.H.C. (Généalogie et Histoire de la Caraïbe), bulletin 86, octobre 1996, p. 1756. Franco Della Peruta, Note e documenti per la storia delle idee sociali in Italia (1830-1849), Annali Feltrinelli, 3, 1960, p. 531-560. Patrick Henrard, Du Monastère au phalanstère : la colonie sociétaire de Cîteaux (1841-1846), dans Visions of the Future Collective & Individual ; Secular & Sacred, Quaderno, 5, 1996, pp. 213-244. Un article lui est consacré in G.H.C. bulletin 86, octobre 1996 pages 1756 et suivantes, disponibles sur Internet www.ghcaraibe.org, et qui donne les informations suivantes : « Le 6 février 1780 naquit à La Rochelle, paroisse Saint-Sauveur, Joseph Patrice Fouchard, de Patrice-Jean-Pascal et Marie-Magdelaine Dioneau, son épouse. C’est le même, Hugues Frédéric Robert Dubourg, natif du Cap, île de Saint-Domingue, qui fut élevé au grade de maréchal de camp par Louis-Philippe en date du 2 octobre 1830. C’est le même !? Comment vous l’expliquer ? C’est malaisé, d’autant que le dossier des Archives de la Guerre est volumineux. Mais c’est à vrai dire pour cette raison qu’il contient un rapport du maire de Rennes, du 14 novembre 1825, qui fait l’essentiel de notre travail. Voici donc ce rapport : “Le Maire de Rennes, chevalier de la Légion d’honneur etc. à Monsieur le Préfet d’Ille & Vilaine. Monsieur le Comte. J’ai l’honneur de vous adresser les renseignements que désire Son Excellence le Ministre de la Guerre et que j’ai fait prendre avec le plus grand soin, sur le compte du sieur Dubourg Colonel d’Infanterie entré au Service sous le nom de Fouchard. Le 3 février 1777 un sieur Patrice Jean Pascal Fouchard Dubourg, maître d’écriture, natif de la paroisse Saint-Nicolas du Mans, épousa à la paroisse Saint-Sauveur de La Rochelle, de Marie Magdeleine Dioneau. Le 6 février 1780, ils eurent un fils à La Rochelle, paroisse Saint-Sauveur, nommé Joseph Patrice. Depuis lors ils vinrent habiter Rennes où ils ne sont morts que depuis peu d’années, savoir le père, le 30 décembre 1820 et la mère le 15 novembre 1822. Leurs actes de décès donnent au premier les noms réunis de Fouchard Dubourg, ils moururent pauvres et, disait-on, de chagrin. On savait qu’ils avaient un fils qui, d’aspirant de Marine, était devenu colonel de la Légion de la Loire. On assure qu’ils lui écrivirent plusieurs fois, pour obtenir de lui des secours et qu’ils n’en reçurent aucune réponse. On l’avait vu à Rennes lorsqu’il n’était qu’aspirant ; on ne l’avait pas revu depuis. On est très porté à croire que c’est le même officier supérieur que celui qui fait l’objet de la lettre ministérielle, d’autant plus que rien n’annonce qu’il ait existé à Rennes d’autre Marie Magdeleine Dioneau que celle dont je viens de parler, ni de Jean Patrice Robert Dubourg, ancien propriétaire à Saint Domingue ; on n’a connu en cette ville que Patrice Jean Pascal Fouchard-Dubourg, époux de la dénommée ci-dessus et père de Joseph Patrice. Il faut observer que Patrice Jean Pascal, dans les actes de naissance et de décès de plusieurs enfants qu’il a eus et perdus à Rennes, ne leur donnait que le nom de Fouchard, ce qui prouve que Dubourg n’était qu’un surnom ; mais ce second nom, il le tenait de son père et il le portait lui-même, ainsi que le constatent son acte de décès et celui de sa femme déjà cités. Enfin une demoiselle Julie Fouchard, leur fille, est partie de Rennes pour Paris, vers la fin de juin dernier ; elle doit demeurer rue Saint-Denis et les personnes qui la connaissent sont persuadées qu’elle a dans la capitale ce même frère officier supérieur, dont leurs père et mère communs se plaignaient de ne pas recevoir de nouvelles […].” Que dire d’autre ? Le dossier énumère une liste de vaisseaux sur lesquels Joseph Patrice avait servi. On lit que, lieutenant de vaisseau, il aurait été destitué le 3 octobre 1810. En 1812, alors qu’il était prisonnier des Russes, Joseph Patrice avait proposé au feld-maréchal Koutouzov la levée d’un corps de prisonniers français prêts à se battre contre “le tyran” Napoléon. Il fut libéré à la fin de la guerre et son laissez-passer en russe et en allemand figure au dossier. En bonne logique, il accompagna le roi Louis XVIII à Gand. Il fut nommé colonel le 11 novembre 1818 et eut droit à un traitement de réforme de 1.200 francs par décision royale du 10 mai 1820. Le 21 octobre 1843, il épousa à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) Rose Marguerithe Rathe, née le 6 novembre 1808 à Frécocourt (Meurthe). Il n’avait ni sollicité ni donc obtenu d’autorisation. Joseph Patrice avait été mis à la retraite par arrêté du 30 mai 1848. Il mourut à Paris VIIIe, le 17 février 1851. Sa veuve reçut un secours de deux cents francs en 1852. Il avait eu un fils, Georges, qui écrit en date du 15 décembre 1852 alors qu’il est hussard au 2e régiment, 2e escadron, en garnison à Carcassonne. A cinquante mètres de là, aux Archives de la Marine, le feuilleton se poursuit dans le dossier de Joseph-Frédéric Fouchard-Dubourg, lieutenant de vaisseau. Sur deux centimètres d’épaisseur, Joseph Patrice prend tous les noms et prénoms que nous lui connaissons. De plus, il peut signer comte du Bourg, Defouchard, fourchard du Bourg, Jh. Fouchard Dubourg, etc. Sa mère est à l’occasion Marie Madeleine d’Ionneau de Monttéon. Il a commencé à naviguer dans la marine de commerce à Lorient, le 5 avril 1791, sur La Sensible, capitaine chevalier Fouchard de Bourg. Il était volontaire et le voyage se termine à Lorient le 8 novembre 1793. Le même capitaine le garde comme second lieutenant sur la goélette L’Aventure partant de Morlaix le 4 germinal an II pour y revenir le 28 vendémiaire an III. Peut-être le chevalier Fouchard de Bourg ne faisait-il qu’un, quoique sans malice de sa part, avec l’oncle de Joseph Patrice qui écrivait de Rennes au ministère de la Marine, en date du 8 mai 1812, pour obtenir des nouvelles de son neveu. L’une des lettres de Joseph Patrice lui-même évoque son retour de Saint-Domingue. Pourquoi n’y serait-il pas allé, comme son père et son oncle d’ailleurs, mais sur quel navire de commerce ou de guerre ? Il faudrait étudier les trajets de la vingtaine de navires cités dans le dossier pour s’en assurer. Toujours est-il que Joseph Patrice fut rayé des listes de la marine par décret du 28 mars 1805 et rétabli dans son grade et rang le 11 juillet. Il était à Brest à l’époque et avait tué en duel le sieur Houlle, ancien officier de marine, d’après les dires rapportés de Houlle. Ailleurs, on lit “Houlé, garçon chapelier et orfèvre”. Auparavant Joseph Patrice avait déjà tué en duel à Toulon un officier d’artillerie de la marine. Joseph Patrice sera à nouveau destitué par décret du 3 octobre 1810 alors qu’il aurait été adjudant supérieur de la flotte de l’Escaut, à Anvers. C’est un certificat de 1816 qui lui attribue ce grade et le disculpe de l’accusation de contrebande. L’année 1816, il est vrai, se prêtait spécialement à une disculpation pour faits de 1810. Des motifs de destitution variés sont invoqués dans le dossier mais notre homme sait rédiger et pour se défendre d’une vétille, n’écrit-il pas que l’accusation “passe la permission” ! En 1832, le comte de Montalivet, ministre de l’Intérieur, écrit qu’en 1811 Joseph Patrice était allé d’Anvers en Suède pour s’introduire dans l’armée française en marche sur Moscou, avec les insignes de chef de bataillon. Le dossier contient également la brochure de M. de Kerboux et de l’avocat A.-G. Claveau ou Mémoire pour M. de Kerboux, chef d’escadron, contre M. Dubourg, se disant général, Paris, Imprimerie de Lachevardière,1830, 19 p. Le 31 juillet 1830, le “général Dubourg” aurait insulté le chef d’escadron de Kerboux. L’offensé exigea réparation, sans succès, et intenta un procès. Le dossier des Archives de l’Armée de Terre contenait déjà trois numéros de périodiques évoquant cette question : Le Patriote. Journal du peuple. Politique, moral et littéraire, Paris, mardi 3 août 1830 et la Gazette des Tribunaux, samedi 4 septembre 1830, n° 1575, lundi 6 et mardi 7 septembre 1830, n° 1577. La page 19 du Mémoire reproduisait la notice du comte Frédéric Du Bourg-Butler, publiée aux pages 435 et 436 du tome II, 1816, Michaud, de la Biographie des hommes vivans ou Biographie Michaud. » Dubourg demeurait 5, rue de Monsigny en 1830 (parfois 6, rue Monsigny en 1831) ; 5, avenue de Neuilly en 1832 ; 5, avenue des Champs-Elysées en 1833. Mémoires tirés des archives de la préfecture de police de Paris, tome V p. 91 et 92, J. Peuchet, chez Bourmancé éditeurs, Paris, 1838 ; Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand, livre de poche, Paris, 1973, tome II, p. 386, tome 3, p. 189-191 ; Les cahiers de Madame de Chateaubriand, Céleste, de Chateaubriand. La Tribune des départements, 31 juillet 1830 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d. ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830 ; Mémorial de l’Hôtel-de-Ville, 1830, Bonnellier, Paris, chez Houdaille, 1835, pp. 20-24 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 565-568 ; Souvenirs de J. Laffitte, racontés par lui-même, et puisés aux sources les plus authentiques, tome deuxième, Bruxelles et Leipzig, Muquardt, p. 92-93 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 237 ; Archives de Paris 4AZ 4 (4AZ 259) ; Archives de Paris 4AZ 27 (4AZ 1167 proclamation du général Dubourg) ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Leserré, Charles ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Clouet, Jules, Hippolyte, Edouard ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Planty, Christin aîné (où il est fait état d’un prisonnier qu’on mène à la Bourse, où siégeait le général Dubourg) ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Lhéric, Brunswick ; Archives de Paris VK3 53 in dossier Tardieu, Pierre, Antoine ; Archives de Paris DM13 1 in dossier Collot, Charles (dans lequel le colonel Zimmer signe un ordre : « Pour le général Dubourg, le colonel Zimmer ») ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Dubourg, Hugues, Frédéric) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 (sous le nom de Dubourg, Hugues, Frédéric) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Dubourg, Hugues, Frédéric, Robert) ; Archives nationales F/1dIII/54 ; Archives nationales F/1dIII/67 in dossier Milner, Ferdinand, André (ce dernier lui ayant servi d’officier d’ordonnance) ; Archives nationales F/1dIII/81 in dossier Bonnellier, Hippolyte ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet, 1831-1835 ; Archives nationales F/15/3777-3778 secours à divers titres ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’accorder à 91 décorés et veuves de blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 4.970 francs minutes 243-246, en date du 20 novembre 1852 (où est rayée la mention que la veuve Dubourg, demeurant 8, rue Véron à Montmartre était inscrite pour un secours de deux cents francs), idem Proposition d’accorder à quinze décorés et veuves de décorés ou blessés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 1.490 francs, minutes 251-252, en date du 6 décembre 1852, idem Proposition d’accorder à quinze décorés et veuves de décorés ou blessés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 1.490 francs, minutes 251-252, en date du 6 décembre 1852 ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bardot, Joseph, François, idem in dossier Bauduin, Florville (dans lequel il atteste que ce dernier a servi auprès de lui comme officier d’ordonnance pendant les combats de Juillet) ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Bony, René ; Archives de la préfecture de police AA 386 (son dossier personnel) ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Capron, Pierre, François (sur son arrivée à l’Hôtel de ville) ; Archives de la préfecture de police AA 382 in dossier Darbo fils, François (où il apostille un certificat délivré en faveur de Darbo) ; Archives de la préfecture de police AA 386 ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Joret, Pierre, Charles (où Joret expliquait que Dubourg lui avait demandé son nom pendant les combats) ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Lortias, Alexandre, François (où Lortias, dans le récit qu’il faisait de sa propre participation aux combats, disait l’avoir vu sortir de chez lui, le 28, rue Monsigny pour se rendre à la Bourse) ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Riou, Pierre, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier R Rognon, Constantin ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, Paris, 16 juillet 1831 p. 523 ; La Manière forte, Casimir Perier et la révolution de 1830, Lucas-Dubreton, Paris, Grasset, 1929, p. 141 ; Histoire de Louis-Philippe, roi des Français, Boudin, Amédée, Paris, au bureau de la publication, 1847, tome Ier p. 420-421 ; Souvenirs, la révolution de 1830, duc de Broglie, Revue des deux mondes, volume 75, n° 4, 15 juin 1886, p. 781 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 312-314. Il y a dans Archives de Paris VD6 623 n° 8, un rapport du poste de la mairie du (ancien) XIe arrondissement qui, le 2 août 1830, demande des explications sur l’ordre qui lui a été donné de vive voix « d’arrêter le général Dubourg s’il passait devant mon poste et de le mener à la mairie ou à l’Hôtel de ville ». Cet ordre « paraissant par trop extraordinaire », il en fut demandé confirmation.
Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique…, tome sixième, Paris, Administration du Grand Dictionnaire universel, 1870, p. 1318.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Rapport du maire de Rennes, 14 novembre 1825.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Etat des services destiné au calcul du traitement de réforme, approuvé par le Ministère le 1er septembre 1832 et Minute d’une lettre du Ministère de la Guerre, comptabilité générale, pensions et secours au Conseil d’administration du 2e régiment de hussards à Carcassonne, 23 février 1853.
Est-ce lui, Fouchard, qui, dans la nuit du 4 au 5 juillet 1809, s’illustre sur le Danube à bord de la canonnière L’Arcole et est recommandé pour la croix de la Légion d’honneur par le capitaine de vaisseau Pierre Baste, commandant les marins de la Flottille du Danube Lobau détachée du 44e Bataillon de Flottille de Boulogne ? (Commandant S., Les Marins de la flottille et les ouvriers militaires de la marine pendant la campagne de 1809 en Autriche, Paris, Berger-Levrault, 1896, p. 33). On peut le penser. Les services de la marine attestent qu’il n’existe aucun autre Fouchard dans la marine lorsque Joseph-Patrice Fouchard y est actif. La demande ne semble pas aboutir.
Alfred Marquiset, Un héros de Juillet, Le Correspondant, 25 juillet 1914, p. 288.
Raymond Lécuyer, Un héros des Trois Glorieuses. Le roman du général Dubourg, Le Figaro, 30 juillet 1930, p. 5.
Ibidem ; Voir par exemple Biographie des hommes vivants ou histoire par ordre alphabétique de la vie publique de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs écrits, tome second, Paris, L. G. Michaud, octobre 1816–février 1817, pp. 435-436 ; Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Etat de services certifié sincère et véritable, 30 juin 1817.
Almanach royal pour les années MDCCCXIV et MDCCCXV, Paris, Testu, 1814, p. 438.
François-René de Chateaubriand, Œuvres complètes, 17, Mémoires d’outre-tombe, nouv. éd. avec une introd., des notes et des app. par Edmond Biré, tome 5, Paris, Garnier, 1828, Nendeln (Liechstenstein), Kraus reprint, 1975, p. 319.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Homologation d’un acte de notoriété par jugement du Tribunal civil de première instance du département de la Seine, 19 mars 1816 .
Alfred Marquiset, Un héros de Juillet, Le Correspondant, 25 juillet 1914, p. 291.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Rapport du chirurgien major de la Légion de la Loire, 2 octobre 1819. Copie du 3 novembre 1819.
Le Constitutionnel, 30 juillet 1830, p. 1.
Le Constitutionnel. Proclamation. Concitoyens ! Vous m’avez par une universelle acclamation élu pour votre général, je serai digne du choix de la Garde nationale de Paris, nous combattons pour nos lois et la liberté ; [etc.] Paris, 29 juillet 1330 [sic] Au quartier-général de l’Hôtel-de-Ville, le général Du Bourg, Paris, 1830.
Louis Blanc, Histoire de dix ans, 1830-1840, tome 1, Paris, Germer Baillière, 1877, pp. 246-247. Voir aussi, François-René de Chateaubriand, Œuvres complètes, 17, Mémoires d’outre-tombe, nouv. éd. avec une introd., des notes et des app. par Edmond Biré, tome 5, Paris, Garnier, 1828, Nendeln (Liechstenstein), Kraus reprint, 1975, pp. 319-320 ; Alexandre Dumas, Œuvres complètes, 6, Mes Mémoires, Paris, Michel Lévy, 1863, pp. 170-172.
Hippolyte Bonnelier, Mémorial de l’Hôtel-de-Ville de Paris, 1830, Paris, Houdaille, 1835, p. 24.
Baptiste Capefigue, L’Europe depuis l’avènement du roi Louis-Philippe, première période, histoire des années 1830 à 1842, 2e édition, t. 2, Paris, Au comptoir des éditeurs réunis, 1847, pp. 171-173.
Le Moniteur universel, 10 août 1830, cité par Raymond Lécuyer, Un héros des Trois Glorieuses. Le roman du général Dubourg, Le Figaro, 30 juillet 1930, p. 5.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Ordonnance royale du 2 octobre 1830.
Annuaire de l’état militaire de France pour l’année 1846, Paris, veuve Levrault, P. Bertand, 1846, p.31.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Note, du Gal Dubourg, mars 1831, Alfred Marquiset, Un héros de Juillet, Le Correspondant, 25 juillet 1914, p. 296
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, lettre de Dubourg, reçue le 19 août 1830 par le secrétariat général du Ministère de la Guerre.
La Gazette des tribunaux, 4, 6 et 7 septembre, 21 octobre, 18, 20 et 21 novembre 1830.
La Gazette des tribunaux, 20 novembre 1830.
La Gazette des tribunaux, 21 novembre 1830.
Note du général Dubourg à Messieurs les membres composant la commission pour l’examen des indemnités de Juillet, Paris, Auguste Mie, 9 février 1833.
La Gazette des tribunaux, 21 novembre 1830.
Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, 10AS38 dossier 4 (681Mi63, vues 123-126), correspondance de Dubourg à Victor Considerant, 10 septembre 1836.
Ibidem.
Victor Considerant, Appel pour la réalisation de la théorie sociétaire, La Phalange, juillet 1837, col. 972-975.
Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, 10AS38 dossier 4 (681Mi63, vues 123-126), correspondance de Dubourg à Victor Considerant, 7 août 1837.
Jean-Claude Sosnowski, Liste de souscripteurs au Crédit de dix mille francs demandé pour les Études d’un phalanstère d’enfants, 27 juillet 1838, charlesfourier.fr, rubrique Réalisations et propagation, mars 2014, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1301 (consulté le 26 octobre 2015).
Lettre de Zoé Gatti de Gamond à Pierro Maroncelli, Paris, 23 mai 1840, citée par Franco Della Peruta, Note e documenti per la storia delle idee sociali in Italia (1830-1849), Annali Feltrinelli, 3 (1960), pp. 549-550.
Hubert-Félix Soyer-Willemet, Précis des travaux de la Société centrale d’agriculture de Nancy lu dans la séance publique du 8 mai 1837, Nancy, Haener, 1837, p. 11 ; Annales des sciences physiques et naturelles, d’agriculture et d’industrie publiées par la Société royale d’agriculture de Lyon, tome IV, Lyon, Barret, Savy, 1839, p. 272, p. 359, pp. 365-367 ; Mémoires et analyse des travaux de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts de la ville de Mende, chef-lieu du département de la Lozère, 1837-1838, Mende, Ignon [1839], p. 10, pp. 97-104.
Bulletin des lois du royaume de France, 9e série, premier semestre 1841, tome 22, n° 785, Paris, Imprimerie royale, 1841, p. 113.
Lettre de Pierro Maroncelli à Zoé Gatti de Gamond, New York, 26 septembre 1840, citée par Franco Della Peruta, Note e documenti per la storia delle idee sociali in Italia (1830-1849), Annali Feltrinelli, 3 (1960), pp. 553-554.
Lettre de Zoé Gatti de Gamond à Pierro Maroncelli, Paris, 19 janvier 1841, citée par Franco Della Peruta, Note e documenti per la storia delle idee sociali in Italia (1830-1849), Annali Feltrinelli, 3 (1960), pp. 554-555.
Eugène Stourm, Evénements phalanstériens, Le Premier Phalanstère, 15 septembre 1841 (porte par erreur la date du 15 août), pp. 1-2.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Minute de la lettre écrite par le Ministre au général Dubourg, 3 juin 1843.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, lettre du Général du Bourg au Ministre de la Guerre, 30 mars 1839.
) Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Lettre du Lieutenant-général commandant la 7e division militaire à Lyon, 18 juin 1839 et Lettre de la Direction de la police générale du royaume, 1er septembre 1839.
Lettres citées dans Catalogue d’une belle collection de lettres autographes provenant de plusieurs cabinets dont la vente aura lieu le vendredi 30 avril 1855 et jours suivants […] rue des Bons-enfants, 28, maison Sylvestre […] par le ministère de Me Lenormant de Villeneuve, commissaire-priseur […], assisté de M. Laverdet, expert […], Paris, Laverdet, 1855, p. 59, article 500.
Pierre Caspard, Aspects de la lutte des classes en 1848 : le recrutement de la garde nationale mobile, Revue historique, tome 252, fasc. 1 (511), juillet-septembre 1974, p. 81.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, Lettre de Dubourg au Minsitre de la guerre, reçue le 5 mai 1848.
La Fin des révolutions. Appel au jugement de la France, Paris, Banget, 1849, p. 10.
La Fin des révolutions. Appel au jugement de la France, Paris, Banget, 1849, p. 28.
Dans une précédente édition, Dubourg était interné en 1833 dans “la maison de santé du docteur Pinel à Chaillot” (W. Duckett (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, par une société de savants et de gens de lettres, seconde édition entièrement refondue, tome 8, Paris, Firmin Didot (1853-1860), p. 99.
Service historique de la Défense, 8Yd 2753, dossier Dubourg, « Mémoire de proposition d’admission à la pension établie en faveur de Madame Dubourg, 19 juillet 1851 ».