Dufaÿ, Guillaume, Michel
Biographie
Né le 30 juin 1769 (bien dans son acte de baptême dans son dossier à la Légion d’honneur ; parfois mais par erreur le 30 juin 1766) à Paris (paroisse Saint-Sulpice dans son acte de baptême dans son dossier à la Légion d’honneur ; parfois mais par erreur à Saint-Félix dans l’Oise), sous le nom de Barbier-Dufaÿ, Anne, Guillaume, Michel, fils de Barbier-Dufaÿ, Michel, Etienne, et de Montgiraud, Marie, son épouse. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 14 mars 1806, alors qu’il était chef d’escadron, adjoint à l’état-major du maréchal Soult, officier de la Légion d’honneur le 28 septembre 1813 alors qu’il était major du 24e régiment de chasseurs à cheval, chevalier de l’ordre de Saint-Louis à une date indéterminée. Colonel retraité. Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « L’autre réunion, qui était bonapartiste, avait lieu chez le colonel Gourgaud (voir ce nom). Elle se composait, d’abord, du maître de la maison, puis du colonel Dumoulin (voir ce nom), du colonel Dufays (sic), du colonel Plavet-Gaubert (voir Clavet Gaubert) et du commandant Bacheville (voir ce nom). On cherchait un moyen de faire les affaires de Napoléon II ; mais, comme tous ces hommes étaient bien plus des hommes d’action que des hommes de conseil, on n’arrêta rien, et l’on se donna rendez-vous pour le lendemain, place des Petits-Pères. » Et aussi : « Oui, le peuple, la bourgeoisie, la jeunesse s’étaient jetés ardemment dans l’insurrection ; mais la finance, mais les hauts grades de l’armée, mais l’aristocratie restaient en arrière. On avait bien vu M. Dumoulin (voir ce nom), avec son grand sabre et son chapeau à plumes, haranguant dans la rue Montmartre, on avait bien vu le colonel Dufays, habillé en homme du peuple, un mouchoir autour de la tête, poussant à l’insurrection […]. » Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, donnait les indications suivantes sur Dufaÿ : « Au poste de la Banque parurent deux hommes de l’Empire. L’un, M. Dumoulin, portait un chapeau à plumes et l’uniforme d’officier d’ordonnance; l’autre, le commandant Dufays, s’était déguisé en ouvrier : il avait enveloppé sa tête d’un foulard rouge et noué autour de ses reins un drapeau tricolore. Ils marchaient suivis de deux ou trois cents hommes qui mêlaient le nom de l’Empereur à des vœux de liberté. » Il participa, à la tête d’une centaine d’hommes à l’expédition de Rambouillet selon Le Courrier français du 5 août 1830. Il signa un nombre important de réquisitions, dans la période du 3 au 4 août à Versailles, afin d’assurer le ravitaillement et l’intendance de la colonne de Parisiens qui se dirigeait vers Rambouillet. Il apostilla la demande présentée par Trépaut, Jean, comme contenant des faits exacts sur sa participation aux combats. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il apostilla la lettre adressée à la Commission des récompenses nationales par Clavet Gaubert, pour faire valoir ses droits à la décoration, comme quoi tous les faits qu’il avançait étaient vrais. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste à Palbra, Armand, Pierre), comme « colonel en retraite, commandant la garde nationale de Bondy » de la pétition qui, le 9 mai 1831, protestèrent contre les conditions dans lesquelles s’était faite la réunion du passage Saumon et réaffirmaient sa fidélité à Louis-Philippe. Cette pétition était ainsi rédigée : « Les soussignés, décorés de la croix de Juillet, considérant qu’ils doivent à leur conscience de manifester leur opinion sur le résultat de la séance tenue au passage du Saumon, le 6 mai dernier, ont arrêté de rendre publique la déclaration suivante. Les hommes de Juillet, dévoués avant tout à leur pays ont combattu pour renverser l’arbitraire, secouer le joug qu’on voulait imposer à la liberté, renverser du trône le roi parjure. Déposant les armes immédiatement après leur victoire, ils accompagnèrent de leurs acclamations le lieutenant-général du royaume à l’Hôtel de ville et bientôt après reconnurent en lui le roi des Français, le roi citoyen. Fidèles à leur dévouement, ils ne demandèrent, ils ne sollicitèrent aucune faveur ; la loi du 13 décembre 1830 décerna des récompenses nationales à ceux qui dans les grandes journées de Juillet avaient sauvé la patrie, versé leur sang pour elle et mérité par leur conduite de voir leurs noms inscrits aux tables de nos lois. Une commission dont les membres choisis parmi les citoyens qui avaient pris la part la plus glorieuse aux événements de la grande semaine fut instituée ; un travail long et consciencieux fut le résultat de recherches et d’investigations pénibles ; le zèle des commissaires et des jurés quoique toujours à l’épreuve ne se ralentit pas ; enfin 1528 citoyens furent désignés par la Commission pour recevoir la décoration spéciale que leur accordait la loi. Immédiatement un rapport présenté au roi par le président du Conseil des ministres lui proposa de décerner lui-même ces récompenses au milieu des trophées de notre gloire militaire, sous les yeux de nos héros mutilés, dans le temple même où Napoléon voulut rehausser l’éclat de l’ordre qu’il avait fondé, par la vue de nombreux étendards conquis par le courage français, au nom de la patrie et de la liberté. Le rapport du ministre fut suivi d’une ordonnance qui apporte deux modifications dans la proposition de la Commission, l’une repose sur la couleur du ruban, l’autre sur l’inscription ajoutée à la décoration ; l’ordonnance prescrit en outre la formule suivante du serment que doit prêter chaque décoré : “Je jure fidélité au roi des Français, à la charge constitutionnelle et aux lois du royaume.” Les soussignés n’entreprendront point de combattre les motifs qui ont engagé leurs camarades à repousser les dispositions qui viennent d’être énoncées, ils se contenteront seulement de manifester leur opinion quant à ces dispositions. Les soussignés auraient vu avec satisfaction que l’ordonnance du roi maintînt la couleur du ruban proposé par la Commission, attendu que celui adopté est identiquement semblable aux deux ordres espagnols créés en 1808 et 1809 (Voyez la Collection historique des ordres de chevalerie par Perrot, Paris, 1820, deux volumes in 4° n° 42 et 45). Ils déclarent que ces mots Donné par le roi ne changent pas à leurs yeux la nature de la récompense, qui est et ne peut être qu’une récompense nationale et non une faveur royale ; qu’ils ne voient dans ces mots Donné par le roi que l’expression manifeste du désir de Sa Majesté d’associer son nom aux événements glorieux de Juillet, attendu que le roi ne peut aux termes mêmes de la loi ajouter ni retrancher aux noms inscrits par la Commission des récompenses nationales. Quoique, selon eux, aucune disposition législative ne les contraigne à la prestation du serment déterminé par l’ordonnance du 30 avril dernier, ils déclarent qu’ils prêteront serment de fidélité au roi des Français, gardien de la liberté, à la charte constitutionnelle qui la consacre, aux lois du royaume qui la présenteront enfin dans tout son éclat ; ils ne voient dans ce serment ni un acte de féodalité, ni un souvenir du Moyen Age, ni un lien de vassalité. Ils ont trop de franchise pour ne pas déclarer qu’armés pour la liberté, ils ont déposé les armes lorsqu’elle fut reconquise et qu’ils sauraient les reprendre de nouveau si jamais elle était menacée. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Veuf en premières noces de Bouchard, Marie, Elisabeth, il avait épousé, le 24 octobre 1823 à Houdainville (Oise), Durand, Emilie, demoiselle née en 1785, propriétaire à Houdainville et fille de feu Durand, Gaspard, bourgeois, et de Genret, Madeleine, Denise. Il mourut le 1er janvier 1833. Il demeurait à Houdainville (Oise) en 1823 ; à Bondy en 1831. Nous empruntons à la Biographie universelle ou Dictionnaire historique, la notice biographique que l’ouvrage lui consacre : « Fils d’un contrôleur de la maison de la comtesse de Provence, femme de Louis XVIII. Il entra jeune dans les gardes du corps, passa en qualité de sous-lieutenant dans le régiment de Dauphin-dragons, fut capitaine dans la légion de Lafayette, à l’époque du 10 août 1792, et reçut dans cette journée sa première blessure. Peu après, étant en garnison à Guise, il apprend qu’un nommé Meignet, surnommé Brutus, l’a dénoncé comme royaliste, au club qu’il préside. Dufay, à la tête d’une portion de sa compagnie, se rend au club, en chasse les membres et ferme les portes de la salle. Dans la Vendée où il fut envoyé, un jour, les deux armées se trouvant en présence, l’un des plus braves officiers vendéens sort des rangs, et propose de combattre contre un officier de l’armée républicaine : Dufay accepte le défi et reste vainqueur. Quelques jours après il sauva, à la tête seulement de vingt de ses chasseurs, l’avant-garde de l’armée, qui allait être coupée. Compromis par l’infidélité de son maréchal-des-logis, il est traduit à une commission révolutionnaire, présidée par Brutus-Meignet, qu’il avait naguère chassé du club de Guise. Dufay est condamné aux fers ; mais la Convention, informée de ce jugement monstrueux, le casse par décret du 18 messidor an II, et renvoie Dufay devant le tribunal criminel de Brest, où le jury déclare à l’unanimité l’innocence de l’accusé. Réintégré dans son grade, Dufay passe à l’armée d’Italie, et successivement prend part aux guerres d’Allemagne, de Russie, d’Espagne et de France. Il était devenu propriétaire d’une partie des biens de M. de Saint-Morys, émigré qui devint, après la Restauration, maire de la commune de Houdainville (Oise), où ses biens étaient situés. En 1817, des torts réciproques amenèrent un duel, dans lequel M. de Saint-Morys fut tué. Sa veuve et sa fille attaquèrent Dufay devant le tribunal de police correctionnel, qui acquitta le prévenu ; celui-ci traduisit à son tour ses accusatrices devant le même tribunal, pour un mémoire diffamatoire qu’elles avaient publié. Peu de jours s’étaient écoulés depuis ces événements, lorsqu’un soir, à 10 heures, Dufay au moment où il rentrait chez lui, fut frappé par deux assassins. Il vivait extrêmement retiré, quand la Chambre des pairs fut saisie de la conspiration du 19 août 1820. Dufay et le général de Montélégier, appelés comme témoins, eurent une altercation dont les suites furent une provocation en duel, que M. de Montélégier jugea d’abord à propos de refuser. Dufay fit alors imprimer sa correspondance avec son adversaire, qui le cita en police correctionnelle, où Dufay se vit condamné à un emprisonnement momentané. Après ce jugement, contre lequel il se pourvut en appel, un duel entre lui et M. de Montélégier eut lieu mais le jugement de première instance fut confirmé. Dufay, à qui ces tristes vicissitudes avaient acquis une sorte de célébrité, mourut le 1er janvier 1834. » Puis cette autre notice, tirée celle-là de la Biographie universelle et ainsi rédigée : « Colonel français, obtint par des circonstances malheureuses une de ces célébrités que fait surgir l’esprit de parti, et dont le souvenir ne doit pas être perdu. Il naquit vers 1765 (sic). Son père, contrôleur de la bouche de la comtesse de Provence, le vit avec douleur grossir, dès 1789, le nombre des ennemis de la cour. Capitaine dans la garde nationale, il fut blessé à la journée du 10 août 1792. Quelques mois après, ayant appris à Guise, où il se trouvait en garnison, qu’un certain Maignet, surnommé Brutus, l’avait, dans le club de l’endroit, dénoncé comme royaliste, il prit avec lui quelques hommes de sa compagnie, alla chasser de leur salle les membres du club, et en ferma les portes. Il ne craignit pas, en 1793, de se prononcer hautement contre la mort de Louis XVI. Obligé un instant de se retirer en Belgique, il reprit bientôt du service, et alla dans la Vendée refaire ses preuves républicaines. Il les fit avec éclat : un jour, près de Dol, les Vendéens et les républicains étaient en présence. Un officier royaliste sort des rangs, et appelle en combat singulier le plus brave de l’armée conventionnelle. Dufay se présente ; il est vainqueur à la vue des deux armées ; mais le conventionnel Brutus Maignet, qui avait de la rancune, ne tarda pas à troubler le triomphe de Dufay en le faisant condamner aux galères comme concussionnaire. Un décret de la convention du 18 messidor an II cassa ce jugement comme ayant été rendu par une commission irrégulièrement composée. Le colonel Dufay, renvoyé devant le tribunal criminel de Brest, fut absous ; et le sous-officier, dont l’irrégularité l’avait compromis, condamné à six ans de fers et à la marque, tandis que la commission, présidée par Maignet, n’avait prononcé contre celui-ci qu’une détention de six mois. Réintégré dans son grade, Dufay fut employé à l’armée d’Italie, et fit sous l’Empire les campagnes d’Allemagne, de Russie, d’Espagne et de France ; mais Napoléon ne lui accorda aucun avancement ; il n’aimait pas les officiers qui avaient un renom révolutionnaire. Dufay avait acquis nationalement à Houdainville (département de l’Oise) les biens qui avaient appartenu au comte de Saint-Morys. Revenu de l’émigration, Saint-Morys fut nommé maire de cette localité. Dès son retour une altercation des plus violentes s’éleva entre l’ancien propriétaire et le nouveau détenteur : militaires tous deux, le débat paraissait devoir se terminer par un duel, lorsque les événements du mois de mars 1815 retardèrent cette catastrophe. Bien qu’en 1814 il eût obtenu la croix de Saint Louis, Dufay se déclara en faveur de Bonaparte, et devint chef d’état-major du général Chastel. Le second retour du roi en le mettant en non-activité ne le rendit pas plus partisan de cette Restauration qui eut le secret d’être à la fois faible et rigoureuse envers ses adversaires. Dès ce moment on vit Dufay aux élections de son arrondissement figurer parmi les libéraux les plus prononcés. En 1817 sa querelle se renouvela avec le comte de Saint-Morys, alors maréchal de camp et lieutenant de la compagnie de Noailles : un duel eut lieu, et ce fut, à ce qu’il paraît, par la volonté expresse de Louis XVIII. Dufay tua son adversaire. La femme et la fille de la victime attaquèrent le colonel devant la cour royale de Paris, qui ne jugea pas à propos d’appliquer les anciennes ordonnances sur le duel. Dufay avait eu pour défenseur Me Mauguin. Non content de sortir vainqueur de cette épreuve juridique, Dufay fit supprimer et condamner, comme calomnieux, le mémoire publié contre lui dans cette affaire, au nom de la mère et de la fille de celui qu’il avait tué. Peu de jours après, Dufay fut attaqué à deux heures du soir et blessé grièvement par deux assassins que la police ne put ou ne sut pas découvrir. En 1820, appelé comme témoin dans la conspiration militaire du 19 août, qui s’instruisait à la Chambre des pairs, Dufay eut à l’audience avec le général Montélégier, autre témoin, une altercation qui se termina par une provocation de la part du colonel. M. de Montélégier n’ayant pas jugé à propos de lui donner satisfaction, Dufay fit imprimer dans les journaux la correspondance qui avait eu lieu entre eux à ce sujet. Le tribunal de police correctionnelle, invoqué par M. de Montélégier, condamna Dufay comme diffamateur à quelques jours de détention. Dès qu’il fut rendu à la liberté, le duel eut lieu, et Dufay blessa son adversaire. Au mois de juin 1822, un mandat d’arrestation fut décerné contre lui ; il engagea avec les gendarmes une lutte si désespérée, qu’arrivé à la prison on fut obligé de le bâillonner et de lui mettre la camisole de force. Il dénonça ces traitements à la Chambre des députés par une pétition qui souleva de vifs et nombreux débats pendant le mois de juillet. Il s’ensuivit même une instruction judiciaire qui n’eut aucun résultat. Dufay sortit de prison dans les premiers jouis d’août. On ne saurait dire combien ces querelles, qui paraissent aujourd’hui si misérables, eurent alors du retentissement. Le colonel Dufay est mort à Pantin, près Paris, le 1er janvier 1834. » La brochure imprimée par Dufaÿ contre de Montélégier fut effectivement imprimée et est consultable. A l’issue du procès, Dufaÿ fut condamné à un mois de prison, cinq cents francs d’amende et aux cinq sixième des dépens ; Montélégier à vingt-cinq francs d’amende et au sixième des dépens. Les deux hommes se revirent dans le bois de Boulogne, où ils se battirent à l’épée et où, au bout de quelques secondes, Montélégier eut le bras traversé d’un coup d’épée, blessure que les témoins ne crurent pas dangereuse selon l’Annuaire historique universel pour 1821, Lesur, Paris, p. 767 décembre 1821. Le Courrier français, 5 août 1830 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) Ve arrondissement (sous le nom de Dufailly, Guillaume, Michel) ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Trépaut, Jean ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Clavet Gaubert ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82, Avis d’une indemnité de trois cent cinquante francs accordée à la garde nationale de Bondy ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives nationales C 1 121 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 200 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/110/82 ; Biographie universelle ou Dictionnaire historique, la notice biographique, Weiss, tome deuxième, Paris, Furne, 1841, p. 431 ; Biographie universelle ancienne et moderne, Michaud, tome onzième, Paris, chez Mme Desplaces, p. 429 ; Biographie nouvelle des contemporains, Arnaud, Jay, Jouy, Norvins, Paris, chez Babeuf, 1825, tome VI, p. 127-128 ; La Restauration et les biens des émigrés, la législation concernant les biens de seconde origine et son application dans l’est de la France (1814-1832), Gain, Société d’impressions typographiques, Metz, 1928, p. 334. In Archives de la préfecture de police AA 376 dossier Campagne, Pierre, François, j’ai un Dufaÿ, qui signe, le 7 février 1831, le certificat suivant en faveur de Campagne, Pierre, François : « Je, soussigné, déclare que, le 28 juillet 1830, le nommé Pierre, François Campagne, demeurant bd Saint-Denis n° 4 (sic), porte Saint-Martin, m’a secondé dans notre attaque contre la garde royale, qu’il a montré beaucoup de dévouement et de bravoure, que par ses exhortations il a déterminé plusieurs citoyens à se réunir à nous, que même dès le 27 au soir il a commencé une défection dans le 53e de ligne, dont plusieurs soldats lui ont remis leurs cartouches, et avait engagé plusieurs ouvriers à prendre part à l’action que nous projetions pour le lendemain ; que, le 29, il s’est trouvé au Louvre, que son zèle ne s’est pas ralenti dans cette affaire vigoureuse, qu’ensuite il s’est rendu chez M. Laffitte, dont il a escorté le général Lafayette avec ceux qui y étaient jusqu’à l’Hôtel de ville, où il a passé la nuit avec nous. Je dois ajouter que M. Campagne était alors en uniforme de grenadier de la garde nationale. »